mardi 17 mars 2009

Réunion de la Fed qui pourrait augmenter son soutien aux marchés

La Réserve fédérale des Etats-Unis se réunit mardi et mercredi pour une réunion de politique monétaire à l'issue de laquelle elle pourrait annoncer une intensification de ses mesures de soutien aux marchés de capitaux.

Le produit intérieur brut américain a plongé de 6,2% au dernier trimestre 2008 et il devrait encore chuter fortement pendant le trimestre en cours, faisant s'éloigner un peu plus le moment tant espéré de la reprise, attendue désormais au plus tôt pour la fin de l'année.

Face à cette conjoncture très sombre, le président de la Fed, Ben Bernanke, a annoncé il y a quelques jours que son institution allait continuer d'"employer tous les instruments dont (elle dispose), aussi longtemps que nécessaire, pour soutenir le retour à la stabilité financière et à une croissance économique saine".

La Fed devrait donc sans surprise maintenir son taux directeur dans la fourchette de fluctuation de 0 à 0,25% qu'elle lui impose depuis la mi-décembre. Le communiqué final rendant compte de la réunion du Comité de politique monétaire (FOMC) de la banque centrale est attendu mercredi à 14H15 locales (18H15 GMT).

En l'absence de suspense sur le taux directeur, l'attention se portera sur les commentaires du Comité concernant la conjoncture économique et sur la façon dont celui-ci compte approfondir sa politique d'"assouplissement monétaire quantitatif" officialisée en décembre.

En vertu de cette politique, la Fed multiplie les montants offerts aux banques lors de ses enchères de refinancement et tente de dégripper les marchés financiers en y achetant par exemple des billets de trésorerie (pour permettre aux entreprises de continuer à se financer) ou des titres adossés à des crédits immobiliers (afin de faire baisser le coût des emprunts hypothécaires).

Elle a également lancé début mars un programme de 200 milliards de dollars destiné à relancer la consommation des ménages, capitale pour l'économie américaine, dont elle assure les deux tiers de la croissance en temps normal.

Le conseiller économique de la Maison Blanche, Lawrence Summers, a estimé vendredi que l'action du gouvernement de Barack Obama commençait à se faire sentir sur l'économie des Etats-Unis, percevant des signes "plutôt encourageants" en ce qui concerne la consommation. Les observateurs guetteront si le FOMC partage cette satisfaction prudente.

Lors de ses réunions de décembre et janvier, le Comité avait indiqué réfléchir à la possibilité de racheter sur les marchés des bons du Trésor à long terme pour tenter de faire baisser les taux longs, qui n'ont pas baissé autant que les taux courts.

La question pourrait être réexaminée, à la lumière de la décision annoncée le 5 mars par la Banque d'Angleterre de racheter des emprunts d'Etat.

Pour Paul Ferley, économiste de la Banque royale du Canada, la Fed devrait signaler qu'elle "va augmenter ses achats d'un certain nombre d'actifs (financiers) et rappeler que le rachat de bons du Trésor reste possible".

Depuis décembre, la Fed a racheté près de 43 milliards de dollars d'obligations émises par les organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac, Fannie Mae et Ginnie Mae, et pour plus de 217 milliards de dollars d'autres titres adossés à des actifs détenus par ces groupes.

Fabio Fois, économiste de Barclays Capital, estime lui aussi que le FOMC devrait indiquer "sa volonté d'augmenter" ses achats de cette seconde catégorie d'instruments financiers ainsi que sa facilité de soutien au crédit à la consommation.

La moitié de la fortune des ménages dans le monde est immobilière

Selon une étude de l'ONU, les foyers de la planète possèderaient au total 140.000 milliards de dollars.

Partir à la recherche des Richesses du monde (1), comme le fait dans un livre enquête le professeur Babeau, grand spécialiste français de l'épargne et du patrimoine, peut paraître provocateur. La Banque asiatique de développement estime par exemple que la capitalisation boursière mondiale et plus généralement les valeurs financières ont fondu de 50 000 milliards de dollars ces douze derniers mois. On ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu !

C'est oublier que les 6, 828 milliards de Terriens restent debout. Or comme le rappelle André Babeau, citant le grand humaniste Jean Bodin, «il n'y a de richesse que d'hommes». Voilà justement ce que montrait la grande enquête effectuée par la Banque mondiale, au début du millénaire, qui lui sert de point de départ. Le capital productif de notre planète était alors estimé à 550 000 milliards de dollars. Un tel chiffrage, faut-il le préciser, correspond à l'actualisation des productions à venir - sur 25 ans -, au même titre que la valeur boursière d'une entreprise capitalise ses futurs bénéfices.

Reclassements importants

Ces 550 000 milliards se répartissaient entre quatre grandes parts, «les richesses naturelles» (7 %), «les machines et équipements» (19 %), «le patrimoine humain et de connaissances» (39 %) et enfin «le patrimoine institutionnel, sociétal et culturel» (35 %). Cette répartition, établie par les experts de la Banque mondiale peut surprendre. Mais à l'évidence «les capitaux immatériels» (sic), l'emportent largement. C'est d'ailleurs ce qui explique les énormes différences d'un pays à l'autre. Quand le citoyen suisse est en moyenne à la tête d'un capital productif de 648 000 dollars et le Français de 468 000, l'Éthiopien doit se contenter de 2000 dollars.

Qu'en est-il après les formidables coups de boutoir des années 2008-2009 ? À quel prix des extraterrestres accepteraient-ils aujourd'hui d'acheter notre «économie-monde» ? Le professeur Babeau se garde de chiffrer ces bouleversements. Mais ils nous donnent des indications fort utiles pour comprendre ce qui se passe. Des matières premières aux fonds de commerce des entreprises, aucune forme de richesse ne sera épargnée et des reclassements importants se feront jour. «S'agissant du capital humain et du capital de connaissances, on évoquera seulement une très probable augmentation des taux d'obsolescence dans un environnement moins lisible», dit-il. En termes moins savants, cela signifie que toutes les compétences vont être réexaminées à la faveur de la crise. Et dans la mesure «où le capital productif (sa valorisation) ne regarde pas vers le passé, mais vers l'avenir  », on va assister, prévient-il, à «une redistribution des cartes  », en faveur «des pays émergents (dont) la croissance sera plus rapide que celle des pays avancés».

Si les hommes sont à l'origine de toute richesse, qu'en est-il de leurs patrimoines personnels, de ce qu'ils ont épargné avec plus ou moins de facilité ? Là aussi André Babeau met le doigt sur un second paradoxe. Reprenant cette fois une étude de l'université de l'ONU (The World Distribution of Household Wealth) publiée en 2007, il note que les ménages de la planète possédaient au total quelque 140 000 milliards de dollars. Un peu plus de la moitié de cette fortune était immobilière, le restant correspondait à de l'épargne financière. Dans l'ensemble ces biens patrimoniaux «représentent environ quatre fois le PIB annuel et six fois le revenu disponible».

Mise en garde

Comment expliquer la différence entre ces 140 000 milliards de patrimoines personnels et les 550 000 milliards de dollars du capital productif mondial  ? Il y a deux raisons. D'un côté le caractère en grande majorité «immatériel» de ce capital productif et de l'autre, le fait que pour une part importante il ne fasse pas l'objet d'une «appropriation» : il reste détenu par les collectivités nationales et les États.

Pince-sans-rire, le professeur Babeau considère que la crise actuelle va constituer «un choc important» pour le patrimoine des particuliers. La remarque vise d'abord les pertes nominales subies par les épargnants, tant sur les valeurs boursières que sur l'immobilier. Il prévoit «une baisse des prix des logements anciens en 2008 et 2009 ; la stabilisation de ces prix en 2010 est possible mais pas assurée». Sa référence est la crise immobilière des années 1990 où la pierre avait perdu entre 10 % et 20 % Il met en garde les gouvernements qui ont laissé les ménages s'endetter au point de dégager «non pas une capacité de financement (comme cela doit être la norme, NDLR) mais un besoin de financement», au niveau du pays tout entier.

Et de citer les États-Unis, le Royaume-Uni et le Danemark. Car il n'y a aucune raison pour que les capitaux continuent de se déverser du Sud vers le Nord, comme ce fut le cas pendant au cours des deux dernières décennies de mondialisation effrénée et brouillonne.


La BRIC a un plus grand mot à dire sur la finance dans le monde

Les quatre plus grandes nations en développement ont appelé les pays émergents à avoir un plus grand mot à dire dans le système financier mondial, alors que les ministres des Finances du G20 se sont engagés à lutter contre la plus importante récession depuis les années 1930. 

L'union réunissant le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (BRIC), a annoncé dans une déclaration du samedi dernier: "Nous appelons à une action urgente concernant les voix et la représentation dans le Fonds monétaire international (FMI), pour qu'il puisse mieux tenir compte de notre poids économique réel." 

Les pays ont également souhaité que la réforme de la représentation dans la Banque mondiale qui devait être achevée d'ici avril 2010, soit accélérée. 

Des mesures politiques et économiques "plus équilibrées, plus dynamiques, plus coordonnées et plus contracycliques" sont nécessaires pour promouvoir la reprise économique mondiale, mentionne la déclaration. 

Le ministre chinois des Finances, Xie Xuren a appelé à des efforts conjoints de la communauté internationale pour accélérer la réforme des institutions financières internationales et la construction d'un nouveau système financier mondial, qui est "juste et bien aligné, compatible et ordonné". 

"Au niveau mondial, la voix des pays émergents et des nations en développement dans le système financier international doit être augmentée et le protectionnisme commercial et financier devrait être évité", a dit le ministre Xie. 

Les pays BRIC prennent des mesures visant à favoriser la demande intérieure et vont continuer à le faire, stipule la déclaration, ajoutant que le protectionnisme doit être évité conjointement. 

La déclaration a été publiée à Horsham dans au sud de l'Angleterre lors de la réunion des ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20, avant la réunion des leaders de leurs pays au sommet du G20 à Londres le 2 avril prochain. 

Actuellement, les pays développés dominent les institutions internationales. Par exemple, le droit de vote des pays BRIC au sein du FMI représente 9,62% du total, ce qui correspond à la moitié des droits de vote que détiennent les Etats-Unis. 

Selon le calendrier établi à la réunion du week-end dernier, la prochaine révision des quotas du FMI devrait être conclue en janvier 2011. 

"La Chine et d'autres pays comme l'Arabie Saoudite devraient être encouragés à augmenter les ressources du FMI et la structure des droits de vote doit être réformée", a annoncé la semaine dernière Uri Dadush chercheur associé du groupe d'analyse américain Carnegie Endowment. 

Lors de la réunion du week-end dernier, les ministres de plus grandes économies du monde se sont également engagés à réglementer les fonds de protection et de commencer à renforcer le contrôle sur les agences de notation de crédit pour éviter une répétition de la crise des marchés financiers qui paralyse les entreprises et prive d'emploi des millions de personnes. 

"Nous nous sommes engagés à fournir des efforts d'une ampleur nécessaire pour restaurer la croissance", a déclaré le ministre dans une déclaration promettant plus de fonds pour le Fonds monétaire international et des prêteurs régionaux comme la Banque asiatique de développement. 

Aucun chiffre n'a été publié, mais un fonctionnaire qui a participé à ces négociations a dit à Reuters qu'ils auraient décidé de doubler la somme de 250 milliards de dollars qui est actuellement à la disposition du FMI pour aider les pays touchés par la suspension des crédits et des investissements. 

Par ailleurs, le Premier ministre britannique Gordon Brown, qui accueillera le sommet des dirigeants du G20 le 2 avril prochain, a déclaré qu'un grand changement est sur le point de se produire dans la réglementation des marchés financiers, notamment en ce qui concerne la surveillance des fonds de protection. 

Les pays du G20 représentent plus de 80% du produit intérieur brut mondial, qui fera une chute record en 2009 depuis la crise des années 1930. Lorsque la crise financière qui a éclaté aux Etats-Unis en 2007, elle a englouti la confiance, l'activité économique, le commerce et s'est traduite par la crise de l'emploi partout dans le monde.