samedi 14 février 2009

Taux en baisse ? La BCE dit «non», la BoE dit «yes»

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, confirme sa volonté de «faire une pause» en février en matière de baisse de son principal taux directeur. Un peu plus tôt, la Bank of England avait à nouveau tranché dans le vif, avec un taux à 1 %. Un nouveau plancher historique pour Sa Gracieuse Majesté.

La Banque centrale européenne a décidé jeudi de laisser son principal taux directeur inchangé à 2 %, a annoncé l'un de ses porte-parole, conformément aux attentes. Après quatre baisses de taux consécutives, Jean-Claude Trichet, président de la BCE, avait signalé son intention de faire une pause en février.

Entre octobre et janvier, le principal taux directeur, qui détermine le niveau du crédit en zone euro, est tombé de 4,25 % à 2 %, son plus bas niveau historique.

Cinquième baisse de taux d'affilée pour la Banque d'Angleterre

La Banque d'Angleterre avait, un peu plus tôt, abaissé son taux d'intérêt directeur d'un demi-point, à 1 %, un nouveau niveau inédit depuis la création de l'institution en 1694, afin d'affronter la récession dans laquelle est plongée le pays.

«L'économie mondiale est en proie à un ralentissement sévère et synchronisé, justifie le communiqué de la Bank of England. L'activité dans les économies développées est tombée nettement au quatrième trimestre de 2008, et la croissance dans les économies émergentes semble se contracter de façon marquée.»

Le comité de politique monétaire pointe également les difficultés dans lesquelles est engluée l'économie britannique : restriction du crédit pour les entreprises et les particuliers, baisse de la consommation, gel des embauches, etc. Selon les chiffres officiels, le produit intérieur brut s'est contracté au quatrième trimestre de 1,5 % par rapport au précédent, après déjà une contraction de 0,6 % au même troisième trimestre, faisant officiellement entrer la Grande-Bretagne en récession, laquelle est encore plus forte que ce que craignaient les économistes.

Il s'agit de la cinquième baisse d'affilée, la BoE ayant procédé à une baisse d'un demi-point en octobre, d'un point et demi en novembre, d'un point en décembre et d'un demi-point encore en janvier.

Comprendre l'affaire Madoff



Qui est Bernard Madoff ?

Le courtier au cœur du scandale était une légende de Wall Street, ainsi qu'une incarnation du rêve américain. Ce maître nageur à Long Island a créé son fonds d'investissement à l'âge de 22 ans, avec 5 000 dollars. Réputé intuitif, ultra-rapide mais aussi très "éthique", il avait fini par s'imposer dans la communauté financière. Au point de devenir président du Nasdaq, la prestigieuse Bourse des valeurs technologiques, de 1990 à 1991. Mondain, jovial, il parvenait à capter la confiance de ses futurs clients. Figure de la communauté juive new-yorkaise, le "génial" financier était très présent dans les activités caritatives et culturelles.Comment a-t-il escroqué ses clients ?

M. Madoff recevait par le biais de son fonds (Bernard Madoff Investment Securities) des capitaux à gérer, qu'il investissait dans des hedge funds (fonds d'investissement à risque), dont la performance était réputée supérieure à la moyenne. Lorsque la performance n'était pas au rendez-vous, au lieu de diminuer le rendement distribué aux investisseurs, il prenait tout simplement l'argent des nouveaux investisseurs et l'utilisait pour payer les anciens. De ce fait, il donnait l'impression d'une performance exceptionnelle, sur la base de laquelle il attirait de plus en plus d'investisseurs, mais année après année, il dilapidait le capital que ceux-ci lui avaient confié.

Quand la crise boursière éclate, nombre d'investisseurs veulent récupérer leur mise. Trop en même temps. M. Madoff ne peut pas rendre l'argent. Il fait part de la situation à son fils, qui prévient les autorités. Le 11 décembre, Bernard Madoff est arrêté par le FBI.Qui s'est laissé prendre ?

De riches particuliers, de grandes institutions financières (américaines, japonaises, suisses, espagnoles, françaises, britanniques...), des fondations comme celle du Prix Nobel Elie Wiesel ou du cinéaste Steven Spielberg figurent parmi les perdants. Certains de ces investisseurs ont directement confié leurs fonds à la société de M. Madoff. D'autres ont confié des sommes d'argent à des fonds d'investissement qui les ont placés chez M. Madoff.La banque espagnole Santander est la plus exposée à la fraude : elle risque de perdre 2,33 milliards d'euros. Côté français, Natixis évalue à 450 millions ses pertes potentielles, BNP Paribas à 350 millions, AXA à 100 millions, Dexia à 85 millions. Le Crédit agricole, Groupama et la Société générale enregistrent un préjudice de 10 millions d'euros.

En France toujours, l'Autorité des marchés financiers estime que les pertes des petits épargnants pourraient atteindre 40 millions d'euros. Selon le secrétaire général du régulateur boursier, Gérard Rameix, "une centaine de fonds français ont effectivement acheté des fonds Madoff". Mais aucun d'entre eux "n'a été distribué massivement dans le grand public en France", assure-t-il.Comment Bernard Madoff a-t-il échappé aux contrôles ?

La Securities & Exchange Commission (SEC, gendarme de la Bourse) est pointée du doigt pour ses graves défaillances. En huit ans, trois enquêtes ont été diligentées par le régulateur américain des marchés contre Bernard Madoff Investment Securities, sans que rien ne ressorte. En toute illégalité, la société n'était plus enregistrée auprès de la SEC depuis 2006, et son commissaire aux comptes était un minuscule cabinet de l'Etat de New York.

Autant de signes qui auraient dû mettre la puce à l'oreille, en plus des rendements exceptionnels et étrangement constants réalisés par le fonds d'investissement. Barack Obama, qui estime que les régulateurs "se sont endormis au volant", a d'ores et déjà annoncé le remplacement du président de la SEC.Où sont passés les 50 milliards de dollars ?

Quand Bernard Madoff a été démasqué, il a affirmé aux enquêteurs que son fonds a perdu 50 milliards de dollars (36,6 milliards d'euros).

Cet argent a été utilisé pour payer aux clients du fonds, pendant des années, le rendement promis. Avec la crise financière, la valeur des actifs détenus par M. Madoff pour le compte de ses clients a baissé dans des proportions gigantesques, donnant le coup de grâce à ce système frauduleux.

Bernard Madoff a gagné de l'argent grâce aux commissions perçues pour gérer les actifs de ses clients. Mais il n'a apparemment pas détourné de sommes supplémentaires, selon les premiers éléments de l'enquête, et n'aurait pas de magot caché. Il est aujourd'hui ruiné.