jeudi 18 juin 2009

Le retour du long terme

Dans l'avalanche d'ouvrages sur la crise, en voici un qui sort nettement du lot, par la cohérence avec laquelle il relie les mouvements « tectoniques » de l'économie aux mécanismes techniques des marchés. Nous assistons, disent les auteurs, à la fin d'un régime de croissance fondé sur la croyance en une finance autorégulatrice : la confession publique d'Alan Greenspan, l'ex-président de la banque centrale américaine, sur sa foi excessive dans la rationalité des acteurs a donné raison - un peu tard - à Keynes, pour qui les marchés, animés par des comportements mimétiques et « court-termistes », sont naturellement instables. Il n'est cependant nullement question d'envisager la fin de la globalisation financière ni même celle du pouvoir actionnarial : l'objectif doit être désormais de « protéger la finance de ses propres errements ».

Avant de prescrire le traitement, il faut diagnostiquer le mal. De l'explication très serrée qu'offre le livre sur les enchaînements qui ont conduit au krach, on retiendra deux éléments moteurs. D'abord, le cercle vicieux qui s'est créé entre le marché du crédit et celui des actifs, la hausse des prix immobiliers et boursiers stimulant l'offre de crédit et celle-ci gonflant, en retour, la valorisation des actifs. Ensuite, le développement extraordinaire de la titrisation, impulsé par l'avidité des banques d'investissement en quête de substantielles commissions : l'assemblage volontairement opaque des créances sur lesquelles reposaient les titres vendus aux investisseurs s'est révélé une « machine à engendrer les pertes ». Les fonds dans lesquels, en toute discrétion, les banques logeaient ces produits financiers étaient particulièrement fragiles, leur actif étant constitué de titres non liquides et leur passif de dettes à court terme. Pour les acheteurs, le risque était présent à deux niveaux : dans l'acquisition des titres, avec un fort effet de levier (c'est-à-dire avec une mise minimale et un endettement maximal), et dans les engagements contenus dans les titres eux-mêmes.

Des stratégies de placement ruineuses

La rénovation que préconisent les auteurs comporte des mesures classiques, du ressort des gouvernements ou des banques centrales, visant à améliorer la régulation prudentielle et la supervision du secteur bancaire. Mais la proposition - ou la prévision - la plus nouvelle ne s'adresse pas aux autorités publiques : elle concerne le comportement des investisseurs à long terme. Ils se sont laissé séduire par les banques d'investissement, qui les ont entraînés dans des stratégies de placement souvent ruineuses et ont imposé leur propre vision de la « valeur actionnariale ». Dans un environnement économique façonné par la recherche du profit rapide, la progression des rémunérations a été déconnectée des gains de productivité et ceci a été, surtout outre-Atlantique, une des sources de l'accentuation des inégalités. L'usage inconsidéré de l'effet de levier par les entreprises et les banques, et le recours des ménages à l'endettement, pour compenser la stagnation de leurs revenus, se sont traduits par une formidable hausse de l'endettement privé.

C'est le moment pour les investisseurs tenus par des engagements longs - compagnies d'assurances, fonds de pension à prestations définies, fonds publics, fondations universitaires... - de reprendre la main en « disciplinant les marchés », et en ramenant les attentes de rendement des entreprises à des niveaux compatibles avec une croissance économique durable. Un des chapitres présente, à leur intention, une liste de recommandations : entre autres, choisir avec prudence l'organisme délégataire de la gestion de leurs actifs, conclure avec lui des contrats « symétriques » sanctionnant les pertes comme les gains, et, surtout, savoir tirer parti de l'éloignement de leur horizon temporel. Ils sont en effet, sur les marchés, les seuls à pouvoir utiliser les « forces de retour vers la moyenne », qui ne jouent qu'avec de longs délais. Les seuls aussi dont la stratégie s'accorde avec les besoins d'investissements des pays émergents, qui représentent les plus gros gisements de croissance de la planète. On comprend pourquoi cet aggiornamento de la finance doit se réaliser sans porter atteinte à la globalisation et à la libre circulation des capitaux. La voie est étroite - l'avenir dira si elle est praticable.

GÉRARD MOATTI

mardi 16 juin 2009

Le bonheur des banques du Canada

Une tradition de prudence et une réglementation stricte ont permis aux banques canadiennes d'éviter la banqueroute de leurs consoeurs américaines. Un modèle à suivre?

Au sommet du G 20, à Londres, le 2 avril, une pause prolongée aux toilettes a empêché le Premier ministre canadien de goûter son quart d'heure de gloire. Stephen Harper a raté la photo de famille des chefs d'Etat et de gouvernement réunis afin de remettre de l'ordre dans la finance mondiale. Un impair pour le représentant du seul pays occidental à pouvoir s'enorgueillir d'un système bancaire resté à l'écart des errements de ces dernières années. On a donc refait la photo. Cette bonne manière s'imposait d'autant plus que les sherpas d'Ottawa avaient largement imprimé leur marque sur le communiqué appelant à une meilleure régulation du système financier.

« Dire que la classe politique canadienne nous reprochait d'être trop prudents, voire timorés... » soupire Ed Clark, PDG de la banque Toronto-Dominion (TD). Dans la tour dessinée par l'architecte Mies van der Rohe qui abrite, à Toronto, le siège de la deuxième banque du pays, l'homme avait senti venir la catastrophe. « A l'hiver 2005-2006, j'ai décidé d'abandonner tous ces produits financiers extrêmement rentables, mais où l'effet de levier était très élevé et auxquels personne ne comprenait plus rien, explique-t-il. Nos commerciaux étaient furieux, mais je ne pouvais plus vendre en conscience du papier incompréhensible, même s'il était gratifié d'un AAA [la note optimale] par les agences de notation. » A la tête de la Royal Bank of Canada, la première banque du pays, Gordon Nixon raconte la même histoire : « Les trois quarts de notre business concernent la banque de détail et commerciale. A la différence des Européens, nous avons toujours voulu limiter nos activités sur le marché des capitaux et la banque d'investissement. Et ce malgré les médias et les analystes qui nous poussaient à débarquer en force sur le marché américain et se plaignaient parce qu'on était ennuyeux... »

Cette prudence s'est avérée payante. « Ennuyeux est devenu le nouveau mot sexy dans la finance », ironise Jim Flaherty, ministre canadien des Finances, qui peut la jouer plutôt cool. A la différence du voisin américain, aucune grande institution de Toronto ou de Montréal n'a sombré dans la tourmente. De ce côté-ci des Grands Lacs, pas de plan de renflouement à coup de milliards de dollars, pas d'entités publiques montées en catastrophe pour isoler les actifs toxiques, pas de banqueroute. Le jugement du Forum économique mondial, qui, en octobre 2008, estimait que le Canada avait le système financier le plus sain au monde (avec une note de 6,8 sur 7), a été confirmé par les faits. Mieux, les banques canadiennes ont profité de la déconfiture de leurs rivales internationales pour hisser cinq des leurs dans le palmarès des 50 plus grosses capitalisations de la planète financière (trois seulement pour la France) : voilà dix ans, il n'y en avait aucune. Preuve de cette bonne santé, alors que l'économie mondiale souffrait d'un resserrement du crédit, les prêts bancaires canadiens aux entreprises ont continué de croître à un rythme de 9,4 % entre février 2008 et février 2009.

« Notre atout, c'est l'absence de copinage »

La prudence naturelle et le bon sens du petit monde des banquiers de Toronto, pétris d'une culture protestante et d'une discrétion toute canadienne, peuvent-ils tout expliquer ? Ce serait trop simple. La réglementation nationale a aussi joué un rôle positif. Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), autorité de contrôle à l'indépendance reconnue, a imposé très vite l'application des normes dites de Bâle II, qui encadrent le risque de crédit. Les établissements canadiens ont surenchéri dans la précaution : alors que le ratio sur l'exigence de fonds propres de leurs homologues européens était probablement entre 3 et 4 %, celui des canadiens était de 9,6 % en décembre 2007. « Ce qui en fait les mieux dotés au monde », confirme Terry Campbell, vice-président de l'Association des banquiers canadiens. L'effet de levier était ici de 1 à 20, alors qu'au Royaume-Uni il a grimpé de 1 à 60. « Notre mandat nous oblige à comprendre les conditions du système bancaire et à prendre les mesures nécessaires afin de s'y adapter, explique Julie Dickson, surintendante du BSIF. Cela veut dire, par exemple, qu'aucune banque ne préparerait une acquisition sans nous en parler au préalable ni répondre à toutes nos demandes d'informations. » La superflic du monde financier a prévenu qu'elle allait désormais examiner les rémunérations des banquiers.

Economiste en chef à la Banque de Montréal, l'Américano-Canadiene Sherry Cooper est régulièrement invitée sur tous les plateaux de télévision, où son franc-parler l'a rendue populaire : « Le BSIF a des griffes, témoigne-t-elle. Il veille à l'application de la loi, pas seulement du texte mais aussi de son esprit. Toronto n'a rien à voir avec Wall Street, où l'on n'arrête pas d'inventer de nouveaux instruments financiers pour contourner la réglementation. Dans ce pays, on a coutume de respecter la loi. » PDG de la Banque nationale, Louis Vachon confirme l'importance du dialogue avec les régulateurs dans une communauté financière où tout le monde se connaît : « Notre atout, c'est l'absence de copinage, assure-t-il. Je me souviens d'une tentative passée d'introduire chez nous un produit américain. Il a suffi que le gouverneur de la Banque centrale du Canada fasse part de ses réticences pour qu'aussitôt le papier en question disparaisse. Aux Etats-Unis, des armées de lobbyistes se seraient levées pour le défendre... » Le contrôle réglementaire est tant pris au sérieux que la loi sur les banques du Canada est mise à jour par le Parlement tous les cinq ans, afin de vérifier que la réglementation n'est pas distanciée par l'évolution de l'industrie bancaire.

Les choix en matière de politique fiscale ont également contribué à la stabilité du système. Au Canada, l'épargne est plus encouragée que la dette. Si, aux Etats-Unis, l'intérêt du crédit immobilier est déductible des impôts, ce n'est pas le cas ici. En outre, lorsqu'un prêt est assorti d'une mise de fonds inférieure à 20 %, il doit être garanti, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis. De quoi limiter le risque de bulle.

Les leçons du modèle canadien porteront-elles ? Forts du bon fonctionnement de leur sytème de régulation, les négociateurs canadiens au sommet de Londres ont imposé leurs vues. Alors que certains Etats, tels que la France, plaidaient pour la création d'un système de réglementation internationale qui aurait mis du temps à se mettre en place, les Canadiens ont joué le pragmatisme : « Nous avons obtenu plutôt que chaque pays fasse le ménage chez lui, explique un haut fonctionnaire du ministère des Finances à Ottawa. Et que chaque système national soit régulièrement évalué par les experts du Fonds monétaire international. Nous l'avons fait deux fois au Canada et ce fut très utile. » Comme le dit diplomatiquement le ministre Jim Flaherty : « Une bonne régulation, c'est bien. Mais le résultat dépend aussi pour beaucoup de l'application effective des règles. » Les épargnants ne sont pas les seuls gagnants. Les investisseurs aussi. Les banques canadiennes n'ont jamais taillé dans leurs dividendes depuis 1930...


Paradis fiscaux : les banques prennent leurs distances

Le G20 du 2 avril à Londres a été qualifié d'historique, en cela qu'il a signé l'arrêt de mort des paradis fiscaux opaques, dérégulés et du secret bancaire absolu, opposable au fisc et à la justice. Deux mois après, qu'en est-il ?

Tandis que les centres offshore multiplient les accords de coopération fiscale avec les grandes puissances, les banques s'emparent du sujet. Elles qui étaient restées l'arme au pied se livrent à un "grand nettoyage" de leurs implantations dans les "pays à palmiers", ainsi qu'elles les nomment.

De fait, il y a urgence. D'ici le prochain G20 de Pittsburgh (Pennsylvanie), le 24 septembre, chacune devra pouvoir justifier, auprès des autorités de tutelle de son pays, sa présence dans les Etats et territoires "non coopératifs". Chaque établissement devra décrire la nature des activités qu'il y exerce, les profits qu'il y réalise et la manière dont il est contrôlé.

"Les banques ne sont pas seulement légalistes. Elles se sont mises en mouvement, en s'engageant à surveiller leurs activités dans les 42 pays fichés sur la liste grise de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) et même, à les arrêter si certains d'entre eux refusaient de coopérer, observe le président de l'ONG Transparency International France, Daniel Lebègue. C'est excellent au plan des principes."

"C'est du jamais vu ! Il y a seulement deux ans, l'idée qu'exercer une activité dans un paradis fiscal constituait un élément de risque était incongrue aux yeux des banquiers. Depuis le G20, tout va très, très vite", renchérit Pascal Saint-Amans, chef de la division coopération internationale et compétition fiscale à l'OCDE.

VIGILANCE ACCRUE

Les banques vont-elles pour autant se retirer des centres les plus "exotiques", qui vivent de la fraude ou de l'évasion fiscale, voire du blanchiment d'argent ? Cesser des activités lucratives ? Sous couvert d'anonymat, les banques françaises, premières à s'être lancées à l'offensive en Europe, expliquent qu'elles passent au crible toutes leurs activités offshore.

Tout en précisant qu'elles n'utilisent pas ces centres pour y déplacer de la "base fiscale" - les profits offshore sont imposés dans l'Hexagone ; qu'elles y appliquent les mêmes règles anti-blanchiment qu'en France ; que la Commission bancaire contrôle ces activités "sur une base consolidée", les établissements concèdent "qu'il y a certaines choses à revoir". Et que le contrôle depuis la France peut être "resserré et durci".

Ainsi, le nombre de filiales ou de succursales, qui a eu tendance à croître fortement en dix ans dans les paradis fiscaux, pourrait être réduit. "J'ai demandé à mes services pourquoi nous avions autant d'implantations à Kuala-Lumpur, en Malaisie, où nous faisons du prêt en devises à des firmes locales et finançons des projets immobiliers, relate le directeur des risques d'une grande banque. Je veux rationaliser tout cela." Un autre dirigeant a donné l'ordre de "fermer les structures n'ayant plus d'utilité commerciale", des coquilles dormantes susceptibles d'être utilisées par des blanchisseurs.

Toutes les banques parlent d'une vigilance accrue. "Nous venons de renoncer à créer une société de réassurance à Malte, car nous n'y avions pas les moyens de contrôle adéquats", confie un patron de banque. "Certains montages d'optimisation fiscale pour de grandes sociétés ne se feront plus", anticipe un autre dirigeant. Toutes les opérations financières dans des pays "à risques" sont scrutées par des dizaines d'employés. "Ne pas jouer le jeu serait catastrophique en termes d'image, comme il y a dix ans, quand l'opinion publique nous a reproché d'héberger des comptes en banques de dictateurs, explique le directeur juridique d'une grande banque. La discipline de l'OCDE s'impose à tous."

Toutefois, les banques ne sont pas prêtes à tout lâcher. Elles veulent continuer à profiter des facilités réglementaires offshore, permettant de créer "en quelques heures" des sociétés de financement de bateaux ou d'avion. "Nous allons là où le droit local est efficace, se justifie un banquier. Nous ne voyons pas de problème à financer un Airbus aux îles Caïman du moment qu'on le déclare au fisc."

Pour François d'Aubert, chargé par Paris de contrôler les engagements du G20, "la lutte contre les paradis fiscaux ne réussira que si les banques font la transparence totale". "Il n'est pas normal qu'il soit si difficile de savoir ce qu'elles font à Panama ou à Singapour. Il faut démystifier le shadow banking (la banque de l'ombre)." "Soyons exigeants ! lance-t-il. Il est temps pour les banques de rendre des comptes aux régulateurs, à leurs actionnaires et à leurs clients".

Anne Michel

samedi 13 juin 2009

Amérique latine: la fourmi chilienne!

Les crises économiques sont généralement un désastre pour la popularité des ministres des finances. Sauf au Chili où Andrès Velasco est aujourd’hui unanimement loué alors qu’il y a un an une partie de l’opinion réclamait sa démission. Ce qui vaut ce revirement dans les sondages est paradoxalement la raison précise qui poussait les manifestants à défiler sous ses fenêtres : son sens de la rigueur. Grâce à la prudence de cet économiste formé aux Etats-Unis le Chili peut aujourd’hui lancer un des plans de relance parmis les plus généreux de la planète. Et ce, sans créer un sou de dettes publiques.

En 2006 lorsque qu'arrive au pouvoir Michelle Bachelet, les socialistes chiliens ont tiré les leçons du coup d’Etat sanglant qui a renversé Salvatore Allende en 1973. Une des raisons qui a poussé la classe moyenne dans les bras de l’armée a été l’hyperinflation. Mais en même temps, le nouveau gouvernement ne fétiche pas le croissance comme le dictateur Augusto Pinochet et la cohorte d’experts « néolibéraux » qui l’entouraient.

Andrès Velasco est nommé Ministre des finances. Fils d’un universitaire opposant à la dictature militaire et réfugié aux Etats-Unis, il est diplômé de l’Université de Columbia, puis il a enseigné l’économie à Harvard avant de revenir dans son pays. Il a conscience que le cuivre, la grande richesse du Chili, est une bénédiction qui peut s’avérer une malédiction. L’afflux de capitaux recueillis par son exportation peut générer une inflation des actifs. Dans un premier temps l’excès de consommation tire la croissance mais plus tard l'euphorie se termine par un effondrement de l’économie (voir le cas des Etats-Unis). Sa seconde crainte : des années de vaches maigres peuvent soudainement succéder à la prospérité à cause de la fluctuation du prix des matières premières.

Il impose de calculer le budget de l’Etat non plus sur le cours du moment du cuivre mais sur une moyenne estimée et étalée sur dix ans. D’où un calcul très conservateur basé sur la livre de cuivre à 1.21 USS. Depuis, elle est restée au-dessus de 3 USS avec une pointe à 4 USS en 2004.

Deux fonds souverains sont formés. Le Fondo de Reserva de Pensiones (FRP) est une sorte de livret d’épargne où une partie des excédents budgétaires tirés de la vente du minerai sont bloqués (de l’ordre de 0.2 à 0.5% du PNB annuellement) afin de financer les retraites futures. Doté d’une enveloppe de 5 milliards de dollars le Fondo de Estabilizacion Economica y Social (FEES) réalise divers investissements (achats d’obligation, d’actions...) afin de soutenir le développement du pays.

Cette prudence passe fort mal chez les cigales de gauche et de droite. Des dizaines de milliers de lycéens entament la « marche des pingouins », en référence au noir et blanc de leurs uniformes, et réclament la gratuité des études. Les syndicats lancent une grève générale qui se finit dans des bagarres de rue. La droite le conspue au Parlement. Le patronat tonne bruyamment, revendiquant plus de dépenses pour soutenir l’activité.

Aujourd’hui les critiques se taisent car, fort de ce bas de laine, le Chili fait face à la récession sans mettre à mal ses finances publiques. Il va dépenser cette année 2.8% de son PNB pour financer des chantiers d’infrastructures et la construction de logements sociaux (700 millions de dollars au toal). Les plus pauvres ont touché un premier chèque de 70 USS en mars et en recevront un nouveau en août. Les banques ont été recapitalisées à hauteur de 500 millions de dollars. Toutes ces sommes proviennent de l’argent du cuivre mis de côté.

Velasco savoure sa revanche. C’est celle de la fourmi !

vendredi 12 juin 2009

« En face de toute rentabilité, il y a un risque »

Thierry Flecchia estime que les valorisations des actions sont redevenues raisonnables. Les incertitudes sur la date de la reprise économique n'empêchent pas d'investir.

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En septembre 2007, alors que la crise du crédit avait démarré aux Etats-Unis un mois plus tôt ; Thierry Flecchia, fondateur de la société de gestion Flinvest, se demandait déjà s'il était bien pertinent de l'appeler la « crise des subprimes ». Il s'agissait plutôt, selon lui, d'une crise de haut de cycle pour les industries de la finance et de l'immobilier, crise dont les racines plongent dans une dette trop lourde financée par des actifs douteux. Par effet de domino, les sicav dynamiques et de nombreux « hedge funds » en ont largement pâti. Pareil pour les fonds de « private equity ». Ces produits ont montré leurs limites en révélant a posteriori des positions aussi opaques que dangereuses. « Le levier est devenu massue. »

La crise financière puis économique a déboussolé les investisseurs et a fait sortir brutalement les « mains faibles » des marchés les plus liquides comme les actions et les obligations. Mais, ironise-t-il, « il ne faut jeter pas le bébé avec l'eau du bain ». Car elle va porter les sociétés aux bilans sains, évoluant sur des secteurs porteurs. Ensuite, la déflation va renforcer le pouvoir d'achat des investisseurs avisés qui ont eu les moyens de rester liquides. La crise va aussi permettre de revenir aux fondamentaux historiques d'une « économie d'origine contrôlée » financée avec des outils simples comme les actions ou les obligations sur lesquels la traçabilité est longue.

Enfin, Thierry Flecchia estime que les valorisations des actions sont redevenues raisonnables et les rendements plus intéressants que ceux offerts par les taux courts, « à un moment où la croissance des pays émergents offre des opportunités de développement importantes à des sociétés bien gérées». Les incertitudes sur la date de la reprise n'empêchent pas d'investir. Et c'est toute la difficulté du métier de gérant que d'anticiper les secteurs, les valeurs injustement massacrées qui rebondiront le plus.

Il n'aime pas : les excès... en tant que citoyen

« Chaque bulle crée des excès malsains divers. La dernière en date est une gigantesque bulle de crédit qui a renchéri la valeur de tous les actifs de façon indifférenciée. Les bulles sont tirées par l'appât du gain, une constante, hélas, de la nature humaine. Cette bulle est d'ailleurs aussi celle de la sur-rémunération de certaines professions (dirigeants de grands groupes bancaires et industriels, banquiers d'investissement). Associé à un manque de gouvernance et à un défaut d'analyse et de maîtrise du risque, cet excès a été facilité par le laxisme de la Banque fédérale américaine. Mais chaque dégonflement de bulle crée dans la précipitation des décisions à chaud, des excès, tout en visant une moralisation de la vie des affaires. Il s'agit en particulier de la raréfaction du crédit ou de la multiplication des réglementations et des contrôles. Dans un marché aujourd'hui mondial, les dangers sont multiples. Ce peut être la déflation due à la crise de la demande et aux surcapacités de production, l'accélération des délocalisations et l'explosion du chômage. Ce peut aussi être un jour l'inflation la hausse des taux d'intérêt, et un protectionnisme accru. Mais ce n'est pas tout. Au-delà de l'économie, les dangers sont aussi démocratiques. Les crises créent souvent de lourdes tensions sociales. Si l'histoire récente a montré comment la crise des années 1930 a permis à Hitler de prendre le pouvoir en Allemagne, il ne faudrait pas que la crise que nous subissons aujourd'hui soit un tremplin vers le populisme. L'intervention des Etats en soutien des banques a été décisive pour le rétablissement de la confiance face à un risque systémique. Il ne faudrait pas cependant qu'une re-régulation trop tatillonne freine la reprise économique inéluctable et se substitue aux entrepreneurs et aux contre-pouvoirs privés.

Il aime : les excès... en tant qu'investisseur

Notre philosophie de gestion fait de l'excès le coeur de notre stratégie d'investissement. Elle consiste à porter un regard contrariant en recherchant des actions et plus généralement des actifs liquides de toute nature (obligations, matières premières, immobilier coté...) sous-évalués à un moment où des grands changements structurels ne sont pas encore pris en compte par le marché. Elle s'appuie sur une analyse fondamentale et sectorielle.

Notre gestion est aussi opportuniste car elle profite du fait que les marchés sont régulièrement excessifs. La crise a déstabilisé les investisseurs. En effet, elle a entraîné la Bourse vers une correction d'une brutalité inimaginable et a mis dans un même panier le pire et le meilleur sans un regard pour les fondamentaux individuels. Malgré le rebond observé sur les actions ces dernières semaines, les valorisations restent encore à des niveaux très attractifs. Les excès à la baisse, pour un investisseur moyen terme comme moi, ne sont donc pas une mauvaise chose. Car ils permettent de construire des portefeuilles diversifiés et de qualité mais aussi clairement créateurs de valeur. Ils permettront au prix d'une certaine volatilité de retrouver des rendements attractifs dans les années à venir, rémunérant ainsi le risque pris. Les investisseurs finaux auront payé cher pour comprendre qu'il n'y a pas de placement magique c'est-à-dire sans risque, et que la liquidité a un prix élevé. En face de toute rentabilité, il y a un risque associé qui doit être analysé et maîtrisé par le gérant. »

"Le retour naturel à l' équilibre économique est un mythe"

Dvant la crise et les plans de relance, certains économistes libéraux continuent à réfuter les idées de Keynes. D'autres le considèrent en fait comme l'un des leurs, un libéral. Qu'en pensez-vous ?

Gilles Dostaler : Le mot libéral peut avoir différents sens, surtout de part et d'autre de l'Atlantique. Keynes était certes membre du parti libéral anglais et se disait libéral au sens de John Stuart Mill, c'est-à-dire défendant la liberté individuelle et politique mais jugeant que le libéralisme économique ne constitue pas une liberté fondamentale au même titre que les deux premières. Il plaidait pour un "nouveau libéralisme", sorte de social-démocratie où l'Etat doit corriger les problèmes suscités par l'économie de marché et permettre aux individus de s'épanouir. Parfois, il l'appelait aussi "socialisme libéral", ou "libéralisme social" ou "socialisme du futur", en se distinguant fortement des socialistes radicaux, marxistes et communistes.

Pour vous, la crise actuelle valide-t-elle sa vision ?

En grande partie. Il suffit de relire le chapitre 12 de la Théorie générale, où sont détaillés les mécanismes de spéculation, d'hypertrophie de la sphère financière, d'économie irrationnelle de casino. Tout cela est de la plus grande actualité, même si beaucoup d'éléments ont changé depuis les années 1930. Les politiques de dérégulation financière sont un des facteurs majeurs de la crise actuelle, qui a aggravé les comportements à risques des banques et des spéculateurs. La désagrégation du système monétaire international de Bretton Woods, à partir de la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, a aussi joué un très grand rôle.

Comment situez-vous la pensée keynésienne ?

Les keynésiens forment un ensemble varié : modérés, radicaux, conservateurs, plus ou moins interventionnistes... Keynes, lui, distingue les économistes "orthodoxes" des "hérétiques", et il se range dans la deuxième catégorie. Les premiers croient que le système est autorégulateur : ses crises sont liées à des accidents extérieurs, à une trop grande intervention publique ou au fait que les marchés ne fonctionnent pas assez bien, qu'ils ne sont pas assez libres. Les seconds estiment que le capitalisme laissé à lui-même génère de façon endogène le chômage, la crise et l'instabilité et qu'il doit être corrigé. Keynes n'aimait pas Marx, mais a emprunté beaucoup d'éléments de sa vision, comme l'a fait d'ailleurs l'économiste conservateur Joseph Schumpeter.

Alan Greenspan, l'ex-président de la Réserve fédérale américaine, a admis devant le Congrès avoir eu tort de croire à l'autorégulation...

Ceux qui mettent les mains dans le cambouis deviennent parfois plus réalistes... Beaucoup de responsables appellent aujourd'hui à une régulation du capitalisme. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils font un virage à 180 degrés. D'ailleurs, dès le 5 décembre 1996, M. Greenspan avait déploré l'"exubérance irrationnelle" des marchés, rejoignant ainsi certaines idées de Keynes.

Beaucoup de libérauxreprochent surtout à M. Greenspan une politique de taux d'intérêt trop laxiste.

C'est un mythe caractéristique de la vision monétariste. Pour Milton Friedman, l'économie revient naturellement vers son équilibre, à condition que l'offre de monnaie augmente au même rythme que la production nationale et qu'un ensemble d'autres conditions soient satisfaites : pas d'intervention de l'Etat, équilibre budgétaire, imposition la plus faible et la moins progressive possible.

De son côté, Keynes s'accommode du système capitaliste, mais veut en corriger les défauts. Il dénonce le rôle prépondérant de la finance et l'accroissement des inégalités de fortune et de revenus. Pour lui, la légitimité du capitalisme est préservée seulement si, au bas de l'échelle, on pense que ceux qui sont en haut - dans le sport, les arts, la création d'entreprise - méritent leur statut. Le jour où il apparaît que l'enrichissement provient de la spéculation ou du vol, la légitimité est atteinte. C'est sans doute cette remise en question du bien-fondé du capitalisme que craignent, aujourd'hui, plusieurs dirigeants politiques et qui les amène à modifier leurs discours par rapport à l'ultralibéralisme triomphant des dernières décennies.

Gilles Dostaler, professeur d'économie à l'université du Québec à Montréal

Mon banquier, mon imam et moi…

« Conférence sur la finance islamique », « formation sur la finance islamique », « consulting en finance islamique », « experts en finance islamique », « intervention de Mme la ministre de l’Economie sur la finance islamique » : un observateur ne peut que noter l’engouement manifeste pour la finance islamique, ou du moins pour la sémantique qui s’y rapporte. Nous ne questionnerons pas ici le conflit d’intérêt profond qui existe entre les objectifs de l’islam et ceux du capitalisme et de la finance de marché. Laissons également de côté le fait que la cible principale de cette finance, dans sa forme actuelle, soit une clientèle fortunée du Moyen Orient-cherchant à halaliser son portefeuille. Concentrons-nous sur le contexte français et essayons de dégager ici les dynamiques qui sont à l’œuvre.

Il est tout d’abord frappant de voir la multitude des intervenants, pour la plupart sortis du bois durant les deux dernières années, affublés du titre d’expertise comme l’ont été les « intellectuels » télévisés des années 80. Quelle formation ? Quel engagement ? Quelle motivation et quelle intégrité pour des hommes et des femmes donc chaque prise de parole est au carrefour d’intérêts pas toujours convergents ? Cherchent-ils à accomplir les objectifs de l’islam, le bien socio-économique du plus grand nombre ou plus simplement leurs ambitions personnelles ?

Dans cette multiplicité des paroles et des visages, il y a un bienfait dans l’émulation intellectuelle et le dynamisme qu’elle suscite, mais il y a également un grand danger : celui de permettre l’instrumentalisation de certaines figures musulmanes et la récupération du débat et des enjeux par une poignée de routiers de la finance qui pourront aisément exploiter l’envie de briller de certains d’entre nous. Ce beau monde des intéressés voit l’islam comme une spécificité ethnico-culturelle, la shari’a comme une série de contraintes à lever, les musulmans comme un marché vierge à conquérir…

Première sur la liste ? Christine Lagarde, ministre de l’Economie en récession et des Finances en déficit, qui nous explique comment Paris pourrait devenir le « hub » de la finance islamique, qu’elle voit d’un œil très positif depuis que le secteur bancaire européen crache du sang. Mme Lagarde, si vous êtes sincèrement convaincue des bienfaits de la finance islamique et des objectifs qu’elle sous-tend, c’est très simple, il suffit de lever l’index et de répéter après moi : « Ashhadou an laa ilaha illa Allah… »

Sans geste fort, clair et lisible sur la portée sociale et éthique de l’économie musulmane, on serait tenté de croire au double discours de la part du gouvernement en place, dont le slogan pourrait être : « Oui aux pétrodollars, non aux barbes et aux hijabs (sauf en vacances dans des hôtels 5-étoiles de la capitale). »

Il est ensuite inquiétant d’analyser notre comportement en tant que communauté. Une communauté qui a du mal à construire son unité. Une communauté, parfois trop complexée, en quête de reconnaissance. Une communauté que l’on considère comme une clientèle qui consomme plus que la moyenne, épargne plus que la moyenne, donc peut rapporter beaucoup plus que la moyenne si on sait lui parler le bon langage. Dès lors, la foire au ramadan à laquelle se livrent depuis quelques années les supermarchés de France donne une idée assez révélatrice de la perception qu’ont de nous les grandes entreprises : celle d’un marché à conquérir. Un marché qui mange de la viande halal, boit du gazouz du bled et cherche à accomplir le mirage d’une identité à travers le dogme dominant de notre société du 21ème siècle : « Je suis ce que je consomme. » Le corollaire de ce nouveau fondement de l’identité, c’est que les entreprises vont chercher à me proposer, pour que je consomme, des produits qu’elles pensent pouvoir présenter comme « en accord avec ce que je suis ». En ce sens, l’offre-produit des entreprises est une réponse à la demande que j’exprime.

Si nous sommes peu regardants sur le contrôle de l’abattage halal, il n’y a rien de surprenant à ce qu’un groupe majeur de l’agro-alimentaire se lance dans le juteux marché du halal en tamponnant ses produits d’une validation sortie du chapeau par Sheikh « donne moi 100 euros et je contrôle ta viande, donne moi 200 et contrôle la toi-même ». De la même façon, lorsqu’il s’agit d’économie, si nous ne retenons des injonctions de l’islam que l’interdiction des intérêts et la licéité, au sens contractuel, des produits, alors il ne faudra pas s’étonner que la finance islamique se retrouve dans quelques années (et aujourd’hui déjà) comme vidée de son sens, comme une caricature portant le costume lisse de l’islamarketing pour cacher le corps et l’esprit de la finance conventionnelle. Les dimensions active (contrats-cadres, zakat) et religieuse/spirituelle sont complètement évacuées de la discussion. Au lieu d’être une finance qui change le monde, elle serait alors une finance qui change de forme mais pas de fond, profitant toujours à une élite (peu importe sa nationalité) et délaissant tous ceux qui n’ont pas accès à l’épargne ou au capital, donc tous ceux qui ne trouvent pas de solution économique à leurs besoins. A quoi sert la boîte à outils de la finance si elle n’aide pas à résoudre les problèmes d’argent de notre société ? Quelle finance islamique peut changer le sort des plus démunis ? Celle qui vise le développement juste et équitable et l’aide aux familles en difficulté ou celle qui vise la sophistication toujours plus grande des produits financiers pour une clientèle de riches investisseurs ? Nous voici donc à la croisée des chemins.

Chacun a son petit plan, chacun a son objectif, chacun vise un point particulier. Mais Allah (swt), Lui aussi, a Son Plan, et ce dernier dépasse de bien haut toute œuvre qui soit, dans notre perception du moins, fruit du seul esprit de l’homme. L’un veut être le directeur de la première banque islamique sur la place de Paris et soigne son nœud de cravate, l’autre s’improvise jurisconsulte islamique alors qu’il est incapable de définir les objectifs de la shari’a. L’autre encore rêve d’être le partenaire privilégié des banques pour rafler la mise… Voilà donc l’avenir de la finance islamique à la française tel qu’on nous le prépare ?

Nous n’échapperons à ce plan dont nous connaissons la « triste faim » que si nous nous montrons suffisamment engagés, vigilants et unis autour des objectifs de justice sociale et économique qu’offre l’islam. Et si nous ne nous levons pas pour dire cela, alors nos enfants tiendrons de nous l’image d’une génération de musulmans qui avaient la clé libératrice d’un système injuste et corrompu, mais qui étaient trop occupés à s’y faire une place ou trop honteux pour y songer. L’image d’une génération qui a passé sa vie à la gagner plutôt qu’à la vivre.

L'eau et la crise économique Revenir aux fondamentaux

La crise économique mondiale ne doit pas faire oublier la question de l'eau.

L'eau est aussi vitale que l'air pour l'activité humaine. Les villes ou les sociétés qui la négligent risquent de disparaître. Les débats et analyses sur la crise économique actuelle se focalisent sur ses causes, sur les moyens de stopper la spirale baissière et sur l'édification d'une société meilleure pour demain. Mais les débats sur les plans de relance budgétaire à court terme et l'avènement d'économies à « croissance verte » font l'impasse sur une chose essentielle : l'eau.

L'eau, c'est la vie, et d'elle dépendent la santé publique, l'éducation, la production économique et l'activité sociale. Or même la « Réponse stratégique de l'OCDE à la crise financière et économique » omet de la mentionner. D'autres études commettent la même erreur. Sous-estiment-elles les avantages directs et indirects de l'eau, ou ne perçoivent-elles tout simplement pas les coûts de la négligence et de l'inaction ?

De fait, il existe peu, voire pas de chiffres fiables sur les dépenses, les coûts et les avantages liés à l'eau. Les spécialistes du secteur de l'eau ont l'impression que dans la situation actuelle, les coûts outrepassent les avantages perçus. S'ils disent vrai, la perspective d'un avenir durable s'éloigne. Sans informations solides, comment les experts peuvent-ils convaincre les décideurs de la gravité de la situation actuelle ? Il est temps de revenir aux fondamentaux.

La crise économique est l'occasion de susciter une prise de conscience du rôle vital de l'eau. Il est urgent de rattraper le temps perdu et de faire face aux pressions grandissantes sur les ressources en eau - dues à la croissance démographique, à nos modes de vie ou au changement climatique - avec tout le sérieux que requiert la situation.

Une partie du problème tient au manque d'intérêt de nombreux responsables politiques pour l'eau. Déjà avant la crise, les fonds publics et privés nécessaires à l'entretien et à l'extension des services d'eau étaient inadéquats. Les risques perçus des investissements dans l'eau sont apparus de plus en plus importants, entraînant une baisse des investissements dans les nouveaux ouvrages et l'entretien. Des approches irréalistes de recouvrement des coûts ont entraîné des performances opérationnelles insatisfaisantes, une couverture réduite et une baisse de la qualité des services. Les particuliers et les entreprises, notamment dans les pays les moins avancés, n'ont pas un accès suffisant à l'eau potable, à l'assainissement et aux autres services essentiels. Les Objectifs du Millénaire pour le développement sont loin d'être atteints. Selon le Rapport mondial sur le développement humain du PNUD de 2006, les investissements annuels nécessaires pour atteindre les objectifs liés à l'eau et à l'assainissementt devraient représenter environ 2,7 % du PIB, soit 7 milliards de dollars US par an pour la seule Afrique subsaharienne. C'est bien plus que les 0,3% du PIB, ou 800 millions de dollars, consacrés à l'eau actuellement.

Cette situation risque d'empirer avec la crise, la Banque mondiale ayant récemment constaté que la diminution des investissements publics a particulièrement touché l'investissement dans les infrastructures de l'eau. Enfin, si rien n'est fait, les coûts de la négligence et de l'inaction seront catastrophiques, et se répercuteront dans tous les secteurs de l'économie : les pénuries feront disparaître des emplois dans l'agriculture et l'industrie ; les individus et les familles en ressentiront les effets sur leur niveau de vie, et une ressource indispensable à la vie sera menacée.

L' agriculture, premier utilisateur d'eau, sera frappée de plein fouet, avec une baisse des rendements, entraînant des pénuries alimentaires et une hausse des prix des produits de base, ce qui pourrait paralyser les échanges avec les économies émergentes. Le secteur énergétique sera également menacé et le développement d'énergies à faibles émissions de carbone sera ralenti. Le secteur manufacturier sera lui aussi menacé par la cherté et la rareté de l'eau et des produits qui en dépendent.

Un échec dans le traitement des eaux polluées et la protection des populations et des écosystèmes aquatiques aggraverait les coûts liés aux affections et aux maladies, avec des répercussions sur l'éducation et la productivité, sans parler de la perte d'une partie des ressources en eau utilisables et de la destruction de certains écosystèmes. Quel sera le coût de ces conséquences de l'inaction, et à quel prix pourra-t-on les éviter ? Nul ne le sait, mais nous devons tout faire pour éviter ce scénario.

C'est ici que peuvent intervenir les gouvernements, les entreprises et des organisations internationales telles que l'OCDE. Des stratégies nationales doivent assurer les investissements nécessaires aux infrastructures et aux services de l'eau. Par exemple, il conviendrait désormais de préaffecter une partie des fonds publics issus des plans de relance budgétaire au financement de l'amélioration des infrastructures de l'eau. Après tout, comme l'OMS et d'autres l'ont constaté, le rapport coûts-avantages de tels investissements se situe aux alentours de 1/8, et peut atteindre 1/40 dans certains cas (voir « Global cost-benefit analysis of water supply and sanitation interventions », Hutton, Haller and Bartram, WHO Journal of Water and Health, 5 avril 2007). Les investissements consacrés à l'eau doivent ainsi figurer en bonne place dans les plans de relance à court terme, mais il faudra aussi les maintenir par la suite.

Quant aux entreprises, beaucoup d'entre elles s'efforcent depuis des années d'utiliser l'eau de façon plus efficiente, notamment en améliorant leurs technologies. Elles devraient toutefois redoubler d'efforts, en collaborant avec des associations telles que le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable ou la Water Environment Federation en cherchant à s'engager aux côtés des autres acteurs pour trouver de meilleures manières d'utiliser et de gérer l'eau. Elles devront en outre continuer d'encourager les responsables politiques à valoriser et à promouvoir la conservation de l'eau.

L'OCDE peut elle aussi apporter sa pierre en approfondissant ses analyses sur l'économie de l'eau, afin d'évaluer la situation actuelle de l'investissement et d'aider à préparer l'avenir. Selon le BIAC, ces analyses devraient mettre en évidence les avantages économiques de l'accès à une eau salubre, ainsi que le coût de l'inaction. Elles pourraient aussi démontrer la valeur des nouvelles stratégies de financement pour l'ensemble de l'économie. Les décideurs doivent être bien informés pour pouvoir mobiliser à court terme les fonds nécessaires aux infrastructures de l'eau et stimuler les investissements à long terme en faveur du développement durable.

La crise mondiale est grave, mais la catastrophe peut être évitée. Le débat sur l'adoption de plans de relance et l'essor d'économies solides offre une occasion unique de revenir aux fondamentaux - or quoi de plus fondamental pour la vie que l'eau ?

jeudi 4 juin 2009

Economiste de crise

Iest l'homme vers lequel le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est tourné lorsqu'il a compris que la crise financière s'était muée en cataclysme mondial. Kemal Dervis semblait tout désigné pour orchestrer la réponse onusienne. Avant de diriger le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il avait sorti son propre pays, la Turquie, dont il était ministre de l'économie, d'une crise financière. Agé de 60 ans, il est tout à la fois un économiste renommé, aujourd'hui adoubé par la prestigieuse Brookings Institution de Washington, et un social-démocrate proche des pays émergents, qui croit autant au marché qu'à la nécessité de le réguler.

Cette crise, Kemal Dervis l'avait vue venir. Derrière des lunettes d'intellectuel à la rondeur rassurante, l'économiste tenait, dès le mois de mars 2008, des propos qui auraient pu paraître subversifs, si le château de cartes de Wall Streetne s'était effondré depuis. Dans un discours à Bombay, il s'était démarqué des"fondamentalistes du marché" et avait attribué à "une certaine "exubérance irrationnelle" dans le secteur financier" les trois derniers chocs économiques : la crise asiatique de 1997, la bulle Internet en 2001 et la crise des subprimes. Il dénonçait alors "les super-banquiers, nouveaux barons du capitalisme financier, avides de profits immédiats", mais prompts à faire payer leurs pertes par la société tout entière.

"Je ne m'attendais pas à une catastrophe aussi énorme", reconnaît-il toutefois. "Bien qu'il n'y ait pas de guerre mondiale, à cause d'un dérèglement de la régulation financière, nous subissons un choc qui fera peut-être souffrir des millions de personnes", ajoute-t-il. La crise est devenue son objet d'étude. Depuis avril, Kemal Dervis est revenu à ses premières amours : la réflexion, la recherche, l'écriture. Il a été nommé vice-président chargé des questions d'économie et de développement au sein de "la Brookings", la référence des "think tanks" américains, dont sont issus bon nombre des collaborateurs d'Obama.

En quittant son bureau du PNUD, il a emporté avec lui sa photo de Lula, le président brésilien. Comme lui, il pense que le Sud émergent, auquel appartient la Turquie, doit trouver sa place dans des institutions internationales qui le snobent encore, tout en comptant sur lui pour absorber la récession et contrer le réchauffement climatique. "Les pays riches ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre", a-t-il dit à Bombay. Kemal Dervis n'a pas oublié d'où il venait. Il reste très attaché à cette Méditerranée qui le réconforte, et entend rentrer à Istanbul une semaine tous les deux mois, pour enseigner à l'université Sabanci.

L'économiste admet être "un peu désorganisé, impatient avec la bureaucratie". Cela n'a pas joué à son avantage au PNUD, le mammouth onusien de l'aide au développement. Il y a exercé, selon un collaborateur, un "leadership intellectuel fort, mais il est resté dans sa tour d'ivoire et n'a pas bousculé une administration kafkaïenne". Plus cérébral que politique, il a été, selon un collaborateur, "un peu lent à réagir" lorsqu'en janvier 2007 les Etats-Unis ont accusé le PNUD de laisser la Corée du Nord détourner ses fonds - des allégations infondées.

Cette fois, Kemal Dervis a pris la crise à bras le corps. De Washington à Doha, et jusqu'au G20 de Londres, en avril, il a été de toutes les rencontres sur la finance mondiale. Pour lui, toute solution passera par "une grande coopération internationale et une détermination à appliquer les moyens keynésiens sans état d'âme". Et puisque des investissements massifs sont indispensables, il suggère qu'ils se concentrent sur la lutte contre le réchauffement climatique, un domaine dans lequel il s'est beaucoup investi. Il collaborera aussi avec le Bureau international du travail (BIT), car, prévient-il, "même si on surmonte la crise financière, l'emploi va demeurer un problème central pendant plusieurs années".

Dans les cercles diplomatiques, l'ancien patron du PNUD laisse le souvenir de quelqu'un de"brillant" et "affable". "Il est très occidentalisé, au carrefour des cultures", affirme un diplomate. Né à Istanbul d'un père turc, militaire devenu industriel, et d'une mère allemande, il a en partie grandi à Genève. Bien que musulman, il a été pensionnaire de l'école catholique Saint-Martin de France, à Pontoise, dans le Val-d'Oise. Quadrilingue, il est venu à l'économie parce qu'il y voyait, à la manière des marxistes, "le moteur de l'histoire et le fondement du progrès". Mais il décroche à 24 ans un doctorat de l'université américaine de Princeton et comprend "que l'économie de marché est essentielle".

Ce sont justement ses travaux, destinés à injecter les réalités du marché dans les modèles de planification, qui lui font décrocher un poste à la Banque mondiale en 1977. Parti pour deux ans, il en passera vingt-deux à Washington, où il se remarie, après avoir eu deux enfants d'une première union. Directeur du département du Maghreb, économiste en chef pour le Moyen-Orient, puis directeur pour l'Europe centrale, il apprend à "connaître le monde entier".

En mars 2001, il est vice-président de la Banque mondiale lorsque la Turquie se rappelle à son souvenir. Le pays est alors en proie à une crise financière grave. Le premier ministre, Bülent Ecevit, architecte de l'ancrage social-démocrate du parti d'Atatürk, est une vieille connaissance. Jeune chercheur à Ankara, Kemal Dervis avait été un de ses conseillers, avant d'abandonner la politique pour enseigner à Princeton. Le chef du gouvernement a besoin d'un ministre capable. Le poste ne se refuse pas. "J'avais toujours conseillé d'autres, c'était la première fois que j'étais décideur, dans mon propre pays."

Pendant plus d'un an, il "lutte", refinance la dette, emprunte au FMI et à la Banque mondiale."On a injecté du capital dans les bonnes banques, avec des conditions, et on a fermé les autres."Dès 2002, la croissance est de 8 %. Mission accomplie. Son seul regret et de n'être pas parvenu à faire rentrer la Turquie dans l'Europe, une aspiration qu'il espère voir se réaliser "avant d'être trop vieux". Ministre sans parti, il démissionne en août 2002 et se lance en vain dans l'union de la gauche. "Homme de Washington" pour certains, il rejoint le parti de centre gauche et est élu député d'Istanbul.

Le retour dans les institutions internationales se fait assez naturellement en 2005. "J'étais devenu un homme un peu mondial, chez moi partout sans être chez moi nulle part", dit-il. L'année suivante, son nom, porté par la France, a même circulé parmi les successeurs potentiels de Kofi Annan. Selon un diplomate, il a refusé d'être candidat, au motif qu'il "n'avait pas un profil politique, se plaisait au PNUD et voulait mener une vie normale". Lui, rappelle simplement qu'il est "fondamentalement un économiste".

Philippe Bolopion

La stratégie des Etats-Unis d’Amérique et de la Chine face à la dépréciation du dollarest-elle convergente ? Impact sur l’économie algérienne.

1-La stratégie américaine

La cotation du dollar par rapport à l’euro est actuellement de 1,41 dollar un euro et selon certaines prévisions pessimistes, cela pourrait dépasser 1,50. La politique US correspond donc à une politique volontaire de baisse du dollar afin d’essayer de réduire le déficit commercial et de limiter la valeur réelle de leur endettement mondial libellé en dollar. Car la remontée du dollar face aux principales monnaies mondiales, supposerait une forte hausse des taux d’intérêts de la Fed , et une baisse de la création monétaire, en contradiction avec le programme du nouveau président US dans la mesure où toute appréciation aurait pour conséquence le frein du marché immobilier (crédits inabordables du fait d’une hausse des intérêts sur les ménages endettés à taux variables), la consommation américaine pouvant être freinée avec le risque d’accélération des faillites des entreprises. Avant 1971, date à laquelle ou existe une relations directe entre la parité du dollar et le stock d’or ( parité fixe contenu dans les accords de Breeton Woods,est remplacé par des taux de change flexible ) ) , les investissements américains à l’étranger étaient d’environ 10 % du PIB des Etats-Unis, prêtant au reste du monde , sa position extérieure n’excédait pas 4 % du PIB et les avoirs et dettes externes des Etats-Unis ne dépassent pas 15 % du PIB américain .

Avec la crise des prêts hypothécaires d’août 2007, les actifs étrangers détenus par les Etats-Unis s’élevaient à 122 % de leur PIB en actifs étrangers et leur dette au reste du monde à 135 %. L’endettement net extérieur de 13 % du PIB, est la résultante des déficits de la balance commerciale américaine accumulés depuis les années 1980. Pour l’exercice 2010, le gouvernement des Etats Unis américain a présenté un budget de 3 552 milliards de dollars reposant sur un déficit record de 1 750 milliards de dollars en 2009 (12,3 % du PIB, cinq fois le budget annuel de la France ).

Au déficit budgétaire de 2009, s’ajouteront les déficits de 2010 et 2011, chacun autour de 1000 milliards de dollars. Pour cette période triennale, le besoin en financement approcherait 3 000 milliards de dollars. Comme le note avec pertinence Hélène Rey professeur à la London Business School dans une contribution aux échos parisien le 22 mai 2009, je cite «les Etats-Unis d’avant la crise ressemblent à une banque d’investissement qui se finance massivement en émettant de la dette et investit de façon colossale en actifs risques étrangers (stocks, investissements directs). Ce faisant, les Etats-Unis obtiennent un rendement élevé sur leurs actifs et se refinancent à bas pris sur le marché de la dette, profitant de l’engouement mondial pour les bons du Trésor américain. Ils encaissent ainsi la différence de rendements. Mais lorsque les prix des actifs et de la dette deviennent volatils, la valeur du portefeuille externe des Etats-Unis devient encore plus volatile en raison de l’effet de levier.

C’est exactement ce qui se passe dans la crise actuelle ». Mais, vers fin 2008, la valeur des actifs étrangers détenus par les Etats-Unis est tombée à 85 % du PIB, si bien que la position extérieure nette est tombée à moins - 37 % du PIB.

2- La stratégie chinoise

Mais, ‘apparence ne doit pas faire illusion. La résistance relative, malgré le dérapage actuel, du dollar face à l’euro est liée à la liquidation par les investisseurs américains de leurs positions sur les marchés financiers internationaux et à la politique monétaire chinoise.

En effet, pour le premier cas, les agents privés ont vendu massivement les actifs qu’ils détenaient à l’étranger. Concernant les bons de trésor représentant environ 45 % de la dette totale externe des Etats-Unis, ils sont concentrés surtout au niveau de la banque centrale de Chine.

Au 1er mars 2009, sur 2000 milliards de dollars de réserves de change chinois ( 20% du PIB) dont une grande partie grande libellée en dollars , la Chine détient 712 milliards de dollars de bons du Trésor (selon les statistiques américaines). Malgré certaines déclarations contre l’hégémonie du dollar, la Chine continue à être un gros acheteur de bons du Trésor. Ainsi, la crise a rendu de facto l’économie américaine encore plus dépendante de la Chine des Etats Unis car toute contraction de la demande affecte les exportations chinoises. Mais est ce que cela pourra continuer à l’avenir ? Aussi, demain, tout dépendra de l‘attitude de la Chine , premier créancier des Etats-Unis et tout le problème est le suivant, les chinois continueront-ils à acheter des bons du Trésor des Etats Unis ? Comme impact de cette dépréciation du dollar, le président brésilien estime que son pays et la Chine vont parvenir à avoir des échanges bilatéraux dans leurs monnaies respectives, sans passer par le dollar, une réunion des Banques centrales des deux pays étant prévu à ce sujet selon la déclaration de Luiz Inacio Lula da Silva le 19 mai 2009 à Pékin, rapporté par China Daily. Mais paradoxalement si la Chine suspend l’achat de bons du Trésor, la valeur de ses avoirs libellés en dollars baissera fortement affectant par ricochet sa situation économique, la poussant ainsi à réévaluer ce qui aurait un impact négatif sur le yuan les exportations chinoises. Cependant affectée par la crise mondiale, la marge de manœuvre de la Chine s’amoindrit. En effet, la Chine connaît un déficit budgétaire de 750 milliards de yuan ($109 Md) en 2009 contre 570 milliards yuan ($83 Md) en 2008.

Par ailleurs, la Chine a lancé un plan de relance additionnel de 580 milliards de dollars qui s ‘ajoute au 1400 milliards de dollars (un tiers du PIB) prévu par le plan annuel chinois condition pour maintenir la paix sociale paix sociale. Ce d’autant plus que l’économie mondiale devrait connaître le second semestre 2010 une relative stabilisation après la décroissance de 2009, le taux de croissance de la zone OCDE devant varier entre moins 0,1% et 1%, l’économie mondiale devant revenir à l’équilibre d’avant la crise vers 2013/2014 et sous réserve que les thérapeutiques préconisées s’avèrent efficaces, supposant une coordination mondiale sans faille et une nouvelle régulation , ce qui n’est pas évident avec les divergences entre les USA et l’Europe d’une part, les pays émergents et les pays développés d’autre part comme cela a été le cas lors de la réunion du G20 à Londres le 02 avril 2009.

Le produit intérieur brut US devrait ainsi reculer de 1.3% à 2% en 2009, contre une fourchette de 0.5% à 1.3% pressentie jusqu’alors, et de 2 à 3% en 2010, contre 2.5-3.3% en précédente estimation. Ainsi, la contraction de l’économie américaine sera plus sévère que prévu et le redémarrage de l’activité sera très lent d’autant plus que la reprise de l’économie mondiale est tributaire de la reprise aux Etats-Unis première puissance économique mondiale et de l’ Europe et non pas des pays émergents, décroissance de la Russie , de l’Inde du Brésil , de la Chine du moins à court terme, le PIB chinois étant en valeur seulement équivalant à celui de l’Allemagne D’ailleurs la Banque mondiale vient de revoir à la baisse le taux de croissance chinois le situant à environ 7%, moins que les 8% (loin des 11/12% des années passées) au minimum nécessaire pour maintenir la cohésion sociale

3- Impacts sur l’Algérie

- Premièrement sur les réserves de change libellées en dollars qui se déprécient et notamment avec le risque comme montré précédemment de la dépréciation des bons de trésor américain. Avec des taux d’intérêts directeurs allant vers zéro dont la dernière en date est celle de la BCE ( 1% contre 0,25% pour la FED , idem pour la banque d’Angleterre et la banque du Japon ) et compte tenu certes de la déflation mondiale( environ 1% taux d’inflation) quel est le rendement réel des placements des réserves de change algérien à l’étranger.

En effet, selon les déclarations du gouverneur de la banque d’Algérie algérien en novembre 2007 devant le parlement, la Banque centrale utilise deux manières pour placer les réserves de changes de l’Algérie du moins entre 2007/2008. Les placements à l’étranger seraient de 70% en titre souverain, c’est-à-dire en bons de Trésor américains, japonais, britanniques et européens.

Le second placement (30%) s’effectue via les dépôts de la Banque centrale sur le marché bancaire et interbancaire, étant déposé par la Banque centrale auprès de banques internationales qui disposent de références très élevées. Mais, à la lumière de l’expérience récente de la crise mondiale certaines cotées AAA ont fait faillite et d’autres ont d’importantes difficultés. Le problème qui se pose qui sont ces banques ou l’Algérie a placé 30% de ses réserves dans la mesure ou pour les 70% cela est garanti par les Etats. Combien avons-nous placées à l’étranger, dans quelles banques et dans quel pays ?

-Deuxièmement sur la valeur des exportations des hydrocarbures libellées en dollars, en termes de parité de pouvoir d’achat des autres monnaies qui s’apprécient. Pour le cours futur du pétrole, il sera fondamentalement déterminé par les fondamentaux, ce qui n’est pas le cas actuellement, et par la politique énergétique des USA, des énergies alternatives et du nouveau défi écologique. Aussi, il est faux de raisonner en prix courants sans tenir compte à la fois de l’inflation ou déflation et de la dépréciation ou de l’appréciation du dollar. Pour l’élévation récente du cours du pétrole cela est du essentiellement à la dépréciation du dollar, aux actes spéculatifs comme valeur refuge à l’instar de l’or,(mais le stockage sera temporaire) ,à la réduction de la production pour des raisons politiques au Nigeria, techniques/financières en Russie, à la pression des lobbys pétroliers opérant hors OPEP et au sein de l’Opep , les pays de l’Opep représentant moins de 40% de la production commercialisée mondiale ayant un impact déclinant, bien il faut le reconnaître ayant contribué par la réduction des quotas de la production à la stabilisation.

- Troisièmement sur la valeur de nos importations libellées en euros (60% en moyenne) et plus de 80% si l’on introduit les autres monnaies qui s ‘apprécient par rapport au dollar. Ce que l’on gagne en appréciation du pétrole,( en rappel le cours du dollar était de 1,43 au moment ou le cours du pétrole était à plus de 140 dollars) l’Algérie le perd en grande partie du fait de la dépréciation du dollar surtout si l’on, maintient le rythme de 2008 (40 milliards de dollars d’importations de biens plus 10 milliards de services), pouvant assister à la même valeur mais une diminution en volume . Ce qui explique que la cotation du dinar qui dépend des fluctuations des monnaies clefs mais la politique de la banque centrale n’est pas claire dévaluant récemment le dinar algérien tant par rapport au dollar que par rapport à l’euro entre 15/20% sus prétexte de réduire les importations (ce qui n’est pas évident selon les premières statistiques douanières du premier trimestre 2009) alors que ces deux monnaies n’évoluent pas dans le même sens. Or, l’instabilité du taux de change ,autant que l’instabilité du cadre juridique, découragent tout opérateur et ces dévaluations alourdissant les coûts à l’importation tant des équipements matières premières, et biens de consommation gonflant artificiellement tant les recettes des hydrocarbures ( dollar reconverti en dinars algériens) et part là la fiscalité pétrolière ( voilant le déficit budgétaire pour entretenir les emplois rentes).

En conclusion, face à la crise mondiale, structurelle et non conjoncturelle, évitons les illusions car la reprise des fondamentaux (les valeurs technologiques) qui seuls détermineront la reprise de la sphère réelle d’une manière durable, n’est toujours pas là. Pour l’élévation récente du cours du pétrole étant due essentiellement à la dépréciation du dollar, aux actes spéculatifs comme valeur refuge à l’instar de l’or,(mais le stockage sera temporaire) , à la réduction de la production pour des raisons politiques au Nigeria, techniques/financières de Gazprom en Russie, à la pression des lobbys pétroliers opérant hors OPEP et au sein de l’Opep , les pays de l’Opep représentant moins de 40% de la production commercialisée mondiale ayant un impact déclinant.

Aussi face à une transfusons angine devant une hémorragie interne, qui devrait préfigurer de profonds bouleversements géopolitiques, économiques, sociales 2015/2020, voire politique étant une crise systémique, malgré des régimes politiques diamétralement différents, les intérêts économique des Etats-Unis d’Amérique et de la Chine, du moins à court terme convergent. Qu’en sera t-il si la dépréciation du dollar devait continuer dans le temps ?

Docteur Abderrahmane MEBTOUL, professeur d’Université
Expert International, Economiste

Banques-Etat : divorce sous conditions

Certains soirs, quand je suis seul, j'aime me repasser la vidéo de mon mariage à l'envers pour me voir sortir de l'église en homme libre », plaisantait un certain George Coote (*). Depuis que les Bourses se sont calmées, on dirait que les banquiers du monde entier sont en train de regarder le film de la crise à l'envers pour recommencer comme avant, dégagés des tenailles de la puissance publique. Leur priorité actuelle : rembourser l'aide en capital que leur a octroyée leur Etat au plus fort de la tempête. C'est pourtant eux qui l'avaient appelé à leur secours. Ne doit-il donc pas imposer quelques conditions au divorce ? Il le peut d'autant plus que les banquiers ne demandent pas une séparation totale, qui leur serait certainement fatale : une bonne partie de la dette des banques et tous leurs dépôts restent garantis par l'Etat. Et les banques centrales continuent à soutenir le marché interbancaire...

La semaine prochaine, le Trésor américain pourrait ainsi annoncer le nom de plusieurs banques autorisées à rembourser la recapitalisation qu'elles avaient obtenue dans le cadre du plan de soutien au système financier (le fameux Tarp) voté après la chute de Lehman. Goldman Sachs, JPMorgan Chase, en tout probablement une demi-douzaine d'établissements, devraient ainsi voir à nouveau leur capital entièrement détenu par des mains privées. Au Royaume-Uni, l'Etat sonde déjà des fonds souverains pour commencer à se délester, d'ici à un an, espère-t-on, de ses participations bancaires. En France, les établissements financiers, même si certains avaient d'abord rechigné à accepter l'argent de l'Etat, n'ont pas commencé à faire pression pour reprendre leur liberté capitalistique. Mais ils promettent déjà de s'y atteler dès que la situation le leur permettra.

Le but pour les banquiers est principalement d'avoir les mains libres pour octroyer à leurs salariés, et à ceux qu'ils veulent recruter, les bonus qu'ils jugent mérités sans heurter l'opinion publique, très irritable en la matière. Les banques veulent aussi davantage de liberté stratégique. Elles veulent choisir leurs dirigeants, que l'Etat pourrait démettre d'un geste. Le régulateur américain veut par exemple la démission de Vikram Pandit, PDG de Citigroup. Enfin, la participation de l'Etat à leur capital coûte cher aux banques, car la puissance publique demande des dividendes élevés.

A moyen terme, les contribuables, les entreprises et les concurrents des banques ont tout à gagner à ces remboursements. Cette aide publique suscite la jalousie des entreprises non bancaires en difficulté. Surtout, elle tient les Etats officiellement responsables des centaines de milliards d'euros d'engagements des banques envers leurs contreparties. En outre, la plupart des experts s'accordent à penser que l'Etat n'a pas les ressources suffisantes pour gérer ces banques. Enfin, au lendemain d'un séisme qui a surtout frappé les places financières occidentales, il est important de ne pas brider les banques de la zone. L'axe NyLon (New York - Londres) est désormais sérieusement menacé par ShangKong (Shangai - Hong Kong).

Mais n'est-ce pas trop tôt pour libérer ce secteur ? Car le monde vit une crise d'une ampleur qui n'intervient qu'une fois par siècle et l'opinion publique espère que des leçons ont été tirées.

Certains critiques notent qu'une sortie des banques de la rassurante tutelle capitalistique de l'Etat peut fragiliser le financement de l'économie, encore vulnérable, et ce, d'autant que les banques doivent payer chèrement leur autonomie en empruntant. Surtout, quand les principales banques auront regagné leur indépendance, l'Etat n'aura plus la même influence sur elles pour pousser les réformes du système. Dans un article (**) très remarqué, Simon Johnson, ancien économiste du FMI, compare les banquiers américains - dont beaucoup sont restés en place - aux oligarques russes, tant ils ont de pouvoir face aux pouvoirs publics.

Certes, le chantier du renforcement de la réglementation a commencé des deux côtés de l'Atlantique. Mais, en matière d'encadrement des bonus - qui récompensent des comportements inconséquents -, en matière de transparence et de contrôle des marchés de produits dérivés - qui ont exacerbé la panique (cf. AIG) -, en matière de normes prudentielles - trop lâches comme l'ont montré les produits structurés à base de « subprimes » placés en hors- bilan -, on est loin du but. Même le modèle si décrié de la banque « too big to fail », au secours de laquelle l'Etat devra toujours venir en cas de problème, reste l'objectif ultime des banquiers. Le G20 de septembre à New York sera un rendez-vous important pour faire le point sur la réglementation. Les Etats ont déjà des difficultés à harmoniser leurs interventions. D'ici là, ils auraient peut-être intérêt à tenir la bride à leurs banques.

Nicolas Madelaine est journaliste aux Echos.fr

lundi 1 juin 2009

Banque Africaine de Développement Au service de l'intégration maghrébine

La Banque Africaine de Développement (BAD) est de plus en plus active dans la région du Maghreb, et plus particulièrement au Maroc.
En effet, l'institution financière africaine vient de signer une lettre d'accord portant don à l'Union du Maghreb Arabe (UMA) de 500.000 unités de compte (750.000 dollars) et d'annoncer sa disposition à tripler ses financements en faveur du Maroc pour atteindre plus de 600 millions de dollars en 2009. L'accord entre le secrétariat général (SG) de l'UMA et la BAD, qui a été signé la semaine dernière à Rabat porte, selon un communiqué du SG, sur la promotion des capacités humaine et logistique du secrétariat général afin qu'il puisse remplir son rôle de suivi des activités d'intégration programmées par les commissions ministérielles de l'Union conformément aux priorités fixées par les institutions maghrébines de tutelle. En clair, explique-t-on, il s'agira de développer la structure organisationnelle et administrative actuelle du SG, et d'organiser colloques et autres activités à caractère régional en plus de l'échange d'expertise entre l'UMA et l'ensemble des groupements économiques régionaux africains.

Ce don servira également à la création d'une banque maghrébine de données socio-économiques, au financement d'un programme de modernisation et de mise à niveau d'un système de documentation et d'archivage de l'UMA.
S'agissant du Maroc, en particulier, la BAD compte tripler ses financements en faveur du Maroc pour atteindre plus de 600 millions de dollars en 2009, tel qu'annoncé, jeudi à Rabat, par son président, Donald Kaberuka, en visite dans le Royaume. "Chaque année on engage environ 250 millions de dollars et si tout va bien la BAD va tripler cette année ses interventions au Maroc pour arriver au-delà de 600 millions de dollars dans les domaines qu'on va discuter avec le gouvernement marocain", a souligné M. Kaberuka dans un entretien à la MAP, en marge de sa rencontre avec le ministre de l'Economie et des Finances, Salaheddine Mezouar.

Il est à noter, selon le patron de l'institution financière africaine, que celle-ci est le premier bailleur de fonds du Maroc et qu'elle dispose d'un portefeuille varié et diversifié qui date de très longtemps, avec des engagements cumulatifs s'élèvant à 20,6 milliards de dollars. A ce sujet, le président de la BAD a fait savoir que la Banque vient d'approuver un nouveau programme relatif à la mise à niveau des aéroports du Maroc.Doté d'une enveloppe de 240 millions d'euros environ, ce programme devra permettre aux aéroports du Royaume de se préparer à une croissance de trafic, a-t-il expliqué. L'appui de la banque aux projets lancés par le Royaume dans le domaine des infrastructures pourra concerner également le port Tanger-Med II. En fait, M. Kaberuka a affirmé que son établissement est "très intéressé" par l'extension de ce port et que les discussions à ce sujet sont toujours en cours au niveau des services techniques. Autre centre d'intérêt potentiel, selon le même responsable, est le soutien aux petites et moyennes entreprises.

Par ailleurs, selon un communiqué du ministère de l'Economie et des Finances, depuis sa première intervention au Maroc en 1970, la BAD a financé une centaine d'opérations pour une enveloppe avoisinant les 7 milliards de dollars.
Les opérations de la Banque ont porté, jusqu'à présent, sur le financement des réformes structurelles et sectorielles et des projets d'investissement dans les secteurs du transport, de la finance, de l'agriculture, de l'eau, de l'assainissement, de l'énergie, de la santé, de l'éducation, de l'industrie et de la communication.
Le Maroc bien noté
Alors que le Continent africain est frappé de plein fouet par l'actuelle crise économique, le Maroc continue à faire figure de pays solide économiquement qui maintient le cap contre vents et marrées. C'est ce que confirme un récent rapport de la BAD sur les perspectives économiques en Afrique en 2009. Selon ce rapport, si la crise économique actuelle a "gravement" touché les économies africaines avec une croissance du PIB chutant de moitié en 2009, soit 2,8% contre un taux prévu de 5,7 %, le Maroc s'en sortira avec les moindres dégâts. En fait, l'économie marocaine réalisera un taux de croissance de 5,4 % en 2009 en dépit de la crise financière internationale, contre 5,7 % en 2008, ont affirmé les auteurs de ce rapport. Le bon comportement du secteur primaire, grâce à une bonne pluviométrie, sera d'un grand apport pour l'économie nationale pour l'année en cours. Cependant, il n'est pas le seul facteur qui explique cette bonne prévision. Il s'agit également, selon ce rapport, de la "solidité" du secteur financier ainsi que des programmes de développement sectoriel en cours. Ces facteurs devraient permettre au Maroc de surmonter les effets de la crise internationale "sans trop de séquelles", même si la récession annoncée dans les pays européens, principaux partenaires commerciaux du Maroc, aura "vraisemblablement" des répercussions sur l'économe marocaine, estime-t-on.
Par Lahcen OUDOUD | LE MATIN