mardi 28 avril 2009

L'entreprise patrimoniale, aiguillon de l'économie réelle

La crise que nous vivons a pour mérite de nous rappeler l'importance décisive, dans une économie "glocalisée", de structures capitalistiques trop souvent négligées : les entreprises patrimoniales. Largement méconnues du grand public et longtemps affectées par les lourdeurs fiscales, juridiques et administratives, ces entreprises dont le(s) dirigeant(s) détiennent "physiquement" tout ou partie du capital sont pourtant au cœur de l'économie réelle. Portées par des entrepreneurs pragmatiques et responsables, elles doivent être nos aiguillons pour retrouver le chemin d'une économie profondément ancrée dans le long terme.
Quand la crise financière a commencé à se propager à l'automne dernier, les entrepreneurs patrimoniaux ont été les premiers à critiquer sévèrement les carences du système financier. Cet état de fait, sur lequel les médias ne se sont pas nécessairement penchés, témoigne a posteriori de la singularité des entrepreneurs patrimoniaux dans l'économie. A nous, banquiers, de l'entendre.
Qui sait qu'aujourd'hui, en France, 80% des entreprises de moins de 3.000 salariés sont patrimoniales ? Ou encore que le tissu industriel est composé à 80% d'entreprises patrimoniales en Europe et 90% aux Etats-Unis, représentant près de la moitié du PIB et des emplois salariés ? La situation actuelle doit nous amener à redécouvrir toutes les vertus du capitalisme patrimonial, et ce pour plusieurs raisons. 
D'abord, les entrepreneurs patrimoniaux ont toujours préféré la croissance sur fonds propres à la croissance par l'endettement. Ensuite, les entreprises à forte réputation sur leur marché sont historiquement celles qui ont su tisser avec leurs clients ou les consommateurs un lien de proximité ; or, ce sont le plus souvent (et les exemples français sont légions) des entreprises patrimoniales.
D'un point de vue plus culturel et sociologique, les aventures personnelles, indépendantes, prennent aujourd'hui le pas sur les images historiquement négatives associées à la figure de l'entrepreneur : les Français reconnaissent désormais cet "entrepreneurial flair" cher aux anglo-saxons. L'entrepreneur patrimonial privilégie en outre une prise de risque "à taille humaine", rationnelle, maîtrisable et très localisée. 
Petites entreprises locales et innovantes ou grands groupes à vocation internationale, la réalité plurielle des entreprises patrimoniales est un autre atout majeur. La puissance publique a d'ailleurs pris en compte cette diversité de situations, en donnant une existence légale aux Entreprises de Taille Intermédiaire (entre 251 et 5.000 salariés). Une manière de leur offrir les avantages juridiques et fiscaux des PME sans les contraintes appliquées aux grandes entreprises. 
Quelle que soit leur taille, les entreprises patrimoniales partagent un point commun : à chaque fois que le capitalisme financier a été bousculé, elles ont su prouver leur capacité de résistance et de renouvellement, combinant contraintes macroéconomiques et besoins microéconomiques. Leurs "principes" de gestion paraissent beaucoup plus sains, car fondés sur un pragmatisme à toute épreuve : "Pourquoi paniquer quand je peux simplement différer mon projet de croissance externe et aller chercher d'autres relais de croissance ?". 
Toute la richesse de l'entrepreneur patrimonial réside dans sa capacité à combiner prise de risque, autonomie, pragmatisme, dynamisme, capacité à anticiper et à se projeter, simplicité et flexibilité. Surtout, l'entrepreneur patrimonial se caractérise par l'étroite imbrication de ses patrimoines personnel (c'est lui qui apporte le capital nécessaire à la création de l'entreprise) et professionnel. C'est ce qui rend impossible pour lui l'entrée dans une logique purement spéculative : du fait de l'étroite conjugaison de ses patrimoines, l'entrepreneur patrimonial est dans l'obligation de penser l'avenir de son entreprise sur le long terme. La rentabilité financière, solide et durable, de l'entreprise patrimoniale est aussi le fruit de cette stabilité.
Ainsi, les banques doivent ôter leurs œillères court-termistes et penser à nouveau la notion d'entreprise sur le long terme. Elles ont le devoir de soutenir puissamment ces entrepreneurs patrimoniaux, responsables et ancrés dans le réel, en les accompagnant au quotidien dans la gestion de leurs patrimoines personnel et professionnel. Elles doivent être un coproducteur de croissance, capable d'assurer la pérennité des entreprises patrimoniales et pallier tout préjudice en cas de maladie ou de décès du dirigeant, et ainsi protéger ses proches. Elles doivent, en résumé, soutenir les prises de risques intelligentes, innovantes, propres à dynamiser un bassin d'emplois, un marché, un secteur d'activité. Car comment rétablir la confiance sur les marchés si les banques n'ont plus confiance dans l'envie d'entreprendre de leurs clients ? 
La crise est une opportunité en ce qu'elle marque le retour d'une gestion patrimoniale de l'entreprise. Les "pépites" sont là : leur indépendance, leur capacité d'innovation, leur attachement viscéral à une éthique d'entreprise plaçant l'humain au centre de la sphère économique, témoigne chaque jour de leur valeur sociale. Replacer les entreprises patrimoniales au cœur de l'économie, c'est déjà se projeter dans la croissance et les opportunités de demain. C'est de facto permettre aux banques de retrouver leur rôle premier : être un partenaire de long terme pour les entreprises et contribuer ainsi à ramener la finance dans le monde réel.

 Philippe Vayssettes, Président de la Banque Neuflize OBC.

BM-FMI: risque d'une "catastrophe humanitaire" suite à la crise

Le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellik, et le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, ont mis en garde dimanche sur le risque d'une "catastrophe humanitaire" dans les pays en développement si rien n'est entrepris à travers le monde pour faire face aux conséquences humanitaires de la crise financière et économique mondiale. Les deux dirigeants des institutions de Bretton Woods ont lancé cette mise en garde lors d'une conférence de presse qu'ils ont animée à l'issue de la réunion du Comité de développement de la Banque mondiale qui a clôturé les travaux de la réunion de printemps de ces institutions financières tenue les 25 et 26 avril à Washington.
Le président de la BM a regretté qu'après avoir pu entamer la réalisation des Objectifs du Millénaire de Développement (OMD) pour réduire de moitié le nombre des populations pauvres à l'horizon 2015, plusieurs pays pauvres voient ces objectifs compromis notamment ceux liés à la faim et à la malnutrition, la mortalité infantile et maternelle, l'éducation, la lutte contre le sida, la malaria et d'autres maladies.

Selon ses estimations, une population de 55 à 90 millions de personnes supplémentaires s'ajouteront en 2009 à celles déjà touchées par l'extrême pauvreté tandis que le nombre de personnes souffrant de la faim chronique pourrait augmenter à plus d'un milliard d'individus sur l'année en cours.

Autre motif de cette crainte est que "personne ne sait combien va durer cette crise" financière et économique internationale, a lâché le numéro un de la Banque mondiale.

Après avoir rappelé les mesures financières déjà mises en place par cette institution face à ce risque humanitaire, M. Zoellik a fait savoir que les pays membres l'ont chargé d'examiner la capacité financière de la BM et notamment l'adéquation du capital ainsi que l'adéquation des ressources concessionnelles et qu'un rapport y afférent devra être présenté lors des assemblées annuelles du FMI et de la BM prévues en octobre.

De son coté, M. Strauss-Kahn a estimé que la crise financière et économique est effectivement plus perceptible par ses conséquences humaines, proposant que le FMI doive être réorganisée et avoir un "nouveau visage" pour plus d'efficacité: "le FMI est en train de changer pas seulement sur le plan éthique mais aussi pour plus d'efficience".

Il est à souligner que le Comité du développement de la BM a indiqué, à l'issue de ses travaux dimanche, que l'économie mondiale s'étant considérablement détériorée depuis sa dernière réunion, cette évolution a des conséquences particulièrement graves dans les pays en développement sur le plan humanitaire. "Les progrès réalisés au prix de durs efforts en direction des OMD sont maintenant compromis. La crise a déjà fait basculer dans une extrême pauvreté plus de 50 millions de personnes, surtout des femmes et des enfants", note-t-il.

Le Groupe de la BM et le FMI "ont fait preuve d'esprit de décision et mené une action complémentaire pour aider les pays en développement à faire face à la crise, favoriser l'adoption de mesures anticycliques, et contribuer à combler un déficit de financement considérable, notamment en déployant des efforts pour relancer les flux de capitaux privés", selon le comité. Les institutions multilatérales ont besoin de ressources et de capacités pour pouvoir prévenir les crises ou y riposter de manière efficace, a-t-il ajouté, tout en se félicitant des engagements pris par les pays membres de fortement accroître les ressources du FMI.

"Nous devons maintenant donner une suite concrète aux engagements que nous avons pris, notamment ceux formulés par les participants au récent Sommet de Londres, en prenant des mesures concertées et en dégageant des ressources supplémentaires. Nous demandons instamment à tous les bailleurs de fonds de concrétiser plus rapidement la promesse qu'ils ont faite d'accroître leur aide et nous devons quant à nous, examiner la possibilité d'aller au-delà de nos engagements actuels", note-t-il.

Le Comité de développement a souligné qu'il donne son appui aux initiatives lancées par la BM et encourage la mise en oeuvre rapide de plusieurs actions pour protéger les plus démunis. Il s'agit de la mise en place du Mécanisme de financement en faveur des pays vulnérables, qui regroupe le Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire et le nouveau Programme d'intervention rapide dans le secteur social alors que la Société financière internationale (SFI, filiale de la BM) a également créé le Mécanisme de renforcement de la microfinance pour aider les emprunteurs pauvres.

Pour relancer le financement du commerce, la SFI a porté le montant de son Programme de financement du commerce mondial de 1 à 3 milliards de dollars, et a lancé le Programme de liquidités pour le commerce mondial, qui devrait fournir un appui au commerce à hauteur de 50 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.

Pour assurer la poursuite du développement de l'infrastructure et créer des emplois, la BM a mis en place le Programme d'appui aux infrastructures existantes et nouvelles. Elle prêtera jusqu'à 15 milliards de dollars par an au titre de projets d'infrastructure, et la SFI a mis en place le Mécanisme d'appui à l'infrastructure en situation de crise.

Pour fournir un soutien au secteur financier, la SFI a mis en place un Fonds de recapitalisation qui permettra de fournir des capitaux supplémentaires aux banques des pays en développement. Un grand nombre de ces initiatives sont conçues de manière à mobiliser des ressources.

Par ailleurs, le comité de développement considère que la crise et la nécessité d'une vigoureuse riposte multilatérale témoignent encore plus clairement de la pertinence des efforts déployés pour accroître la voix et la participation des pays en développement et en transition dans la structure de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale. 

Blanchiment d'argent: la liste des pays non coopératifs dressée d'ici septembre

Une liste des pays non coopératifs en matière de blanchiment d'argent a été demandée par les pays du G7, réunis vendredi à Washington, et devra être dressée d'ici au prochain sommet du G20 en septembre, a déclaré la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde.

"Nous avons demandé au Gafi (Groupe d'action financière internationale) de dresser la liste des pays non coopératifs en matière (...) de blanchiment d'argent. Il faudra que cela soit fait avant le prochain G20 des chefs d'Etat, en septembre", a-t-elle indiqué dans un entretien au Figaro publié lundi.

Une liste devra également être établie par le Conseil de stabilité financière (FSB) pour recenser les pays non-coopératifs en matière "prudentielle", c'est-à-dire sur les normes fixant les exigences de solvabilité des banques, a précisé Mme Lagarde.

"Nous savons que cela va provoquer des remous mais les membres du G7 veulent la fin des paradis de toutes sortes", a précisé la ministre, ajoutant que c'était "un élément essentiel de stabilité financière".

Dans le communiqué final publié vendredi, le G7 presse ainsi le Gafi d'"identifier les pays non-coopératifs (en matière de blanchiment d'argent et de lutte contre le financement du terrorisme, ndlr) et de mettre au point un arsenal de contre-mesures", sans toutefois préciser la moindre échéance.

Dans son dernier rapport publié en avril, le Gafi recense déjà cinq "juridictions" présentant un "risque" en matière de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme: l'Iran, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Pakistan et Sao Tomé-et-Principe.

Fondé en 1989, le Gafi est un organisme intergouvernemental regroupant 34 pays qui a pour objectif de concevoir et de promouvoir des politiques de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

D'après le Fonds monétaire international, le volume agrégé du blanchiment de capitaux dans le monde représentait en 1996 entre 2 à 5% du produit intérieur brut mondial, soit de 590 à 1.500 milliards de dollars.