lundi 27 avril 2009

« L'ampleur de la crise en Europe de l'Est est sous-estimée »

THÉODORE AHLERS - LE DIRECTEUR DE LA STRATÉGIE ET DES OPÉRATIONS EN EUROPE DE LA BANQUE MONDIALE
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La Banque mondiale craint une crise humanitaire en Europe de l'Est et en Asie centrale. Environ 35 millions de personnes devraient retomber dans la pauvreté d'ici à la fin de l'année prochaine. Dix ans d'acquis sociaux pourraient être effacés.

Les pays d'Europe de l'Est payent-ils aujourd'hui leur modèle de développement basé sur les exportations et un financement externe de leur croissance ?

Ce modèle a porté ses fruits. En dix ans, la taille de l'économie de la région a augmenté de deux tiers et 90 millions de personnes ont échappé à la pauvreté. C'est remarquable, mais ce type de développement a également rendu ces pays plus vulnérables face à la crise actuelle. Ce n'est pas une question de modèle, mais plutôt les aspects des politiques économiques suivies par certains gouvernements. La première source de vulnérabilité vient d'un niveau d'endettement extérieur de la région plus élevé que dans le reste du monde. La seconde se situe au niveau des liquidités, les réserves étant relativement faibles par rapport aux dettes à court terme.

Estimez-vous que la Commission européenne est suffisamment active ?

Oui. Elle fait énormément. Pour les pays membres de l'Union, mais aussi pour les pays candidats. L'Union européenne a joué un grand rôle jusqu'à présent et j'espère qu'elle continuera.

Que fait la Banque mondiale pour aider ces pays, en particulier sur le plan du commerce ?

D'une part, nous conseillons aux gouvernements de laisser leur économie ouverte. C'est vital. Vu leur faible marge de manoeuvre budgétaire, des plans de relance budgétaire sont impossibles. D'autre part, l'une de nos filiales, la Société financière internationale (SFI), a mis en place une facilité de financement des flux commerciaux, compte tenu du mauvais fonctionnement du marché du crédit.

La Banque mondiale juge les perspectives actuelles de croissance trop positives.

Ce constat ressort d'une simple comparaison avec les crises antérieures intervenues dans d'autres régions du monde. Ces crises ont montré que les prévisions faites ont toujours sous-estimé l'ajustement qui allait se faire et également le temps nécessaire au rétablissement des flux de capitaux au niveau d'avant-crise.

Si la forte croissance a permis de sortir 90 millions de personnes de la pauvreté, combien vont y retomber ?

Nous nous attendons à ce que 35 millions de personnes retombent dans la pauvreté, et il est vital que les gouvernements mettent en place des programmes d'assistance bien ciblés. Les dépenses sociales de la région sont relativement élevées, mais leur ciblage est mal fait. Il est donc urgent de réorienter les ressources des programmes sociaux vers des programmes ciblés.


L'Afrique sera plus lente à sortir de la crise

L'Afrique a été atteinte de plein fouet par la crise et aura plus de peine que les autres régions à en sortir, a affirmé dimanche à Washington le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka.

Selon lui, la plupart des experts s'attendaient à ce que l'Afrique ne soit touchée par la crise que dix-huit mois après les autres régions en raison de sa plus faible intégration avec le reste de l'économie mondiale.

Mais les effets se sont fait sentir beaucoup plus vite que prévu, les flux d'investissement vers l'Afrique ayant fortement diminué et le financement des échanges commerciaux s'étant pratiquement tari.

"Ma préoccupation est que lorsque la reprise arrivera, les pays africains repartiront beaucoup plus lentement", a-t-il dit lors d'une conférence de presse en marge de la réunion du Comité de développement de la Banque mondiale.

Selon M. Kaberuka, l'Afrique était pourtant parvenue a réaliser d'importants progrès économiques sur les dix dernières années et "commençait à réussir".

Le FMI et la Banque mondiale ont averti vendredi que près de 90 millions de personnes de plus pourraient tomber dans la pauvreté en raison de la crise cette année et que le nombre de celles n'ayant pas assez pour se nourrir pourrait dépasser le milliard.

M. Kaberuka a d'autre part indiqué qu'il n'attendait "pas de miracles" des réunions du FMI et de la Banque mondiale ce week-end à Washington. "Je ne m'attends pas à ce que des décisions soient prises mais j'espère que nous pourrons parvenir à une meilleure compréhension", a-t-il dit.

Le théorème des subprimes

Avec les ravages qu'elle provoque dans l'économie réelle, on finit presque par perdre de vue qu'avant d'être une crise du capitalisme, la crise des subprimes est une crise de la finance. En particulier de cette finance hypersophistiquée et ultramathématisée qui avait connu depuis trente ans un développement exponentiel. Elle est aujourd'hui accusée d'avoir, entre les mains d'apprentis sorciers, accouché de monstres ayant fini par dévorer tout le système, jusqu'à ses créateurs eux-mêmes.

Dans le grand procès où elle est jugée pour crime contre la croissance économique, l'innovation financière vient de se trouver un avocat illustre en la personne de Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine. Illustre, mais aussi très politiquement et économiquement incorrect. Bien que des millions d'Américains aient perdu leur maison après avoir souscrit des emprunts aux modalités obscures, bien que quelques-unes des plus grandes banques de Wall Street n'aient pas résisté à la dépréciation des produits titrisés qu'elles détenaient, M. Bernanke n'a pas hésité à défendre cette cause a priori indéfendable. " L'innovation financière a amélioré l'accès au crédit, réduit les coûts et augmenté le choix. Je ne pense pas que quiconque veuille revenir aux années 1970." Avant donc que les mathématiques envahissent l'univers de la finance, avant que les banquiers découvrent que des équations complexes pouvaient leur faire gagner beaucoup plus d'argent que des déjeuners d'affaires bien arrosés. Avant que de tout jeunes et brillants matheux sortis des meilleures grandes écoles et universités, à peine vaincu leur acné, chassent sans ménagement des gestionnaires un peu bedonnants, pour qui la recherche de tuyaux boursiers tenait lieu de stratégie d'investissement.

Jusqu'au début des années 1970, la finance était restée mathématiquement sous-développée. Une table des logarithmes suffisait, selon le mathématicien Nicolas Bouleau, auteur de Mathématiques et risques financiers (éd. Odile Jacob, "Economie", 256 p., 24,50 €). Tout bascule avec la décision de faire flotter les monnaies. Des contrats à terme sur les devises sont lancés sur le marché de Chicago, sur le modèle de ceux qui y existaient depuis plus d'un siècle pour les matières premières. Les entreprises ont désormais la possibilité de se protéger contre les variations du dollar, du yen, du deutschemark, comme les agriculteurs contre la chute des cours du blé ou du maïs.

Mais la valorisation de ces nouveaux produits financiers, dits dérivés, n'est pas simple. Des universitaires américains s'y attellent, redécouvrent les travaux réalisés au début du XXe siècle, par le Français Louis Bachelier, considéré comme le père des mathématiques financières. Celui-ci avait essayé de modéliser les cours de Bourse à partir de raisonnements probabilistes fondés sur les jeux de hasard. En 1973, Fischer Black et Myron Scholes mettent au point leur fameuse formule sur le prix des options. Et c'est toute la finance qui se met à recourir à des outils mathématiques, qui avaient été conçus pour l'étude d'autres phénomènes : agitation thermique, filtrage de bruits, mouvement d'une particule de pollen dans l'air, etc.

A la fin de sa vie, le Japonais Kiyoshi Ito, considéré comme le plus grand probabiliste du XXe siècle, fut bien surpris d'apprendre que l'intégrale stochastique qu'il avait découverte avait été mise à la sauce des marchés et qu'elle était utilisée par les traders du monde entier. Aidée par le développement de l'informatique, la finance a donc connu pendant trente ans une période d'euphorie créatrice, avec le lancement continu de nouveaux produits. Toujours plus complexes, au mode d'emploi toujours plus difficile à comprendre. En principe aussi, toujours plus utiles et protecteurs.

Voilà pour l'histoire. Qui s'est mal terminée. Pourquoi ? Comment des produits censés prémunir des risques financiers ont-ils conduit à un risque cataclysmique ? Comment la rigueur mathématique a-t-elle pu faire naître un tel chaos ?

Les matheux de la finance sont accusés de ne pas s'être assez souciés du réel et de s'être laissés bercer par leurs bonus et surtout par la belle vérité mathématique de leurs modèles. De ne pas s'être assez interrogés, aussi, sur la finalité morale de leur travail - comme les physiciens du nucléaire l'avaient fait dans les années 1940. Le temps serait donc venu de "démathématiser" la finance, de faire en sorte que le métier de banquier redevienne, pour reprendre la formule de Jacques Attali, "modeste et ennuyeux".

Absurde ! répondent en bloc les accusés, pour qui la finance ne fait pas exception : les mathématiques aident à une meilleure compréhension des faits et les innovations améliorent son fonctionnement. Absurde, car la crise des subprimes révèle plutôt un manque qu'un excès de mathématiques dans la finance. Celle-ci s'est retrouvée confrontée à une situation de catastrophe, comme une crue centenaire pour un barrage, que les modèles n'avaient pas pu prendre en compte. Parce qu'ils intégreront cette nouvelle hypothèse, les prochaines constructions seront forcément plus solides. Bref, la mathématisation de la finance n'a rien à voir avec ce qui vient de se passer, mais beaucoup plus avec l'irrationalité des hommes, beaucoup plus difficile, elle, à modéliser. Ce qu'avait déjà bien compris Isaac Newton, qui après avoir perdu beaucoup d'argent en 1720, lors du krach de la South Sea Company, affirmait : "Je sais calculer les mouvements des corps pesants mais pas la folie des foules."

Pierre-Antoine Delhommais

Finance mondiale : La facture de la crise dépasserait 4 000 milliards de dollars

Les patrons du FMI, D. Strauss Kahn (premier plan) et de la BM, Robert Zoellick (à sa droite) ont du pain sur la plache... à billets.
Les patrons du FMI, D. Strauss Kahn (premier plan) et de la BM, Robert Zoellick (à sa droite) ont du pain sur la plache... à billets.
Les dépréciations d’actifs dues à la crise pourraient coûter 4 054 milliards de dollars au système financier planétaire sur la période 2007-2010, selon le «Rapport sur la stabilité financière dans le monde» publié, mardi 22 avril, par le Fonds monétaire international (FMI).

La ‘facture’ se chiffrerait à 2 712 milliards de dollars pour le secteur financier (banque Fonds monétaire international (FMI) a choisi de hisser le drapeau rouge en publiant, mardi 21 avril, son Rapport sur la stabilité financière dans le monde : les dépréciations d’actifs dues à la crise pourraient coûter 4 054 milliards de dollars (3 140 milliards d’euros) au système financier planétaire, que les actifs en chute libre aient été émis par les banques américaines ou qu’ils l’aient été par leurs consoeurs du reste du monde. Le secteur financier d’outre-Atlantique y perdrait 2 712 milliards de dollars, l’Europe (zone euro et Royaume-Uni) 1 193 milliards et le Japon 149 milliards.
Cette annonce n’est pas comparable à celle du 8 avril 2008 où le FMI avait prédit une dépréciation d’actifs de 945 milliards ‘seulement’. Celle-ci était alors limitée aux titres émis par les banques américaines.
Mais, même dans ce périmètre plus réduit, le Fonds a régulièrement revu à la hausse les dégâts redoutés, puisque ce chiffre passait à 1 400 milliards de dollars en octobre 2008, à 2 300 en janvier, pour aboutir aux 2 712 milliards d’aujourd’hui. Selon le FMI, les banques supporteront les deux tiers de ces pertes et, sur ceux-ci, il leur faut encore accepter d’en reconnaître les deux tiers.
Pour donner la mesure des efforts financiers nécessaires pour recapitaliser ces banques et indiquer ‘la gravité du problème’, le Fonds a élaboré deux scénarios de remise à flots.
Le premier consisterait en un rétablissement du ratio fonds propres sur actifs d’avant la crise, soit 4 % ; il nécessiterait que soient injectés dans les banques américaines 275 milliards de capitaux, dans celles de la zone euro 375 milliards, dans celles du Royaume-Uni 125 milliards et dans celles du reste de l’Europe 100 milliards.

Le fonds de placement islamique fermé

Le premier fonds de placement islamique de France, créé il y a un an à la Réunion par la Banque française commerciale (BFC), a été fermé et ses prescripteurs remboursés en raison d'un rendement insuffisant, a-t-on appris aujourd'hui auprès de la BFC.

"Les taux de marchés à court terme ayant fortement baissé en raison de la crise financière, la rémunération de ce placement devenait extrêmement modeste" a déclaré à l'AFP, le directeur général de la BFC Roger Munoz. 

Filiale de la Société générale, la BFC avait ouvert ce premier fonds de placement compatible avec les obligations de l'islam (interdiction de verser ou de recevoir des intérêts, de financer des activités illicites dont les jeux ou l'alcool) il y a un an. Il avait attiré quelque 200 souscripteurs issus de la communauté musulmane de l'île (chefs d'entreprises, particuliers, associations) dont le montant total des dépôts s'étaient élevés à plus de 15 millions d'euros. Le montant minimum de la souscription était de 10.000 euros.

En mai 2008, l'initiative avait été citée en exemple lors d'un colloque au Sénat sur la finance islamique.

Baptisé Shariah Liquidités, l'argent était investi dans des opérations de "mourâbaha", c'est à dire d'achat et de revente des matières premières (cuivre et zinc principalement). 

Début avril la BFC a remboursé intégralement les souscripteurs. "Ce fonds avait des coûts de gestion qui faisaient que sa rentabilité nette était proche de zéro" a expliqué M.Munoz. Il a souligné que "le travail réalisé avec les responsables religieux resservira à l'avenir".

La Réunion compte environ 60.000 musulmans (sur une population totale de 750 000 habitants) bien implantés dans les secteurs économiques.
Au début de l'année, un autre produit financier islamique touchant à l'assurance-vie a été mis en place par Allianz Luxembourg et commercialisé dans l'île par AGF.

La banque mondiale va tripler le montant de son aide aux pays vulnérables à la suite de la crise économique

Les investissements essentiels dans les programmes de protection sociale vont passer à 12 milliards de dollars, le mécanisme d'intervention en réponse à la crise alimentaire bénéficiera d'un financement accru. 

La Banque mondiale a annoncé qu'elle prévoit de tripler, à 12 milliards de dollars au cours des deux prochaines années, ses investissements dans les filets de sécurité et d'autres programmes de protection sociale dans les secteurs de la santé et de l'éducation, en vue de protéger les populations les plus vulnérables contre les pires effets de la crise économique mondiale. 

Au titre de cette initiative de renforcement de l'aide, la Banque fera passer le montant de son mécanisme d'intervention rapide en réponse à la crise alimentaire de 1,2 milliard de dollars à 2 milliards de dollars, pour aider davantage les pays aux prises avec la crise alimentaire actuelle. 

La réaction de la Banque traduit le fait que l'on redoute de plus en plus que la conjoncture économique actuelle n'augmente le nombre de pauvres dans les pays en développement et n'entraîne la faim et la réduction des programmes de santé, d'éducation et d'autres services sociaux. 

« Un monde qui n'apprend pas de l'histoire est condamné à la répéter. Alors que la dernière réunion du G-20 était essentiellement consacrée aux questions financières, nous devons tirer des enseignements de l'histoire des crises passées, au cours desquelles les gouvernements, à court d'argent, ont réduit les programmes sociaux, ce qui a eu des conséquences catastrophiques pour les pauvres, » a déclaré Robert B. Zoellick. Président du Groupe de la Banque mondiale. 

« Dans la crise actuelle, on s'est surtout intéressé aux pays développés dont les habitants risquent de perdre leurs maisons, leurs actifs et leurs emplois. Ce sont des difficultés incontestables, » a estimé Zoellick. « Mais les personnes qui vivent dans les pays en développement ont bien moins de moyens de protection : elles n'ont pas d'épargne, pas d'assurance, pas d'allocations de chômage et souvent pas de nourriture. Au cours de la crise en Asie orientale, les cas d'anémie parmi les femmes enceintes ont augmenté de 22 % en Thaïlande, et les taux de scolarisation ont chuté en Indonésie. Des revirements de cette nature peuvent avoir des répercussions sur toute une génération. Nous ne devons pas laisser qu'une telle situation se reproduise. » 

Dans le cadre des mesures de protection des pauvres, le Conseil des administrateurs de la Banque a approuvé l'augmentation à 2 milliards de dollars des ressources du mécanisme de financement rapide de l'aide alimentaire de la Banque. Cette approbation intervient moins d'un an après la mise en place de ce mécanisme par la Banque, au titre du Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP). Ce mécanisme a pratiquement atteint son plafond initial de 1,2 milliard de dollars, en finançant des projets totalisant 1,18 milliard de dollars dans 36 pays. 

« La persistance d'une conjoncture économique à risque, conjuguée à l'instabilité chronique des prix alimentaires, signifie que pour les populations pauvres la crise alimentaire n'est pas prête de se terminer, » a déclaré Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale du Groupe de la Banque mondiale. « Nombreux sont les pays pauvres qui n'ont pas tiré parti d'une certaine modération de la hausse des prix alimentaires sur les marchés mondiaux. La décision de renforcer le mécanisme permettra à la Banque de disposer des moyens nécessaires pour continuer à intervenir rapidement en faveur des pays. » 

Les investissements consacrés par la Banque à la protection sociale devraient enregistrer une croissance spectaculaire entre 2009 et 2010, passant de 4 milliards de dollars au cours des deux années ayant précédé la crise à 12 milliards de dollars. Ces investissements comprennent des programmes d'intervention rapide dans le secteur social et des transferts monétaires conditionnels, les familles recevant des ressources financières à condition d'envoyer leurs enfants à l'école et de passer régulièrement des bilans de santé. 

Zoellick a déclaré qu'il est établi que l'augmentation des investissements dans des programmes de protection sociale est une mesure efficace, à la fois pour stimuler les dépenses et protéger les pauvres à un coût relativement peu élevé, représentant le plus souvent moins de 1 % du produit intérieur (PIB) d'un pays. Le coût de programmes efficaces tels que Oportunidades au Mexique ou Bolsa Familia au Brésil est de l'ordre de 0,4 % du PIB, tandis que le plus vaste programme de protection sociale d'Ethiopie, Productive Safety Net, représente environ 1,7 % du PIB. 

Au début de ce mois, la Banque mondiale a approuvé en faveur du Gouvernement mexicain un prêt de 1,5 milliard de dollars pour élargir Oportunidades, une mesure qui devrait permettre au Gouvernement d'aider les 25 millions de personnes vivant dans les 5 millions de foyers les plus vulnérables du pays. 

La Banque mondiale a établi un Mécanisme d'aide aux pays vulnérables pour accorder des ressources financières aux pays les plus touchés par la double crise alimentaire et économique. Ce mécanisme est doté de guichets distincts pour les interventions rapides dans le secteur de la santé et la sécurité alimentaire. 

Le programme GFRP de la Banque fournit une aide immédiate aux pays gravement éprouvés par la flambée des prix alimentaires. Les projets exécutés par la Banque mondiale et ses partenaires du système des Nations Unies appuient des programmes de protection sociale tels que les programmes de vivres pour le travail, la fourniture de compléments alimentaires et de micronutriments aux femmes et à leurs enfants et les programmes d'alimentation scolaire pour les plus vulnérables. À titre d'exemple, en Sierra Leone, 119 projets de travail contre rémunération ont été approuvés pour fournir 42 000 hommes-jours d'emploi à plus de 5 300 personnes ; au Liberia, 60 000 enfants ont bénéficié de l'alimentation scolaire mensuelle depuis octobre 2008. 

Le programme GFRP, qui a décaissé à ce jour près de 750 millions de dollars, accorde aussi des financements à court et moyen terme pour la production alimentaire, en fournissant aux agriculteurs des semences et des engrais, en améliorant l'irrigation et les activités liées à l'élevage au profit des petits exploitants agricoles et en octroyant aux gouvernements une aide budgétaire pour compenser les réductions des tarifs douaniers sur les produits alimentaires et d'autres dépenses imprévues. 

Au titre de son mécanisme d'intervention rapide dans le secteur social, la Banque finance des actions immédiates en faveur des groupes vulnérables. Ce mécanisme met l'accent sur l'appui aux investissements nationaux consacrés à la santé, l'éducation et d'autres programmes sociaux au cours des crises économiques, tout en renforçant les services, par exemple, dans le domaine de la santé maternelle et infantile et de la nutrition ainsi que dans celui des programmes d'alimentation scolaire ; l'expansion des programmes ciblés de protection sociale ; les investissements dans les marchés actifs du travail, les mesures de soutien des revenus au profit des chômeurs, les programmes de création d'emplois et de formation et d'autres initiatives liées au travail.

La Banque mondiale a trouvé une explication à la crise

Le fait que l'économie américaine ait été exagérément financée par d'autres économies moins riches pendant la période de forte croissance de l'économie mondiale est l'une des raisons de la crise mondiale actuelle, a affirmé mercredi la Banque mondiale dans un rapport.

Cette conclusion, déjà partagée par de nombreux économistes dans le monde mais controversée aux États-Unis, est formulée par les experts de l'institution multilatérale dans ses «Indicateurs mondiaux de développement» annuels, qui compilent des dizaines de données économiques, démographiques et environnementales.

«À un degré étonnant, les pays en développement ont financé la consommation des pays à haut revenu», a souligné la Banque mondiale dans un communiqué.

Selon ses experts, «une croissance économique record pour les économies émergentes, tirée par les exportations, a fait basculer l'équilibre du pouvoir économique mondial, comme le montre leur part croissante dans la production, le commerce et les réserves mondiaux».

«Les taux d'épargne élevés ont surpassé leur capacité à investir dans leur propre économie», menant à «un vaste empilement de réserves de change», notamment en Chine.

«Donc des économies plus pauvres ont financé les déficits des comptes courants des économies à revenus élevés», faisant grimper exagérément le prix des actifs et provoquant une expansion intenable du crédit immobilier aux États-Unis, conclut la Banque mondiale.

«Ce qui a fait enfler les bulles dans l'immobilier mondial et sur les marchés boursiers, ce sont les déséquilibres mondiaux qui ont nourri la liquidité dans le système, abaissant les taux d'intérêt et alimentant les bulles sur le prix des actifs», a-t-elle souligné.

«De 2005 à 2007 les cinq économies aux plus grands excédents ont représenté 71% des excédents de comptes courants totaux, et les cinq économies les plus en déficit, 79% du total des déficits de comptes courants», écrivent les économistes.

Les pays qui finançaient la consommation sont dans l'ordre la Chine (26% des excédents mondiaux à elle seule), l'Allemagne, le Japon, l'Arabie Saoudite et la Russie.

Les pays empruntant le plus sont les États-Unis (57% des déficits à eux seuls), loin devant l'Espagne, le Royaume-Uni, l'Australie et l'Italie.