lundi 30 mars 2009

Les émergents veulent pousser un avantage pourtant précaire au G20

La proposition du gouverneur de la banque centrale chinoise de réactiver les DTS, monnaie de réserve mondiale, en remplacement du dollar vise à faire monter la pression. Le discours inhabituellement diffusé en anglais et en chinois sur le site de la banque confirme qu’il est destiné à une audience internationale. L’affirmation de l’agence Novosti, que Zhou Xiaochuan appuie « l’initiative russe » de charger le FMI de créer une monnaie de réserve supranationale, indique qu’il s’agit d’une proposition concertée, au moins entre Pékin et Moscou.

« Un projet de longue haleine », reconnaît le responsable chinois cité par l’agence de presse russe, mais qui reflète la volonté de la Chine, premier créancier des Etats-Unis avec 585 milliards de dollars et plus grand détenteur de réserves en billets verts avec 2.000 milliards, de revendiquer des changements dans le système financier mondial au profit des pays émergents.

Les dix pays du Sud dans le groupe du G20 - Brésil, Russie, Inde, Chine, Mexique, Indonésie, Arabie saoudite, Corée du Sud, Argentine et Turquie -, inégalement affectés par la crise mondiale mais indispensables à la croissance future, veulent profiter de leur avantage relatif pour accroître leur influence dans la gouvernance économique mondiale. Les quatre premiers, identifiés par l’acronyme Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine), avaient avancé leurs pions lors de la réunion des ministres des Finances du G20 le 14 mars, en préparation du sommet de Londres. Prenant pour la première fois une initiative commune et largement médiatisée, ils ont appelé à une augmentation des prêts des institutions financières internationales aux pays émergents et surtout demandé des réformes urgentes du FMI qui leur permettent d’y être mieux représentés. Une revendication qui semble légitime quand on sait qu’avec un quota de moins de 4 % la voix de la Chine au Conseil du FMI est égale à celle de la Belgique, tandis qu’avec moins de 2 % de droits de vote l’Inde existe à peine face aux 32 % de l’Union européenne.

A travers cette bataille autour du FMI, les pays émergents cherchent à être entendus au G20 en faisant valoir, comme l’a fait le président indonésien, qu’en tant que victimes d’une crise financière causée par le dérèglement du crédit américain ils doivent être associés à la construction d’un système économique mondial plus équitable pour les pays en développement. « Une crise globale exige des solutions globales », vient de réaffirmer aussi le président brésilien Lula au Premier ministre britannique Gordon Brown, qui s’est rendu jeudi au Brésil dans le cadre d’une tournée préparatoire au sommet de Londres.

Forts de leur croissance, qui, malgré les effets de la crise mondiale, pourrait atteindre près de 8 % pour la Chine et 5 % pour l’Inde en 2009, et surtout de leur position d’espoir de l’économie mondiale au moment où Jim O’Neill, grand expert de Goldman Sachs qui avait prévu que les économies des Bric dépasseraient celles du G7 en 2035, annonce qu’il avance la date à 2027, les pays émergents veulent profiter de leur avantage.

Mais sont-ils en mesure d’assumer aussi les responsabilités politiques et militaires d’un nouvel ordre mondial en abandonnant l’attitude confortable de profiter économiquement de la mondialisation tout en laissant les Etats-Unis jouer leur rôle incontournable de gendarme du système international ? Le grand paradoxe est que les puissants d’hier n’ont - momentanément ? - pas les moyens de financer leur domination du monde, tandis que les émergents ne sont pas prêts à étendre leur influence politique, même s’ils en ont les moyens financiers. Le G20 de Londres devrait confirmer cette équation.


Il faut réformer les bombes financières que sont les CDS

Les montants colossaux dépensés ou budgétés pour lutter contre la crise ont permis à de nombreuses sociétés d'éviter pour le moment la faillite, mais n'ont rien généré de tangible au-delà. En effet, ils n'ont pas permis à la confiance de revenir sur les marchés et ainsi à l'économie de retrouver le chemin de la croissance.

L'endettement des Etats ayant des limites, il est temps de se poser la question de la pertinence des mesures adoptées. Elles ne pourront porter leurs fruits que si, dans le cadre des marchés financiers, la confiance est perçue comme source de valeur. Cela devrait être le cas puisqu'elle est un élément essentiel de l'économie. Elle est à la base des échanges, donc des marchés et du capitalisme. Or, paradoxalement, les CDS (« credit default swaps ») vont à l'encontre de cette logique. Saisir comment ils ont contribué à amplifier la crise permet de comprendre pourquoi ils nuisent à l'efficacité de ces mesures.

Les CDS sont supposés protéger contre le risque de défaut d'une contrepartie. L'institution qui les émet assume ce risque. Or celui-ci est la caractéristique principale du marché des « subprimes », où la solvabilité des foyers endettés reposait in fine sur l'hérésie selon laquelle le marché de l'immobilier allait croître indéfiniment. Les banques ont associé leurs créances douteuses à d'autres de meilleure qualité pour former des CDO (« collateralized debt obligations »), qu'elles ont diffusées dans l'économie.

Les CDS devaient protéger contre le risque de défaut les sociétés ayant trop de CDO à leur bilan. Cette construction, qui semble logique, où des contrats d'assurance, les CDS, couvrent des titres risqués, a amplifié la crise. Pourquoi ? Avant tout car ces contrats se sont transformés en paris sur la faillite d'entreprises. Deux jours après la faillite de Lehman Brothers, rapporte le « Wall Street Journal », une rumeur se propagea selon laquelle Morgan Stanley était sur le point d'en faire autant. La Deutsche Bank lui aurait fourni un crédit de 25 milliards de dollars. C'était faux, mais cela généra une dynamique spéculative baissière, et ce, d'autant plus que Merrill Lynch, Citigroup et UBS achetèrent massivement des CDS sur Morgan Stanley et que de nombreuses ventes à découvert d'actions de cette société furent détectées. Les traders manipulaient-ils le marché en propageant de fausses informations de manière à profiter de leurs paris ? Les sociétés concernées indiquèrent avoir acquis des CDS seulement pour se couvrir. Quelques jours plus tard, Morgan Stanley abandonna son statut de banque d'affaires et obtint une injection de 10 milliards de dollars. Elle venait ainsi d'éviter une faillite qui n'aurait été basée sur aucun élément fondamental. Ainsi, des CDS qui se transforment en paris sur la faillite, couplés à des ventes à découvert qui accentuent ce risque, deviennent très dangereux pour la stabilité financière internationale.

Le système dérape à partir du moment où, au lieu de couvrir le montant qu'elle a prêté à une société, une banque achète des CDS correspondant à une somme bien supérieure. C'est à partir de là que l'assurance contre le risque de faillite se transforme en pari sur cette faillite. Qu'une banque soit susceptible de parier sur la banqueroute de son client pose de nombreux problèmes éthiques et économiques. Une autre banque n'ayant rien prêté à la société, et n'ayant donc pas besoin de s'assurer contre le risque de faillite de celle-ci, peut aussi parier sur cette faillite en achetant de nombreux CDS. Dans ce contexte, la banque ne joue plus son rôle consistant à financer l'investissement des entreprises, l'assureur non plus, qui multiplie les ventes de CDS sans provisionner de manière adéquate, en pensant que, si le risque de faillite est élevé, l'Etat interviendra, et les entreprises pâtissent de ces relations malsaines. Il s'agit en réalité du risque de faillite des valeurs d'un certain type de sociétés.

La confiance n'est plus suffisamment rémunératrice. Le cynisme du pari sur la faillite d'une entreprise, concurrente ou non, l'est bien plus, et ce, de par l'existence des CDS. Dans cette logique, c'est le risque de faillite qui devient créateur de valeur !

Les CDS en circulation devraient assurer 60.000 milliards de dollars, soit 12 fois plus que les montants des créances à risque ! Cela ne devrait être autorisé sur aucun marché. Le propriétaire d'une voiture dispose d'un contrat d'assurance et non pas de 10 ou 100 ! S'il pense qu'une tierce personne conduit mal, il ne peut acquérir ni des assurances-accident ni des assurances-vie la concernant ! Essayer de provoquer un accident en sabotant sa voiture serait un délit ! Ce sont précisément ces comportements autorisés sur les marchés financiers qui sont une composante importante de la crise actuelle.

Le sauvetage d'AIG a permis, entre autres, à ceux qui avaient parié sur la faillite de Lehman Brothers en achetant des CDS à AIG d'être récompensés. AIG a ainsi pu honorer ses contrats d'assurance. AIG a peut-être été sauvé, mais l'esprit d'entreprise certainement pas ! Pour que la confiance revienne, des mesures s'imposent. En particulier pour les CDS, il faudrait que leurs achats soient conditionnés à la détention de l'obligation sous-jacente et qu'ils ne soient plus traités de gré à gré, dans la plus grande opacité.

MARC CHESNEY


L'Etat doit-il continuer à aider les banques ?

Qui vérifie la réalité des pertes affichées ou des besoins clamés ? Que font les agences de notation ? Comment peut-on accepter que les trois grandes agences de notation internationales, plus précisément anglo-américaines, Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings continuent à jouer un rôle majeur dans le système financier ?
N’est-ce pas une gigantesque escroquerie à l’argent public et à la garantie publique ?

Pour sauver le système financier et bancaire, des Etats ont été jusqu’à se mettre en péril. C’est le cas de l’Islande, voire plus modestement des pays du Benelux. Partout l’endettement public a explosé et ceux qui vilipendaient la dette publique dès lors qu’elle pouvait être en rapport avec des dépenses sociales, sont étrangement muets aujourd’hui.

On craint que le déficit français atteigne près de 80 milliards à fin 2009 !

On arrive pourtant à une situation aberrante. Les Etats doivent relancer l’économie en s’endettant, tout le monde semble d’accord sur le principe, mais sans « fragiliser la confiance dans la viabilité des finances publiques », comme le réclame le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet.

Or déjà, l’Espagne et la Grèce ont vu leur notation dégradée par l’agence Standard and Poor’s. Ces pays vont donc devoir payer plus cher pour trouver des investisseurs qui les aident à régler leurs dettes.

Comment peut-on faire confiance aux agences de notations ?

Le comble, c’est que les agences de notations -qui sont des structures privées- ont complètement failli dans leurs analyses des risques financiers qui s’accumulaient à la vitesse d’un ouragan. Pourtant, elles se permettent encore de juger de la solidité financière des Etats !

Comment peut-on accepter que les trois grandes agences de notation internationales, plus précisément anglo-américaines, Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings, continuent à jouer un rôle majeur dans le système financier, alors qu’elles avaient maintenu une bonne notation pour Enron jusque quatre jours avant la faillite !

Bien entendu, elles n’ont rien prévu en ce qui concerne l’accumulation massive de produits financiers à haut risque, les subprimes ou plus récemment le scandale Madoff.

Depuis 2003, le Congrès américain se demande si les agences devraient ou non être réglementées. La Securities and Exchange Commission (SEC), gendarme des marchés américains, semble opposée à ces mesures de contrôle.

La question de la validité de leur opinion, de leur sérieux, de leur indépendance peut pourtant sérieusement se poser…

Se débarrasser des actifs pourris

Qui contrôle et vérifie les pertes abyssales annoncées par les banques ?

Depuis l’automne, les Etats sont perçus comme un ultime recours face à la crise. Ils ont d’abord été sollicités, dès septembre, pour éviter un écroulement du système financier. Ce risque les a conduits à entrer dans le capital de nombreuses banques en difficulté -comme aux Etats-Unis, en Belgique, au Luxembourg ou en Grande-Bretagne-, à injecter des liquidités dans ces établissements ou encore à apporter leur garantie aux opérations de crédits entre banques.

Aujourd’hui, le plan américain de relance serait supérieur à 1000 milliards de dollars, le plan allemand dépensera 50 milliards d’euros sur deux ans. Ces interventions des Etats ont un coût qui demande un recours à l’emprunt.

Car les dépenses publiques augmentent au moment où les recettes fiscales baissent, l’impôt sur les entreprises et les particuliers rapportant moins puisqu’elles engrangent moins de profits et consomment moins.

En fait, tout se passe comme si l’objectif réel et prioritaire des banques était de se débarrasser de tous leurs actifs « pourris » sur la puissance publique ! Et ça marche.

En fait, plus que de l’argent, les banques veulent nettoyer leur bilan, autrement dit se débarrasser des crédit pourris qu’elles ont accumulés et les mettre dans une structure de défaisance, comme pour le Crédit Lyonnais il y a quelques années.

Londres a annoncé un autre plan de sauvetage pour recapitaliser Royal Bank of Scotland qui a perdu 31 milliards d’euros en 2008. Dublin va nationaliser AIB.

Aux Etats-Unis, le projet d’une banque publique récupérant les actifs toxiques avance à grands pas. Et c’est une idée qui chemine en France…

Ces fameuses banques seraient aux abois mais cela ne les empêchent pas de continuer à distribuer des dividendes et des bonus fabuleux, payés par l’aide publique ! Il a fallu que les présidents français et américain se fâchent pour que certains abus, particulièrement scandaleux, cessent.

Tout récemment, le ministre des Finances britannique a failli s’étouffer en apprenant que la Royal Bank of Scotland allait verser un milliard de livres de bonus pour l’année 2008 à son personnel, alors que les contribuables ont déjà dû avancer 20 milliards de livres pour nationaliser ladite banque et la sauver d’une faillite quasi certaine.

Que sont devenus les profits des banques ?

Après quelques difficultés au milieu des années 90, dues en partie à des spéculations immobilières démesurées (déjà), les grands groupes bancaires ont repris leur croissance et accumulé de confortables bénéfices. Ils sont consultables dans leurs propres rapports annuels. C’est d’ailleurs sur la base de ces résultats positifs que les dirigeants bancaires français ont fait exploser leur rémunération à la hausse, devenant même parmi les mieux payés en Europe (voir Charles Milhaud, ex-président de l’Ecureuil).

Où sont passés ces bénéfices, après provisions, qui ne permettraient pas de supporter, ou de lisser, un seul exercice difficile ? Certaines grandes banques sont visiblement gênées d’annoncer des résultats positifs pour 2008. Un comble, mais il faut bien rassurer les investisseurs et les actionnaires…

Evidemment faire appel à l’Etat tout en continuant à faire des bénéfices peut être délicat, mais pourquoi s’embêter puisque la puissance publique ne se montre pas curieuse. La BNP Paribas semblait très embêtée d’annoncer 3 milliards de bénéfices pour 2008.

Autre motif d'interrogation sur l’aide publique apportée aux banques

Depuis le 1er janvier, toutes les banques peuvent désormais distribuer le livret A, jusqu’ici monopole de la Poste et de la Caisse d’épargne. Elles peuvent conserver 30% des capitaux collectés au titre du livret A. Rappelons que le montant global de ces encours est d’environ 135 milliards d’euros, un sacré pactole, qui avant cette date était centralisé à 100% à la Caisse des dépôts pour financer le logement social. Vive le libéralisme…

Enfin les frais bancaires

Il est bon de se rappeler que les frais bancaires représentent un revenu considérable pour les banques françaises, situation propre à la France. Il semblerait qu'elles sont décidées à faire payer de plus en plus cher les opérations courantes malgré quelques timides directives prises par les pouvoirs publics.

Tout y passe :  tenue de compte, gestion de compte via Internet (un comble), virement interbancaire, prélèvement, carte de crédit, chèque, frais de succession, incidents de paiement et… commissions pour comptes inactifs !

Dans la jungle tarifaire, une récente étude portant sur plus de 100 établissements bancaires en France à fait ressortir quelques chiffres ahurissants :  plus de 35 euros pour la simple tenue d’un compte, 55,20 euros pour la gestion d’un compte via Internet ( !), 15,59 euros pour la mise en place d’un virement interbancaire, 13,7 euros pour la mise en place d’un prélèvement, 93,32 euros au titre de commission sur compte inactif et 435 euros pour frais de succession !

Les écarts de frais varient de un à dix suivant les établissements.

Quant aux frais pour incidents de paiement, malgré une limitation récente, c’est une catastrophe pour le client et une aubaine pour la banque.

Interpellée récemment sur le fait que les banques continuaient à restreindre les crédits, malgré toutes les garanties et les recapitalisations apportées par le gouvernement, la directrice générale de la Fédération bancaire française fit remarquer : 

« On ne peut demander aux banques de financer ce qui n’est pas finançable. »

Remarque d’autant plus judicieuse que depuis longtemps, et particulièrement en prêtant aux ménages les plus démunis, via les subprimes, les banques n’ont fait que financer que ce qui n’était pas finançable !

Et combien de collectivités territoriales se sont retrouvées avec des produits financiers, dits exotiques, dont elles n’avaient pas mesuré la complexité et qui les mettent en grande difficulté.

Pratiquement aucune sanction n’a été prise contre les responsables des spéculations financières. Aucun contrôle, aucune régularisation d’un système devenu délirant n’a été mis en place. Les agences de notation continuent à « émettre des opinions » qui ont des conséquences très lourdes, et parfois dramatiques. Les dirigeants des grands groupes bancaires continuent à percevoir des rémunérations inversement proportionnelles à leurs défaillances et à faire partie des patrons les mieux rémunérés, tous secteurs confondus.

Qu’est-ce qui empêchera que demain ils recommencent les mêmes errements ? Rien à ce jour.

Richard Maupied

La Banque d'Angleterre tient à son indépendance

Mervyn King s'est lancé dans une polémique qui pourrait durer. En déclarant publiquement que l'Etat n'avait plus les moyens de financer un autre plan de relance, le gouverneur de la Banque d'Angleterre a probablement tenté de prévenir les trois calamités qui menacent de s'abattre sur le Royaume-Uni à brève échéance : une crise budgétaire, une impasse constitutionnelle et un accès d'inflation.

L'imminence d'une crise budgétaire est le risque le plus patent. Au cours de la prochaine année fiscale, le déficit public britannique va atteindre 11 % du PIB, selon les dernières estimations du Fonds monétaire international (FMI). Heureusement, le montant total de la dette du Royaume-Uni n'est pas très élevé. Le pays pourra donc se permettre ce niveau de déficit pendant un an ou deux. Mais s'il devait se maintenir ou se creuser, les marchés financiers risqueraient de perdre confiance en l'économie britannique. Les investisseurs internationaux ne se contenteraient alors pas de lâcher la livre sterling. Ils cesseraient aussi de souscrire aux emprunts obligataires d'Etat, comme cela s'est produit mercredi 25 mars.

Ce genre de scénario catastrophe pourrait déclencher la seconde calamité : l'impasse constitutionnelle. La Banque d'Angleterre vient juste de mettre en oeuvre sa politique d'assouplissement monétaire. Elle émet de la monnaie pour acheter des bons d'Etat et relancer l'économie, une politique assez téméraire dans les circonstances actuelles. Mais si les amateurs d'emprunts d'Etat décidaient d'un boycott, le gouvernement britannique n'aurait plus que la Banque d'Angleterre auprès de qui placer ses titres obligataires. M. King se trouverait alors face à un choix difficile : rendre service au premier ministre, Gordon Brown, en continuant d'accroître la masse monétaire, et provoquer par la même occasion l'effondrement de la livre sterling, ou refuser son concours au gouvernement.

JUGULER L'INFLATION

Même si ces craintes ne se concrétisent pas, et pour le moment, leur probabilité d'occurrence est faible, il reste un troisième et dernier sujet de préoccupation pour M. King. Laissera-t-on la Banque d'Angleterre intervenir pour juguler l'inflation quand l'heure de la reprise aura sonné ? La sévérité de la récession pourrait pousser les responsables politiques à prolonger plus longtemps que nécessaire cette libéralité monétaire. Le comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre est théoriquement indépendant des instances gouvernementales, même s'il n'est pas inutile que M. King marque ses distances.

L'intervention publique de M. King tombe mal. M. Brown prépare le G20, qui traitera, le 2 avril à Londres, de l'opportunité d'un plan de relance concerté au niveau mondial. Le premier ministre ferait bien de prendre les avertissements de M. King au sérieux. Dans le projet de budget qu'il va présenter en avril, il ne suffira pas au gouvernement de renoncer à une relance. Il doit démontrer qu'il a échafaudé un véritable plan d'action à moyen terme, pour amener les finances nationales à un nouvel équilibre.

(Traduction de Christine Lahuec.)