vendredi 17 avril 2009

FMI: le redressement économique pourrait émerger en 2010

La récession mondiale  pourrait prendre fin l'année prochaine pour laisser place à un  redressement économique, a affirmé jeudi à Washington le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique  Strauss-Kahn.

La récession mondiale  pourrait prendre fin l'année prochaine pour laisser place à un  redressement économique, a affirmé jeudi à Washington le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique  Strauss-Kahn. 

"La chute libre de l'économie mondiale pourrait commencer à  s'estomper pour laisser place à un redressement en 2010", a déclaré M. Strauss-Kahn dans un discours prononcé au Club de  presse américain. 

Mais "cela dépend fondamentalement de la pertinence des  politiques adoptées aujourd'hui", a-t-il fait remarquer. 

Il a demandé à tous les pays d'agir ensemble et d'adopter  immédiatement des politiques visant à mettre fin à la récession. 

"Bien entendu, les solutions sont différentes pour chaque  pays et il faut une réponse cohérente et coordonnée de la communauté internationale", a indiqué le chef du FMI fort de 185  membres. 

"L'année 2009 sera certainement une année très difficile au  cours de laquelle la croissance devrait connaître de sérieux problèmes", a souligné M. Strauss-Kahn. 

Il s'est dit heureux que les dirigeants du G20 aient pu  avancer sur "trois priorités urgentes" : la réforme du secteur  financier, la relance fiscale et le soutien financier. 

Il a aussi souligné que des mesures urgentes doient être  prises dans le domaine du financement, "notamment pour réduire la  pression sur les marchés émergents afin de les aider à surmonter  les coûts économique et social de la crise". 

"Nous disposons désormais des moyens pour faire avancer les  choses", a déclaré M. Strauss-Kahn. 

Cette déclaration du chef du FMI à propos de la crise  mondiale intervient quelques jours avant que le FMI ne tienne ses réunions de printemps avec la Banque mondiale prévues les 25 et 26 avril à Washington.

Les pays de la région sont inégalement touchés par la crise mondiale

L'Amérique latine n'échappera pas à la récession. Si certains pays comme le Brésil ont de solides atouts pour résister, d'autres sont plus vulnérables.

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Même si un large consensus se dégage pour juger l'Amérique latine mieux armée que par le passé face à la crise mondiale, la région ne devrait pas échapper à la récession.« Il ne s'agit pas d'une crise de la dette, l'économie réelle est atteinte », remarque Joyce Chang, chef économiste à JP Morgan. Si elle perdure, les déficits budgétaires pourraient se creuser à nouveau, et les gains récents obtenus en matière de réduction de la pauvreté pourraient être annulés, selon plusieurs experts.

La crise du crédit a vite pesé sur l'activité économique et les investissements dans de nombreux pays. « Un sacré coup bas pour la croissance », affirme Fred Jaspersen, directeur pour l'Amérique latine de l'Institut de finance internationale (IIF), qui prévoit un recul du PIB régional de 0,7 % en 2009 (après plus de 4 % de croissance l'an dernier). Le Mexique, tout comme de nombreux pays d'Amérique centrale étroitement dépendants de l'économie des Etats-Unis, est aux premières loges. Son PIB pourrait reculer de 2,5 %, selon l'IIF. Il a d'ailleurs été le premier pays à bénéficier de la nouvelle ligne de crédit flexible du FMI pour l'aider à résister à la crise, avec l'octroi de 47 milliards de dollars à titre préventif. Les pays dépendants de l'exportation d'hydrocarbures, comme le Venezuela, ou d'autres matières premières, comme l'Argentine, sont aussi très vulnérables (sauf le Chili, qui a constitué d'importantes réserves, et dans une moindre mesure, le Pérou). L'Argentine a déjà pris des mesures énergiques dont la nationalisation des fonds de pension mais est soupçonnée de manipuler ses statistiques. « C'est aujourd'hui le pays le plus risqué en Amérique latine », estime Guillermo Mondino, chef économiste à Barclays Capital.

Le Brésil, première économie de la région, semble en revanche mieux placé. Même si l'activité s'est effondrée fin 2008, les experts estiment que sa capacité de rebond est préservée. « Il sera certainement l'une des premières destinations au monde pour les investissements à la sortie de la crise. Peu de pays sont dans ce cas », souligne Henrique Meirelles, président de la Banque centrale du Brésil, qui décèle déjà des indices de reprise.

Solidarité

Mais le Brésil veut aller plus loin, en affirmant sa solidarité avec les pays moins bien lotis. A ce titre, il s'est dit disposé à augmenter sa contribution financière au FMI - en intégrant le club des pays créanciers - « à condition que cet argent serve à aider les économies les plus pauvres », a insisté cette semaine le président Lula. « Il a toujours défendu l'idée que les économies plus fortes doivent aider les moins développées qui sont plus affectées par la crise, surtout les petites économies qui exportent peu de produits et dépendent du grand marché nord-américain. Il faut contrebalancer via l'action des banques multilatérales et le FMI », assure Luciano Coutinho, président de la Banque brésilienne de développement.

THIERRY OGIER, Les Echo

Un Forum arabe économique peu fructueux

Passé pratiquement inaperçu, le Forum arabe économique se tenait, à Beyrouth, en même temps que le G20 à Londres. Les économistes de nombreux pays arabes se sont attelés à essayer de trouver une solution à la crise financière. Un colloque dont les résultats ont été peu fructueux.

Trouver une solution à la crise qui touche les pays arabe ! C’était la tâche du Forum arabe économique qui se tenait à Beyrouth les 2 et 3 avril dernier. Alors que le printemps fait son grand retour, plus de 600 personnes du monde de la finance, de l’économie et du secteur bancaire du monde arabe se sont retrouvées dans les luxueux salons de l’hôtel Phoenicia, situé sur le front de mer. Sous le patronage du chef du gouvernement libanais, Fouad Siniora, ce forum était organisé par le groupe de presse Al-Iktissad Wal Aamal en coopération avec la Banque centrale libanaise, l’Association des banques libanaises, et l’International Finance Corporation de la banque mondiale. Ce 17ème Forum arabe économique, qui se déroulaient en même temps que le sommet du G20 à Londres chargé de trouver une solution à la crise financière, était centré, lui, sur les aspects de la crise dans les pays arabes, et notamment ceux du Golfe, de plus en plus fortement touchés.

Complémentarité entre les pays arabes

« Les économies arabes font face à de nombreux problèmes en raison de la chute des revenus du pétrole et de l’augmentation des dépenses gouvernementales principalement dans les infrastructures et les projets économiques majeurs », expliquait Raouf Abou Zaki, le directeur général du groupe Al-Iktissad. Le directeur de l’Union des chambres arabes du commerce et de l’industrie, Adnan al-Qassar, a précisé, quant à lui, que les revenus du pétrole ont fortement baissé en raison de la crise. Il a précisé que les pertes en investissement arabes à l’étranger s’élevaient à 2 500 milliards de dollars. Avant d’ajouter que les prévisions de croissance dans le monde arabe n’étaient que de 2,8 % pour 2009, contre 5,8 % les deux années précédentes. Alors comment endiguer cette crise ? Les représentants des différents pays arabes ont mis l’accent sur leur complémentarité, à l’instar du ministre du commerce et de l’industrie d’Arabie Saoudite, Abdullah Alireza. Adnan al-Qassar a, lui, conseillé de suivre les recommandation du sommet économique du Koweït, qui s’est tenu en janvier, réitérant l’importance de la mise en place d’un marché arabe commun que le secteur privé réclame depuis 1951. Mais, outre ces discours, aucune décision concrète ne semble avoir été prises. Alors que les économies du Golfe s’enfoncent petit à petit dans le marasme économique lié à la crise, seul le Liban semble résister. Comme l’indiquait lors de ce Forum, le gouverneur de la banque centrale Riad Salameh, le Liban devrait atteindre une croissance de son PIB annuel de plus de 3 %, si toutefois la situation sécuritaire à l’approche des élections législatives ne se dégrade pas.

Julie Schneider

Financer la "conversion verte"

Cela ne redémarre pas. La "relance" bancaire a échoué. La crise financière revient en boomerang sur l'économie réelle. Que faire ? En fait, cette crise est partie du "réel". Les salariés pauvres américains, asphyxiés par la montée vertigineuse des prix alimentaires et de l'énergie, n'ont pu rembourser les prêts "subprimes". Leur déroute a mis en faillite toute l'"économie-casino".

Depuis deux ans, les banques centrales refinancent par centaine de milliards les titres de plus en plus "toxiques". Mais cet argent ne sert qu'à retenir les banques au bord du gouffre. Les prêts à l'économie réelle se font de plus en plus difficiles. C'est pourquoi le président Obama aurait souhaité du G20 un effort budgétaire mondial ciblé sur la reconversion vers le développement soutenable. Car il ne servirait à rien de "relancer" le modèle en crise.

Et l'Europe ? Elle est impuissante à faire plus qu'une vague coordination de vingt-sept plans nationaux. Ici éclate la faiblesse structurelle de l'Union, confédération régie par le traité de Nice. Le budget communautaire pèse 1% du produit brut européen. Le plan spécifiquement européen décidé en décembre se limite à... 5 milliards d'euros ! Une misère.

Pourtant, l'Union européenne dispose d'un levier financier puissant, capable d'irriguer directement une reconversion ciblée, écologiste, de l'appareil productif : transports en commun, isolation des logements, production d'énergies renouvelables (éolienne, hydraulique, solaire...), petites entreprises éco- innovantes.

Ce bras financier, c'est la Banque européenne d'investissement (BEI), totalement immune de la crise financière, pesant déjà deux fois et demie la Banque mondiale. Dès lors, une nouvelle combinaison de l'action de la Banque centrale européenne et de la BEI peut formidablement démultiplier, immédiatement, sans attendre les "Etats-Unis d'Europe", ces 5 pauvres milliards d'euros.

Le problème de la conversion écologiste de nos économies est en effet que ses acteurs sont d'une part des collectifs (collectivités territoriales qui investiront dans les réseaux de transports en commun, sociétés HLM ou associations de copropriétaires en charge d'isoler et "solariser" les immeubles), et d'autre part des petites entreprises écotechnologiques innovantes ne disposant pas du "trésor de guerre" des multinationales. Ces acteurs de la conversion ont besoin de crédits, et à taux zéro : quand on investit pour la planète et les générations futures, on pose que le futur a autant de valeur que le présent. Les projets existent, les plans sont là, manque le financement.

Ce financement, la BEI peut le fournir. Il suffit pour cela qu'elle prête directement aux agents et qu'elle se refinance auprès de la Banque centrale européenne. Celle-ci, qui s'est résignée à refinancer les titres toxiques des banques et des Etats (de plus en plus endettés), ne pourra trouver que des avantages à émettre de la monnaie en faveur d'une institution aussi solide que la BEI. Et ce pour des projets ayant immédiatement un effet productif (donc non inflationnistes) et qui, en réduisant la dépendance énergétique de l'Europe et les risques climatiques, assure à terme un développement financièrement et écologiquement soutenable.

Encore la Banque centrale exigera- t-elle de la BEI des garanties plus solides que ses actuels fonds propres, et ne pourra-t-elle prêter qu'à son taux le plus bas. C'est ici que nous retrouvons nos 5 malheureux milliards. Qu'ils abondent un fonds de garantie et de prise en charge des intérêts des prêts "verts" de la BEI, sous contrôle parlementaire. C'est environ 200 milliards que la BEI pourra prêter à taux zéro ! On change d'échelle. Et ce mécanisme pourrait être encore élargi, notamment grâce à la mise aux enchères des quotas d'émissions de gaz à effet de serre.

Parmi la multitude de projets qui n'attendent que le financement, les plus rapides à mettre en œuvre sont les myriades de chantiers d'isolation des logements et les centaines de milliers d'investissements décentralisés dans les énergies renouvelables. Ils mettront au travail une quantité considérable d'artisans et de petites entreprises. La vraie limite sera plutôt du côté de la main-d'œuvre bien formée immédiatement disponible !

Certes, les effets sur la qualité de vie des plus démunis n'apparaîtront qu'à terme, par les économies sur les charges locatives et le coût des déplacements, sauf si l'on en profite pour lancer de grands plans de formation professionnelle rémunérée, qui leur seraient destinés. Car c'est aujourd'hui qu'ils sont frappés par la remontée du chômage qui vient s'ajouter à la précarité qu'ils connaissent depuis un quart de siècle. Mais cela ne fait que pointer la nécessité d'une Europe sociale, c'est-à-dire de la hausse coordonnée des droits sociaux et des revenus minimaux à l'intérieur de l'Europe. Autre chapitre tout aussi nécessaire qui n'exige pas, lui, de financements publics, mais un partage de la richesse produite.

Oui, l'Europe, même en l'état, apporte un plus, et plus d'Europe apportera encore plus. Alors, commençons tout de suite.

Pierre Jonkheer, Alain Lipietz et Claude Turmès