vendredi 6 mars 2009

La Fed consacre 200 milliards

La Réserve fédérale pourrait étendre son programme à d'autres prêts.

Ben Bernanke est optimiste sur les chances d'un programme de la Réserve Fédérale pour relancer le crédit à la consommation. Le patron de la banque centrale américaine pense que «les consommateurs, les entreprises et les étudiants qui ont besoin de crédit devraient percevoir une amélioration immédiate» lorsque le plan sera lancé le 25 mars.

La Fed parle de ce projet depuis novembre. Il consiste à offrir 200 milliards de dollars de financement à des investisseurs privés pour qu'ils achètent des obligations gagées sur des créances comme des prêts à la consommation, des prêts automobile, des avances sur cartes de crédit et des prêts aux étudiants. Le Trésor fournira à la Fed une garantie de 20 milliards de dollars couvrant les pertes éventuelles engendrées par ce programme.

Si les résultats sont probants, le programme baptisé Talf (Term Asset-Backed Securities Loan Facility) sera étendu. Il pourrait alors doper le rachat de 1000 milliards de titres adossés à des créances diverses, y compris des prêts immobiliers commerciaux.

Une des raisons de la violence de la récession actuelle est la disparition de sources de crédit comme le marché des obligations gagées sur des prêts à la consommation. Il a représenté jusqu'à 40 % de ce type de crédits. Mais la crise de confiance en a provoqué l'évanouissement au cours de l'automne dernier. Pour y faire revenir des investisseurs privés, la Fed et le Trésor jugent le Talf essentiel.

Pas de banques «zombies»

Par ailleurs, le patron de la Fed défend le principe d'une envolée temporaire de l'endettement public pour relancer la demande. «Il est préférable d'agir de manière agressive aujourd'hui pour résoudre nos problèmes économiques a expliqué Ben Bernanke. «L'alternative serait une période prolongée de stagnation qui non seulement contribuerait à détériorer davantage notre situation fiscale, mais aussi se traduirait par une production, un marché de l'emploi et des revenus plus déprimés pendant d'une période prolongée».

Pressé par les sénateurs de s'expliquer sur les risques de nationalisation de banques, il a répété qu'à ses yeux des nationalisations ne seraient «ni justifiées, ni nécessaires». Il réfute aussi l'existence aujourd'hui de grandes banques américaines «zombies», institutions qui seraient trop malades pour redevenir un jour viables, mais trop grandes pour être liquidées.

De son côté, le secrétaire au Trésor a promis aux députés américains une estimation des nouvelles mesures de stabilisation des banques «lorsque l'information sera disponible». Tim Geithner s'engage à négocier avec le Congrès si de nouveaux efforts se révèlent nécessaires.

Il rappelle que les 250 milliards de dollars de crédits supplémentaires inclus dans le projet de budget de la Maison blanche ne correspondent pas à des engagements anticipés. Il ne s'agit, selon lui, que d'une précaution. Le Trésor dispose encore de la moitié des 700 milliards de dollars de crédits alloués l'an passé par le Congrès pour stabiliser les banques américaines.

Régulation bancaire : suivre le modèle espagnol

La crise du secteur financier mondial depuis le début 2007 a mis en évidence le rôle clef de la régulation. Les déficiences des systèmes de régulation ont été profondes, non seulement dans leur mise en œuvre par les superviseurs, mais surtout dans leur conception et leur organisation par les Etats. L'incapacité persistante des Etats à concevoir ce que doit être la régulation des systèmes financiers, puis à la traduire en décisions techniques et à la faire appliquer, est probablement une des causes profondes de la crise actuelle. La refonte des logiques de régulation est donc un des chantiers des années à venir.

A contre tendance, l'Espagne a adopté bien avant la crise des mécanismes intéressants. Les résultats sont, pour le moment, probants au regard des bénéfices 2008 : Santander a engrangé 8,9 milliards d'euros de profits, BBVA 5 milliards, avec un retour sur capital de 15% à 20%. Le bilan de la régulation bancaire à l'espagnole paraît donc plutôt favorable, au moins par comparaison avec ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou de l'Allemagne. Il est vrai que la base de la comparaison n'est pas très exigeante !

Cependant, au-delà des aspects techniques, il semble surtout qu'une partie du monde politique espagnol ait intégré plus tôt qu'ailleurs l'idée que la croissance économique passait par un système bancaire efficient et solide. L'efficience du système suppose, notamment, que la décision de crédit est fondée sur la seule logique économique et que le superviseur a le pouvoir de sanctionner les erreurs dans ce domaine. Indirectement, cela revient à admettre qu'une des fonctions économiques d'un système bancaire est aussi de savoir refuser de prêter et que le superviseur est là pour y veiller.

Ce consensus fondamental entre la Banque d'Espagne et les différents gouvernements espagnols (est-ce encore le cas ?) s'est manifesté d'abord par plusieurs décisions brutales du régulateur, en particulier à l'égard du secteur privé. Mais surtout par le choix d'outils de pilotage originaux, à commencer par le mécanisme de provisionnement statistique. Ce mécanisme repose sur l'idée qu'il faut protéger les fonds propres des banques, donc leur solvabilité, des effets négatifs du cycle économique au travers des défauts de paiement. En protégeant les fonds propres des banques dans les périodes difficiles, on évite que les capacités de financement de l'économie soient alors contraintes par une solvabilité qui deviendrait insuffisante.

Or, la mise en question de la solvabilité des banques est bien aujourd'hui un des points de blocage majeur des marchés financiers. En pratique, la Banque d'Espagne exige que les banques constituent des provisions en fonction du total de leurs crédits et non pas, comme partout ailleurs, des défauts avérés. C'est donc en période de croissance que les banques constituent des provisions, et ce à des niveaux largement supérieurs aux défauts réels : en haut de cycle, elles minorent ainsi leurs résultats. A l'inverse, en phase de récession, les banques peuvent puiser dans ces provisions inutilisées pour couvrir la hausse des impayés sans entamer leurs fonds propres. C'est le cas actuellement.

Cette régulation repose sur un consensus politique. La constitution des provisions générales est définie de manière précise et, surtout, les provisions qui en résultent sont fiscalement déductibles. Il a donc fallu que les différents gouvernements espagnols acceptent de se priver de recettes fiscales dans les années de croissance, de même que les actionnaires qui n'ont pas perçu les dividendes qu'ils auraient pu toucher.

Autre exemple de l'autorité de la Banque d'Espagne : elle a virtuellement interdit les SIV, ces structures qui ont permis de sortir des bilans bancaires des actifs en attente de titrisation, mais qui sont devenues des pièges pour les banques.

Certes, les mécanismes mis en place ne sont ni omnipotents, ni irréprochables : ils n'ont en particulier pas empêché la bulle immobilière, puis son éclatement. Mais, à la décharge de la Banque d'Espagne, aucune régulation bancaire n'est censée se substituer aux décisions de politique économique. Par ailleurs, l'influence politique, donc nuisible, sur les décisions de crédit des Caisses d'Epargne n'a pas pu être contrecarrée, malgré les nombreux avertissements lancés par la Banque d'Espagne.

En outre, cette dernière a laissé BBVA et Santander accumuler des expositions sur l'Amérique latine (38% et 32% des crédits respectivement) qui pourraient mettre en danger les deux groupes en cas de crise majeure. Enfin, on peut craindre que le provisionnement général qu'elle a imposé ait été sous-dimensionné en regard de la gravité de la crise. Si le modèle espagnol ne doit pas être appliqué sans réserve, il reste un des meilleurs modèles de supervision à ce jour : ses succès ne se réduisent pas à des recettes techniques, mais bien à une logique économique et politique forte.

Par Jean Sassus, analyste bancaire chez Raymond James.

La crise amène la dette

Le taux d'endettement de la France atteindra 73,9 % du PIB cette année.

Un plan de relance, une croissance en recul de 1,5 % et un déficit public à 5,6 % du PIB. Tous les ingrédients sont réunis, en 2009, pour que la dette de la France s'envole. Le taux d'endettement devrait grimper à 73,9 % du PIB cette année et s'alourdir encore par la suite pour se situer «aux environs de 77-78 % du PIB en 2010-2011» , selon le second collectif budgétaire pour 2009, présenté mercredi par le ministre du Budget, Éric Woerth, et sa collègue de l'Économie, Christine Lagarde. Le ratio d'endettement public était de 35 % du PIB en 1990 !

Conséquence directe, la France va devoir augmenter ses emprunts sur les marchés financiers. «Le déficit budgétaire augmente de 17 milliards d'euros (…), ce qui entraîne une modification du programme de financement net de l'État français» , a indiqué, mercredi à l'agence Reuters, le directeur général de l'Agence France Trésor (AFT), Philippe Mills. Cette différence se traduira par «une augmentation de 10 milliards d'euros du programme de financement à moyen et long terme (qui passe de 145 à 155 milliards d'euros) et par une augmentation de 7 milliards de l'encours net de titres à moins d'un an», précise-t-il. Il s'est dit «confiant dans la capacité du marché à absorber 155 milliards, contre 145 milliards initialement prévus» .

Christine Lagarde a assuré de son côté faire «tout ce qui est nécessaire et possible pour maintenir la signature de la France au niveau triple A et pour bénéficier au maximum des baisses de taux d'intérêt qu'on constate actuellement» . Un discours à l'attention des agences de notation qui ont récemment dégradé la note de certains pays de la zone euro (Portugal, Espagne, Grèce, Irlande) pour cause d'envolée des déficits.

Pour la directrice des études d'Euler Hermès, Karine Berger, «on se trouve dans une situation où les finances publiques françaises ne disposent plus de marge de manœuvre pour emprunter sur les marchés sans faire courir le risque d'une montée des taux d'intérêt à long terme». Selon elle, le poids des intérêts de la dette française - le troisième poste budgétaire de l'État après l'Éducation nationale et la Défense - devrait dépasser 3 % du PIB «pour la première fois» en 2010. Ceci «fera entrer les finances publiques dans une zone d'instabilité». Autrement dit, selon ses prévisions, les seules charges de la dette placeront la France en dehors du respect des critères de Maastricht !

Relativiser les chiffres

Bercy s'est attaché hier à relativiser les chiffres. «Cet alourdissement de l'endettement ne traduit pas un appauvrissement durable des administrations» , indique le ministère. D'abord, parce que cette hausse est «en partie liée à l'achat d'actifs sains et rentables» (prêts à l'industrie automobile, titres ou actions préférentielles souscrits pour venir renforcer, contre rémunération, les fonds propres des banques). Ensuite, parce que cette «relance budgétaire» vise à préserver «les perspectives économiques des générations futures» . Et enfin parce que la mauvaise conjoncture sur les marchés actions a empêché «des cessions d'actifs publics non stratégiques et donc un désendettement dans des conditions normales». La Bourse n'a plus qu'à remonter…

Marie Visot 

La BCE baisse son taux d'intérêt directeur

La Banque centrale européenne abaisse son principal taux d'intérêt à 1,5% contre 2% jusqu'à présent. Du jamais vu depuis la création de la BCE il y a 10 ans. C'est la cinquième baisse depuis octobre, où le taux se situait encore à 4,25%. Cette baisse était attendue, cette semaine, depuis que Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la banque centrale, avait annoncé une baisse « possible » du taux de l’établissement européen.

Lorsque la Banque centrale européenne fixe un taux d'intérêt, il est repris par toutes les banques des pays de la zone euro. Avec un taux à 1,5%, les banques vont donc pouvoir prêter de l'argent à moindre coût pour les particuliers et pour les entreprises.

C'est le but recherché : relancer la consommation et l'investissement qui sont au point mort à cause de la crise économique.

Une crise qui devrait durer toute l'année. La BCE annonce des chiffres catastrophiques. Selon elle, la récession dans la zone euro devrait être comprise entre -3,2 et -2,2% en 2009. C'est pire que se que prévoyait, il y a encore trois semaines, l'Institut européen de statistiques Eurostat qui tablait sur un recul de 1,9%.

La situation est telle que Jean Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, n'exclut pas de nouvelles baisses de taux ou d'autres mesures comme des injections de liquidités dans les banques pour les aider à soutenir l'économie.

Si la BCE peut se permettre d'abaisser ses taux, c'est aussi que l'inflation est au plus bas. Selon les prévisions de la Banque centrale européenne, elle ne devrait pas dépasser 0,7% cette année.