mercredi 25 mars 2009

Qui doit payer pour sauver les banques ?

Qui doit payer pour sauver le système bancaire ? Les actionnaires, les contribuables ? Ou les créanciers des banques ? Après la faillite de Lehman Brothers, on a interdit la faillite bancaire, empêchant ainsi que les pertes des banques soient absorbées par les créanciers et les actionnaires, laissant aux contribuables le soin de payer la note.

Revenons aux fondamentaux du capitalisme : les actionnaires et les créanciers apportent leur capital à l'entreprise et sont payés en retour par des dividendes et des coupons. En échange, ils acceptent d'absorber les pertes. Pour les banques, le régulateur a même été plus précis. Après les actionnaires, il a défini deux preneurs de risque, censés absorber successivement les chocs : la dette longue subordonnée, dite « junior », puis la dette longue senior. Seuls les dépôts des épargnants sont - à juste titre - garantis par l'Etat. Légalement, il n'a jamais été question que l'Etat garantisse ces dettes junior et senior. Or, la prohibition de la faillite bancaire par les Etats garantit de facto ces dettes bancaires. Le capitalisme ici est perverti : les créanciers encaissent des coupons élevés pour prendre du risque bancaire auquel ils ne seront jamais exposés ! Comment faire payer les créanciers sans déclencher de crise systémique ? Deux solutions sont possibles.

Premièrement, en cas de risque de faillite imminente (cf. Dexia), il conviendrait que la loi autorise un régime de quasi-faillite accélérée (idée de Luigi Zingales de l'université de Chicago). Avant la réouverture des marchés, un comité de sages (ministre des Finances, gouverneur de la Banque de France...), au vu des pertes de la banque, procéderait à la restructuration du passif de la banque : les actionnaires seraient nettoyés de leur actif, les créanciers junior deviendraient actionnaires ou bien subiraient une perte significative ; les créanciers senior deviendraient, pour partie, créanciers junior. Le jour d'après, la banque, avec un passif restructuré, serait forte, bien capitalisée, sans risque excessif et inspirerait confiance au marché. Avec ce mécanisme, plus de risque systémique, pas besoin d'argent public, la banque est saine, les risques sanctionnés et le crédit reprend.

Deuxième cas, la banque n'est pas au bord de la faillite, mais ses créances douteuses la handicapent et l'empêchent de prêter (cf. Japon après 1990). Le plan Geithner de lundi dernier aux Etats-Unis ou le plan Brown au Royaume-Uni ont en commun une idée douteuse : faire payer au contribuable (par des garanties publiques ou des prêts subventionnés) une partie significative du rachat des actifs toxiques. Vu l'ampleur de la subvention Geithner, il est normal que les marchés aient bondi d'allégresse. Une solution bien meilleure a été proposée par Bob Hall (Stanford), dans www.voxeu.org : diviser chaque banque à problème en deux, une banque mère et une banque fille. La banque mère garderait à son passif les actions existantes et l'essentiel de la dette junior et senior. A son actif, la mère aurait la moitié la plus mauvaise des actifs ainsi que les actions dans la banque fille. Cette mesure vise essentiellement à isoler les actifs toxiques et à faire assumer leurs pertes par les actionnaires et les créanciers historiques, sans aucun argent public. La banque fille aurait à son passif les actions de la mère et les dépôts garantis. A l'actif, la moitié saine des actifs. La banque fille serait saine, bien capitalisée et pourrait prêter aisément à l'économie.

Alors pourquoi ne fait-on pas cela ? Tout d'abord nombre de dirigeants politiques ne comprennent rien à la banque. Les autres sont souvent sous influence des dirigeants des banques (c'est évident avec le plan Geithner et Wall Street, avec Gordon Brown et la City), qui ne veulent perdre ni leurs actions ni leur emploi. Les créanciers des banques (assureurs, fonds de pension...) font pression pour que les contribuables paient à leur place. Enfin, certains prédisent un Armageddon si les créanciers bancaires devaient payer. C'est ne pas comprendre la finance : si la restructuration du bilan de la banque l'a bien délestée de ses actifs toxiques, les créanciers reviendront le lendemain apporter leurs capitaux à cette banque saine. Et ces mêmes créanciers feront la police des banques à l'avenir pour ne pas être expropriés. La solution est simple : transformer le droit des faillites bancaires pour faire payer les créanciers sans arrêter le business de la banque.

Jacques Delpla est membre du Conseil d'analyse économique.

Chine: Haro sur le dollar!

Doit-on remplacer le dollar par une nouvelle monnaie de réserve internationale ? C’est la proposition que vient de faire Zhou Xiaochuan gouverneur de la Banque du peuple de Chine. L’idée de ce haut fonctionnaire est assez simple : revenons à une sorte « Bancor », l’idée avortée de Keynes de créer une nouvelle monnaie lors des accords de Bretton Wood !

Zhou Xiaochuan a bien lu ses classiques. Il cite le
Paradoxe de Triffin qui dès 1960 soulignait que le pays, dont la monnaie sert au reste du monde, est condamné à maintenir des déficits commerciaux permanents afin d’éviter une pénurie de ce moyen de paiement. Il faut que ce pays exporte moins qu’il importe afin que les autres pays puissent accumuler cette devise. L’autre conséquence est ce même pays imprime en permanence de la monnaie. Quarante ans plus tard, les hypothèses de cet économiste se sont réalisées au-delà de toutes ses craintes : les Etats-Unis accumulent les déficits et via la création de produits liés à des dettes n’a cessé de faire naître du néant des liquidités.

xinsrc_02202041107380782973312.jpg Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque du peuple de Chine et Henry Paulson, secrétaire d'Etat au Trésor de Georges Bush au sommet d'Essen en 2007.

Mr Zhou Xiaochuan a bien lu ses classiques mais à moitié.
Toute nouvelle monnaie nécessite un gardien, une banque centrale. Dans ce cas-là, elle sera internationale. Mais Pékin a-t-il envie vraiment voir quiconque, qui plus est des « étrangers », de mettre son nez dans ses comptes, bien opaques ? C’est pour cette raison qu’en 1945, les Américains ont fait capoter le projet de Keynes. A moins que Mr Zhou Xiaochaun rêve d'avoir le beurre et l’argent du beurre. La responsabilité de cette monnaie, gagée sur les devises fortes (dollar, euro, yen....), sera du ressort de ces pays, et ils assumeront le coût inévitable de préserver une discipline monétaire en terme de déficits, avec les conséquences que cela suppose pour la croissance... La Chine, elle, aurait l’assurance que ses réserves de change seront bien gérées, sans en avoir à payer le prix, et conservera toute latitude pour poursuivre une gestion de sa monnaie bien peu orthodoxe pour poursuivre sa montée en puissance.

La proposition de Zhou Xiaochuan a le mérite d’ouvrir le débat sur
un problème central de l’économie mondiale : le « régime des changes flottants » porté au pinacle par Milton Friedman est une constante source de déstabilisation. Les variations des parités génèrent des soubresauts permanents, attisent la spéculation et empêchent le monde de tourner rond. C’est de la nécessité de se protéger contre les pertes de change que sont nés les « swaps » et autres produits dérivés. Au départ conçu comme des assurances, ils ont ensuite volé de leurs propres ailes, pour s’agglutiner en un essaim monstrueux estimé à 55 000 milliards de dollars. Jusqu’au jour où cette bulle d’argent fictif a crevé, c’est-à-dire à compter de 2007.

Mais il est plus probable qu’il s’agit d’une manœuvre destinée à détourner l’attention des responsabilités de Pékin sur la crise actuelle en se focalisant sur celles des Américains, devenus les boucs émissaires commodes des dérives qu’ont connues les marchés financiers. Pékin a la spécialité de ce genre d’annonce spectaculaire à la veille des G20. Car le régime communiste a puissamment contribué aux désordres. Dans une moindre mesure que les Etats-Unis, ou le Japon (voir précédents Crise! Vous avez dit crises?) la Chine l’a fait, à sa manière.

Ouvriers travaillant à l'électrification des voix de chemins de fer OW.jpgOuvriers siur un chantier ferroviaire en Chine.

La faute est dans la
non convertibilité du yuan. Grâce à cette non convertibilité la devise chinoise se retrouve comme l’huile et eau avec les autres monnaies, côte à côte mais sans se mêler. L’avantage de ce statut est de protéger contre toute volatilité, contre de la spéculation mais aussi de la sanction des marchés à l’égard de la politique monétaire de la Chine. Théoriquement, afin d’éviter tout dérapage, la Banque du peuple de Chine récupère tous les dollars et autres devises qui entrent en Chine, imprime un montant équivalent en yuans, et pour éviter tout gonflement éventuel de la masse monétaire, émet des obligations à court terme qui épongent immédiatement ce montant de yuans frais. Le jeu est à somme nulle, du moins théoriquement. Car la tentation est forte de ne pas stériliser (retirer) toute la monnaie émise, d’en laisser afin de stimuler les investissements et la croissance... Et la BPC ne s’en prive pas. Ces dernières années, l’investissement tournait autour de 45% du PNB, financé par le crédit. Un tel taux signifie donc qu’un peu plus de tous les deux ans, la masse monétaire doublait. Cela vaut tous les plans de relance imaginables.

Objection :
il y aurait du avoir de l’inflation, c’est-à-dire une dépréciation de la monnaie s’exprimant en une hausse des prix. Or, elle n’a pas eu lieu. Pourquoi ? C’est là où le système de parti unique joue son rôle. En l’absence de toute organisation indépendante, syndicats ouvriers et coopératives de paysans, livrés à eux-mêmes face aux « forces du marché » telles que les décide le Parti communiste chinois, ne pouvant négocier une répartition de la croissance à travers des augmentations salariales et la revalorisation des prix agricoles, ces catégories ont été les dindons de la farce, permettant des transferts massifs de richesses qui ont financé le développement spectaculaire des secteurs économiques intégrés à la nomenklatura. Ceci dit, il y a bien eu inflation mais elle n’est pas apparente dans les boutiques, c’est celle des actifs (immobilier, bourse....) et surtout de ces fameux investissements.

En quoi l’affaire concerne le reste du monde ?. Ces nouvelles capacités sont faiblement rentables au mieux. Une croissance de 13% pour un investissement de 45%, signifie qu’un yuan seulement sur trois ou quatre est utilisé de façon productive. Le reste est gaspillé. Ce qui a compensé l’absence de profit, c’est le crédit. A défaut de faire du profit, l’industrie, essentiellement celle lié à l’Etat et au parti, emprunte auprès des banques, elles-mêmes liées à l’Etat et au parti. L’essentiel est de rapporter le plus possible de devises qui grâce à la planche à billet autorisent d’injecter toujours plus de liquidités dans l’économie. Cette création de monnaie équivalait environ à 400 milliards d’euros de janvier 2007 à mai 2008 (1) selon un calcul réalisé par des officiels chinois alors que la récession n’était pas à l’ordre du jour et que Pékin parlait au contraire de vouloir refroidir la croissance menacée de surchauffe. Le résultat est un déferlement de produits chinois vendus à des prix très bas à cause de la compression des salaires et des prix agricoles et d’une création exponentielle de crédit.



Ces produits ont provoqué une déflation, c’est-à-dire une baisse des prix, à travers le monde. Cette baisse des prix a permis de masquer aux Etats-Unis et en Europe l’absence de revalorisation des salaires, la stagnation du pouvoir d’achat,. elle s'est additionné pour créer une illusion d'enrichissement à l’augmentation des dettes des ménages et la hausse de la valeur virtuelle de leurs actifs. Cette déflation exportée par la Chine a contrebalancé l’inflation qu’aurait du provoqué l’expansion du crédit à travers le monde, privant ainsi les observateurs d’une alerte sur les déséquilibres en train de se creuser dans l'économie mondiale.

Aujourd’hui, Pékin fait faire le blâme sur Washington pour tous les dérèglements internationaux. C’est une façon d’éviter d’examiner sa part de responsabilité. Les régimes autoritaires ont toujours raison, sinon que vaudrait leur autorité !
Mais pointe aussi un fort désappointement. Le système était si parfait! quel dommage que les Américains aient tué la poule aux œufs d’or !

(
par Bruno Birolli)

La banque HSBC supprimera 1.200 emplois en Grande-Bretagne

HSBC Holdings, première banque européenne, va supprimer environ 1.200 emplois en Grande-Bretagne dans le but de réduire ses coûts. /Photo prise le 24 mars 2009/REUTERS/Kieran Doherty

LONDRES (Reuters) - HSBC Holdings, première banque européenne, annonce qu'elle va supprimer environ 1.200 emplois en Grande-Bretagne dans le but de réduire ses coûts.

HSBC a souligné que le contexte économique restait "extrêmement difficile" pour les banques en Grande-Bretagne et que cette situation risquait de perdurer pendant encore un certain temps.

Les suppressions d'emplois affecteront la finance, les ressources humaines et l'informatique mais le service client dans les agences ne sera pas concerné, précise la banque dans un communiqué.

Un porte-parole a déclaré que la banque allait fermer un centre d'opérations à Leamington Spa, dans le centre de l'Angleterre, ce qui affectera 290 emplois, ainsi que le centre de Newport au Pays de Galles où 90 emplois sont concernés.

HSBC a déjà supprimé 500 emplois en décembre dans ses activités de banque de détail en Grande-Bretagne et 1.100 postes dans sa division de banque de financement et d'investissement en septembre.

HSBC emploie 58.000 personnes en Grande-Bretagne, 312.000 dans le monde.

A 09h16 GMT, le titre était en hausse de 1,6% à 397,5 pence.

Steve Slater, version française Gwénaëlle Barzic