jeudi 28 mai 2009

Arabie Saoudite : solidité face à la crise

Au stade actuel de la crise économique mondiale, l'Arabie Saoudite reste relativement épargnée. L'ouverture assez faible de son économie, y compris son secteur financier, ainsi que la capacité à mettre en oeuvre une politique de relance massive amortissent les effets de la crise sur l'économie.

Dans la région du Golfe, le secteur bancaire saoudien est actuellement le moins affecté par la crise. D'une manière générale, les banques saoudiennes ont suivi une politique de crédit assez conservatrice, limitant l'exposition aux actifs à risque et aboutissant à une situation de liquidité bancaire assez confortable. L'essentiel du passif du secteur bancaire est composé de dépôts domestiques. La croissance assez modérée du crédit n'a pas poussé les banques à se financer à l'extérieur, elles n'ont donc été que modérément atteintes par l'assèchement du crédit au niveau mondial.

Cependant, la croissance économique reste étroitement liée à la production d'hydrocarbures qui représente plus d'un tiers du PIB. La baisse de production d'hydrocarbures et les perspectives médiocres des secteurs non pétroliers devraient entraîner le royaume saoudien dans la récession en 2009.

Pour faire face à la forte baisse des prix du pétrole débutée mi-2008 (le baril de Brent est passé de 140 à 40 dollars US entre juillet et décembre 2008), l'OPEP a décidé sa plus forte baisse de quota de production depuis sa création (- 13 % environ). En tant que premier producteur de pétrole de l'OPEP, la contribution de l'Arabie Saoudite est importante. Sa production de pétrole devrait se contracter d'environ 10 % en 2009, ce qui devrait entraîner une baisse parallèle de la production gazière (gaz extrait en association avec le pétrole et essentiellement utilisé dans l'industrie). Etant donné les perspectives du marché pétrolier pour 2009 (attendu à 50 dollars US/baril en moyenne sur l'année), le niveau de prix du pétrole ne devrait pas permettre un relèvement des quotas de production à court terme. Les cours actuels sont, en effet, encore loin de l'objectif du gouvernement saoudien (75 dollars US/baril). Au total, le PIB pétrolier (gaz compris) devrait se contracter d'environ 10 % en termes réels sur l'année 2009 et de pratiquement 40 % en termes nominaux.

La réduction importante des recettes pétrolières attendues pour 2009, couplée à la nature expansionniste du budget, va réduire fortement l'excédent budgétaire. Les recettes pétrolières concourent pour 85 % des ressources budgétaires totales. La baisse des prix du pétrole (hypothèse de 50 dollars US/baril en moyenne pour le Brent) ainsi que la réduction de production (d'environ 10 %) devraient diviser les recettes budgétaires par deux en 2009 par rapport à l'année précédente. Du côté des dépenses, on peut estimer que le plan de relance massif aboutira à une hausse des engagements de l'ordre de 10 % par rapport à 2008. Au final, le solde budgétaire devrait rester légèrement positif (1,4 % du PIB attendu contre 33 % en 2008).

Même dans un scénario déprimé à 35 dollars US/baril en 2009, la situation reste facilement maîtrisable puisque le déficit, qui se creuserait dans un tel cas jusqu'à 8 % du PIB, pourrait être largement évité à l'aide des avoirs publics extérieurs. Ces derniers sont estimés à plus de 450 milliards de dollars US (environ 100 % du PIB) et seront mis à contribution pour faire face à un déficit éventuel.

Malgré la chute attendue des recettes pétrolières en 2009, une politique budgétaire clairement expansionniste devrait être un soutien significatif pour l'activité. Le budget 2009 sera le plus important jamais programmé. Les dépenses sont prévues en hausse de 15 % par rapport à 2008 et devraient atteindre plus de 39 % du PIB. Mais, contrairement à ce que l'on a observé dans les périodes précédentes de baisse importante des recettes pétrolières, les dépenses publiques en capital ne serviront pas de variable d'ajustement mais devraient croître de 35 % environ. Par ailleurs, l'augmentation de l'offre de financement public devrait permettre de compenser partiellement l'assèchement du financement bancaire. Le Fonds public d'investissement et le Fonds saoudien de développement industriel, qui fournissent du financement concessionnel de long terme, sont incités à accroître leur engagement dans le financement de projet, notamment grâce à l'extension des maturités maximales et à une hausse des plafonds de participation.
La poursuite du programme de villes nouvelles fera figure de test quant à l'implication des finances publiques dans des projets prévus pour être financés par le secteur privé.

Grâce à ce plan de relance, les dépenses publiques devraient être la composante la plus dynamique de la croissance en 2009 et permettre de partiellement compenser la baisse d'activité dans le secteur pétrolier. 

Par Pascal Devaux, Direction des études économiques de BNP Paribas (Extrait de «Conjoncture», mai 2009)

lundi 25 mai 2009

Le fardeau du dollar

Attention ! La fusée dollar rentre dans l'atmosphère. Depuis l'automne dernier, la monnaie des Etats-Unis était en apesanteur. Dans la panique absolue qui a suivi la chute de la maison Lehman, le billet vert semblait être le seul actif totalement sûr. Propulsé par les réserves d'or de Fort Knox, par l'aura de la Réserve fédérale et par la puissance de feu de Washington, il tournait en orbite autour de la planète finance. Mais, dès que la panique devient relative, la trajectoire du dollar change. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Les investisseurs ont moins peur, comme le montrent tous les indicateurs de perception du risque. Ils sont prêts à diversifier à nouveau leurs portefeuilles. Et surtout, ils regardent la réalité en face après avoir agi pendant des mois à l'instinct. Et la réalité, c'est que le primat de la finance américaine chancelle. Rien que cette semaine, le Trésor va lever plus de 100 milliards de dollars. Le déficit budgétaire approchera cette année le montant affolant de 2.000 milliards de dollars, soit le huitième des richesses produites. Le bilan de la Réserve fédérale ressemble à celui d'un « hedge fund ». Les agences de notation pourraient bien exprimer leurs doutes sur la capacité des Etats-Unis à rembourser leurs dettes en temps et en heure, comme l'une d'entre elles vient de le faire pour le Royaume-Uni, qui n'a pourtant jamais eu d'incident sérieux de paiement depuis trois siècles. Bien sûr, les banques centrales d'Asie continuent d'acheter du billet vert. Mais la Chine renâcle de plus en plus, comme en témoignent les piques répétées de ses dirigeants sur la domination exercée par le dollar. Et il n'est aujourd'hui plus possible de nier que le rééquilibrage de l'économie mondiale passera par un redressement des exportations américaines, qui aura bien du mal à se produire sans un recul du dollar.

Au-delà des aléas de court terme, le dollar paraît donc condamné à décliner - en espérant qu'il n'y aura pas un « free fall », une chute libre de la devise américaine. C'est une mauvaise nouvelle de plus pour les industriels européens. Ces derniers mois, le billet vert était le cadet de leurs soucis. Son appréciation avait même permis de préserver les marges sur les contrats à l'export qui tenaient bon. Mais dans les mois et les années à venir, ils ne pourront pas compter sur un dollar fort. Son érosion risque de rendre la reprise de l'activité encore plus molle sur le Vieux Continent. Et elle va accroître la pression sur les sites de production implantés en Europe. Oui, il faudra aussi un nouvel ordre monétaire mondial.

JEAN-MARC VITTORI

Le monde menacé par des crises sociales selon le président de la BM

Le président de la Banque Mondiale prévoit une lente reprise de l'économie. Robert Zoellick pense aussi que la montée du chômage dans le monde représente une grave menace de protectionnisme et de crise sociale.

Le monde menacé par des crises sociales selon le président de la BM

Le monde menacé par des crises sociales selon le
 président de la BM

Répondant à une interview dans un journal, Robert Zoellick a relevé que des dangers guettaient toujours le système financier américain et les économies émergentes. Selon lui la Chine montre des progrès encourageant grâce à son plan de relance. D'un autre côté certains pays tels le Mexique et le Brésil seraient menacés de perdre l'accès au financement, et enfin un consensus semble se dessiner chez les économistes et les industriels, consensus qui voit une lente reprise de l'économie.

Reprise économique mondiale en 2010, selon Trichet

Aux yeux du président de la Banque centrale européenne, le ralentissement de l'économie dans le monde voit son rythme se réduire. Mais il faudra attendre l'an prochain pour constater une véritable reprise.

Jean-Claude Trichet

Les déclarations du président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet , sont toujours très suivies, surtout en ces temps de crise économique et financière pour laquelle les oracles sont rares.

Samedi, s'exprimant après une réunion à Rome du G30, le club des grands banqueirs centraux et spécialistes mondiaux du secteur de la finance, il a déclaré : "nous sommes dans une situation où nous assistons à un ralentissement progressif de la chute du PIB dans le monde industrialisé. Nous verrons probablement que la chute est de plus en plus faible, mais les chiffres resteront négatifs et cela pourrait durer toute l'année en cours. Les chiffres positifs vont apparaître dans le courant de l'année prochaine".

Il confirme ainsi sa prévision d'une reprise l'an prochain. Mais elle pourrait s'amorcer plus tôt dans les pays émergents.

latribune.fr

Pourquoi l'euro vaut à nouveau 1,40 dollar

Kai Pfaffenbach / Reuters
 

L'euro a franchi vendredi le cap de 1,40 dollar, pour la première fois depuis le 2 janvier. Une appréciation de près de 4% en une semaine en fait surtout liée à la chute du billet vert. Pourquoi? Le mouvement sera-t-il durable? Quelles conséquences pour la zone euro?

L'euro a repassé la barre symbolique de 1,40 dollar pour la première fois depuis le 2 janvier. A 18 heures, vendredi, la monnaie européenne s'échangeait à 1,4000 dollar, après avoir touché 1,4030 en séance, contre moins d'1,39 dollar jeudi soir et moins d'1,35 en début de semaine. Une appréciation rapide moins liée à des facteurs européens qu'à la dépréciation du billet vert.

Quelles sont les causes de la chute brutale du dollar ?

C'est la conséquences de plusieurs éléments. D'abord, la publication, mercredi, des minutes du comité de politique monétaire de la banque centrale américaine, pas très optimiste sur l'activité économique aux Etats-Unis. D'après ce document, une augmentation des achats de titres, notamment de bons du Trésor, « pourrait être justifiée afin d'impulser une reprise plus rapide ». Or cette technique pèse sur le cours du dollar d'au moins 3 façons :

  • En achetant ces titres, la Fed fait baisser leurs rendements et prive les investisseurs d'une raison d'acheter des dollars pour les acquérir.
  • Elle traduit l'intensification du recours à des moyens « non conventionnels », dits d' « assouplissement quantitatifs », qui retardent d'autant la normalisation de la politique monétaire. En clair, toute hausse des taux, par nature favorable au billet vert, se trouve repoussée d'autant.
  • Enfin, elle est interprétée par les marchés comme synonyme d'utilisation de la planche à billets, avec toutes les conséquences à terme en matière d'inflation.

Autre facteur négatif pour le dollar :  la situation de la dette américaine. La crise et les mesures de lutte contre la crise accroissent le déficit budgétaire qui atteindra 1841 milliards de dollars pour l'exercice en cours, soit 13% du PIB américain. Ce qui oblige le gouvernement à émettre massivement de la dette pour le financer.

Problème, l'annonce jeudi par l'agence de notation Standard & Poor's de la mise sous surveillance négative de la dette anglaise, inquiète les investisseurs. Le Royaume-Uni n'est que menacé de perdre sa note « triple A », qui lui garantit l'accès aux financement les moins chers, mais le simple fait que cette menace touche pour la première fois un grand pays laisse penser à certains cambistes que les Etats-Unis pourraient aussi être frappés.

Tout le monde ne partage toutefois pas cette crainte. Pour Jean-Louis Mourrier, économiste chez Aurel BGC, cette hypothèse reste encore très théorique. "Tant que le dollar conserve son statut de monnaie de réserve, j'ai des doutes quant à la possibilité de voir le pays perdre sa note AAA. Il y aura toujours des acheteurs pour les titres d'Etat. D'autant qu'il y a toujours la possibilité de faire appel à la banque centrale pour en acheter. Mais l'hyptohèse fait partie des raisonnements à très court terme des marchés qui engendrent des sur-réactions".

La baisse du dollar sera-t-elle durable ?

Il est en fait difficile d'y voir clair dans une période marquée par une forte volatilité sur tous les marchés, y compris sur le marché des changes. Celle-ci étant nourrie par "des statistiques dans tous les sens", selon Jean-Louis Mourrier qui "ne croit pas" à une chute durable et continue du dollar. A condition, bien sûr, que la reprise annoncée dans quelques mois se confirme.

En attendant, selon lui, les banques centrales ne devraient plus agir sur les taux d'intérêt. Et il y aurait un consensus pour estimer que ce sont les Etats-Unis qui bénéficieront les premiers d'une amélioration de la situation économique. La Banque centrale américaine serait donc probablement la première à normaliser sa politique monétaire, boostant le dollar avant les autres monnaies.

Quelles conséquences pour les exportations de la zone euro?

"L'impact du taux de change n'est jamais immédiat, tente de rassurer Jean-Louis Mourrier. Il est rarement prépondérant par rapport à l'état de la demande. Or celle-ci est très mal en point. Si la hausse brutale de l'euro n'améliore pas la situation de la zone euro, elle ne la dégrade donc pas à court terme. Il faudrait que le mouvement se poursuive". Autrement dit, "il faudrait que la baisse du dollar de 5 cents observée cette semaine se répète pour qu'il y ait un impact".

Afrique : le téléphone portable devient une banque

Grâce au téléphone portable, des Africains qui n’avaient jusque-là pas accès aux services des banques traditionnelles, sont désormais de plus en plus nombreux a en bénéficier. Le concept de la banque mobile qui permet, entre autres, d’envoyer et de recevoir de l’argent à l’aide d’un simple sms est en plein essor sur le continent. Il surfe sur la forte croissance de l’usage du mobile en Afrique et sur le faible taux de bancarisation du continent 

Février 2009, Netexplorateur, un forum qui récompense chaque année les dix pionniers « des innovations mondiales les plus prometteuses en matière d’usages numériques », décerne son grand prix à Wizzit, une banque mobile sud-africaine. Le trophée est remis à Brian Richardson, le fondateur de cette entreprise. Son mérite ? Avoir créé un concept de banque à moindre coût uniquement accessible depuis les téléphones mobiles. Concrètement, Wizzit propose, via les téléphones cellulaires, une série de services bancaires : transferts, retraits, paiements de factures, communications prépayées… aux Sud-africains qui n’y ont pas accès.

A l’origine de l’entreprise de M. Richardson, une observation : « dans certaines zones rurales [en Afrique du Sud], les mobiles sont plus nombreux que les prises électriques », raconte-t-il. Au même moment, les personnes ayant accès à un service bancaire, dans ces zones, est infime. Cette situation, loin d’être une particularité sud-africaine, est générale dans toute l’Afrique, notamment dans sa partie subsaharienne. Selon certaines statistiques, fin 2008, 270 millions d’Africains sur près d’un milliard possédaient un téléphone portable et cette proportion devrait presque doubler à l’horizon 2013. En Afrique subsaharienne, moins de 10% de la population a un téléphone portable et cette proportion connaît d’année en année une progression galopante. Le nombre d’abonnements mobiles chez l’opérateur Orange, par exemple, a progressé de plus de 40 % en 2007 en Afrique contre une hausse de de 28 % au niveau mondial.

Pénétration fulgurante de la téléphonie mobile et faible taux de bancarisation

Parallèlement, le nombre de personnes possédant un compte bancaire sur le continent reste le plus faible au monde. Les chiffres de la Banque mondiale indiquent que moins de 20 % des ménages ont accès aux services bancaires. Ce taux descend jusqu’en dessous de 5% dans certains pays. Entre la pénétration fulgurante du téléphone portable et le très faible taux de bancarisation en Afrique, les opérateurs télécom, comme Wizzit, ont découvert un créneau à fort potentiel et s’y sont engouffrés : les services bancaires et de microcrédit. Il prend le nom de Banque Mobile, Mobile Banking, Mbanking, M-payement, SMS Banking… Son principe est assez simple : via un SMS, le détenteur d’une carte SIM d’un opérateur peut envoyer et recevoir de l’argent, payer une facture, détenir un compte, obtenir un microcrédit…

Aucun opérateur ne veut rester en marge de ce marché porteur. Les annonces d’offres nouvelles en direction des clients africains deviennent légion. Né en Afrique australe dans les années 2000, le Mobile Banking atteind aujourd’hui les autres régions du continent. En mars, MTN, une autre compagnie sud-africaine et un des leaders de la téléphonie mobile, a annoncé le lancement en Côte d’Ivoire d’un service bancaire dénommé « MTN MobileMoney ». Celui-ci permet aux clients de régler des achats ou de vérifier le solde de leurs comptes par SMS. L’opérateur a indiqué que cette offre devrait s’étendre très prochainement à vingt autres pays d’Afrique de l’ouest et centrale. Tous les ténors du secteur proposent des services similaires. Parmi eux le français Orange, avec Orange Money, et le koweitien Zain. Ce dernier, alors qu’il s’appelait Celtel, a d’ailleurs été à l’origine de cette innovation, en 2002, avec le système Celpay, qu’il a lancé, en Zambie, avec le groupe financier sud-africain FirstRand International Limited. Celpay permettait alors au client de régler ses factures et aussi de transférer des fonds grâce à son téléphone cellulaire. Le succès a été immédiat. 2 % du PIB de la Zambie auraient même transité par ce mode de paiement en 2006.

Mise en place d’une plate-forme pour les pays de l’Uemoa

Au Kenya, Vodafone et Safaricom, deux autres pionniers en la matière, ont mis en place, avec la collaboration d’institutions financières, une plate-forme de m-payment qu’ils ont baptisée M-pesa. Celle-ci permet, en plus des services de transfert d’argent et de paiements classiques, d’assurer la distribution et le remboursement de prêts accordés par une institution de micro finance.

Cette forte expansion de la banque mobile en Afrique obligeant, le Groupement interbancaire monétique de l’Uemoa [1], GIM-Uemoa a décidé de mettre en place une plate-forme regroupant plusieurs opérateurs de la sous-région ouest-africaine et quelque 80 banques pour améliorer les services proposés aux clients et surtout pour mieux organiser et sécuriser le secteur. Ce projet, qui devrait se mettre en place courant 2009, se concrétisera par l’installation de bornes faisant office de distributeurs automatiques, a indiqué à Afrik.com Souley Maikarfi, le responsable informatique et monétique de Gim-Uemoa. Grâce à la technologie NFC, a expliqué M. Maikarfi, le client muni de son téléphone cellulaire pourra retirer de l’argent en espèce et en envoyer à l’aide d’un simple SMS.

Des innovations africaines qui gagnent l’Occident

« L’Afrique est le berceau [en matière de télécommunication] de services innovants qui pourraient être lancés demain en Europe. L’exemple le plus évocateur est celui du micro-paiement, un domaine dans lequel l’Afrique est à la pointe des nouveautés », écrivait, en 2008, des journalistes du quotidien économique français, Les Echos. Une étude réalisée, début 2009, par l’Association européenne de management et marketing financiers (Efma), auprès de clients et de dirigeants de banques en Europe, leur donne raison. Selon cette enquête, pour 88% des banquiers interrogés et 66% des clients, la gestion de compte se fera via le « mobile banking ». 80% des banquiers et 70% des clients affirment qu’ils effectueront leur paiement par le biais de leurs téléphones portables. Une autre preuve du succès de cette innovation venue d’Afrique est l’organisation depuis 2008 d’une rencontre mondiale consacrée la banque mobile. Dénommée Mobile Money Summit, sa deuxième édition se tiendra en Espagne, en juin de cette année.

Des banquiers hélas nécessaires

Evidemment, c'est tentant. La gauche de la gauche propose de nationaliser les banques pour faire un COUP (Crédit par un Organisme Unique Public). Des voix plus modérées suggèrent de jeter les banquiers avec l'eau de la crise. Après tout, ils ont fait n'importe quoi. Ils ont forgé la crise économique et financière la plus grave depuis près d'un siècle. Et au lieu de toucher le salaire de la peur, ils ont perçu des rémunérations affolantes. Selon les économistes Thomas Philippon et Ariell Reshef qui ont travaillé sur les rémunérations américaines depuis un siècle (1), « les rentes comptent pour 30 % à 50 % des écarts de salaire [entre la finance et les autres secteurs] observés depuis la fin des années 1990. Dans ce sens, les financiers sont surpayés. » Et ce n'est pas fini : la banque UBS vient d'annoncer qu'elle augmentait des hauts cadres durement frappés par la chute de leurs bonus.

Le problème, c'est que les banquiers sont nécessaires. Ils font un métier dont nous ne saurions plus nous passer : transporter l'argent dans l'espace et le temps. Il faut donc faire avec. Pire encore, il faut les sauver. A cet égard, la France est dans une position plutôt favorable. A part les naufrages de Dexia etNatixis, ses maisons ont bien résisté, pour de bonnes raisons (vraie méfiance à l'égard de certains risques) et de moins bonnes (retard sur les concurrents). Mais en matière financière plus encore qu'ailleurs, il est impossible de rester dans ses frontières. Or à l'échelon de l'Europe, c'est beaucoup moins bien. A en croire le FMI, la crise aura fait un trou de 1.000 milliards de dollars dans le capital de ses banques, moitié plus qu'aux Etats-Unis. Et pour l'instant, elles n'auraient levé que 400 milliards, soit 40 % du total, alors que les banques américaines auraient déjà comblé les deux tiers du trou. Ces chiffres sont jugés excessifs par beaucoup de financiers, de politiques et d'experts. Mais personne n'a contesté que la finance européenne soit terriblement davantage meurtrie.

Cette blessure bancaire peut paraître injuste dans la mesure où la crise a été « made in USA ». Elle révèle en fait l'amateurisme et l'aveuglement de la fine fleur financière sur le Vieux Continent et les îles qui l'entourent (Grande-Bretagne, Irlande, Islande...). Et elle menace directement l'économie, davantage qu'aux Etats-Unis. Dans son bulletin d'avril, la Banque centrale européenne donnait des chiffres révélateurs. En 2007, les entreprises de la zone euro ont couvert près de la moitié de leurs besoins en capitaux par des emprunts bancaires (47 % exactement), le reste venant à parts égales d'émissions d'actions et de l'argent prélevé directement sur le marché monétaire et obligataire. Aux Etats-Unis, c'est le contraire. Les entreprises ont levé à peine 17 % par le crédit bancaire. Elles ont pompé près de la moitié sur les marchés de créances, et un bon tiers via des émissions d'actions.

Aux Etats-Unis, il faut donc d'abord réparer le marché. Or le marché, c'est simple. Il suffit qu'il y ait des acheteurs et des vendeurs. Voilà pourquoi la Réserve fédérale achète plein de papiers. En Europe, il faut d'abord réparer les banques. Et c'est beaucoup plus compliqué, car il faut agir banque par banque, ligne à ligne. Voilà pourquoi la BCE privilégie les financements proposés aux banques. Le marché, c'est une 2CV. Il suffit de quelques coups de marteau et d'un peu de soudure pour que ça reparte. La banque, c'est une BMW truffée d'électronique. Pour la remettre en marche, il faut faire des tests dans tous les sens (qui n'ont pas encore été menés, à l'inverse des Etats-Unis) et mobiliser des armées d'ingénieurs. En attendant, tout ce qui donne de l'air aux banques va dans le bon sens. Dans ce contexte, la hausse de leurs marges est une excellente nouvelle, même si elle fait râler les candidats à l'achat d'un logement ou les patrons de PME payant cher un crédit à cause d'une crise dont ils ne sont en rien responsable. Pour les prêts à court terme aux entreprises, l'écart entre le taux proposé par les banques et le taux du marché monétaire a triplé en moins d'un an dans la zone euro, montre la BCE dans son bulletin de mai. C'est cher, mais la santé des banques n'a pas de prix.

JEAN-MARC VITTORI

La BERD voit son rôle renforcé par la crise, la suite reste à imaginer

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a tenu vendredi et samedi son assemblée générale annuelle à Londres, dans un contexte de crise qui a renforcé son rôle, mais posé la question de sa mission et de son financement à plus long terme.

Alors que certains pays donateurs étaient prêts récemment à quitter la BERD, estimant terminée sa mission de base - le passage de l'ex bloc-soviétique à l'économie de marché - cette question n'est plus à l'ordre du jour.

D'autant que le calendrier de la "graduation", la date à laquelle les pays de la zone pourraient se passer des investissements de la BERD, a été gelé pour la durée de la crise, seule la République tchèque ayant réussi jusqu'à présent.

L'Australie, en particulier, a accepté ce week-end de demeurer actionnaire, dans le cadre de l'engagement du G20 à voir les grandes institutions financières internationales jouer un rôle accru pour régler la crise actuelle.

"La mémoire collective retiendra qu'il vaut mieux ne pas abandonner trop tôt un instrument comme la BERD, parce que des temps plus difficiles peuvent survenir, durant lesquels on est content de la trouver", a remarqué Thomas Mirow, dont c'est la première année de présidence de la banque, lors de la conférence de presse finale.

M. Mirow a noté qu'au vu de la qualité des mesures prises par les 30 pays pays de la zone d'activité pour lutter contre la crise, il est clair "qu'on n'assistera pas à un retour aux anciens modèles de sociétés ou d'économies".

Mais, selon lui, la BERD a encore du travail "pour aider à rendre la future croissance "viable et durable". Il a donc assuré qu'elle restait "un partenaire fiable et déterminé", et qu'elle "le resterait sur le long terme".

"La BERD a maintenant un rôle à jouer en veillant à ce que (ses) succès chèrement acquis ne soient pas mis en péril par la crise actuelle", a pour sa part estimé Brian Lenihan, ministre irlandais des Finances et président cette année du conseil des gouverneurs.

La BERD anticipe pour 2009 une chute de 5,2% du produit intérieur brut (PIB) de sa zone d'activité, avant une maigre croissance de 1,4% en 2010.

Elle-même a connu en 2008 une perte de 602 millions d'euros, la première depuis dix ans.

M. Lenihan a considéré cette perte comme compatible avec "la prise de risques équilibrés et appropriés" attendue par les actionnaires.

"Bien que les résultats financiers aient leur importance, la valeur fondamentale de la Banque réside dans ce qu'elle peut faire pour améliorer la qualité de vie des habitants de la région", a-t-il souligné.

La nouvelle question est désormais celle d'un éventuel renforcement du capital de la BERD, dotée initialement de 20 milliards d'euros.

Le président Mirow a estimé qu'un investissement annuel de 7 à 8 milliards d'euros, un record, cette année et la suivante, constituait "un plafond" par rapport au capital.

Or les flux d'investissements privés, positifs à hauteur de 300 milliards de dollars en 2007, devrait être négatifs à hauteur de 129 milliards cette année, et certains actionnaires suggèrent que la BERD investisse 10 à 15 milliards d'euros par an sur les prochaines années.

Les 63 actionnaires (61 pays donateurs ou receveurs, la Commission européenne et la Banque européenne d'investissement) ne sont pas unanimes pour l'instant sur le principe d'une hausse du capital. D'autant, a souligné M. Lenihan, que certains font valoir qu'il n'y aura pas forcément une forte demande d'investissement dans la zone, une fois la crise passée.

Ce débat aussi bien politique que technique devrait trouver une réponse lors de la prochaine assemblée annuelle, en mai prochain à Zagreb en Croatie.

PME - Les assureurs-crédit aggravent-ils la crise ?

Accusés de réduire leurs garanties aux entreprises, principalement des PME, depuis le début de la crise, les principaux d'entre eux ont été convoqués mardi soir à Matignon.
Ils ont pris des engagements en termes de transparence sur la notation et de délais de grâce avant toute réduction ou suppression de garantie.

patrons entreprise PME

Ils sont des acteurs cruciaux, mais méconnus du système économique. Et ils pourraient en être aujourd'hui l'un des maillons faibles, à l'instar des banques accusées de traîner des pieds pour financer les entrepreneurs. Les assureurs-crédit permettent à une entreprise de se prémunir contre les risques d'impayés de ses clients. Leur activité concerne environ un quart des entreprises en France. Mais avec l'aggravation de la crise, ils sont de plus en plus accusés de réduire leurs couvertures pour préserver leur situation financière. Selon une enquête de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), les assureurs-crédit ont remis en cause ces six derniers mois leurs garanties dans 57% des cas, jusqu'à la résiliation dans 20% des cas. Le secteur de l'automobile est le plus affecté par le désengagement des assureurs-crédit.

Des accusations devenues si récurrentes que les principaux acteurs du secteur (Groupama, Coface, Atradius, Euler Herms , Axa Assurcredit) se sont retrouvés mardi soir convoqués pour une grande réunion d'explication à Matignon. Officiellement, il s'agissait de "s'assurer que les résultats enregistrés sur le financement des entreprises par les banques ne soient pas freinés par les difficultés pour trouver un assureur-crédit". Outre le Premier ministre François Fillon, étaient présents la ministre de l'Economie Christine Lagarde, le secrétaire d'Etat chargé des PME Hervé Novelli, le président de l'Union professionnelle artisanale (UPA) Pierre Martin, le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer, et le médiateur du crédit René Ricol. Ce dernier avait insisté alors sur la nécessité de ne "pas sortir de cette réunion sans engagements précis".

Un dispositif public méconnu

Rappelés à l'ordre pour leur manque de coopération avec les entreprises dans la tourmente économique, les principaux acteurs de l'assurance-crédit ont scellé un accord par lequel ils se sont engagés à faire preuve de transparence sur la notation et l'encours garanti et à observer un préavis d'un mois dans l'hypothèse d'une réduction ou d'une suppression de garantie.

"Ce que les entreprises voulaient, c'est que les acheteurs soient informés dès lors que le risque n'était plus couvert ou était moins couvert", a rappelé Christine Lagarde. "Les assureurs-crédit ont convenu d'informer, de donner un préavis aux acheteurs dès qu'il y a un changement de couverture de risque, dès qu'il y a une suppression du risque. C'est une avancée majeure", a-t-elle précisé. Ainsi, lesassureurs-crédit mettront gratuitement à disposition des entreprises clientes de leurs assurés qui en ont fait la demande la notation et l'encours global garanti dont elles font l'objet auprès de chacun d'eux.François Fillon a demandé en outre au ministère de l'Economie d'étudier les modalités "d'une intervention publique destinée à conforter la capacité exportatrice française".

Dans ce domaine de l'assurance-crédit, le gouvernement a déjà mis en place un dispositif - "CAP" - qui permet aux entreprises qui ont subi des réductions ou des suppressions de couverture de bénéficier d'un complément de garantie. Mais seules 29% des entreprises déclaraient connaître ce dispositif dans l'enquête de la CGPME. Un décret à paraître mercredi institue la garantie "CAP +" qui prendra le relais pour les entreprises en situation de risque intermédiaire, devenues non assurables, via la Caisse centrale de réassurance. Cinq milliards d'euros de risque pourront ainsi être couverts d'ici au 31 décembre. L'ensemble du dispositif sera évalué d'ici à la fin du mois de juillet.

Le FMI demande des «stress tests» à l'Europe

Les Européens doivent accélérer le traitement de la crise bancaire.

Faites la lumière sur la solidité de vos banques et mettez-vous d'accord sur des critères communs pour mener cette opération vérité, à l'instar de ce que le gouvernement américain vient de réaliser. Tel est le conseil qu'a donné ce mardi, à Paris, Marek Belka, le chef du département Europe du fonds monétaire international, à l'occasion de la publication d'un rapport spécial du FMI. «Un certain nombre de pays ont entrepris des stress tests (tests de résistance)», a-t-il reconnu, mais «il est essentiel qu'ils se mettent d'accord pour harmoniser leurs paramètres» .

Marek Belka connaît bien l'Europe pour avoir été ministre des Finances, puis premier ministre de Pologne en 2004-2005, au moment où son pays entrait dans l'UE. Il rappelle que «les stress tests restent de la responsabilité de chaque pays» - Banque de France et commission bancaire -, mais il faudrait en dis cuter au sein du comité européen des superviseurs bancaires, dit-il. Le CESB, dont le représentant français est la secrétaire de la commission bancaire, est un organisme exclusivement technique. Devrait-on rendre publics les résultats de ces tests : «Je ne sais pas», répond l'ex-premier ministre polonais, qui ne souhaite pas s'aventurer sur un terrain aussi politique

Pour leur part les ministres des Finances en ont discuté la semaine dernière à Bruxelles lors de leur réunion mensuelle, mais aucune décision n'a été prise, indique-t-on à Bercy. Quant aux banquiers centraux européens, ils ne cachent pas un certain agacement sur ce dossier. Ils rappellent en privé que des «scénarios de crise», ils en font en permanence, même s'ils n'en publient pas les conclusions.

Ce faisant, le FMI revient à la charge pour inciter les Européens à changer de braquet et à adopter une véritable «approche régionale» face à la crise. «Les banques ont un rôle plus grand dans le financement de l'économie qu'aux États-Unis», souligne Marek Belka.

Isoler les actifs toxiques

Si la nouvelle étude du FMI n'apporte rien de neuf en matière de prévisions chiffrées, la tonalité s'est plutôt assombrie. «La récession sévère (qui frappe l'Europe) pourrait se terminer dans la seconde partie de 2010», considère désormais le FMI. Il en appelle donc les politiques à prendre «des mesures supplémentaires, particulièrement dans le secteur financier, de façon à restaurer la confiance sur les marchés et à accélérer la reprise». Concrètement, il s'agit à la fois «d'assurer des liquidités et de s'engager dans l'assouplissement quantitatif du crédit». Anticipant pour ainsi dire les résultats des stress tests, le Fonds recommande «la recapitalisation des institutions (bancaires) viables par le secteur privé et par un soutien public si nécessaire».

Last but not least, le FMI préconise la création de structures de cantonnement (bad banks) pour isoler les actifs toxiques «là où ils constituent une part significative des bilans».

Tant que l'économie réelle souffrira, les banques ne s'en sortiront pas

Pourquoi ?

Parce que la crise économique est loin d'être achevée. Dans ce cas, je ne vois pas comment les banques pourraient être tirées d'affaires, alors qu'elles sont à l'origine de la crise. 
Les "stress tests" américains devaient normalement étudier la solidité des banques américaines. Bien sûr, les résultats sont rassurants : les banques US se porteraient presque bien. Mais ceci est bien évidemment plutôt destiné à rassurer l'opinion public et les investisseurs que de faire la lumière sur la santé du secteur bancaire. 
La crise a montré à quel point l'économie était dépendante des banques. C'est la finance qui a plongé l'économie réelle dans le gouffre. Les banques ne s'en sortiront que quand le reste de l'économie ira mieux. Et ce n'est pas encore le cas.

La sortie de crise, c’est pour quand ?


Le plongeon de l’économie a été si brutal que les hypothèses les plus pessimistes circulent. Le pire n’est pourtant jamais sûr et certains experts croient apercevoir déjà un coin de ciel bleu.

Le directeur général de Vinci aurait-il respiré trop de fumées d’encens ? Le mois dernier, lors de la présentation annuelle des résultats de son entreprise, ce bienheureux a avoué, à la manière du dalaï-lama, que lui et son groupe baignaient «dans la sérénité». Et assuré sans rire qu’en dépit de la crise qui secoue en ce moment la planète, il abordait l’année 2009 «sans stress» et «avec confiance». Fichtre ! Le carnet de commandes du numéro 1 mondial du BTP a beau être plein à craquer, les journalistes et les analystes présents dans la salle en sont restés muets comme des poissons rouges. Il faut croire que l’optimisme de Xavier Huillard était contagieux, car, l’après-midi même, l’action Vinci s’envolait de 10,2% à la Bourse de Paris.

Voilà qui fera sûrement rosir de plaisir Christine Lagarde. Jusqu’à présent, notre ministre de l’Economie était en effet à peu près la seule au monde, avec le patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, à ne pas lire l’avenir dans un encrier : selon elle, la reprise de la croissance devrait s’amorcer dès la fin 2009 et être assez vigoureuse pour former une jolie courbe en V. Sympathique, mais pas très réaliste. Car les analyses de l’immense majorité des économistes, patrons, banquiers et gouvernants se partagent plutôt entre quatre hypothèses nettement moins engageantes : un retour à la croissance tardif et anémique (scénario en U), un bref rebond suivi d’une rechute en 2010 (scénario en W), une quasi-stagnation de l’activité pendant cinq à dix ans comme au Japon dans les années 1990 (scénario en L). Et, pour couronner ce tableau d’horreur, une évolution «en I», autrement dit la ¬poursuite de la chute libre pendant une longue période, façon crise de 1929. A laquelle de ces sauces serons-nous mangés ? Il est trop tôt pour le dire. «Mais on peut déjà affirmer que la probabilité d’un scénario très noir est extrêmement forte», soupire Sylvain Broyer, de Natixis.

D’abord parce que la crise financière est loin d’être terminée. Les pouvoirs publics américains et européens ont beau l’avoir perfusé avec des cen¬taines de milliards d’euros, le système bancaire mondial demeure très fragile. La nationalisation de la Lloyds par le gouvernement britannique le mois dernier et l’annonce, dans la même semaine, des pertes colossales de l’assureur américain AIG (100 milliards de dollars en 2008) suffisent à le prouver. Le FMI ne fait d’ailleurs pas mystère de ses craintes. Selon lui, près de 1 400 milliards de dollars d’actifs toxiques n’auraient toujours pas été mis à jour dans le bilan des banques, sur un total estimé de 2 200. Et ce montant, forcément approximatif, est réévalué tous les mois à la lumière de nouvelles découvertes dans la comptabilité des établissements financiers : en un an, le chiffre supposé des créances douteuses a été multiplié par deux.

Dans ces conditions, on peut douter d’une réouverture rapide du robinet du crédit. Bien que la Banque centrale européenne (BCE) n’ait pas ménagé ses efforts pour encourager la distribution de prêts dans la zone euro – depuis l’automne, elle a abaissé son taux directeur de 4,25 à 1 % – nos banquiers restent désespérément pingres. Les crédits immobiliers, même si les banquiers commencent à desserrer la vis, ont diminué de près de 20% en un an, et des dizaines de milliers de PME tricolores souffrent désormais d’un manque cruel de liquidités.

Or tous les experts sont formels : si la crise financière s’aggrave et que l’argent ne se remet pas rapidement à irriguer notre économie, la récession se poursuivra en 2010. Et il nous faudra ensuite supporter plusieurs années de stagnation avant d’espérer un réel redémarrage. Selon Euler Hermes Sfac, ce scénario en L a 20% de chances (on devrait plutôt parler de risques) de se produire. Les spécialistes de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) avancent, de leur côté, le chiffre de 40%. Quand on pense qu’une telle hypothèse était totalement exclue il y a encore trois mois…

Le problème est d’autant plus inquiétant que le système bancaire international est aujourd’hui menacé par la déroute financière des pays de l’Est et de la Russie. Etranglés par la chute de leurs monnaies, les premiers se retrouvent aujourd’hui incapables de rembourser les dettes faramineuses (2 000 milliards d’euros, l’équivalent du PIB de la France) contractées auprès des banques occidentales. Et ce ne sont pas les 25 misérables milliards d’euros de prêts promis le mois dernier par les institutions financières internationales qui suffiront à les remettre à flot. Quant à la Russie, la chute du prix des matières premières, et notamment du pétrole, l’a plongée dans une situation dramatique. C’est bien simple, si ses réserves de change continuent de fondre au rythme actuel (elles se sont ratatinées de moitié depuis août dernier), l’ex-paradis des oligarques pourrait se retrouver en cessation de paiement dès l’été prochain. «Cela provoquerait un second tsunami dans la finance mondiale», prévient Xavier Timbeau, directeur adjoint de l’OFCE. Avec, à la clé, un resserrement accru du crédit, un effondrement du PIB de la planète, une explosion encore plus violente du chômage à peu près partout et des faillites en cascade. D’après lui, la probabilité d’une telle catastrophe frôlerait les 20%. Heureusement pour nous, la majorité des économistes ne croient pas à cette hypothèse redoutable…

Mais il n’y a pas que les désordres financiers. Pour que l’activité redémarre d’un bon pied, il faudrait aussi que la demande mondiale redresse la tête et rende un peu de vigueur à nos exportations. Sans doute ces dernières n’ont-elles jamais été le principal moteur de notre croissance – la consommation intérieure et l’investissement pèsent beaucoup plus lourd dans la balance.

Mais l’état désastreux de l’économie de la planète et la mise en place un peu partout de mesures protectionnistes plus ou moins déguisées risquent de déstabiliser un peu plus nos industriels. «En dépit des plans de relance annoncés, tous leurs marchés ou presque sont en recul», fait-on remarquer à Bercy. Ceux de nos principaux partenaires, bien sûr, Allemagne, Espagne ou Royaume-Uni, plombés par la plus terrible récession depuis les années 1930. Mais aussi ceux d’Asie, durement touchés par la récession occidentale, en dépit de ce que prédisaient les adeptes de la théorie du «découplage». En Chine, certains analystes tablent désormais sur un taux de croissance proche de 3% en 2009, contre plus de 9% l’année dernière. Autant dire que nos entreprises, qui n’y étaient déjà pas à la fête, risquent d’avoir de plus en plus de mal à y placer leurs produits.

Un système financier vacillant, une croissance mondiale anémiée, des échanges internationaux à la peine… Pour ne rien arranger, les spécificités de notre économie – qui possède à la fois un système de protection sociale généreux et un droit du travail très protecteur – risquent également de retarder la reprise. Certes, ces filets de sécurité se sont jusqu’à présent révélés d’un grand secours pour amortir le choc de la récession. Alors qu’il suffit de quelques minutes aux entreprises anglo-saxonnes pour remercier la moitié de leur personnel, les nôtres ont besoin de négocier leurs plans sociaux pendant plusieurs mois. De même, grâce à la multitude d’allocations existantes et aux bataillons d’emplois publics (un salarié sur quatre travaille pour l’Etat, les hôpitaux ou les collectivités locales), la consommation ne s’effondre jamais dans l’Hexagone, même lorsque le chômage grimpe en flèche. Voilà pourquoi la France semble, pour le moment, moins touchée que ses voisins par le maelström de la récession.

Le problème, c’est que le système joue aussi en sens inverse : lorsque la reprise pointe son nez dans le monde, les employeurs de l’Hexagone hésitent à réembaucher du personnel, et la consommation, restée plus tonique qu’ailleurs, y rebondit en général assez mollement. Si bien que le redémarrage est à la fois plus tardif et moins vigoureux chez nous que dans les pays voisins.

Au reste, avant d’en arriver là, il faudrait d’abord que notre pays parvienne à se sortir de la spirale récessive. Il est au contraire en train de s’y enfoncer. Les investissements sont en berne (l’Insee prévoit un recul de 12% cette année), les finances publiques laminées (le déficit atteindra au moins 6% du PIB fin 2009), le marché immobilier gelé (les transactions sont en baisse de 20% sur un an), l’industrie automobile est à la rue et les chefs d’entreprise sont tétanisés par les perspectives du marché. «En moyenne, les patrons anticipent un repli d’activité de 30%», confirme-t on à la CGPME. Histoire de préparer les esprits au pire, Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat à l’Emploi, a d’ailleurs annoncé 300 000 destructions d’emplois cette année.

Il aurait aussi bien pu dire 500 000. Car, maintenant que les prix du pétrole ne baissent plus, l’explosion du chômage et la stagnation des salaires pourraient bien envoyer rapidement notre pouvoir d’achat au tapis.
Le risque serait alors fort que le taux d’épargne des ménages remonte brutalement, comme dans les années 1991-1993 (il avait progressé de 2 points). «La consommation chuterait alors de 2,4 points, ce qui retarderait encore un peu plus la reprise», calcule Mathilde Lemoine, chef économiste de HSBC France, qui privilégie un scénario en W.
Mais les choses pourraient tourner encore davantage au vinaigre si le pays sombrait dans une vraie spirale déflationniste. De l’avis de tous les économistes, la baisse simultanée de l’activité et des prix nous entraînerait alors dans une interminable récession. «Il n’y a pas à hésiter, tonne Karine Berger, directrice des études de Euler Hermes Sfac. La principale urgence au¬jourd’hui est de soutenir coûte que coûte la consommation pour éviter qu’elle ne flanche.» A l’évidence, Nicolas Sarkozy ne l’a pas entendue…

Faut-il pour autant abandonner tout espoir de reprise avant de longues années ? Pas forcément. D’abord parce que, dans cet océan de noirceur, notre pays dispose quand même de quelques atouts. Son système bancaire, peu contaminé par les subprimes, reste l’un des plus solides du monde, comme en témoigne le rachat récent du belge Fortis par BNP Paribas, pour plus de 12 milliards d’euros. Ses ménages demeurent beaucoup moins endettés que ceux des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, (leur ardoise ne dépasse pas 70% de leur revenu annuel contre respectivement 140% et 170%) et aucune bulle immobilière ne leur a éclaté au visage, comme en Espagne.

Et puis, que diable ! à force de mobiliser des centaines et des centaines de milliards d’euros, les grands argentiers et les gouvernants de la planète vont peut-être finir par réussir à réactiver la machine. On peut notamment faire confiance aux Chinois pour mettre le paquet : si les 450 milliards de leur monstrueux plan de relance ne suffisent pas, ils ont déjà laissé entendre qu’ils étaient prêts à en remettre une louche pour doper le pouvoir d’achat de leurs ménages – et, par là même, leurs importations. Il est vrai qu’après des années d’excédents commerciaux record les caisses de leur Banque centrale sont pleines à ras bord… Evidemment, à elle seule, une telle mesure ne suffirait pas à relancer l’économie mondiale. Mais, après le plan de Barack Obama (618 milliards d’euros injectés dans l’économie des Etats-Unis), elle serait un nouveau signe fort à destination des marchés et des industriels. Et puis, même si leurs marges budgétaires sont réduites, les pays européens pourraient eux aussi se décider à remettre de l’argent sur la table, de façon coordonnée cette fois.
On y croit, on y croit. 
Sandrine Trouvelot.

© Capital

dimanche 10 mai 2009

Crise économique: les Etats sont-ils les prochaines victimes?

faillite

Des Etats-Unis à la France, de l’Allemagne au Royaume-Uni, les déficits budgétaires de nombreux pays explosent. Les Etats sont ils les prochaines victimes de la crise économique et financière? Pour comprendre ce risque, il faut revenir à l’origine de la crise.

De la faillite des ménages américains à celle des banques

La crise financière a commencé par les défauts de paiements de nombreux ménages américains à faibles revenus. Ces ménages n’arrivaient plus à rembourser les fameux prêts hypothécaires souscrits pour acheter des maisons, prêts dont la valeur montait un peu plus chaque jour. La hausse des taux d’emprunt continue (taux variables, reset de Subprimes), et le manque initial de revenu de ces emprunteurs a entraîné l’incapacité des ménages à rembourser. Des millions d’Américains modestes ont ainsi perdu leur maison, entraînant un excès du stocks de logements et un effondrement des prix de l’immobilier.

Dès lors, les banques mais aussi les rehausseurs de crédits qui avaient misé directement sur ce type de prêts en ont fait les frais (Citigroup, JP Morgan Chase, freddy Mac, Fanny Mae,). Idem pour l’ensemble des structures financières ayant racheté ces fameux produits titrisés à base de subprimes (RMBS, CDO, ABS sur home equity loans) dont les rendements étaient attrayants et les risques quasi-inexistants…. à en croire les agences de notation.

Les banques de financement et d’investissement avaient donc investis massivement sur les marchés, courant après ces papiers magiques (forts rendements, risques nuls). Conséquence, un accroisssement considérable de leur endettement: pour les banques américaines : de 50% en 95 à 120% du PIB en 2008, pour les banques de la Zone Euro de 60% en 1998 à 115% du PIB en 2008. Des chiffres astronomiques.

En s’effondrant, le marché immobilier américain a donc entraîné une baisse fulgurante de ces produits titrisés. Cette perte de valeur subite de ces titres a détérioré le bilan des banques dans l’ensemble des pays occidentaux à une vitesse exponentielle. En Europe aussi, de Royal Bank of Scotland, HBOS, Dexia, Fortis, UBS ou encore Société Générale et BNP Paribas, toutes les grandes structures financières ont souffert de la baisse de ces produits. Conséquence: des dépréciations massives, des «profit warnings», et la méfiance des marchés financiers (baisse de tous les indices : actions, obligations, attaques spéculatives sur les banques).

Les banques ont alors arrêté de se prêter, créant une véritable paralysie du marché monétaire (malgré la baisse des taux des banques centrales). La défiance de tous les agents économiques (banquiers, investisseurs, opérateurs de marché mais aussi épargnants et consommateurs) devenait intenable.

La faillite de Northern Rock est le symbole de l’assèchement du marché monétaire. Cette structure n’avait aucun problème de solvabilité mais son refinancement quotidien dépendait chaque jour de la bonne volonté des marchés financiers. On appelle cela un problème de gestion actif/passif: les banques prêtent à long terme mais doivent se refinancer quotidiennement à court terme. L’impossibilité de tranformer son bilan en espèces sonantes et trébuchantes, et le manque de confiance des prêteurs ont été fatales à Northen Rock. Enfin la faillite de Lehman Brothers en septembre et la volonté des autorités américaines de «montrer l’exemple» en décidant de ne pas intervenir pour la «sauver»  a véritablement constitué un point de non retour….

De la faillite des banques à la hausse massive de l’endettement des Etats

Dès le mois d’octobre puis en novembre lors du “sommet de Washington”, les Etats ont décidé d’intervenir massivement en annonçant différentes mesures sans équivoque. Objectif: restaurer au plus vite la confiance de tous les agents économiques. Parmi ces mesures, que nous avons déjà évoquées, une recapitalisation des banques, la garantie des dépôts des épargnants, et celle des refinancements interbancaires.

Toutes ces actions ont entraîné des dépenses sans précédent.  350 Milliards de dollars aux Etats-Unis rien que pour la recapitalisation des banques, 37 Milliards de livres au Royaume-Uni, 21 Milliards d’euros en France. Sans parler des garanties et des lignes de crédit apportées: 1450 Milliards de dollars aux Etats-Unis, 250 Milliards au Royaume-Uni, 485 Milliards d’euros en Irlande.

Au-delà de la nécessité de l’intervention des Etats pour stopper l’hémorragie financière, la crise économique est devenue une réalité “officielle” lorsque le NBER (National Bureau for Economic Research) a annoncé le début de la récession aux Etats-Unis fin 2007. Le Royaume-Uni et la Zone Euro sont aujourd’hui statistiquement dans la même situation, avec au moins 2 variations trimestrielles négatives du Produit Intérieur Brut.

Après la crise financière et les premières dépenses gouvernementales, de nouvelles relances budgétaires ont dû être mises en place afin d’éviter une dépression économique telle que le Japon l’a connue dans les années 90: stagnation de l’économie, déflation marquée, baisse de la consommation des ménages.

2009 s’annonce donc sous le signe d’importantes dépenses publiques. Avec plus de 800 Milliards de dollars pour les Etats-Unis ainsi que le Japon, 200 milliards pour la Russie, plus  de 80 Milliards d’euros pour l’Allemagne ou 26 pour la France -en attendant sans doute un second plan de relance- tous les Etats se sont fortement mobilisés. Mais à quel prix ?

La hausse des déficits publics pour 2009/2010 est impressionnante et pose la question de leur viabilité. L’Etat américain a désormais plus de 75% de dettes (en % du PIB), la France sera sensiblement au même niveau. La Grêce est à 100% et l’Italie à près de 120%. Jusqu’où l’endettement est-il viable?

La faillite des nombreux ménages américains, le sauvetage des banques, mais aussi la quasi-faillite de l’Islande, du Pakistan ou de l’Ukraine doivent nous alerter.

De la hausse massive de l’endettement des Etats à un risque de «quasi-faillite»?

Cette hausse des déficits publics n’est pas sans conséquence. Lorsqu’un ménage emprunte à une banque, il rembourse les intérêts et le capital. Le raisonnement est de moins en moins valable pour les Etats qui émettent régulièrement sur les marchés financiers des obligations gouvernementales afin de rembourser celles qui arrivent à échéance. Dans ce cas, on considère que les pays ayant une épargne publique et privée importante - comme la Chine,  ou les pays exportateurs de matière première - continueront éternellement à financer les pays endettés. Ce postulat est dangereux et ne semble pas se vérifier. L’Islande est l’exemple d’un pays «riche» n’ayant pas su, sans l’aide du FMI, faire face à ses échéances. Un tel scénario n’est pas à exclure dans certains pays de la zone euro. Une éventualité face à laquelle l’Union Européenne est pour l’instant désarmée.

A court terme, les conséquences d’une hausse de la dette publique conduisent les prêteurs sur les marchés financiers à considérer que l’Etat a une plus grande probabilité de pouvoir faire faillite. La dégradation de la notation de l’Italie, il y a quelques mois, était déjà un signe sans précédent. Le coût de l’argent a ainsi tendance à monter, les prêteurs considérant qu’une rémunération plus importante est nécessaire en contre partie de l’augmentation de la probabilité de défaut.

Le 2 février, le gouvernement allemand se refinançait sur les marchés à 3.29% sur 10 ans alors que la France devait payer 3.76 et l’Espagne 4.40%. Que dire de l’Italie et ses 4.50% où l’Irlande et ses 5.48%!

La hausse de ses coûts a par ailleurs des répercussions sur les comptes publics, dégradant ainsi un peu plus les équilibres budgétaires. A moyen et long terme, les risques sont nombreux, le principal étant celui d’une cessation de paiement. Tout comme une entreprise fortement endettée, ou un simple consommateur, l’Etat doit faire face aux remboursements des obligations émises. Il doit aussi être en mesure de trouver régulièrement des prêteurs afin d’émettre de nouvelles obligations permettant de couvrir les dettes - qu’il rembourse partiellement chaque année - et le déficit budgétaire de l’année en cours.

Rappelons nous des emprunts russes ou de la cessation de paiement du Mexique: le risque de  faillite d’Etats n’est pas un simple mythe!

Il existe par ailleurs un deuxième danger très destructeur: le risque de change. Lorsqu’un pays connaît de graves déséquilibres macroéconomiques - déficit commercial et budgétaire, inflation, endettement important des ménages, peu de réserves de change - les investisseurs, inquiets, retirent une partie de leurs capitaux investis dans le pays. Conséquence: un excès d’offre de la monnaie locale et donc une baisse de la devise. De nombreux spéculateurs peuvent alors jouer la monnaie à la baisse, avec des effets de leviers importants, accentuant ainsi la chute. La monnaie peut ainsi perdre énormément de sa valeur et créer de l’inflation importée. Une spirale destructrice dont les exemples sont nombreux: ccrise du Peso mexicain en 1994 ou du baht thaïlandais en 1997.

N’oublions donc pas que les déséquilibres macroéconomiques que nous avons créés, avec nos déficits publics et commerciaux, devront un jour être remboursés. Du moins si l’on ne souhaite pas vivre une crise plus grave que celle de 2008 caractérisée par le surendettement des ménages.

Le risque majeur, aujourd’hui, est donc de passer d’un surendettement des ménages à un surendettement des Etats.

Sébastien Duchêne et Thibault Henocque.

Sources: Banque Centrale Européenne, FMI, Fininfo, JCF, Banque Mondiale. Les données ont été prises début février.