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mercredi 15 juillet 2009
Trichet: il faut accélérer le nettoyage du bilan des banques
Les banques commerciales et les autorités de régulation "doivent accélérer au maximum" le processus de recapitalisation et de nettoyage du bilan des banques, après les mesures radicales mises en place par la BCE et les gouvernements des pays membres de la zone euro ces 18 derniers mois, a martelé le patron de la BCE.
"Ces décisions ont été prises. Il s'agit de les appliquer aussi activement que possible! Le temps est compté!" a déclaré J.-C. Trichet devant un public d'étudiants et d'universitaires à Munich.
Le patron de la BCE a déclaré que les banques européennes, qui ont avalé ces dernières semaines des liquidités illimitées mises à leur disposition par la BCE, avaient utilisé à peine la moitié des mesures de soutien mises en place par leurs gouvernements respectifs. Plus de 100 milliards d'euros de fonds prévus pour les programmes de recapitalisation bancaire n'ont pas encore été utilisés, a-t-il affirmé.
Pénalisées par leurs actifs toxiques, les banques commerciales de la zone euro ont semblé ces derniers mois dépendre de plus en plus de la BCE pour leur financement, et réduire parallèlement de façon prononcée l'octroi de crédits à l'économie réelle.
Les statistiques de la BCE sur la masse monétaire M3 montrent que la croissance du crédit au secteur privé a ralenti pour atteindre seulement 1,8% sur les cinq premiers mois de l'année, son taux le plus bas depuis l'introduction de la monnaie unique en 1999.
Le patron de la BCE a admis qu'il faudrait sans doute du temps pour que l'apport de liquidités se transforme en crédit, mais il a également rappelé aux banques qu'il était de leur responsabilité de "continuer à prêter aux entreprises et aux ménages à des taux appropriés et dans des volumes adéquats".
J.-C. Trichet a affirmé avoir bon espoir que les mesures déjà prises par la BCE, notamment un programme d'achat d'obligations sécurisées pour un montant de 60 milliards d'euros, "contribueront à soutenir les marchés financiers".
-Geoffrey T. Smith, Dow Jones Newswires
Chine : la presse met en garde contre les "risques financiers latents"
L'organe du parti communiste a mis en garde lundi contre "les risques financiers" cachés dans la politique économique expansionniste actuelle en Chine.
"Tout en maintenant une politique monétaire souple et modérée, la Chine devrait (veiller à) une croissance raisonnable de la monnaie et du crédit, optimiser la structure du crédit (...) et prévenir les risques financiers latents", écrit le Quotidien du Peuple en Une.
La Banque centrale a annoncé la semaine dernière que les crédits octroyés par les instituts financiers chinois avaient gonflé de 1.530 milliards de yuans en juin (161 milliards d'euros), retrouvant quasiment des niveaux de début d'année, après être redescendus à 664,5 milliards en mai et 591,8 milliards en avril.
Sur les cinq premiers mois de l'année, les institutions financières avaient déjà dépassé l'objectif annuel de 5.000 milliards de nouveaux prêts, avec 5.840 milliards de yuans octroyés.
Sur les six mois, le nouveau crédit se monte donc à 7.370 milliards de yuans (775 mds euros), selon les calculs de l'AFP.
"Vu le rythme, si aucun fléchissement n'est imposé plus tard dans l'année, le total des nouveaux prêts en 2009 pourrait aisément dépasser 10.000 milliards de yuans. On s'inquiète de plus en plus de voir la croissance du crédit devenir incontrôlable", a commenté dans une note Sherman Chan, de Moody's Economy.com.
"Le torrent d'expansion du crédit a continué en juin (...) L'inflation et d'autres statistiques pourraient accélérer les changements de politique monétaire", a de son côté souligné Ken Peng, économiste de Citi.
Les autorités chinoises ont favorisé depuis fin 2008 la croissance du crédit pour financer les investissements nécessaires à la relance de l'économie, et arriver à l'objectif de 8% de croissance du produit intérieur brut sur l'année.
Certains analystes ont toutefois exprimé la crainte que cette rapide croissance du crédit n'amène notamment une hausse des créances douteuses des banques, plaie des années 90 dont le gouvernement avait fini par les débarrasser à force de restructuration.
Le gouvernement devrait publier jeudi ses statistiques pour l'ensemble du premier semestre.

"L'économie a besoin de forums multilatéraux plus représentatifs"
Comment jugez-vous la réponse internationale à la crise ?
Je suis satisfait. Le crédit revient ; sans cela, il n'y a pas de dynamisme économique. Mais nous ne connaissons pas encore la dimension, ni la durée de la crise. Au Brésil, nous avons consacré une partie de nos réserves au financement des exportations. L'économie redonne des signes de croissance. L'exportation reste fragile ; c'est un secteur qui dépend de quelques grands acheteurs. Je souhaite le rétablissement le plus rapide des pays les plus développés : cela profitera aux émergents. Mais le Brésil n'est pas totalement dépendant de ses exportations ; elles représentent 13 % du PIB (produit intérieur brut). Comme la Chine ou l'Inde, nous avons un marché intérieur appréciable. Le Brésil devrait renouer avec une croissance raisonnable en 2010.
Les mesures adoptées au G20 de Londres en avril vont dans le bon sens : rendre plus flexible le FMI (Fonds monétaire international), augmenter ses ressources et celles de la Banque mondiale, aider les pays pauvres, sans leur imposer les conditions des périodes précédentes.
Faut-il remplacer le G8, le groupe des huit pays les plus industrialisés, par le G20, qui comprend aussi les émergents ?
Le Brésil a été invité par Jacques Chirac au sommet du G8 pour la première fois à Evian, en 2003. Les pays riches s'étaient rendu compte qu'ils ne pouvaient débattre des questions économiques sans prendre en compte la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Brésil, le Mexique. Mais il n'était plus possible de continuer à nous inviter au sommet pour prendre le café - le café le plus cher au monde ! - et pour la photo. Les pays émergents devaient prendre une part plus importante aux délibérations, ce qui sera le cas en Italie.
Le G20 est plus important que le G8, plus représentatif, donc plus proche des réalités de la crise que nous traversons. En avril, Londres avait été le premier sommet où tout le monde avait été placé sur un pied d'égalité. Avant, le FMI et la Banque mondiale avaient des solutions toutes faites, péremptoirement assénées tant que la crise touchait les pays pauvres. Mais, cette fois, à Londres, il n'y avait plus de proposition dès lors que la crise touchait aussi les riches... Il n'y avait plus de certitudes, de recettes toutes faites. Cela a rendu tout le monde beaucoup plus humble.
La discussion a été plus sereine et objective. Nous sommes parvenus à nous mettre d'accord sur la surveillance des paradis fiscaux, la démocratisation du FMI et l'augmentation des ressources des institutions multilatérales de financement. Le FMI et la Banque mondiale auront un rôle accru, pourront prêter aux pays pauvres, sans bâillonner leurs économies comme auparavant, tout en respectant leur souveraineté.
Le G8 n'a plus de raison d'être, à moins que ce soit pour débattre d'autres sujets que les grands équilibres internationaux. L'économie mondiale a besoin de forums multilatéraux, comprenant les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), l'Indonésie, l'Afrique du Sud, le Mexique, les pays arabes. Leur impact dépendra de leur représentativité.
Croyez-vous à l'instauration durable de nouvelles règles ?
Le défi consiste à éviter que le G20 de Londres n'ait été qu'une opération chirurgicale sans lendemain. Ma crainte est que certains pays riches ne veuillent du G20 que pour surmonter cette crise. Le G20 doit fonctionner de manière permanente. Il ne doit pas impliquer uniquement les chefs d'Etat, mais aussi se réunir au niveau des ministres de l'économie, des banques centrales, des ministres des affaires étrangères. En attendant que nous parvenions à adopter une réforme des Nations unies qui permette à une ONU plus représentative de coordonner les discussions économiques avec la participation des petits pays. Car ces derniers sont les principales victimes de la crise, qui a commencé par les pays riches. Les dirigeants politiques doivent faire un saut qualitatif et ne plus répéter les erreurs du XXe siècle. La démocratie a besoin de forums multilatéraux renforcés.
Nombreux sont ceux qui ont défendu le consensus de Washington hier (sur la libéralisation des marchés) et qui, aujourd'hui, prônent le protectionnisme ou ne souhaitent pas conclure les négociations du cycle de Doha (dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur une nouvelle phase de libéralisation des échanges). Mais comment croire à un monde plus juste sans autoriser l'accès des produits agricoles des pays pauvres sur les marchés des pays riches ? Sur quelle base un pays comme les Etats-Unis décide-il de produire de l'éthanol de maïs - c'est-à-dire utilisant un aliment de base pour le bétail ou pour les hommes - coûtant trois fois plus que l'éthanol de canne à sucre ?
Quelle confiance accorder dans l'avenir du dollar ?
Le dollar sera encore important pendant des décennies. Son remplacement dans le commerce mondial n'est pas simple. Mais le Brésil croit à la possibilité de nouvelles relations commerciales sans subordination au dollar. Nos échanges avec l'Argentine peuvent être réalisés dans nos monnaies respectives. Nous avons évoqué le sujet au récent sommet des BRIC, nous en avons parlé avec la Chine. Lors de la chute de Lehmann Brothers, le monde a découvert qu'il n'y avait plus de crédit et que la dépendance à l'égard d'une seule monnaie n'est pas une bonne affaire. Il faut trouver des alternatives. Le débat est lancé et il ne s'arrêtera pas de sitôt.
Et si la crise économique ne faisait que commencer ?
C'est vrai : il y a aux Etats-Unis, notamment dans la finance, quelques voix pour expliquer que le pire est passé. Que la crise de 2008 n'était que l'éclatement d'une bulle du crédit. Que la purge est désormais faite et que les choses vont repartir comme avant. Les banques n'ont-elles pas déjà remboursé les aides publiques ? Les bonus ne sont-ils pas de retour ?
Les cent cinquante intervenants (dont une soixantaine d'étrangers) qui se sont exprimés les 4, 5 et 6 juillet lors des 9e Rencontres d'Aix-en-Provence, organisées par le Cercle des économistes, ont, dans leur immense majorité, tenu des propos plus alarmistes.
Il y a d'abord ces chiffres, terrifiants, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). D'avril 2008 à avril 2009, le chômage a crû de 40 % dans les pays les plus riches. De 2007 à 2010, il devrait même y avoir 26 millions de chômeurs en plus, un bond de 80 %, sans précédent en si peu de temps. "Le plus gros de la détérioration reste à venir", a mis en garde Martine Durand, responsable de l'emploi.
Or, selon Patrick Artus (banque Natixis), "les emplois perdus le sont de façon irréversible". "On fabriquera moins de voitures et moins de biens durables. Où seront créés les emplois de demain ? On ne sait pas", reconnaît-il. Même Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, doute : "Nous avons créé une entité nouvelle, l'économie mondialisée, dont nous découvrons la fragilité. (...) L'avenir n'est écrit nulle part en ce moment." Selon le scénario de Patrick Artus, dans trois ou quatre ans, la dette des pays de l'OCDE va dépasser leur produit intérieur brut (PIB). Résultat : "Il va falloir diminuer la protection sociale, le nombre de fonctionnaires et augmenter les impôts", prévient-il.
Personne n'a défendu l'idée d'un grand emprunt public comme la France s'apprête à le faire. "Autant boire un pastis pour guérir une gueule de bois", tranche l'assureur Denis Kessler, ancien numéro deux du Medef. Alors qu'Angela Merkel promet de baisser les impôts tout en réduisant les déficits publics allemands, qu'au contraire Nicolas Sarkozy s'efforce de théoriser les bienfaits du surendettement et que, dans les pays industrialisés, la petite musique du protectionnisme se fait de plus en plus insistante, le président de la BCE met en garde les gouvernements comme il ne l'a jamais fait jusqu'ici : "Nous avons créé une économie financière mondialisée, il faut évidemment une gouvernance mondiale. Mais le G20 ne suffit pas. Chaque pays doit internaliser les effets de sa politique sur ce bien supérieur collectif qu'est l'économie mondiale." En clair, par leurs excédents excessifs (Chine aujourd'hui, Allemagne demain) ou des déficits qui le sont tout autant (Etats-Unis aujourd'hui, France demain), les gouvernements sapent une mondialisation dont ils ne se sentent pas responsables mais dont chacun profite.
Si solution il y a, elle ne peut être que collective. Or rien n'est moins sûr. On l'a vu au second semestre 2008 : sans Europe volontariste, pas de coopération mondiale possible. "Il y a une demande d'Europe, y compris en Chine. Car, depuis cinquante ans, l'Europe porte la régulation", analyse l'ancien commissaire européen Mario Monti. "Mais je ne suis pas sûr qu'il y ait une offre d'Europe", rajoute-t-il aussitôt. Entre la France et l'Allemagne, qui se tournent le dos, la Commission aux abonnés absents et les Britanniques qui pensent avant tout à sauver la City et tuer dans l'oeuf toute tentative de régulation, l'Europe a déjà perdu l'influence qui était la sienne, en novembre 2008, au G20 de Washington.
Ceci explique-t-il cela ? Alors que le G20 de Pittsburgh, en septembre, sera déterminant, notamment pour juger de la capacité des politiques à réguler une finance à nouveau folle, Christine Lagarde s'est montrée étonnamment peu ambitieuse. "Le G20 de Pittsburgh sera surtout l'occasion de dresser le procès-verbal de ce qui aura été mis en oeuvre", estime la ministre française de l'économie. De quoi donner raison à Robert Reich, l'ancien secrétaire au travail de Bill Clinton, qui juge que le poids des lobbies est sans doute trop puissant pour que Barack Obama puisse vraiment gagner contre Wall Street.
Ce serait une très mauvaise nouvelle. Certains imaginent déjà un scénario catastrophe : échec de Pittsburgh suivi, au début de l'année 2010, par l'annonce de bonus record dans la finance et une augmentation inédite du nombre des faillites et des licenciements. Denis Kessler, pour lequel "les troisièmes années de crise se caractérisent souvent par du populisme, du protectionnisme et du patriotisme", aurait alors vu juste.
N'y a-t-il donc aucune raison d'être optimiste ? Si. Trois. L'Asie émergente ne résiste pas si mal, les besoins sont immenses pour accueillir trois milliards d'habitants supplémentaires d'ici à 2050 et, surtout, les économistes sont loin d'être infaillibles.