lundi 28 septembre 2009

CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE Istanbul pour évaluer Washington

L’assemblée générale des Institutions de Bretton Woods a choisi cette année, les abords : au Nord de la mer Noire, à l’Ouest de la mer Egée et au Sud de la Méditerranée, pour se tenir. Istanbul en Turquie, pour avoir une première évaluation des mesures édictées à Washington le 26 avril dernier en ce qui concerne la décision d’un transfert de ressources réelles aux pays en développement comme les nôtres durement affectés par une crise exceptionnelle par son ampleur, la plus grave depuis la grande crise de 1929. Une crise de la finance globalisée qui a frappé d’abord les pays du centre du capitalisme mondial, mais qui s’est propagée sur tous les continents de la planète. Une crise multidimensionnelle : financière, économique, sociale, écologique, énergétique, géopolitique, nous apprend le Pr. Dominique PLIHO (Université Paris – Nord)

A cheval sur deux continents, au carrefour des axes Russie - Méditerranée et Balkans - Moyen-Orient, sur l’antique route de la soie, aujourd’hui sur le tracé d’oléoducs d’importance stratégique, la Turquie a toujours été un carrefour d’échanges économiques, culturels, religieux. Est-ce la raison pour laquelle, les institutions de Bretton Woods l’ont choisie cette année pour discuter de l’économie de la planète terre, évaluer leurs programmes et projets, mesurer les impacts de leurs décisions et orientations stratégiques, corriger les écarts, esquisser de nouvelles perspectives « globalisées » dans un monde globalisé affecté par la plus grave financière de son histoire depuis celle de 1929 ? Certainement. Istanbul devrait leur offrir occasion aussi de jauger les décisions de transfert réel de ressources à nos pays prises au printemps dernier à Washington ainsi que les impacts sur les frêles économies des pays pauvres et de ceux en voie d’émerger.

Certes, bien que la majorité des pays africains ne soient pas encore sur la voie pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), l’Afrique a réalisé d’importants progrès au cours de la décennie précédente, construisant les fondements pour une forte croissance et la réduction de la pauvreté. Cette perspective plus optimiste est maintenant contrecarrée par des facteurs échappant au contrôle du continent. Alors que les effets initiaux de la crise financière ont tardé à se faire sentir en Afrique, l’impact apparaît désormais de façon claire. Il emporte avec lui entreprises, mines, emplois, revenus et moyens d’existence ; il s’agit en résumé d’une explosion totale de la crise. Pour la première fois depuis une décennie, la croissance par tête sera nulle. Cette note démontre les effets de la crise, et suggère les actions qui doivent être entreprises.

Le 26 avril dernier à Washington dans ce cadre, le Comité ministériel conjoint des Conseils des gouverneurs de la Banque mondiale (Bm) et du Fonds monétaire international (Fmi) réuni sur le transfert des ressources réelles aux pays en développement en arrive au constat ci-après : « L’économie mondiale s’est considérablement détériorée depuis notre dernière réunion. Cette évolution a des conséquences particulièrement graves dans les pays en développement où la crise financière et économique se transforme en catastrophe humaine et en désastre au plan du développement. Les progrès réalisés au prix de durs efforts en direction des objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) sont maintenant compromis. La crise a déjà fait basculer dans une extrême pauvreté plus de 50 millions de personnes, surtout des femmes et des enfants. Nous devons atténuer son impact sur les pays en développement et faciliter la contribution de ces derniers à une reprise mondiale ».

Selon un communiqué rendu public aussitôt après la rencontre : le Groupe de la Banque mondiale et le Fmi « ont fait preuve d’esprit de décision et mené une action complémentaire pour aider les pays en développement à faire face à la crise, favoriser l’adoption de mesures anticycliques, et contribuer à combler un déficit de financement considérable, notamment en déployant des efforts pour relancer les flux de capitaux privés ». Selon le comité qui s’est félicité des engagements pris par les pays membres d’accroître les ressources du Fmi, « les institutions multilatérales ont besoin de ressources et de capacités pour pouvoir prévenir les crises ou y riposter de manière efficace ».

Il faudra faire cependant plus pendant que la crise suit son cours, note-t-il. Et les argentiers d’exiger « une suite concrète aux engagements que nous avons pris, notamment ceux formulés par les participants au récent Sommet de Londres, en prenant des mesures concertées et en dégageant des ressources supplémentaires. Nous demandons instamment à tous les bailleurs de fonds de concrétiser plus rapidement la promesse qu’ils ont faite d’accroître leur aide ; nous devons quant à nous, examiner la possibilité d’aller au-delà de nos engagements actuels ».

Dans ce cadre, ils disent accueillir avec satisfaction les efforts déployés par le Groupe de la Banque mondiale « pour assurer une riposte rapide à la crise tout en maintenant son attention sur les problèmes de développement à long terme, notamment ceux posés par le changement climatique, et la nécessité d’accélérer le rythme des progrès en direction des ODM ». Et prennent note du triplement escompté des financements de la BIRD pour l’exercice et du programme de décaissement rapide des fonds engagés au titre d’IDA-15. Nous donnons notre appui aux initiatives lancées par le Groupe de la Banque mondiale et encourageons une mise en œuvre rapide :

• Pour protéger les plus démunis, la Banque a mis en place le Mécanisme de financement en faveur des pays vulnérables, qui regroupe le Programme d’intervention en réponse à la crise alimentaire et le nouveau Programme d’intervention rapide dans le secteur social. L’IFC a également créé le Mécanisme de renforcement de la micro-finance pour aider les emprunteurs pauvres.

• Pour relancer le financement du commerce, l’IFC a porté le montant de son Programme de financement du commerce mondial de 1 à 3 milliards de dollars, et elle a lancé le Programme de liquidités pour le commerce mondial, qui devrait fournir un appui au commerce à hauteur de 50 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.

• Pour assurer la poursuite du développement de l’infrastructure et créer des emplois, la Banque a mis en place le Programme d’appui aux infrastructures existantes et nouvelles. La Banque prêtera jusqu’à 15 milliards de dollars par an au titre de projets d’infrastructure, et l’IFC a mis en place le Mécanisme d’appui à l’infrastructure en situation de crise.

• Pour fournir un soutien au secteur financier, l’IFC a mis en place un Fonds de recapitalisation qui permettra de fournir des capitaux supplémentaires aux banques des pays en développement. La MIGA a consenti des garanties au titre de prêts destinés à l’Europe de l’Est dont la couverture se chiffre à 500 millions de dollars.

Si pour le Comité ministériel conjoint des Conseils des gouverneurs de la Bm et du Fmi, un « grand nombre de ces initiatives sont conçues de manière à mobiliser des ressources supplémentaires auprès de sources publiques et privées ». Il n’en demande pas moins « instamment aux autorités nationales d’envisager d’accroître encore leur appui. Et à la Bm d’adapter en temps que de besoin ses politiques, ses instruments et ses stratégies sur la base des leçons tirées de cette crise ».

Le Comité réitère son appui aux efforts visant à exploiter de manière optimale le bilan de la BIRD en accordant des financements à hauteur de 100 millions de dollars sur trois ans. Étant donné que la reprise pourrait être lente, nous avons envisagé la possibilité d’avoir à déployer des ressources supplémentaires. Comme il a adjuré la Banque mondiale « d’examiner la capacité financière, et notamment l’adéquation du capital, de la BIRD et de l’IFC, ainsi que l’adéquation des ressources concessionnelles les destinées aux pays IDA ». Istanbul se fera certainement un devoir d’examiner cette question plus en détail lors des Assemblées annuelles 2009.

Pour le Comité en outre, la crise et la nécessité d’une vigoureuse riposte multilatérale témoignent encore plus clairement de la pertinence des efforts déployés pour accroître la voix et la participation des pays en développement et en transition dans la structure de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale. C’est pourquoi, compte tenu de la décision prise, lors de notre dernière réunion, il apparaît nécessaire de demander au « Conseil de formuler des principes, des critères et des propositions pour la répartition du capital de la Banque », pour lequel, « nous sommes convenus d’intensifier les travaux relatifs à la deuxième phase de la réforme dans le but de parvenir à un accord d’ici les Réunions de printemps 2010. Il importe que tous les actionnaires participent à ces travaux dans le cadre d’un processus transparent, consultatif et solidaire ». De tout cela, évaluation devra être faite le 5 octobre à Istanbul ou le comité se réunit à nouveau.

mercredi 23 septembre 2009

La Finance Islamique pour les nuls

Alors que Paris Dauphine lance un Master 2 de finance islamique, que savons-nous vraiment de ce système ? Est-il une alternative efficace contre ce capitalisme barbare ? Contre la crise ?

"Nous adapterons notre environnement juridique pour que la stabilité et l’innovation de notre place financière puissent bénéficier à la finance islamique."

Voilà ce qu’a annoncé Mme Lagarde, le ministre de l’économie en novembre dernier. Ces propos qui ont dû faire frémir les Le Pen, de Villiers ou autres combattants anti-Islam ne sont que le prolongement d’un paradigme économique en pleine expansion.

En effet, ce modèle économique qui repose sur la « Charia » (texte de loi islamique) est en plein essor, notamment depuis que la crise a mis en lumière les failles du système bancaire et des crédits.

Pourquoi une finance Islamique différente de la finance conventionnelle ?

Cette finance née du Coran repose sur deux principes :

-L’interdiction de l’intérêt (riba) et de l’usure

-La responsabilité sociale de l’investissement et la notion d’intérêt général

La première interdiction découle du verset 27s de la 2e sourate du Coran : « Dieu a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt ».

L’intérêt est donc prohibé et conséquemment, l’usure l’est aussi, car, fixé ex-ante, il est établi sans référence à ladite performance. Les textes islamiques s’attachent à ce que toutes transactions financières se fondent sur une activité économique réelle. C’est pourquoi la Charia autorise la prise de risque, mais interdit l’incertitude dans les termes d’une relation contractuelle ainsi que la spéculation.

Ainsi, le profit doit être encouragé, car, déterminé ex post, il exprime la performance réelle de l’entreprise.

Comment fonctionne le mécanisme économique ?

Les banques islamiques ont développé des mécanismes juridico-financiers qui reposent sur des concepts particuliers. Ceux-ci permettent à un promoteur de mener un projet grâce à des fonds avancés par des apporteurs de capitaux dont la clé de répartition des gains et des parties est fixée dans le contrat. Ces apporteurs de capitaux supportent entièrement les pertes, les promoteurs ne perdant que le fruit de leur travail.

Voici ci-dessous quelques mécanismes économiques islamiques :

Les instruments financiers principaux

Moudaraba : Un contrat entre le propriétaire du capital et l’entrepreneur. La banque confie une somme d’argent à l’entrepreneur pour l’investir, en contrepartie d’une part dans le bénéfice éventuel de l’affaire.

Moucharaka : Les deux parties signataires du contrat participent et au capital et à la gestion de l’affaire.

Les bénéfices sont répartis selon des ratios déterminés, tandis que les pertes sont supportées à hauteur de la participation de chacun

Mourabaha : Le client ordonne à la banque d’acquérir un bien particulier ; celle-ci lui revend le bien en question (devenu propriété de la banque), moyennant une marge bénéficiaire. Le paiement se fait comptant ou sur plusieurs échéances.

Ijara : Un contrat portant sur la mise à la disposition du client d’un bien ou d’un service en contrepartie d’une rémunération prédéfinie. Le client peut s’engager à acquérir le bien en question à terme.

Salam : Un contrat de vente avec livraison différée de la marchandise. La banque intervient comme acquéreur avec paiement comptant d’une marchandise qui lui sera délivrée à terme par le partenaire.

La Charia interdit en principe les transactions portant sur des biens inexistants au moment de la conclusion du contrat, mais l’exception a été faite pour le salam par nécessité, à condition que le prix, la date de livraison et les caractéristiques exactes de la marchandise soient connus d’avance.

Tels sont les principaux instruments utilisés en finance islamique. Concernant les frais que peut prélever la banque, ils ne sont valables en Islam que s’ils sont fixes, quel que soit le montant de la transaction, dans le but de couvrir les frais administratifs et autres.

D’autres formules de financement sont créées, mais sont normalement avalisées par un ensemble de savants.

Il est cependant clair que certaines banques collent l’étiquette « Halal » à des offres sans fondement islamique réel…

Cette interdiction d’intérêt n’est pas seulement réservée à la religion musulmane. On retrouve la même idée dans le christianisme à travers la théologie de Saint Thomas d’Aquin qui prolongeait l’enseignement d’Aristote selon lequel l’argent ne peut pas produire d’enfant. Le prélèvement d’intérêt étant caractérisé comme le moyen injuste d’accaparer le bien d’autrui.

Même si l’interdiction est très ancienne, la finance islamique est une construction contemporaine. qui voit véritablement le jour en 1963, en Egypte.

En Europe, c’est au Royaume-Uni que s’est développée la 1ère industrie de cette finance. En 2004, « L’Islamic Bank of Britain » a été agréée par les autorités britanniques. Certaines banques occidentales n’ont pas hésité à ouvrir dans le monde musulman des succursales où coexistent à la fois un guichet conventionnel et un autre islamique. En France, malgré le discours du ministre de l’économie, il n’y en a pas, mais seulement quelques opérations sur le marché des entreprises.

Quatre raisons peuvent expliquer l’expansion de cette finance depuis le milieu du XXème siècle :

-Le regain de vitalité de la religion musulmane

-La possibilité que donne aux musulmans, la finance islamique, de se démarquer de l’époque coloniale et d’utiliser leur propre système bancaire

-Le choc pétrolier de 1970 qui a touché ces pays

-La possibilité pour les banques de contrer certaines politiques économiques contraignantes

Le financement islamique est donc une redéfinition de la rationalité économique qui prend en compte dans le calcul économique non seulement l’intérêt individuel mais aussi une notion d’intérêt général. Contrairement aux présupposés, la philosophie de l’islam, tout comme la philosophie libérale, encourage l’esprit entrepreneurial, autorise la prise de risque et cautionne le profit.

Et face à notre crise économique actuelle ?

Certains économistes islamiques avancent l’idée qu’un système financier basé sur les principes de l’Islam, et notamment sur la prohibition de la riba (intérêt), aurait pu éviter certains des plus grands désastres financiers des 50 dernières années.

Dans la crise de "la dette" des pays émergents, ou dans l’explosion de l’endettement des ménages dans les pays anglo-saxons qui a mis plus d’une fois en difficulté leur système bancaire, une partie au moins de la responsabilité revient aux banques qui ont attribué des crédits facilement et sans beaucoup de discernement.

Dans un système financier basé sur le partage des profits et des risques, une telle situation ne pourrait se produire, car les investisseurs (en l’occurrence les banques) ont une forte incitation à mieux contrôler le développement de projet d’investissement.

Aujourd’hui la finance islamique représente 1000 milliards de dollars sur le marché mondial.

Il est incontestable qu’elle peut représenter une alternative au système conventionnelle, qui est pour beaucoup responsable de la crise actuelle, et ainsi se développer dans beaucoup plus de pays.

Pas étonnant alors que l’université Paris Dauphine lance en novembre, un master 2 d’économie « Charia-compatible » pour développer ce secteur encore trop peu méconnu, mais très prometteur.

Greenspan : les crises ont pour origine «la nature humaine»


Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

L'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Alan Greenspan estime que la crise actuelle est le fruit d'«excès spéculatifs» inévitables en période de prospérité.

«Il y aura d'autres crises, mais elles seront différentes», assure Alan Greenspan dans une interview publiée mercredi sur le site internet de la BBC. Celui que l'on avait coutume de surnommer «le maestro», pour sa capacité de 1987 à 2001 à enrayer les crises financières, et qui se retrouve aujourd'hui sous le feu des critiques pour ne pas avoir su prévenir la crise des «subprimes», refuse d'en endosser la responsabilité. «C'est la nature humaine qui en est à l'origine», estime-t-il, et «tant que personne ne trouve le moyen de la changer, nous aurons encore d'autres crises». Et d'ajouter : «Deux crises n'ont jamais rien en commun excepté la nature humaine». D'après lui, à chaque fois que les hommes sont confrontés à des périodes de croissance économique, ils espèrent à tort que celle-ci durera le plus longtemps possible. «C'est une capacité inextinguible de l'être humain, lorsqu'il est face à de longues périodes de prospérité, de présumer qu'elles dureront toujours». D'où la formation de bulles financières, immobilières ou autre, qui finissent tôt ou tard par imploser.

Surveiller les excès de régulation

Un an après la faillite de la banque d'investissement américaine Lehman Brothers, qui a précipité la finance mondiale dans la crise entraînant une récession globale, Greenspan jette ainsi un œil fataliste sur les événements qui sont arrivés après son départ à la tête de la Fed. Il affirme que les banquiers «savaient qu'ils sous-estimaient les risques et qu'à un moment il y aurait une correction (…) mais un trop grand nombre d'entre eux ont cru qu'ils seraient capables de s'en sortir juste avant». L'ancien dirigeant de la Fed estime de surcroît que les gouvernements devront désormais davantage surveiller les fraudes et augmenter les exigences de capital des banques, un point défendu le week-end dernier au G20 Finances de Londres par le secrétaire américain au Trésor Tim Geithner.

Il a cependant mis en garde contre la tentation de trop réguler en réaction à la crise. «On ne peut pas avoir un commerce mondial libre avec des marchés nationaux régulés très restrictifs», a-t-il dit.

La crise, victoire du capitalisme “anglo-saxon”?

ben bernanke

De manière générale, le modèle anglo-saxon a toujours été l’objet de critiques en France. Nous pourrions prendre à titre d’exemple les nombreux débats qui ont prospéré dès le 18ème siècle. Joseph Fiévée dans “Lettres sur l’Angleterre et Réflexions sur la philosophie du 18ème siècle” dénonce “les mots paix et commerce” et fait à contrario l’éloge de ce que la paix et la Gloire représentent pour la France.

A cette époque déjà, les débats font rage entre défenseurs du modèle de vie anglo-saxon représentés par Montesquieu et qui parle” d’une nation dans le monde qui a pour objet direct de sa constitution la liberté politique” et les pourfendeurs de ce modèle que l’on pourrait symboliser par les physiocrates ou Rousseau pour qui “la prospérité de l’Angleterre était fondée sur des bases stériles”.

Jeremy Jenings de l’Université de Londres explique admirablement bien dans “Peut-on parler d’un modèle anglo-saxon?” le débat philosophique du 18ème et 19ème siècle entre “les anglophiles” (Benjamin Constant, Montalembert…) et les “Anglophobes” (Eugène Buret, Ledru-Rollin…). Ces reflexions tournaient autour de la liberté et de la justice sociale, l’Angleterre étant un pays riche mais caractérisé par une paupérisation importante de sa population.

A l’inverse, la France représentait pour certains penseurs, le modèle encore inachevé d’un pays qui se dirigeait vers l’égalité afin de réaliser “la justice sociale sur la Terre, la justice des frères entre les citoyens, entre les peuples.” (la décadence de l’Angleterre, Ledru Rollin…).

“Ce modèle aristocratique et commercial” très bien définit par Monsieur Jenings fut donc l’objet pendant plusieurs siècles de vives discussions et le rejet du capitalisme “anglo-saxon” s’inscrit probablement dans le prolongement de ces vifs débats. Il semblait toutefois intéressant de rappeler les sujets du passé pour tenter de mieux comprendre les critiques d’aujourd’hui.

Nous allons définir en quelques mots les différents capitalismes qui se sont développés (avec toutes les limites et les simplifications que cela implique).

Plusieurs capitalismes ont émergé durant le vingtième siècle, avec des spécificités respectives et des modèles de croissance relativement différents.

Le capitalisme “Rhénan” s’articule autour de la cogestion de l’entreprise (”Mitbestimmung”) et d’une économie de marché contrôlée par l’Etat. Une relation forte existait entre les entreprises et les grandes banques sous forme de participations croisées et d’un actionnariat de long terme. A ce titre, de nombreuses institutions financières avaient des participations dans la Chimie, l’industrie ou l’automobile…On pourrait évoquer le modèle des stakeholders (prise en compte des intérêts des différentes parties prenantes).

Le capitalisme “japonais” se caractérisait par un système de “banque principale” et de grands conglomérats ayant de nombreuses activités. L’une des banques finançant l’entreprise avait le rôle de suivre et de garantir la stabilité de celle-ci.

Le capitalisme anglo-saxon se définit par une structure actionnariale centrée sur les investisseurs institutionnels et privilégiant les profits à court terme. Les leviers d’endettement des entreprises sont importants ainsi que les retours sur fonds propres. On parle d’un modèle très “financiarisé” principalement organisé autour de l’actionnaire (shareholder) et prenant moins en considération les autres partenaires. (clients, fournisseurs, Etat, salariés…).

Ces différents formes de capitalisme ont subsisté jusqu’à la fin du vingtième siècle. La crise financière japonaise du début des années 90 a complètement déstabilisé le système économique du pays et remis en question le modèle “japonais”. (Les banques ont accumulé des créances “douteuses”, les indices boursiers ont plongé, de nombreuses entreprises ayant investi sur les marchés actions ont fait faillite…). Une spirale déflationniste a alors gagné le pays et semble encore ne pas être complètement terminée.

En Allemagne, l’abolition de l’impôt sur les cessions de participation en 2002, la hausse de l’endettement des entreprises et l’augmentation massive des faillites d’entreprises au milieu des années 90 (pour atteindre près de 40% en glissement annuel en 1994) a aussi remis en question le capitalisme “Rhénan”.

Enfin,comme l’explique admirablement Patrick Artus dans “jusqu’où se développera le capitalisme anglo-saxon,?”, la globalisation des économies, le développement du marchés des actions, du rôle des hedge funds et des fonds de private equity, l’exigence d’une plus grande rentabilité du capital, l’effondrement du communisme, la fusion du New Yord Stock exchange et d’Euronext ont contribué à accélérer la diffusion du capitalisme “anglo-saxon”.

Ainsi, la crise des modèles de croissance allemands et japonais associée à une forte dérégulation des économies lancée par la “révolution tatchérienne” au Royaume-Uni, “reaganienne” aux Etats-Unis et encouragée par le Fonds Monétaire International (le fameux consensus de Washington, cf Joseph Stiglitz) ont permis d’accélérer la diffusion du capitalisme anglo-saxon à travers le monde.

Devant cette homogénéisation du système économique autour du capitalisme “anglo-saxon” et l’émergence de la crise que nous vivons, interrogeons nous sur les liens éventuels entre ces deux éléments. Le capitalisme anglo-saxon est-il la cause de la crise économique et symbolise-t-il sa victoire?

L’Algérie a-t-elle tiré les leçons de la crise ?

L’Algérie a-t-elle retenu les leçons de la crise financière mondiale ? C’est une question qui se pose avec acuité une année après l’aggravation des effets de cette crise financière qui a mis en évidence la forte dépendance de l’Algérie des fluctuations des prix du pétrole.

À ce sujet, il est utile de rappeler les déclarations de Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie, sur l’économie algérienne qui “a subi le choc externe inhérent à la chute des prix des hydrocarbures”.

Ce canal de transmission des effets de la récession mondiale est apparu à partir du 4e trimestre 2008 et cela a affecté négativement la balance des paiements courants. Cette situation devrait amener les pouvoirs publics à mettre les bouchées doubles pour diversifier l’économie nationale et mettre le paquet sur l’investissement productif tout en réduisant les importations.

C’est dans cette optique en tout cas qu’a été élaborée la loi de finances complémentaire pour 2009, nous explique-t-on de sources proches du Parlement. En effet, la loi de finances complémentaire 2009, adoptée le 3 septembre dernier par l’Assemblée populaire nationale (APN), prévoit plusieurs mesures visant, entre autres, à réduire la charge fiscale en faveur de l’encouragement des PME, promouvoir la production nationale et réorganiser le commerce extérieur.

Est-ce suffisant pour prémunir l’Algérie à long terme contre les effets de cette crise surtout au regard des prévisions des spécialistes et responsables algériens à ce sujet ? Le premier ministre Ahmed Ouyahia avait indiqué à ce sujet que “le système économique et financier algérien est à l’abri, aujourd’hui, dans 5 ans et dans 10 ans, de la crise financière mondiale dans ses composantes actuelles, tant que notre système n’a pas évolué et tant que notre Bourse n’est pas bien intégrée au marché financier international”.

Il avait averti néanmoins que “si la récession économique qui semble se manifester est sévère et durable, elle entraînera des conséquences pour l’Algérie”. “Si le baril de pétrole baisse à 60 dollars, les conséquences se feront ressentir en Algérie dans 5 ou 6 ans, si la crise est très dure et que le prix du baril chute à 10 dollars, notre pays sera, malgré cela, à l’abri pour 2 à 3 ans”, a-t-il dit. Le ministre des Finances Karim Djoudi avait indiqué à ce propos que “conjuguée à la poursuite des réformes engagées et à la gestion financière prudente observée jusque-là, l’économie algérienne est dans une position qui la met à court terme à l’abri de ces turbulences, les aspects de la gestion des ressources financières et de l’espace fiscal résultant des effets de la crise sur les prix du pétrole et des importations de produits alimentaires.”

Il s’est également attelé à mettre en évidence l’importance de politiques financières et économiques adaptées, visant à gérer les effets pervers de cette crise. Selon le ministre, les mécanismes à mettre en place devraient préserver la capacité des pouvoirs publics à maintenir un taux d’investissement suffisant pour assurer une croissance économique positive qui permettrait en même temps de financer le filet social.

Quoiqu’il en soit, il appartient aux pouvoirs publics ainsi qu’aux économistes d’anticiper sur les effets de la crise financière mondiale sur l’Algérie et d’élaborer des politiques à même de nous prémunir contre ses contrecoups.
étant entendu que les effets de cette crise sur l’Algérie ont été limités grâce à la déconnexion de l’Algérie de l’économie mondiale, à la réduction de la dette extérieure ainsi qu’à l’importance des réserves de change. Le problème aujourd’hui c’est que peu d’actions ont été entreprises par les pouvoirs publics pour diversifier l’écononomie nationale.

Laisser tomber une grande institution, un scénario devenu impensable ?

Ue banque doit-elle pouvoir faire faillite ? Jusqu'à la crise, la réponse était théoriquement oui. Dans un système financier toujours plus libéralisé depuis les années 1980, les acteurs privés étaient libres de courir de plus en plus de risques, pour leur plus grand profit. Mais en cas de perte, l'Etat devait s'abstenir de les renflouer car cela revenait à collectiviser les pertes et à renforcer l'"aléa moral" : ceux qui prennent des risques ne doivent pas se sentir protégés, sauf à encourager les comportements irresponsables.

Certains dirigeants ont tenté de s'en tenir à ce principe. A l'été 2007, le gouverneur de laBanque d'Angleterre, Mervyn King, s'était opposé à un soutien au secteur bancaire. Mais la panique engendrée par la déconfiture du prêteur immobilier britannique Northern Rock l'a obligé à intervenir pour éviter la panique des épargnants.

En septembre 2008, les autorités américaines ont tenté à leur tour l'expérience du laisser-faire avec Lehman, provoquant un séisme sur les marchés : "Au moment de la faillite de Lehman Brothers, de nombreux économistes plaidaient pour une non-intervention de l'Etat, afin de ne pas alimenter l'aléa moral. Le pari était osé. On sait aujourd'hui que cette décision a tout simplement été catastrophique", analyseGunther Capelle-Blancard, professeur à l'université Paris-I (Panthéon-Sorbonne) et directeur adjoint du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii). "La chute de Lehman Brothers a largement aggravé la crise. Dorénavant, il est certain que les Etats ne laisseront aucune institution financière d'envergure faire faillite. De façon assez paradoxale, en voulant lutter contre l'aléa moral, on n'a fait que le renforcer", poursuit-il.

Des dizaines de petites banques régionales américaines ont pu fermer, car elles ne menaçaient pas la stabilité du système financier. Mais d'autres se sont révélées "too big to fail", trop importantes pour faire faillite : elles mettraient en danger le système financier dans son ensemble si elles n'honoraient pas leurs engagements. Les pouvoirs publics ont dû recapitaliser, nationaliser ou garantir les dépôts pour sauver le système de la ruine et protéger les clients. Les banques centrales ont fourni des liquidités à bas prix aux établissements.

"A part Lehman Brothers, l'ensemble du système financier a été soutenu : les Etats se sont retrouvés à fournir gratuitement une assurance en dernier ressort contre le risque systémique. Le système financier sait donc qu'il peut compter sur ce soutien", analyse Benoît Cougnaud, PDG d'Azurris, conseil en risques financiers et maître de conférences à l'Essec. Les comportements spéculatifs ont alors pu réapparaître, dénonce-t-il, et continuer à déséquilibrer certaines catégories de produits financiers. Après avoir été divisé par cinq, le prix du pétrole a été multiplié par plus de deux en quelques mois, montrant la persistance d'une spéculation excessive sur les marchés dérivés.

A défaut de pouvoir laisser des banques mourir, les Etats réfléchissent donc aux moyens de mieux maîtriser, à l'avenir, les risques spéculatifs. Une première réponse a été apportée avec le renforcement des exigences en capital pour les opérations de marché. Lors d'une réunion de la Banque des règlements internationaux (BRI, qui réunit les grandes banques centrales), dimanche 6 septembre, un accord a été finalisé pour durcir les normes dites de "Bâle 2" à partir de 2011, comme l'avaient demandé les ministres des finances du G20. Mais cette démarche a ses limites. "Les réponses techniques qui ont été apportées pour renforcer les fonds propres des banques sont nécessaires, mais elles sont trop raffinées et pèchent par leur opacité et leur complexité", estime M. Capelle-Blancard. "Il est très difficile de trouver un expert qui maîtrise véritablement le sujet. Il faudrait mettre en place des mesures plus simples et plus lisibles", explique-t-il.

Les pouvoirs publics doivent aussi utiliser d'autres mesures préventives, notamment une supervision exhaustive et détaillée de la finance. "Il n'est pas anormal que le secteur bancaire soit l'activité économique la plus régulée : l'assurance tous risques fournie par l'Etat doit avoir une contrepartie", explique M. Capelle-Blancard. Participant au circuit du crédit et donc à la création de la monnaie, bien public à usage privé, la banque n'est pas une industrie comme une autre.

Le contrôle de l'Etat doit ainsi inclure les rémunérations, explique M. Capelle-Blancard. "SiThierry Henry ou Bill Gates gagnent des millions de dollars, cela ne fait pas peser un risque systémique sur l'économie. Dans le cas d'un opérateur de marché, cela peut être le cas."

"Ensuite, poursuit M. Capelle-Blancard, il paraîtrait également logique de taxer les transactions financières, comme l'a proposé le président de la FSA [Financial Services Authority, l'autorité britannique des marchés financiers]. Le produit de cette taxe pourrait alimenter un fonds de garantie bancaire, dont le financement repose aujourd'hui sur les dépôts." Dans un entretien au magazine Prospect publié le 27 août, Lord Adair Turner jugeait en effet la sphère financière"hypertrophiée" et appelait à réduire sa taille, d'abord en revoyant les normes de fonds propres."Et si ces exigences accrues de capital ne suffisent pas, je suis heureux d'envisager des taxes sur les transactions financières, des taxes Tobin", ajoutait-il, dans une allusion aux propositions de l'économiste James Tobin d'appliquer des taxes d'un faible montant sur les échanges de marché pour décourager les opérations à très court terme.

Aujourd'hui, les excès du système financier, les bulles spéculatives et la volatilité qu'il produit ont un coût pour les entreprises et les consommateurs, de pétrole ou de produits agricoles par exemple. Lorsque les bulles éclatent, c'est la collectivité qui règle la facture. La sphère financière fait ainsi payer à l'économie une sorte de taxe Tobin à l'envers. La fiscalité permettrait d'inverser ce processus.

Perspectives économiques mondiales "meilleures que prévu"

Les "projections sont meilleures que ce qui était prévu" pour l'économie mondiale, a annoncé à Bâle (Suisse) Jean-Claude Trichet.

"Nous savons déjà qu'un certain nombre de projections ont été légèrement révisées à la hausse, confirmant que nous avons probablement dépassé, pour de larges pans de l'économie, la période de chute libre qui a marqué le dernier trimestre 2008 et le premier trimestre de cette année", a déclaré M. Trichet.

"Nous devons rester prudents et il n'est pas exclu que nous ayons devant nous une route cahoteuse", a-t-il cependant ajouté, à l'issue de la réunion bimestrielle des gouverneurs des grandes banques centrales au siège de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle, la "banque centrale des banques centrales".

"Nous ne sommes pas encore à un niveau de fonctionnement de la finance mondiale que nous pourrions considérer comme normal", a-t-il observé.

Au cours des dernières semaines des indicateurs clés ont semblé montrer une stabilisation de l'économie mondiale.

La France et l'Allemagne, les deux principales économies de la zone euro, sont sorties de récession tandis que les États-Unis montrent des signes de ralentissement des pertes d'emploi.

Cette réunion de banquiers centraux à Bâle ne s'est pas limitée aux gouverneurs du G-10 mais les responsables ont refusé de préciser qui étaient les autres participants.

En ce qui concerne la politique monétaire, "il y a une grande unité d'objectifs de toutes les banques centrales, nous sommes unis pour maintenir des prix stables", a déclaré M. Trichet.

"Cette unité d'objectifs ne signifie pas que nous faisons tous la même chose: nous sommes dans des situations différentes, nous avons des économies différentes, de tailles différentes, qui ont été secouées (par la crise) de différentes manières", a ajouté le président de la Banque centrale européenne (BCE).

Les gouverneurs des grandes banques centrales ont annoncé dimanche soir un accord sur un ensemble de mesures pour renforcer la régulation et la supervision du secteur bancaire, touché par la crise financière.

Ces mesures "devraient réduire de manière substantielle la possibilité et l'ampleur des tensions économiques et financières", selon un communiqué rendu public par la Banque des Règlements internationaux (BRI) basée à Bâle.

"Il est très important (...) que nous fassions tout ce qui est nécessaire" pour éviter une répétition de la crise, a insisté M. Trichet en mettant également en garde contre le protectionnisme et les déséquilibres des balances extérieures et intérieures.

Il a prôné une correction de ces déséquilibres "afin d'être sûrs que nous ne préparons pas d'autres difficultés pour l'avenir".

Les économistes mettent en garde régulièrement contre le déficit budgétaire américain qui s'approfondit sans cesse, et contre le déficit commercial des États-Unis, notamment avec la Chine.

La chance Lehman

Dans les temps anciens, le péché originel d'Adam avait chassé l'homme du paradis terrestre. Dans les temps modernes, c'est la faillite de la Lehman Brothers qui l'a remplacé. En laissant tomber la banque d'investissement new-yorkaise, les autorités américaines auraient provoqué la pire catastrophe économique survenue en près d'un siècle. Et s'il était temps de remettre en cause cette grille de lecture, un an après cet événement historique ?

D'abord, la finance n'a pas attendu la chute de la maison Lehman pour aller mal. Le numéro deux des crédits immobiliers aux Américains les moins aisés, New Century Financial, s'est effondré en avril 2007, un an et demi plus tôt. Trois mois plus tard, deux banques allemandes ont fait faillite. Puis la Banque centrale européenne a déversé des centaines de milliards d'euros sur des marchés exsangues. En mars 2008, la rivale de Lehmann, Bear Stearns, est reprise en catastrophe par JP Morgan. En septembre, une semaine avant l'épisode Lehman, l'Etat américain sauve Fannie Mae et Freddie Mac, deux géants du refinancement hypothécaire qui devaient des milliers de milliards de dollars à leurs créanciers. Non, la finance n'allait pas bien. L'économie non plus, d'ailleurs. Les Etats-Unis sont entrés en récession fin 2007. La Chine est tombée en panne mi-2008. En France, les géants de la distribution ont observé une rupture brutale en mai 2008. Ce n'est pas la faillite de Lehman qui a causé le retournement de l'activité. De même qu'en 1929, ce n'est pas le krach du 24 octobre qui a jeté le monde dans la tourmente. Lors des trois mois précédents, la production industrielle avait dévissé de 10 % aux Etats-Unis.

Bien sûr, il serait stupide de nier que la faillite Lehman a provoqué une panique sans précédent, un terrible gel des prêts bancaires, une course au cash meurtrière, un effondrement des échanges mondiaux de 38 % en six mois. Et pourtant, cette faillite a peut-être été une chance. Pas seulement parce qu'un capitalisme où la faillite est impossible est condamné à devenir une forme de communisme. Pas seulement parce qu'elle a montré aux nombreux benêts et tartufes qui doutaient de l'existence du risque systémique (parfois pour préserver leurs intérêts) que ce risque existe vraiment, et qu'il est donc légitime de prendre des mesures pour s'en protéger. Mais aussi parce que ça aurait pu être encore pire ! Il suffit pour s'en rendre compte de se poser une question simple : qu'est-ce qui se serait passé si Washington avait sauvé Lehman ?

La première réponse est donnée par l'un des hommes marquants de la finance internationale, qui insiste sur la réticence profonde de l'opinion américaine et du Congrès à l'égard des mesures de sauvetage des « fat cats » de Wall Street. Pour lui, si l'administration Bush avait mis tout son poids dans la balance pour sauver Lehman, elle aurait peut-être dû lâcher AIG, l'assureur sauvé le lendemain. Or AIG était au coeur de la Banque mondiale, dont Lehman n'était qu'un acteur secondaire. Avec ses « credit default swaps », il garantissait des milliers de milliards de dollars de crédit. Sa chute aurait jeté au tapis toutes les grandes ­banques de la planète.

Et si Wall Street avait été sauvée de l'implosion, le poison aurait continué de couler dans les veines de la finance. Car, depuis des années, les trop grands risques pris par les banquiers, d'une manière ou d'une autre, gangrenaient leurs comptes. Prêts logement imprudents, cartes de crédit trop chauffées, acroba­tiques financements d'entreprise en LBO, délires de la titrisation… Tous ces excès auraient pu déboucher sur un formidable feu d'artifice. Où ce n'est pas seulement la banque d'investissement new-yorkaise qui aurait explosé, mais l'ensemble de la haute finance mondiale. Un infarctus sauve parfois sa victime, à condition d'être soigné très vite. Il révèle les faiblesses insoupçonnées d'un coeur que l'on croyait vaillant. Sans cet accident cardiaque, les artères auraient continué de se boucher. Jusqu'au jour où il serait devenu impossible de sauver le malade, même avec toute la puissance de la chirurgie moderne. La chute de la maison Lehman tient davantage de l'infarctus salutaire que du péché originel. Autrement dit, c'est la finance qui est en cause plus que l'action publique.

Climat: les pays pauvres vont souffrir, les riches doivent assumer, selon la Banque mondiale

Des centaines de millions de personnes supplémentaires menacées de famine, un revenu en forte baisse: le réchauffement climatique accroîtra le fossé entre riches et pauvres, prévient la Banque Mondiale (BM) qui appelle le monde industrialisé à un effort sans précédent.

Dans son rapport annuel rendu public à Nairobi, la Banque Mondiale exhorte les pays riches "à prendre la tête du combat contre le réchauffement en adoptant des objectifs très stricts" lors d'une conférence cruciale en décembre à Copenhague.

La communauté internationale doit s'entendre alors sur un accord destiné à succéder au Protocole de Kyoto, par lequel les pays développés --moins les Etats-Unis-- s'étaient engagé à réduire leurs gaz à effet de serre.

Ces émissions, à commencer par celles de dioxyde de carbone, sont les principales responsables du réchauffement, qui a déjà fait grimper le thermomètre de 0,8 degré depuis le début de l'ère industrielle.

Alors que pays riches, économies émergentes comme la Chine ou l'Inde, et pays développés sont encore très loin d'un accord sur le financement de la lutte contre le réchauffement, la BM a estimé que le monde industrialisé occidental ne pouvait échapper à ses responsabilités.

Les pays à revenus élevés, responsables de 64% des émissions de gaz à effet de serre depuis 1850, n'en supporteront les conséquences qu'à hauteur de 20%. Les pays en voie de développement, à l'origine de 2% de ces émissions, en paieront les frais à hauteur de près de 80%, selon le rapport.

La BM chiffre à 475 milliards de dollars (325 mds euros) les besoins des pays développés pour faire face au réchauffement climatique d'ici 2030, alors que seulement 5% de ce montant est disponible aujourd'hui.

Une augmentation de 2 degrés de la température d'ici la fin du siècle -- l'objectif le plus raisonnable qui exigerait déjà une révolution des modes de production -- mettrait "entre 100 et 400 millions de personnes supplémentaires en danger de famine, et 1 à 2 milliard d'autres pourraient ne plus trouver suffisamment d'eau pour subvenir à leurs besoins".

Cela "pourrait provoquer une baisse permanente de 4 à 5% de la consommation annuelle par personne en Afrique et en Asie du sud", selon le rapport, qui conclut que "le changement climatique va accroître le fossé" entre pays riches et pauvres.

Pour appuyer sa démonstration, l'institution spécialisée dans l'aide aux pays pauvres a lancé officiellement son rapport non pas à son siège à Washington, mais à Nairobi, capitale du Kenya confronté à une sécheresse persistante.

La multiplication d'épisodes extrêmes --sécheresse, inondations, ouragans-- frappera bien plus durement les pays pauvres, plus exposés en raison d'une déforestation massive, d'un approvisionnement en eau insuffisant et d'une économie très dépendante de la météo.

Or moins de 1% de la richesse produite chaque année suffirait pour passer d'ici 2100 à une économie totalement débarrassée de sa dépendance aux énergies fossiles (pétrole, charbon) émettrices de dioxyde de carbone.

"Quand nous avons rédigé ce texte, nous avons reçu en interne des mails disant: +ce n'est pas un rapport de la Banque Mondiale, c'est de la science fiction. Mais nous ne pouvons pas dire que c'est impossible, c'est juste que nous n'avons jamais essayé", a plaidé l'auteure principale du rapport, Marianne Fay.

Le ministre de l'Environnement kényan John Michuki a en tout cas tiré argument de ce texte pour demander un effort financier important des pays riches à Copenhague, dans le cadre "d'un accord qui applique le principe du pollueur payeur".

Tunisie - Rapport annuel de la BCT pour 2008 : Indicateurs, conclusions et recommandations

Le rapport annuel de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) pour 2008 vient d’être présenté au chef de l’Etat. Ce rapport, qui est à sa cinquantième édition, analyse les principales évolutions économiques et financières, aux plans international et national. En voici des extraits des principaux enseignements tirés par le gouverneur de la BCT, M.Taoufik Baccar.

Les indicateurs macroéconomiques de 2008

Un taux de croissance de 4,6%, grâce au dynamisme des services marchands, notamment dans les domaines des communications, du transport et du tourisme. Le secteur industriel a enregistré une certaine décélération de son rythme de croissance surtout au niveau des industries mécaniques et électriques, du textile et habillement et de l’énergie et des mines.

Le volume de l’investissement a augmenté de 14,8%. Son taux a atteint 24,9% du PIB. De son côté, l’investissement direct étranger a enregistré une progression importante, son volume s’étant accru d’environ 64% en 2008 pour atteindre 3.400 MDT. Cette évolution a concerné la plupart des secteurs, notamment l’énergie, les industries manufacturières et les services.

Au plan financier, l’épargne nationale a porté son volume à 11,7 milliards de dinars, soit 23,3% du RNDB. Pour ce qui concerne les paiements extérieurs, le déficit commercial, voire le déficit courant, a atteint 4,2% du PIB, contre 2,6% en 2007. Ce déficit a néanmoins été judicieusement couvert par les flux importants des investissements directs étrangers.

La balance générale des paiements a dégagé un excédent important de 2.053 MDT, ce qui a permis de consolider les réserves en devises qui ont atteint 11.656 MDT contre 9.582 MDT au terme de l’année 2007.

La masse monétaire M3 a augmenté de 14,4%, au terme de l’année 2008.
Dans ce contexte et afin de maîtriser les pressions inflationnistes, la Banque centrale de Tunisie a relevé courant 2008 à deux reprises, les taux de la réserve obligatoire, tout en assurant un suivi plus rapproché de l’évolution du marché monétaire et en procédant aux interventions nécessaires pour réguler la liquidité ; ce qui a contribué graduellement à maîtriser l’inflation, note le gouverneur de la BCT.

En ce qui concerne les finances publiques, les ressources propres de l’Etat se sont accrues de 19,8% en 2008 contre 6,7% pour les dépenses ; ce qui a ramené le déficit budgétaire à 1,2% du PIB contre 2,9% en 2007, en dépit de la hausse importante des charges de la Caisse générale de compensation et des subventions des carburants.

Le taux d’endettement a été réduit, quant à lui, à 47,5% du PIB contre 50% en 2007.

Le comportement des banques

Dans le domaine du financement, les concours bancaires à l’économie ont atteint environ 32,6 milliards de dinars à la fin de 2008, enregistrant une hausse de 13,5%, en comparaison avec l’année 2007.

Egalement, les banques ont poursuivi leurs efforts visant à consolider leurs assises financières. Ainsi, leurs fonds propres se sont élevés à 3,9 milliards de dinars enregistrant une hausse de 12,6% pour porter l’indicateur de couverture des risques à 11,7%.

En ce qui concerne la qualité du portefeuille des crédits, les efforts des banques se sont renforcés dans le domaine de la maîtrise des risques, du traitement dynamique des créances classées et de la constitution des provisions nécessaires ; ce qui a permis de ramener la part des créances classées à 15,5% contre 17,6% en 2007 et de porter le ratio de couverture de ces créances par les provisions à 56,8%.

Ces efforts se sont répercutés favorablement sur les résultats financiers des banques, dont le produit net a augmenté de 13,3% en 2008, relevant ainsi la rentabilité de leurs fonds propres à 11,2%.

Les recommandations du gouverneur

Dans le cadre des initiatives internationales visant à renforcer les fondements et les mécanismes de contrôle des institutions et des instruments financiers et à créer des structures en charge de la coordination et de la supervision de toutes les composantes du secteur financier et des domaines connexes, tels le rating, la comptabilité et l’audit, le gouverneur de la BCT estime qu’il est devenu indispensable d’envisager la mise en place d’un dispositif garantissant la stabilité financière et sa pérennité tout en accordant l’intérêt qu’il faut à la dimension globale du contrôle et du suivi, de manière à déterminer les canaux de transmission entre la sphère financière et la sphère réelle, à asseoir des indicateurs avancés permettant d’anticiper les fluctuations économiques et à mettre en place les mécanismes idoines de prévention.

C’est dans le cadre de ces orientations que s’inscrit la création du Centre de recherches et d’études financières et monétaires, une structure spécialisée dans les questions en rapport avec la stabilité financière et monétaire.

Par ailleurs, la baisse des cours des produits de base, sous l’effet du repli de la demande mondiale ne doit pas occulter la tendance à la hausse de ces cours, à moyen et long termes, et partant, la possibilité de recrudescence des pressions inflationnistes. De telles perspectives devraient donc être prises en considération, compte tenu des risques de répliques qu’elles véhiculent sur l’économie mondiale et les marchés financiers internationaux dans les années à venir.

Dans ce contexte, le gouverneur de la BCT recommande de veiller à la bonne mise en œuvre des mesures conjoncturelles et structurelles prises pour aider l’entreprise et consolider l’activité économique et de les appuyer, si nécessaire, par des mesures supplémentaires, tout en demeurant vigilant et attentif, aux évolutions de la conjoncture économique internationale et en assurant l’exploitation optimale des différentes sources de croissance, de manière à consolider la résilience de l’économie face aux crises et aux chocs externes.

A Londres, M. Ghannouchi rappelle les fondamentaux de l’économie tunisienne

Comme nous l’écrivions le 6 août dernier Tunisie : Mohamed Ghannouchi à Londres en septembre, le Premier ministre a participé à Londres au colloque organisé par le magazine The Economist sur le thème «Comment pouvoir développer le commerce dans cet environnement de risques et de turbulences». Plusieurs communications à l’ordre du jour de cette rencontre, dont «la mondialisation de l’économie», «les répercussions de la crise financière internationale et les moyens à même de faire face à ses impacts», «les perspectives de développement du commerce international» et «le rôle des pays émergents dans ce domaine».

A cette occasion, la communication du Premier ministre a porté sur les moyens de développer le commerce dans un environnement turbulent, ainsi que la démarche adoptée par la Tunisie afin de préserver l’économie nationale et consolider la dynamique économique.

D’emblée M. Ghannouchi a souligné que «la dynamique des échanges commerciaux a été sérieusement ébranlée par la crise financière internationale, relevant que la récession, qui a touché durement les pays industrialisés, s’est traduite par une forte contraction de la demande extérieure, et par une baisse, de l’ordre de 12%, du commerce mondial de biens et services, contre une expansion continue tout au long des 25 dernières années». Avant d’ajouter que «la Tunisie, forte d’une économie largement ouverte sur l’extérieur, soutient les efforts déployés par la communauté internationale pour rétablir la confiance et permettre à l’économie mondiale de retrouver le chemin de la croissance vertueuse, de la croissance collective et partagée».

A cet égard, il a mis en exergue l’effort sans précédent, consenti notamment par les Etats-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine pour restaurer le système financier, rétablir les activités de prêts et relancer la croissance et l’emploi.

Estimant que la volonté affichée dans le cadre du G8 et du G20, pour recourir à toute une gamme d’instruments de politique budgétaire et monétaire pour rétablir la demande mondiale, promouvoir le commerce et l’investissement, et réinstaurer la croissance et la prospérité… a permis de rétablir la confiance…, il avertit tout de même en substance que cette lueur d’espoir retrouvé ne doit cependant «… nous amener à baisser notre garde, même si l’on peut raisonnablement considérer que le pire de la crise est derrière nous».

Dans le même ordre d’idées, M. Ghannouchi a rappelé les trois orientations convenues lors de ce sommet, entre autres l’accélération de la restructuration de l’architecture financière internationale, la relance du Cycle de Doha et le renforcement des mécanismes de financement des marchés émergents…

Concernant la Tunisie, M. Ghannouchi a indique que le coût budgétaire engagé par le pays pour soutenir les entreprises économiques se monte à 0,6% du PIB. Sans oublier un important programme d’investissements structurants en cours et ayant pour composantes : le renforcement du réseau autoroutier de quelque 600 kms, le développement du réseau ferroviaire, la réalisation de deux centrales électriques de 400 MW chacune, la construction d’une raffinerie de pétrole dans la région de Skhira au sud du pays, pour une capacité de 4 à 5 millions de tonnes, la construction d’une unité de super triple de phosphate de 500.000 tonnes à Gafsa dans le sud tunisien, la construction d’un port en eau profonde dans la région d’Enfida à 100 kms du sud de Tunis et l’aménagement d’une zone logistique d’appui autour du port s’étalant sur 500 ha.

Dans cette optique, et à l’adresse des partenaires de la Tunisie, le Premier ministre n’a pas manqué de souligner : ‘‘Ces investissements, tout en relançant la demande intérieure, offrent évidemment de sérieuses opportunités d’affaires pour les partenaires de la Tunisie’’.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’un autre volet plus global vient s’y ajouter, il s’agit du ‘’Programme d’appui à l’intégration de l’économie tunisienne à l’économie mondiale’’, élaboré et mis en œuvre par la Tunisie avec l’appui de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’union européenne. Objectif : réduire les coûts des transactions, simplifier et optimiser les procédures du commerce extérieur, améliorer l’accès au financement et le climat des affaires et consolider les fondamentaux dans les domaines économiques et financiers.

La conclusion de la communication du Premier ministre est un véritable cours d’économie politique : «La mondialisation, nous y croyons fermement, loin de constituer une menace ou un handicap, offre au contraire d’importantes opportunités de croissance et de progrès pour tous, à condition de s’organiser, de se concerter, d’établir des relations de partenariat, dans le cadre d’une démarche gagnant-gagnant, à condition, aussi et surtout, de tirer les enseignements de la crise que nous vivons et de convenir d’un code de conduite, en particulier sur les plans financier et écologique, qui doit être respecté par tous, pour préserver les vertus de la mondialisation et permettre à l’économie mondiale de retrouver le chemin d’une croissance vigoureuse, durable, profitable à tous les pays».

FMI : les banques centrales n'ont pas vu les «signaux» de la crise

Le Fonds monétaire international s'est inquiété mardi des points de croissance perdus par l'économie mondiale et souhaite un élargissement des pouvoirs de surveillance des banques centrales au niveau macroéconomique.

Dans son rapport intitulé « Perspectives de l'économie mondiale », le Fonds monétaire international dresse un tableau des principaux enseignements que l'on peut tirer des 88 crises bancaires de ces 40 dernières années. Dans un des chapitres de l'étude, l'institution s'inquiète de la croissance perdue par l'économie mondiale ces prochaines années à cause de la crise financière. «Les crises bancaires ont généralement des répercussions durables sur la production, même si la croissance finit par reprendre. Les baisses du taux d'emploi, de l'investissement et de la productivité sont autant de facteurs qui contribuent à prolonger les pertes de production». Le FMI note ainsi que pour un pays moyen, le niveau de production reste inférieur «d'environ 10 % au niveau antérieur à la crise sept ans après son déclenchement». L'organisation internationale avance comme raisons principales une baisse de la productivité dans un premier temps de la crise, puis un affaiblissement de l'investissement et du niveau d'emploi global. «L'activité réelle dans les économies développées a peu de chances de rebondir vers sa tendance d'avant-crise» poursuit le FMI, précisant cependant que les pertes de production ne sont pas inévitables et qu'elles sont moindres dans les pays disposant de mesures de relance à court terme.

Plus de pouvoir pour les banques centrales

Revenant sur certaines des causes de la crise actuelle, le FMI estime que la politique monétaire n'est pas directement responsable. «Dans quelques pays, elle (la politique monétaire) a été laxiste durant les années qui l'ont précédée, mais il est improbable qu'elle ait été la principale cause systématique des expansions et des récessions consécutives dans l'ensemble de l'économie mondiale» avance le FMI, qui estime que les différences entre les politiques monétaires nationales ne sont pas bien corrélées aux écarts entre la croissance des prix immobiliers et boursiers. Cependant, les responsables des politiques monétaires ne sont pas exempts de tout reproches car ils auraient pu détecter des «signaux d'alerte», les banques centrales ayant accepté sans broncher l'assouplissement des conditions de financement, créant le risque d'une grave récession. Afin que ces erreurs ne se reproduisent pas, le FMI prône pour l'instauration d'instruments «macroprudentiels» au sein des banques centrales, conçus «pour atténuer les cycles du marché du crédit».