mardi 3 mars 2009

Crise: un peu d'optimisme ne peut nuire

En ces temps de déprime généralisée, où certains, y compris parmi les gouvernements, n’hésitent pas à annoncer l’apocalypse, parfois avec un plaisir gourmant, je recommande la lecture de l’entretien accordé par Antoine Bernheim à l’Express de cette semaine.  Vous ne connaissez pas l’homme ? Agé de 84 ans -il avait 5 ans en 1929-, ce grand banquier a développé la banque Lazard en Europe et dirige aujourd’hui Generali, le troisième assureur européen. Son analyse de la crise est revigorante et tranche avec le pessimisme ambiant (et cela fait du bien).

Ainsi, il ne voit « pas pourquoi cette crise est considérée comme plus inquiétante », que les précédentes alors que « ce n'est pas la première fois que les marchés s'effondrent » : « certains ont décrété qu'elle était d'une gravité extrême, ce qui a eu pour effet de démoraliser les investisseurs, alors que, pour remonter les courants, il vaut mieux donner de l'espoir. J'ajoute qu'il y a d'ailleurs un facteur qui me rend optimiste : depuis quelque temps, le dollar se raffermit. Pour qu'une monnaie rémunérée à taux zéro puisse se revaloriser, il faut une assez large croyance dans la réussite de la relance américaine ».

Il estime donc, tout comme la Réserve fédérale américaine, que, comme « les Etats fournissant aux banques les liquidités nécessaires pour financer les entreprises, une certaine reprise de l'économie devrait intervenir assez rapidement. Pour ce qui est de la crise financière, ce sera beaucoup plus long, car les sociétés qui détiennent d'importantes quantités de produits toxiques, acquis à prix élevés, devront apurer leur situation, et cela prendra plusieurs années. D'une manière générale, je considère que les propos pessimistes concernant cette crise sont très excessifs. Lorsque les fonds de private equity et les hedge funds auront cessé de vendre leurs actifs, les marchés repartiront nécessairement ».

Ce banquier, encore jugé ringard par les loups de la finance il y a peu, raconte une anecdote révélatrice : « le 26 avril 2008, lors de la dernière assemblée générale des actionnaires de Generali, j'ai dû me battre pendant neuf heures avec les représentants du fonds activiste Algebris et son responsable, Davide Serra, qui me reprochaient toutes sortes de choses et, en particulier, de ne pas mener une gestion financière moderne. Mais, en fin de compte, je suis toujours là et, eux, je ne sais pas où ils sont ! » Pour Bernheim, « beaucoup » de banquiers « ont commis, depuis des années, trop d'excès : certaines banques ont favorisé les investissements à caractère spéculatif plutôt que ceux d'intérêt général, propres à développer l'économie. Chez Generali, nous nous sommes abstenus de nous intéresser, de quelque manière que ce soit, à ces produits toxiques auxquels, personnellement, je ne comprends rien ».

Situation inquiétante en Europe centrale et orientale

(AOF / Funds) - Le FMI estime l'amortissement de la dette à moyen et long terme des pays d'Europe centrale et orientale entre 180 et 200 Mds USD. La dette externe à court terme est quant à elle de plus de 400 Mds USD. Le besoin de financement total représente ainsi 10 à 12 % du PIB de la zone. Les risques, liés notamment au change et aux difficultés de paiement, restent assez raisonnables en Pologne, République Tchèque et Slovaquie. Ils sont plus élevés en Bulgarie, Roumanie, Russie et Serbie, mais deviennent surtout inquiétants en Lettonie et Ukraine. 

Après avoir été récemment abaissée par S&P, la note souveraine de l'Ukraine équivaut désormais à celle du Pakistan. Les dirigeants ukrainiens peinent en effet à s'entendre pour trouver une solution à la crise économique et satisfaire ainsi les exigences du FMI quant au versement de la deuxième tranche de son aide. Une délégation du Fonds doit être envoyée à Kiev prochainement. « Un avis négatif, impliquant la prorogation du gel de l'aide, amplifierait les difficultés de l'économie ukrainienne, notamment pour faire face à ses engagements vis-à-vis de l'extérieur, » expliquent les économistes du Crédit Agricole.

La situation suscite de nombreuses craintes, comme en témoigne la décision de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), de la Banque mondiale et de la Banque européenne d'investissement de mettre en oeuvre conjointement un plan de soutien aux banques d'Europe centrale et orientale, ainsi qu'aux entreprises. Les 24,5 Mds d'euros alloués et la participation, prévue par le plan, des banques occidentales présentes dans la région devraient soulager momentanément les pays les plus en difficulté.

Les marchés d'Asie limitent les dégâts après la journée noire à Wall Street

TOKYO (AFP) — Les marchés d'Asie baissaient modérément mardi, au lendemain d'une nouvelle dégringolade spectaculaire de Wall Street sur fond d'incertitudes pour plusieurs poids-lourds de la finance mondiale.

A Tokyo, l'indice Nikkei a terminé la séance sur une petite baisse de 0,69%, après être même revenu brièvement dans le vert en fin de journée. A la Bourse de Hong Kong, l'indice Hang Seng cédait 1,48% à la mi-séance. Taipei a terminé en hausse de 0,21% et Manille de 0,19%. Sydney a cédé 0,95% en clôture.

En début d'après-midi, Shanghai lâchait 0,63%, Singapour était pratiquement stable, Bombay reculait de 0,60% et Bangkok de 0,91%.

Les marchés asiatiques ont donc été relativement épargnés par la vague de pessimisme qui avait déferlé la veille de Wall Street. L'indice Dow Jones avait lâché 4,24% pour tomber sous la barre des 7.000 points pour la première fois depuis près de 12 ans, après l'annonce de pertes colossales par l'assureur américain AIG et l'augmentation de capital géante chez la banque britannique HSBC.

Le patron de HSBC, Mochael Gheoghegan, a par ailleurs prévenu dans un entretien à la chaîne CNN que "nous n'avons pas touché le fond". Les mauvaises nouvelles en provenance du secteur financier avaient également semé la tempête sur les marchés européens lundi.

Le marché japonais pour sa part, est soutenu par des espoirs d'intervention des pouvoirs publics pour stopper la dégringolade boursière. Les médias prêtent à l'Etat l'intention d'utiliser des fonds publics pour acheter des actions. "La possibilité d'un rebond de la Bourse grâce au soutien des pouvoirs publics fait sûrement hésiter quelques vendeurs", a estimé Akira Ishida, un responsable de la maison de courtage Chuo Securities.

Toujours au Japon, le géant automobile Toyota, numéro un mondial du secteur, a annoncé qu'il allait demander un prêt aux pouvoirs publics pour renflouer sa filiale financière. Selon les médias japonais, le montant demandé s'élève à 200 milliards de yens (1,7 milliard d'euro). Toyota, qui pâtit de l'effondrement de ses principaux marchés et prévoit de terminer l'exercice en cours sur les premières pertes de son histoire, devient ainsi le premier constructeur automobile nippon à réclamer des fonds publics.

Cet emprunt a été sollicité auprès de la Banque japonaise de coopération internationale (JBIC), qui a mis en place ces derniers mois un système de prêts d'urgence en devises pour les entreprises en mal de financements. Le ministre japonais des Finances, Kaoru Yosano, a par ailleurs annoncé mardi un prêt de 5 milliards de dollars à la JBIC prélevé sur les immenses réserves de change du Japon (1.010,96 milliards de dollars fin janvier).

En Australie, plusieurs indicateurs économiques ont montré mardi que le pays résistait mieux que prévu à la crise économique. Le déficit courant s'est ainsi réduit de 32% au dernier trimestre 2008, tandis que les dépenses de consommation ont enregistré une hausse surprise de 0,2% en janvier. Jugeant que la situation n'était pas aussi désespérée qu'ailleurs, la banque centrale australienne a laissé son taux directeur inchangé à 3,25%.

Sur le marché du pétrole, le prix du brut, qui avait chuté de 10% lundi à New York, poursuivait son déclin mardi en raison de prévisions pessimistes pour l'évolution de la demande. Dans les échanges matinaux en Asie, le baril de "light sweet crude" pour livraison en avril reculait de 35 cents 39,80 dollars.