jeudi 2 avril 2009

Les principaux enjeux du G20

Les enjeux du G20, qui se tient jeudi 2 avril à Londres, sont nombreux. La plupart ont déjà été discutés entre les participants : si certains points font d'ores et déjà l'objet d'un accord, ce n'est pas le cas pour tous. Entre relance, régulation et assainissement du système financier, les options sont multiples.

ASSAINIR LES MARCHÉS FINANCIERS

  • Hedge funds

Les fonds spéculatifs sont considérés quasi unanimement comme des menaces pour la stabilité financière, accentuant à la fois les baisses et les hausses des cours. Pour le moment domiciliés dans des centres offshore, ils pourraient être contraints à se déclarer auprès des autorités des marchés financiers où ils opèrent. Européens et Américains discutent encore du niveau de régulation à leur imposer.

  • Paradis fiscaux

Le sujet fait l'objet d'un relatif consensus depuis quelque temps déjà. Les principaux acteurs du G20 ont fait pression sur nombre de paradis fiscaux pour les forcer à lever leur secret bancaire. L'Europe voudrait la publication d'une "liste noire" des paradis fiscaux, mais les Anglo-Saxons n'y sont pas favorables. Barack Obama devrait en revanche présenter une grille d'évaluation de la conformité aux règles internationales en matière de fiscalité.

  • Agences de notation

Elles ont été montrées du doigt à de nombreuses reprises, notamment par Nicolas Sarkozy. Elles ne sont pour l'instant soumises à aucune surveillance si ce n'est un code de bonne conduite interne. Europe et Etats-Unis veulent les obliger à s'inscrire auprès d'une autorité de régulation, qui resterait à créer.

  • Salaires des banquiers

Le salaire des patrons n'est pas un débat franco-français. Gordon Brown s'est dit favorable "à des règles internationales de rémunération des banquiers" et assure que le G20 prendra des disposition en la matière. Certains pays veulent aussi limiter les bonus des traders, mais les Etats-Unis ne souhaitent pas aller aussi loin en matière de régulation.


RÉFORMER LES INSTITUTIONS INTERNATIONALES

  • Réforme du FMI et de la Banque mondiale

Le G20 entend doubler le financement du FMI (250 milliards de dollars aujourd'hui, soit près de 190 milliards d'euros). Les Etats-Unis voudraient le tripler. Les membres du G20 veulent en faire un superviseur mondial aux compétences accrues, associé au Forum de stabilité financière créé en 1999. Ces deux organismes devront élaborer et faire appliquer de nouvelles règles pour les établissements financiers. Les pays en développement demandent à être plus présents au sein du FMI et de la Banque mondiale. Ils voudraient notamment pouvoir présider ces deux organes alors qu'ils sont pour le moment tacitement réservés aux Américains et Européens. Le G20 est aussi appelé par la Banque mondiale à augmenter les aides aux banques de développement.

  • Rôle des banques centrales

Elles devraient participer, avec le FMI, au contrôle des système financiers. Les Européens y sont moins favorables que les Américains, car les banquiers centraux sont des acteurs indépendants qui ne rendent souvent de comptes à personne. Les banques centrales vont aussi être encouragées à maintenir des taux d'intérêt les plus bas possible pour soutenir la demande.


NOUVEAU PLAN DE RELANCE DE LA CROISSANCE


Avant le sommet, Barack Obama s'est beaucoup investi pour inciter ses partenaires à prendre de nouvelles mesures de relance économique. Mais les Européens estiment en avoir fait assez pour le moment. Le G20 devrait se contenter de saluer les plans déjà engagés et encourager ceux à venir, sans en promettre directement.

  • Protectionnisme

Le G20 devrait réaffirmer la nécessité de la lutte contre le protectionnisme et les nécessités d'une économie ouverte pour surmonter la crise. Pourtant, la Banque mondiale a récemment affirmé que dix-sept des membres du G20 avaient pris des mesures protectionnistes depuis le début de la crise.

  • Rôle du dollar

La prise de position de la Chine pour l'abandon du dollar comme monnaie principale des réserves nationales n'est pas officiellement au programme du sommet, mais elle a le soutien de plusieurs pays. Ce sujet pourrait donc faire l'objet de discussions informelles.

Antonin Sabot

La crise, une chance pour l’Afrique ?

L’Afrique cherche à se faire entendre dans la gestion financière internationale 

En chinois, le mot “crise” (wei ji) se compose de deux caractères, relève l’économiste sénégalais Moustapha Kassé. Le premier veut dire “danger”, le deuxième “opportunité”. Dans leur réaction à la crise économique mondiale actuelle, les gouvernements africains ont accordé trop d’importance, selon lui, au premier sens du terme. « Pourtant, c’est le second sens qui est capital, car toute crise, dit-il, est porteuse d’une opportunité, d’une chance de changer, de s’adapter ».

Moustapha Kassé, professeur à l’Université de Dakar, affirme que les responsables politiques, les experts et les chercheurs du continent n’ont pas participé assez énergiquement aux débats internationaux consacrés aux solutions à apporter à la crise.

Une série de sommets internationaux ont rassemblé les dirigeants politiques du monde entier à New York, Washington et Doha pour trouver de nouvelles idées. Au vu de la gravité de la crise actuelle et de l’incapacité des institutions financières les plus puissantes à en prévoir même le déclenchement, on s’accorde généralement aujourd’hui à reconnaître qu’il faut procéder à des réformes en profondeur pour éviter que de telles catastrophes se reproduisent.

Un seul pays africain (l’Afrique du Sud) a été invité à participer au sommet d’urgence du Groupe des 20 (G-20), organe consultatif de haut niveau, qui s’est tenu le 15 novembre à Washington. Un certain nombre de présidents et de premiers ministres africains ont toutefois participé deux semaines plus tard à une conférence internationale sur “le financement pour le développement” à Doha (Qatar). D’après Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine, l’instance politique du continent, leur présence à cette réunion a attesté de l’intérêt qu’accorde l’Afrique aux réformes économiques mondiales.

Des sièges supplémentaires

En dépit de la décision du sommet du G-20 de Washington de ne pas prendre de mesures concrètes avant la réunion de suivi qui aura lieu ce 2 avril à Londres, le fait même qu’il ait eu lieu sous sa forme actuelle constitue une nouveauté. Auparavant, la plupart des négociations importantes sur l’économie mondiale ne réunissaient en effet que les membres du Groupe des sept pays industrialisés riches (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), auquel se joignait parfois la Russie (pour constituer le Groupe des Huit).

Mais la détérioration rapide de la situation économique dans ces pays indique clairement qu’ils auraient du mal à s’en sortir tout seuls. Le Président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a reconnu que le G-7 « ne fonctionnait pas très bien. Il faut constituer un meilleur groupe pour une nouvelle époque », a-t-il dit.

Dans les pays en développement, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer aussi les défaillances des principales institutions financières internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Il leur est notamment reproché de faire la part trop belle aux pays les plus riches dans leur processus de décision. Au Conseil d’administration du FMI, par exemple, les Etats-Unis détiennent 17,1 % des voix et l’Union européenne 32,4 %. Dans ces conditions, déplorent les critiques, les intérêts des pays en développement ne sont pas suffisamment pris en compte.

C’est dans ce contexte que le sommet de Washington a été ouvert à la participation d’un groupe relativement plus divers de pays. A l’origine, le G-20, constitué en 1999 au lendemain de la crise financière asiatique, était composé des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales des pays industrialisés et des pays en développement les plus puissants sur le plan économique, appelés généralement “les marchés émergents”. Les pays industrialisés y sont représentés par les membres du G-8, ainsi que l’Australie et l’Union européenne. Du côté des pays en développement, on trouve l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Argentine, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, la République de Corée et la Turquie.

La décision d’inviter désormais les chefs d’Etat au rendez-vous de Washington, lui conférant ainsi une importance accrue, témoigne non seulement de la gravité sans précédent de la situation actuelle, mais, à plus long terme, d’une évolution fondamentale, à savoir que les économies des membres du G-7 n’occupent plus la place prépondérante de jadis. De 1965 à 2002, les pays du G-7 généraient deux tiers de la production mondiale. Ce pourcentage n’est plus aujourd’hui que de 52 % et, d’après certaines prévisions, il devrait tomber à 37 % d’ici à 2030 et à 24 % d’ici à 2050.

Parallèlement, les économies des principaux pays en développement contribuent de plus en plus aux échanges commerciaux, aux investissements et même à l’octroi de l’aide étrangère. D’après les prévisions du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, les économies des pays en développement considérées dans leur ensemble continueront de croître au rythme de 4,6 % en 2009, alors même que les pays industrialisés s’enfonceront dans la récession.

Alors que les pays industrialisés s’efforcent de trouver les moyens de relancer l’économie mondiale, l’attention se porte sur les ressources financières dont disposent ces “marchés émergents”. Lorsque le Premier Ministre japonais Taro Aso a annoncé à Washington que son pays offrirait jusqu’à 100 milliards de dollars pour financer les programmes de sauvetage du FMI destinés aux pays en difficulté financière, il a ajouté que “les pays producteurs de pétrole, la Chine et autres pays disposant de vastes réserves devraient également apporter leur contribution”.

Le Président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a précisé que les pays en développement ne se contenteraient pas de payer leur dû, mais entendaient avoir leur mot à dire. “Dans ce contexte de mondialisation, il nous faut des instances solides et représentatives capables de prendre des décisions de portée mondiale.”

Pour un “nouveau multilatéralisme”

L’Afrique a réagi avec scepticisme à la veille du sommet du G-20. Le Président Denis Sassou-Nguesso de la République du Congo a regretté que l’Afrique soit encore tenue à l’écart des débats sur la réforme internationale.

Trois jours seulement avant la réunion du G-20, les ministres des finances et de la planification et les gouverneurs des banques centrales de l’Afrique se sont toutefois réunis à Tunis pour définir une position commune sur la crise mondiale (voir encadré). Ils ont également prié l’Afrique du Sud de les représenter auprès des membres du G-20.

Le Président sud-africain Kgalema Motlanthe a pris son rôle très au sérieux. Après avoir fait part à ses collègues des propositions de réforme des Africains, il a plaidé pour l’adoption de réformes qui prévoiraient “une bien meilleure représentation qu’à l’heure actuelle des pays africains dans les institutions financières internationales”.

Les ministres réunis à Tunis ont également insisté sur ce point, affirmant que le rôle de l’Afrique du Sud à l’intérieur du G-20 ne pouvait “se substituer à une participation africaine renforcée… Nous appelons de nos vœux un “nouveau multilatéralisme” qui tienne pleinement compte des réalités actuelles”.

Cet appel a été réitéré à la conférence internationale sur “le financement pour le développement” qui s’est tenue du 29 novembre au 2 décembre à Doha. “Un nouveau multilatéralisme est nécessaire”, a lancé à cette occasion le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, précisant que l’un des objectifs prioritaires de la conférence était “de jeter un pont entre le G-20 et le reste du monde.”

De nombreux dirigeants de l’Afrique et d’autres régions ont souligné que l’Organisation des Nations Unies, à laquelle appartiennent la grande majorité des pays, pourrait constituer un cadre de négociation propice à la formulation de propositions de réforme à long terme ouvertes à tous. La conférence de Doha s’est achevée sur un appel lancé à l’ONU pour l’organisation d’un sommet sur les mécanismes financiers internationaux.

Réévaluer les politiques …

De nombreuses recommandations précises ont déjà été proposées. Le sommet du G-20 a établi des groupes de travail chargés d’examiner des propositions concernant 47 questions. Si un accord peut être trouvé d’ici là, certaines de ces propositions seraient examinées à la réunion d’avril à Londres. Ces propositions concernent des sujets variés comme la réforme du FMI et de la Banque mondiale et les mesures à adopter pour une réglementation et un contrôle plus efficaces des opérations financières et des investissements.

Au-delà des préoccupations financières, les dirigeants du G-20 se sont prononcés pour la relance des pourparlers commerciaux internationaux actuellement dans l’impasse et se sont engagés à lutter contre la tendance de certains pays riches à protéger leurs industries nationales de la concurrence économique d’autres pays.

Face au ralentissement économique actuel, les membres du G-20 ont encouragé les gouvernements à redoubler d’efforts pour financer la reprise économique. En réponse à une question sur les régions où ces grands programmes de relance devaient être lancés, le Directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn a répondu : “Partout où c’est possible.”

… et les doctrines

Pour de nombreux observateurs africains, l’importance accordée désormais à l’intervention de l’Etat pour remédier aux carences des marchés semble marquer un nouveau recul des doctrines chères au FMI, à la Banque mondiale et aux bailleurs de fonds. Au cours des dernières décennies, ces institutions ont contraint de nombreux gouvernements africains à libéraliser leurs marchés et à opérer des coupes sombres dans les dépenses publiques.

L’éminent économiste international Joseph Stiglitz juge que les conséquences de ces politiques ont été le plus souvent catastrophiques. Dans les pays en développement, “la libéralisation des capitaux et des marchés financiers n’a que rarement débouché sur la hausse de la croissance escomptée, mais a au contraire aggravé l’instabilité”, a-t-il affirmé fin octobre. M. Stiglitz a estimé que la crise actuelle devrait constituer une occasion de réévaluer “la doctrine économique en vigueur”.

Des opinions semblables ont été exprimées par les futurs membres du Gouvernement américain du Président-élu Barack Obama. D’après Lawrence Summers, nommé à la tête du Conseil économique national consultatif, “le vent va tourner, et devrait tourner, en faveur du renforcement du rôle de l’Etat dans la prévention des dérives et des insuffisances des marchés”.

L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, l’ancien Directeur général du FMI Michel Camdessus et l’ancien Secrétaire d’Etat américain au Trésor Robert Rubin, qui sont membres d’Africa Progress Panel, un groupe de défense des intérêts de l’Afrique, affirment qu’il est essentiel de ne pas ignorer les préoccupations particulières des pays africains pauvres.

Des idées analogues de réforme de la gestion économique mondiale avaient été présentées dans les années 1990 après les crises financières du Mexique et de l’Asie, ont-ils précisé dans une déclaration commune publiée en octobre. “Nous avons manqué l’occasion de mettre en place à ce moment-là un mécanisme de contrôle solide à l’échelle mondiale. Il ne faut pas laisser passer cette occasion cette fois-ci”, ont-ils déclaré.

« Une crise mondiale exige une réponse mondiale »

Les ministres des finances et de la planification et les gouverneurs des banques centrales de l’Afrique se sont réunis le 12 novembre à Tunis pour définir une position commune face à la crise économique mondiale. Leurs débats ont été animés par les dirigeants des trois principales institutions du continent : le Président de la Banque africaine de développement (BAfD) Donald Kaberuka, le Président de la Commission de l’Union africaine (UA) Jean Ping et le Secrétaire exécutif de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique (CEA) Abdoulie Janneh.

Les ministres se sont engagés à poursuivre le développement de leurs programmes de réforme économique en renforçant la réglementation financière, en améliorant la gouvernance, en diversifiant les économies et en mobilisant davantage de ressources nationales. Ils se sont prononcés pour une collaboration plus étroite entre l’Union africaine, la Banque africaine de développement, la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique et les institutions africaines.

Affirmant qu’« une crise mondiale exige une réponse mondiale », les ministres ont en outre exhorté les partenaires extérieurs de l’Afrique à mener un certain nombre d’actions, notamment :

- Mener à bien le cycle des pourparlers commerciaux internationaux de Doha. - Encourager les bailleurs de fonds à honorer leurs engagements d’accroître leur aide à l’Afrique et à adopter des mesures visant à rendre cette aide plus efficace.

Procéder à des réformes globales des institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Les ministres ont estimé à ce sujet que « les économies émergentes et en développement devaient pouvoir se faire davantage entendre et représenter au sein de ces institutions » et que les réformes « devaient également tenir compte des intérêts des pays les plus pauvres ».

Par Ernest Harsch pour Afrique Renouveau

Pour la Banque Mondiale la crise n'épargne aucun pays mais fragilise les plus pauvres

La Banque mondiale est très inquiète des conséquences de la crise pour les pays en développement: si celle-ci n'épargne pratiquement aucun pays, elle fragilise de manière inquiétante les plus pauvres qui risquent de voir réduites à néant "des années de progrès".

Dans ses Perspectives économiques mondiales publiées mardi, la BM prédit que la croissance économique des pays en développement devrait ralentir fortement en 2009, à 2,1%, contre 5,8% en 2008.

Pire, "si l'on enlève la Chine et l'Inde, la croissance est nulle" pour ces pays, a déclaré à la presse Justin Lin, économiste en chef et premier vice-président de la BM.

Selon lui, les pays en développement hors Inde et Chine connaîtraient ainsi "un recul de leur revenu réel de 1,5% cette année", compte tenu de leur accroissement démographique.

Pour la Banque mondiale, le monde en développement risque de payer un lourd tribut à la crise née dans les pays du Nord.

En apparence, ce sont ces derniers qui devraient en pâtir le plus puisque la Banque mondiale prévoit un recul du PIB de 2,9% dans les pays riches qui provoquerait la première récession mondiale depuis l'Après-Guerre avec une contraction du produit intérieur brut planétaire de 1,7% en 2009.

Mais "dans tous les pays en développement, nous constatons les effets de la récession sur les plus pauvres, qui sont encore plus exposés qu?auparavant à des chocs soudains et qui voient leur marge de manoeuvre réduite et leurs espoirs frustrés", observe M. Lin.

Pour lui, "il s?agit tout simplement d?une crise de développement, qui pourrait réduire à néant des années de progrès".

Pour 2009, la Banque prédit une chute historique du volume du commerce mondial de biens et services, de 6,1% par rapport à 2008, qui entraînera une forte diminution des recettes des pays pauvres.

A cela s'ajoute le fait que "les pays en développement sont directement touchés [...] par un renversement de tendance des flux de capitaux vers" eux, fait remarquer Hans Timmer, responsable de l?équipe chargée de l?analyse des tendances économique mondiales au sein de la BM.

La crise, dit-il, a fait chuter les investissements du secteur privé dans les pays en développement, alors que ceux-ci avaient bondi pendant la phase d'expansion du début des années 2002 à 2007.

"Un des risques clef [...] est la possibilité de crises de la balance des paiements dans une série de pays" où "les besoins de financement ne seront pas assurés par des flux de capitaux privés", ajoute-t-il.

Pour la banque, "les besoins de financement non couverts seraient de l?ordre de 270 à 700 milliards de dollars" et ces déficits menaceraient plus particulièrement les pays d'Europe orientale et d'Asie centrale, ainsi que l'Amérique latine et l'Afrique subsaharienne.

Or redoute M. Timmer, si les besoins de financements ne sont pas satisfaits, cela obligera les gouvernements des pays concernés à des "ajustements" risquant de ralentir encore leur économie, et on peut s'attendre dans ce cas à un recul de l'activité "bien plus [important] que ce que l'on a vu pendant la crise en Asie du Sud-Est" à la fin des années 1990.

Pour la Banque mondiale, nombre de pays en développement ne s'en sortiront pas seuls, d'où la nécessité de les soutenir.

A l'approche du G20 de Londres, l'institution en profite pour promouvoir l'idée d'un fonds pour les plus vulnérables lancée en février par son président Robert Zoellick, qui demande aux pays développés de consacrer 0,7% du montant de leurs plans de relance pour soutenir les plus démunis.

G20 : les renards invités à organiser la protection du poulailler

"Régulation" et "réglementation" financières sont deux faux amis qui conspirent à ne rien faire. Le premier terme, en anglais, ne se traduit pas par la même expression en français mais par le mot "réglementation". Autrement dit, cette ambiguïté lexicale exprime la différence des approches entre Européens et Anglo-Saxons pour sortir de la crise économique, et pose des problèmes méthodologiques distincts, estime l'économiste Philippe Brossard.

La presse nous entretient dans l'espoir qu'une nouvelle régulation financière nous sortira de la crise économique et nous en immunisera pour le futur. Une première pierre serait posée le 2 avril à Londres, lors de la réunion du G20. Mais puisque la réunion se passe à Londres, il y a peu de chance pour que cela se produise. On y parlera anglais, et les anglophones ont un autre ordre du jour : ils viennent débattre d'une nouvelle réglementation financière.

Le malentendu réside dans une mauvaise traduction du mot anglais "regulation", un faux ami de notre régulation française, qui signifie réglementation. Les termes sont proches, mais les ambitions sous-jacentes totalement différentes.

La régulation est l'action d'un dispositif permettant à un système de fonctionner à un régime régulier. Pour le "Littré", ce terme viendrait de l'horlogerie. C'est un terme propre à l'analyse des systèmes (mécaniques, thermiques, etc.). Par analogie, une régulation financière serait un dispositif tel, que le système financier ne soit plus enclin à des phases de surchauffe suivies de phases de glaciation.

Une réglementation est un ensemble de lois, de décrets ou de règles. Le terme appartient au régime juridique. Une réglementation financière nouvelle serait un ensemble de mesures juridiques précises, de portée internationale.

Chercher à mettre en place une réglementation nouvelle semble plus pragmatique que de vouloir mettre sur pied une nouvelle régulation, projet dont la vaste ambition (politique, économique, plus que juridique) peut paraître idéaliste. Mais la démarche réglementaire soulève deux questions : 1. Est-il possible d'avancer internationalement sur ce terrain, alors que la législation diffère d'un État à l'autre aux États-Unis, et bien sûr au sein de l'Union européenne ? 2. Est-ce important pour sortir de la crise ?

Ce serait dire que le système financier actuel est presque parfait, avec un petit nombre de défauts repérables, auxquels il suffirait de remédier par des règlements ciblés, comme on répare avec un bouchon la coque d'un grand navire. La liste des mesures évoquées pour l'instant, limitation des ventes d'actions à découvert, des "hedge funds", des bonus, etc..., laisse songeur. Sont-elles à la dimension de la maladie et de la prévention d'une rechute ?

L'approche réglementaire semble vouer à se perdre dans le pointillisme. Réglementer sans avoir d'abord identifié quelle régulation peut tempérer le système financier, c'est mettre la charrue avant les bœufs. Trouvons d'abord les lignes directrices de la régulation souhaitable, avant d'entrer dans les détails des instruments juridiques.

Trois principes pour une nouvelle régulation financière

- un premier principe pour cette régulation serait la séparation stricte des 2 modes de financement de l'économie : avec, d'un côté, le système financier stricto sensu, chargé de faciliter le financement (désintermédié) des agents non financiers (ménages, entreprises, Etats) par d'autres agents non financiers, à travers les marchés obligataires et les marchés boursiers ; et, d'un autre côté, le système bancaire, assurant le financement à crédit. Ces deux circuits devraient rester concurrents et parallèles ; une crise bancaire ne devrait pas entraîner un gel des marchés financiers.

Et les intermédiaires financiers ne devraient pas financer leur spéculation pour compte propre par un accès direct au crédit. La généralisation de la banque universelle depuis les années 1980, tout à la fois banque de crédit, gestionnaire de l'épargne publique à travers ses OPCVM et intermédiaire sur le marché monétaire, obligataire et boursier, a au contraire augmenté la confusion des métiers et la propension à l'instabilité financière et bancaire ;

- un second principe serait de mettre la sphère financière au service des agents non financiers. C'est un secteur économique à part, d'importance systémique. La norme de son fonctionnement devrait être non pas le profit maximum, mais le bon fonctionnement de l'ensemble de l'économie. Or, depuis le big-bang boursier des années 1980 (fin du régime particulier des agents de change et de leur rémunération à la commission) et la mise en place de marchés financiers décentralisés, les plus grandes firmes financières mondiales sont devenues essentiellement des structures de spéculation pour compte propre. Les services à la clientèle sont là pour faciliter cette spéculation, soit en captant l'information sur les flux de ventes ou d'achats pour surenchérir sur la tendance, soit en soldant une position auprès de clients moins initiés.

Cette dérive s'est produite parce que les marchés de "market makers", où l'intermédiaire est en théorie rémunéré par l'écart entre le prix d'achat et prix de vente qu'il affiche, fonctionnent avec des marges inexistantes. Les clients vivent dans le mirage de la gratuité des transactions. En réalité, ils alimentent à leurs dépens les profits spéculatifs de leurs intermédiaires. Il faut revenir à des marchés financiers centralisés, avec une rémunération des services prédéterminée, transparente, et non pas acquise ex post par spéculation, ou par subvention d'un service par un autre, comme, par exemple, celle du marché primaire par le marché secondaire ;

- enfin, un troisième principe, pour ne pas dire un préalable, serait d'exclure les dirigeants des grandes banques et autres intermédiaires financiers des instances de réflexion et de proposition sur la régulation financière ! Les renards sont-ils conviés à l'organisation de la protection du poulailler ?

Philippe Brossard, économiste