jeudi 30 avril 2009

Trichet prédit une remontée de l'inflation en fin d'année

Les niveaux d'inflation dans la zone euro sont actuellement "très bas" mais ils devraient remonter vers la fin de l'année, déclare le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, dans une interview publiée ce mercredi.

Il appelle par ailleurs les gouvernements à rester attentifs aux problèmes provoqués par la crise économique mondiale.

"La crise est un phénomène qui se poursuit. Nous devons par conséquent rester constamment vigilants", dit Trichet dans le Süddeutsche Zeitung.

Il estime que l'inflation pourrait devenir négative dans les prochains mois en raison du recul des prix de l'énergie, du pétrole et des matières premières".

"Une inflation basse est une bonne chose pour le pouvoir d'achat et aplanit les hausses de prix passées", explique-t-il. "Les prévisions d'inflation se situent actuellement aux environs de 1,9%, dans la lignée de notre définition (de la stabilité des prix)".

La BCE s'est fixé pour objectif un taux d'inflation très légèrement inférieur à 2% en rythme annuel. Elle a abaissé son principal taux directeur, le taux de financement, de 25 points de base le 2 avril à un nouveau plus bas historique de 1,25%. Les analystes s'attendent à une nouvelle baisse en mai à 1,0%.

Selon des données provisoires publiées mardi par l'Office fédéral de la statistique allemand, les prix à la consommation en données harmonisées européennes IPCH ont augmenté en avril de 0,7% sur un an après avoir atteint un plus bas sans précédent en mars.

Version française Gwénaelle Barzic

La Fed en position d'attente

La comité de politique monétaire maintient ses taux et ses mesures de création monétaire tels quels. La Fed note que la contraction de l'économie s'est "ralentie", mais que la conjoncture va rester "faible pendant un certain temps".  

La comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (FOMC) a décidé de maintenir ses taux d'intérêt au même niveau et de laisser telles quelles ses mesures de création monétaire (achat de titres de dettes immobilières et de dettes d'Etat en faisant fonctionner la planche à billet) destinées à relancer l'économie .

La Fed note toutefois que la contraction de l'économie s'est "ralentie" depuis mars, mais que la conjoncture va probablement rester "faible pendant un certain temps". La Fed reste aux aguets de l'évolution de la conjoncture pour ajuster sa politique.

L'économie s'est contractée encore plus brutalement que prévu, de 6,1 %, au premier trimestre (en rythme annualisé).

Lundi, le " Financial Times " avait lancé une petite bombe, en révélant une étude interne de la banque centrale américaine, qui estimait que le taux d'intérêt idéal à maintenir au vu de l'inflation et du chômage devrait être de ­ 5 %. Etant donné que la Fed a déjà diminué ses taux dans une fourchette entre 0 % et 0,25 % et qu'elle ne peut pas descendre plus bas, l'étude suggérait qu'elle mette en place des initiatives qui fournissent un stimulus équivalent. Cela reviendrait à accroître encore les efforts sur le bilan de la banque centrale de 1.150 milliards de dollars grâce auxquels elle pourrait acheter différents types d'actifs, comme elle le fait déjà depuis des mois. Son bilan s'élève aujourd'hui à 2.190 milliards de dollars.

Lors de la dernière réunion des gouverneurs, le 18 mars, la Fed avait créé la surprise en annonçant des mesures d'assouplissement quantitatif : elle avait augmenté l'enveloppe pour le rachat de crédits immobiliers à 1250 milliards de dollars et, surtout, elle s'était autorisée à racheter pour 300 milliards de dollars d'emprunts d'Etat.

Le Trésor, qui doit financer un déficit budgétaire croissant, a quadruplé ses emprunts l'an passé. Selon des sources de la banque centrale, le programme de rachat de bons du Trésor par la Fed aurait eu un succès raisonnable. Son intention était de réduire de 25 points de base le rendement des emprunts d'Etat sur 10 ans. Cela a eu l'effet escompté dans un premier temps, mais les taux sont remontés à 3 % mardi après la hausse constatée des prix des maisons en février, signalant que le pire était peut-être passé.

D'ailleurs, les analystes commencent à penser que la banque centrale doit se " préparer une stratégie de sortie " pour le jour où les indicateurs vont virer au vert, ainsi que l'a indiqué à Bloomberg Television Mustafa Chowdhury, chef de la recherche sur les taux chez Deutsche Bank Securities.

VIRGINIE ROBERT (A NEW YORK) et NICOLAS MADELAINE, Les Echos

Pour une régulation macro-prudentielle

Pour une régulation macro-prudentielle

argent

La régulation financière actuelle est dominée par une logique micro-prudentielle. Or, comme la crise financière l'a démontré, cette régulation est inefficace, sinon dangereuse, en cas de menace sur le système dans sa globalité. Selon Laurence Scialom, professeure d'économie à l'Université Paris Ouest la Défense, de nouveaux outils doivent être déployés pour adopter une régulation macro-prudentielle.

La communauté internationale et l’Europe s’engagent dans la régulation des marchés financiers, afin de prévenir pour l’avenir toute nouvelle crise systémique. Cet engagement se caractérise à ce stade par sa modestie et, surtout, par son caractère décalé. On s’attaque aux hedge funds, aux paradis fiscaux – les institutions et territoires dérégulés de la finance. Mais on oublie que la crise financière est passée pour l’essentiel par le canal des banques traditionnelles.


L’enjeu central qu’a révélé la crise, ce n’est pas l’absence de régulation dans les « trous noirs » de la finance (qu’il faut traiter aussi, bien sur) mais surtout l’inadaptation de la régulation du système bancaire traditionnel.


La régulation prudentielle du système financier repose sur une logique micro-prudentielle de sécurisation des institutions financières à titre individuel, notamment pour protéger l’épargnant du risque de défaut de sa banque. Or cette régulation est radicalement inefficace en cas de risque systémique, lorsque le secteur est menacé dans sa globalité. Pire, les règles micro-prudentielles actuelles (comme les règles comptables et les modèles de valorisation des actifs financiers) sont pro-cycliques et contribuent à un « effet boule de neige » qui alimente la crise systémique.


Il est urgent de passer à une régulation prudentielle reposant sur une autre logique, macro-prudentielle, visant à assurer la stabilité du système financier dans sa globalité. Plusieurs pistes de propositions concrètes peuvent être explorées.

Le problème majeur de la régulation financière actuelle est qu’elle n’est pas adaptée à la prévention et à la gestion du risque systémique car sa structuration est dominée par une logique micro-prudentielle. Prévenir les crises financières et bancaires globales nécessite une profonde réforme de nos cadres prudentiels allant dans le sens d’une régulation macro-prudentielle. Cette note vise à justifier cette assertion et à fournir quelques pistes de réformes.

 1.    Régulation prudentielle : éléments de synthèse théorique


La régulation prudentielle est l’ensemble des règles qui assurent la stabilité du système financier. Elle répond à deux objectifs distincts :


-    D’une part, elle cherche à assurer la sécurité des institutions financières à titre individuel. Son objectif est de protéger les déposants ou les investisseurs en cas d’accidents individuels. Il s’agit de la régulation micro-prudentielle.


-     D’autre part, elle cherche à assurer la stabilité du système monétaire et financier dans sa dimension globale. Elle vise donc à prévenir ou à contenir le risque systémique. C’est ici le domaine de la régulation macro-prudentielle


L’approche micro-prudentielle consiste à limiter le risque de détresse financière pour des institutions individuelles indépendamment de leur impact sur le reste de l’économie. Alors que la finalité de l’approche macro-prudentielle est de limiter le risque de détresse financière impliquant des pertes significatives en termes d’output réel, donc pour l’économie dans son ensemble.


Cette distinction est parfois artificielle. Ainsi, l’existence d’un système d’assurance-dépôts est justifiée d’un point de vue micro-prudentiel par la protection qu’il apporte aux déposants des banques individuelles. Mais en même temps il supprime les incitations aux ruées bancaires, qui peuvent être la cause d’un krach global du système bancaire : un système d’assurance-dépôts a donc aussi un rôle macro-prudentiel.


Du point de vue de l’analyse économique, ces deux types de réglementation micro et macro-prudentielles se justifient par des arguments différents. Ainsi, la réglementation micro-prudentielle est justifiée par l’incapacité des petits déposants à contrôler l’usage que les banquiers font de leurs fonds. C’est d’ailleurs ce qui explique que la plupart des pays ont mis en place des systèmes d’assurance-dépôts qui assurent les petits déposants en cas de faillite des banques. Dans une logique micro-prudentielle, le rôle essentiel des contrôleurs bancaires est donc de représenter les intérêts des déposants vis à vis des banques.


La régulation macro-prudentielle est quant à elle justifiée par l’incapacité du marché à gérer les risques agrégés dans certaines configurations de stress financier. La régulation macro-prudentielle relève donc d’une logique de bien public, si l’on admet que la stabilité financière est un bien public.

2.    La nécessité d’une régulation macro-prudentielle du système financier mondial

La crise financière et bancaire globale actuelle souligne avec force la nécessité de basculer rapidement d’un modèle de politique micro-prudentielle, largement empreint d’auto-régulation, à un modèle de régulation macro-prudentielle, assurée par le régulateur.

2. 1. La régulation actuelle est essentiellement micro-prudentielle


Le Comité de Bâle, qui réunit les régulateurs nationaux (banquiers centraux), fixe la régulation prudentielle bancaire. Le ratio de référence était le ratio Cooke : il s’agit d’un taux de solvabilité bancaire, fixant à 8% le montant minimum des fonds propres bancaires au regard de ses engagements financiers. Le caractère très fruste de ce ratio (difficulté de définir les fonds propres, nature variable en termes de risques des engagements financiers) a abouti à sa réforme, au profit du « ratio de capitalisation de Bâle 2 ».


L’approche du comité de Bâle relève de la logique micro-prudentielle : il s’agit d’arrêter une régulation pour éviter le risque de défaut individuel d’une institution financière.


Sur cette base, ce sont les banques qui fixent leur niveau de fonds propres, dans une logique d’auto-régulation.

2. 2. Les justifications à une politique macro-prudentielle

 Des marchés financiers systémiques par nature


La justification fondamentale à une politique macro-prudentielle tient au caractère pro-cyclique de la finance libéralisée. Les crises financières, individuelles ou localisées, ne se terminent pas d’elles-mêmes. Elles tendent à menacer, par effet « boule de neige », l’ensemble du système financier. Elles constituent par nature une menace systémique.


Comme l’avait montré Kindleberger par ses travaux historiques et théorisé Minsky avec son hypothèse d’instabilité financière, au-delà de certaines spécificités, les cycles financiers se caractérisent par des invariants auxquels la crise financière actuelle n’échappe pas :


- Pendant la phase ascendante du cycle : le boom de l’investissement est soutenu par l’écart entre le prix du capital tel qu’il est évalué par les marchés boursiers et le prix des biens d’investissement sur le marché des biens.

- Le recours au financement externe dope les profits (effet de levier).

- Cette profitabilité accrue conforte l’accroissement de l’endettement et des prix d’actifs anticipés : la dérive du crédit alimentant des bulles sur différents marchés d’actifs immobiliers et financiers est une constante des périodes pré-crise financière.

- Ce contexte est un facteur de désincitation à la détention d’actifs liquides : il y a réduction du ratio liquidités / titres et donc augmentation de la vitesse de circulation de la monnaie.

    - Le climat de confiance conduit les acteurs économiques à minimiser leurs éventuelles difficultés de refinancement et incite donc à un financement à court terme plutôt qu’à long terme tant que les taux courts sont inférieurs aux taux longs.

-  L’économie est alors particulièrement fragilisée à l’occurrence d’un choc financier causé notamment par une hausse des taux d’intérêt.

- Celle-ci provoque des défauts en série.

- Il y a alors tarissement tant des financements de marché que des financements bancaires puisque les banques ont également réduit la liquidité de leur bilan dans la phase de boom.

- La récession s’installe caractérisée par la chute de l’investissement, une dynamique baissière sur les prix d’actifs et la multiplication des difficultés financières tant des emprunteurs que des prêteurs. Cette phase se caractérise par une volonté généralisée de désendettement.


Bien évidemment cette dernière phase ne prend pas toujours le tour dramatique qu’elle revêt aujourd’hui.


L’effet amplificateur des règles micro-prudentielles


Cette pro-cyclicité inhérente à la finance libéralisée a été accrue dans la période récente par des règles prudentielles elles mêmes pro-cycliques.


Le risque systémique n’est évidemment pas appréhendable par simple agrégation des expositions individuelles aux risques d’autant plus que celles-ci sont sous estimées du fait de la logique des modélisations mobilisées pour les évaluer.


Ainsi, les modèles VaR (value at risk) utilisés par les banques pour déterminer leur capital réglementaire sont basés sur une conception du risque conçue comme un jeu contre la nature. C’est à dire que chaque banque suppose être dans un environnement où le risque provient de facteurs exogènes et non des interactions entre les actions des acteurs du marché. Elle cherche donc à gérer les pertes potentielles dues du fait de ces facteurs en utilisant la mesure des risques de ses bases de données historiques.


Pour bien comprendre : le modèle utilisé ressemble à celui de la météo où le climat n’est pas affecté par les prédictions des météorologues et par les actions que suscitent ces prédictions. En clair s’il est prévu qu’il pleuve, le fait qu’une bonne part des agents informés prenne un parapluie ne va pas faire pleuvoir !


Le problème est que le climat de la finance n’est pas assimilable au climat dans la mesure où en période de stress financier le risque n’est plus exogène, il devient endogène : il résulte des répercussions croisées des actions de chaque participant. Si l’on continue à tirer la métaphore : le fait que tout le monde ouvre un parapluie va précipiter la pluie ! En d’autres termes, les variations de prix d’actifs sont amplifiées par les actions des participants au marché qui elles-mêmes sont dictées d’une part par l’affaiblissement de la confiance qui affecte collectivement les acteurs du marché et d’autre part par les méthodes mêmes de couverture des risques dictées par la VaR.


Des normes comptables pro-cycliques


Cette pro-cyclicité des règles prudentielles est amplifiée par l’adoption de la comptabilité « mark to market », c'est-à-dire de la comptabilisation des actifs à la valeur de marché.


Cette comptabilisation a fortement contribué à transformer une crise de liquidité en crise d’insolvabilité. En effet, avec cette nouvelle convention comptable, les pertes sur certains actifs liées à la disparition de la liquidité sur certains marchés sont immédiatement enregistrées dans les bilans des institutions financières, que celles-ci vendent ou non ces actifs. Cet enregistrement immédiat des pertes entraîne la chute de leur ratio de solvabilité, et donc la nécessité pour le rétablir de vendre des actifs, ce qui ne fait qu’alimenter la crise en accentuant la pénurie de liquidité.


Les « trous noirs » de la régulation micro-prudentielle


Un dernier élément plaide pour une approche macro-prudentielle de la régulation financière : des pans énormes du système financier échappent même à la régulation micro-prudentielle (banques d’investissement, hedge funds etc.), sans pour autant échapper à la procyclicité du mark to market.

 

3. Quelques pistes pour mettre en place une politique macro-prudentielle


Adopter une régulation macro-prudentielle est donc une question urgente.


Elle passe par la régulation des autorités publiques, et non l’auto-régulation des marchés. La régulation macro-prudentielle est en effet un bien public. Comme pour les autres biens publics, la somme des propensions à payer des investisseurs privés pour la préservation de cette stabilité financière est inférieure à l’utilité sociale de cette stabilité (en raison notamment de la non exclusion d’usage attachée à la stabilité financière : nul ne peut exclure un investisseur qui n’en aurait pas payé le coût du bénéfice de la stabilité financière).

 

Le problème est que nous manquons d’instruments pour contrer les bulles sur les prix d’actifs et les dérives du crédit qui les précèdent et les alimentent. Il s’agit bien d’agir en amont des crises financières et bancaires. Les banques centrales refusent d’agir préventivement pour divers motifs, parmi lesquels la règle de Tinbergen, selon laquelle il faut autant d’instruments de politique économique que d’objectifs. Or les banques centrales ne disposent plus que du taux d’intérêt comme instrument et cet instrument est utilisé pour lutter contre l’inflation. L’on ne peut mobiliser cet instrument pour atteindre à la fois l’objectif de stabilité des prix et celui de stabilité financière.


Ce faisant, mettre en place une régulation macro-prudentielle implique de concevoir de nouveaux instruments.

 

Le provisionnement dynamique


Une piste possible serait de rendre contra-cyclique les instruments micro-prudentiels en généralisant la logique du provisionnement dynamique au ratio de capitalisation et à une régulation de la liquidité des établissements.


Cette logique du provisionnement dynamique est assez simple et correspond au précepte de Joseph, le fils de Jacob, Conseiller de Pharaon dans l’ancien testament : « mettre de coté durant les années de prospérité de quoi faire face aux années de vaches maigres », sachant que quoi qu’en disent les modèles et les experts ces années reviennent de manière récurrente du fait de la cyclicité inhérente à la finance libéralisée. Il suffit de se référer aux travaux d’histoire financière pour s’en convaincre.


Des propositions ont déjà été faites : C. Goodhart (London School of Economics) propose de  relier les exigences en capital sur les prêts bancaires au taux de variation des prix d’actif sur une base sectorielle. Ainsi par exemple, les exigences en capital sur les prêts hypothécaires pourraient être liées au taux de croissance des prix de l’immobilier. Les banques centrales argumentent généralement qu’il est difficile de détecter les bulles sur les prix d’actifs. C’est un argument difficile à tenir pour le prix de l’immobilier dont l’évolution ne doit pas durablement s’écarter de l’évolution des loyers. Un fort accroissement du ratio prix de l’immobilier / loyers est donc un indicateur de l’existence d’une bulle sur l’immobilier.

 

Réactiver le mécanisme de réserves obligatoires


Les réserves obligatoires (dépôt obligatoire d’un pourcentage des fonds propres des banques auprès de la banque centrale) constituent un dispositif ancien et tombé en désuétude utilisé pour contrôler le crédit. On pourrait imaginer de remettre en place ce dispositif, en permettant leur activation discrétionnaire par la banque centrale sur les crédits alimentant la hausse cumulative de certaine classe d’actifs.

 

Couvrir l’ensemble des institutions et des actifs financiers


Un autre aspect important serait évidemment d’élargir les frontières de ce type de régulation au-delà des banques car la hausse excessive et généralisée de l’effet de levier n’a pas été, loin sans faut, le seul fait des banques. Il conviendrait dans la même ligne d’inclure le hors bilan dans ce champ de la règlementation.

 

Moduler la régulation en fonction de la nature de l’intermédiaire financier


Un calibrage des contraintes règlementaires de liquidité et de capitalisation en fonction du « business model » de l’intermédiaire financier permettrait de tenir compte de la plus ou moins grande dépendance des acteurs aux financements sur les marchés de gros.


Il est évident que la vulnérabilité des établissements au tarissement de la liquidité de marché est fortement dépendante de la plus ou moins grande base de ressources stables (dépôts) dont ils disposent. Le cas Northern Rock est édifiant de ce point de vue. Les exigences règlementaires en liquidité devraient donc tenir compte de cet état de fait.

mardi 28 avril 2009

L'entreprise patrimoniale, aiguillon de l'économie réelle

La crise que nous vivons a pour mérite de nous rappeler l'importance décisive, dans une économie "glocalisée", de structures capitalistiques trop souvent négligées : les entreprises patrimoniales. Largement méconnues du grand public et longtemps affectées par les lourdeurs fiscales, juridiques et administratives, ces entreprises dont le(s) dirigeant(s) détiennent "physiquement" tout ou partie du capital sont pourtant au cœur de l'économie réelle. Portées par des entrepreneurs pragmatiques et responsables, elles doivent être nos aiguillons pour retrouver le chemin d'une économie profondément ancrée dans le long terme.
Quand la crise financière a commencé à se propager à l'automne dernier, les entrepreneurs patrimoniaux ont été les premiers à critiquer sévèrement les carences du système financier. Cet état de fait, sur lequel les médias ne se sont pas nécessairement penchés, témoigne a posteriori de la singularité des entrepreneurs patrimoniaux dans l'économie. A nous, banquiers, de l'entendre.
Qui sait qu'aujourd'hui, en France, 80% des entreprises de moins de 3.000 salariés sont patrimoniales ? Ou encore que le tissu industriel est composé à 80% d'entreprises patrimoniales en Europe et 90% aux Etats-Unis, représentant près de la moitié du PIB et des emplois salariés ? La situation actuelle doit nous amener à redécouvrir toutes les vertus du capitalisme patrimonial, et ce pour plusieurs raisons. 
D'abord, les entrepreneurs patrimoniaux ont toujours préféré la croissance sur fonds propres à la croissance par l'endettement. Ensuite, les entreprises à forte réputation sur leur marché sont historiquement celles qui ont su tisser avec leurs clients ou les consommateurs un lien de proximité ; or, ce sont le plus souvent (et les exemples français sont légions) des entreprises patrimoniales.
D'un point de vue plus culturel et sociologique, les aventures personnelles, indépendantes, prennent aujourd'hui le pas sur les images historiquement négatives associées à la figure de l'entrepreneur : les Français reconnaissent désormais cet "entrepreneurial flair" cher aux anglo-saxons. L'entrepreneur patrimonial privilégie en outre une prise de risque "à taille humaine", rationnelle, maîtrisable et très localisée. 
Petites entreprises locales et innovantes ou grands groupes à vocation internationale, la réalité plurielle des entreprises patrimoniales est un autre atout majeur. La puissance publique a d'ailleurs pris en compte cette diversité de situations, en donnant une existence légale aux Entreprises de Taille Intermédiaire (entre 251 et 5.000 salariés). Une manière de leur offrir les avantages juridiques et fiscaux des PME sans les contraintes appliquées aux grandes entreprises. 
Quelle que soit leur taille, les entreprises patrimoniales partagent un point commun : à chaque fois que le capitalisme financier a été bousculé, elles ont su prouver leur capacité de résistance et de renouvellement, combinant contraintes macroéconomiques et besoins microéconomiques. Leurs "principes" de gestion paraissent beaucoup plus sains, car fondés sur un pragmatisme à toute épreuve : "Pourquoi paniquer quand je peux simplement différer mon projet de croissance externe et aller chercher d'autres relais de croissance ?". 
Toute la richesse de l'entrepreneur patrimonial réside dans sa capacité à combiner prise de risque, autonomie, pragmatisme, dynamisme, capacité à anticiper et à se projeter, simplicité et flexibilité. Surtout, l'entrepreneur patrimonial se caractérise par l'étroite imbrication de ses patrimoines personnel (c'est lui qui apporte le capital nécessaire à la création de l'entreprise) et professionnel. C'est ce qui rend impossible pour lui l'entrée dans une logique purement spéculative : du fait de l'étroite conjugaison de ses patrimoines, l'entrepreneur patrimonial est dans l'obligation de penser l'avenir de son entreprise sur le long terme. La rentabilité financière, solide et durable, de l'entreprise patrimoniale est aussi le fruit de cette stabilité.
Ainsi, les banques doivent ôter leurs œillères court-termistes et penser à nouveau la notion d'entreprise sur le long terme. Elles ont le devoir de soutenir puissamment ces entrepreneurs patrimoniaux, responsables et ancrés dans le réel, en les accompagnant au quotidien dans la gestion de leurs patrimoines personnel et professionnel. Elles doivent être un coproducteur de croissance, capable d'assurer la pérennité des entreprises patrimoniales et pallier tout préjudice en cas de maladie ou de décès du dirigeant, et ainsi protéger ses proches. Elles doivent, en résumé, soutenir les prises de risques intelligentes, innovantes, propres à dynamiser un bassin d'emplois, un marché, un secteur d'activité. Car comment rétablir la confiance sur les marchés si les banques n'ont plus confiance dans l'envie d'entreprendre de leurs clients ? 
La crise est une opportunité en ce qu'elle marque le retour d'une gestion patrimoniale de l'entreprise. Les "pépites" sont là : leur indépendance, leur capacité d'innovation, leur attachement viscéral à une éthique d'entreprise plaçant l'humain au centre de la sphère économique, témoigne chaque jour de leur valeur sociale. Replacer les entreprises patrimoniales au cœur de l'économie, c'est déjà se projeter dans la croissance et les opportunités de demain. C'est de facto permettre aux banques de retrouver leur rôle premier : être un partenaire de long terme pour les entreprises et contribuer ainsi à ramener la finance dans le monde réel.

 Philippe Vayssettes, Président de la Banque Neuflize OBC.

BM-FMI: risque d'une "catastrophe humanitaire" suite à la crise

Le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellik, et le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, ont mis en garde dimanche sur le risque d'une "catastrophe humanitaire" dans les pays en développement si rien n'est entrepris à travers le monde pour faire face aux conséquences humanitaires de la crise financière et économique mondiale. Les deux dirigeants des institutions de Bretton Woods ont lancé cette mise en garde lors d'une conférence de presse qu'ils ont animée à l'issue de la réunion du Comité de développement de la Banque mondiale qui a clôturé les travaux de la réunion de printemps de ces institutions financières tenue les 25 et 26 avril à Washington.
Le président de la BM a regretté qu'après avoir pu entamer la réalisation des Objectifs du Millénaire de Développement (OMD) pour réduire de moitié le nombre des populations pauvres à l'horizon 2015, plusieurs pays pauvres voient ces objectifs compromis notamment ceux liés à la faim et à la malnutrition, la mortalité infantile et maternelle, l'éducation, la lutte contre le sida, la malaria et d'autres maladies.

Selon ses estimations, une population de 55 à 90 millions de personnes supplémentaires s'ajouteront en 2009 à celles déjà touchées par l'extrême pauvreté tandis que le nombre de personnes souffrant de la faim chronique pourrait augmenter à plus d'un milliard d'individus sur l'année en cours.

Autre motif de cette crainte est que "personne ne sait combien va durer cette crise" financière et économique internationale, a lâché le numéro un de la Banque mondiale.

Après avoir rappelé les mesures financières déjà mises en place par cette institution face à ce risque humanitaire, M. Zoellik a fait savoir que les pays membres l'ont chargé d'examiner la capacité financière de la BM et notamment l'adéquation du capital ainsi que l'adéquation des ressources concessionnelles et qu'un rapport y afférent devra être présenté lors des assemblées annuelles du FMI et de la BM prévues en octobre.

De son coté, M. Strauss-Kahn a estimé que la crise financière et économique est effectivement plus perceptible par ses conséquences humaines, proposant que le FMI doive être réorganisée et avoir un "nouveau visage" pour plus d'efficacité: "le FMI est en train de changer pas seulement sur le plan éthique mais aussi pour plus d'efficience".

Il est à souligner que le Comité du développement de la BM a indiqué, à l'issue de ses travaux dimanche, que l'économie mondiale s'étant considérablement détériorée depuis sa dernière réunion, cette évolution a des conséquences particulièrement graves dans les pays en développement sur le plan humanitaire. "Les progrès réalisés au prix de durs efforts en direction des OMD sont maintenant compromis. La crise a déjà fait basculer dans une extrême pauvreté plus de 50 millions de personnes, surtout des femmes et des enfants", note-t-il.

Le Groupe de la BM et le FMI "ont fait preuve d'esprit de décision et mené une action complémentaire pour aider les pays en développement à faire face à la crise, favoriser l'adoption de mesures anticycliques, et contribuer à combler un déficit de financement considérable, notamment en déployant des efforts pour relancer les flux de capitaux privés", selon le comité. Les institutions multilatérales ont besoin de ressources et de capacités pour pouvoir prévenir les crises ou y riposter de manière efficace, a-t-il ajouté, tout en se félicitant des engagements pris par les pays membres de fortement accroître les ressources du FMI.

"Nous devons maintenant donner une suite concrète aux engagements que nous avons pris, notamment ceux formulés par les participants au récent Sommet de Londres, en prenant des mesures concertées et en dégageant des ressources supplémentaires. Nous demandons instamment à tous les bailleurs de fonds de concrétiser plus rapidement la promesse qu'ils ont faite d'accroître leur aide et nous devons quant à nous, examiner la possibilité d'aller au-delà de nos engagements actuels", note-t-il.

Le Comité de développement a souligné qu'il donne son appui aux initiatives lancées par la BM et encourage la mise en oeuvre rapide de plusieurs actions pour protéger les plus démunis. Il s'agit de la mise en place du Mécanisme de financement en faveur des pays vulnérables, qui regroupe le Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire et le nouveau Programme d'intervention rapide dans le secteur social alors que la Société financière internationale (SFI, filiale de la BM) a également créé le Mécanisme de renforcement de la microfinance pour aider les emprunteurs pauvres.

Pour relancer le financement du commerce, la SFI a porté le montant de son Programme de financement du commerce mondial de 1 à 3 milliards de dollars, et a lancé le Programme de liquidités pour le commerce mondial, qui devrait fournir un appui au commerce à hauteur de 50 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.

Pour assurer la poursuite du développement de l'infrastructure et créer des emplois, la BM a mis en place le Programme d'appui aux infrastructures existantes et nouvelles. Elle prêtera jusqu'à 15 milliards de dollars par an au titre de projets d'infrastructure, et la SFI a mis en place le Mécanisme d'appui à l'infrastructure en situation de crise.

Pour fournir un soutien au secteur financier, la SFI a mis en place un Fonds de recapitalisation qui permettra de fournir des capitaux supplémentaires aux banques des pays en développement. Un grand nombre de ces initiatives sont conçues de manière à mobiliser des ressources.

Par ailleurs, le comité de développement considère que la crise et la nécessité d'une vigoureuse riposte multilatérale témoignent encore plus clairement de la pertinence des efforts déployés pour accroître la voix et la participation des pays en développement et en transition dans la structure de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale. 

Blanchiment d'argent: la liste des pays non coopératifs dressée d'ici septembre

Une liste des pays non coopératifs en matière de blanchiment d'argent a été demandée par les pays du G7, réunis vendredi à Washington, et devra être dressée d'ici au prochain sommet du G20 en septembre, a déclaré la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde.

"Nous avons demandé au Gafi (Groupe d'action financière internationale) de dresser la liste des pays non coopératifs en matière (...) de blanchiment d'argent. Il faudra que cela soit fait avant le prochain G20 des chefs d'Etat, en septembre", a-t-elle indiqué dans un entretien au Figaro publié lundi.

Une liste devra également être établie par le Conseil de stabilité financière (FSB) pour recenser les pays non-coopératifs en matière "prudentielle", c'est-à-dire sur les normes fixant les exigences de solvabilité des banques, a précisé Mme Lagarde.

"Nous savons que cela va provoquer des remous mais les membres du G7 veulent la fin des paradis de toutes sortes", a précisé la ministre, ajoutant que c'était "un élément essentiel de stabilité financière".

Dans le communiqué final publié vendredi, le G7 presse ainsi le Gafi d'"identifier les pays non-coopératifs (en matière de blanchiment d'argent et de lutte contre le financement du terrorisme, ndlr) et de mettre au point un arsenal de contre-mesures", sans toutefois préciser la moindre échéance.

Dans son dernier rapport publié en avril, le Gafi recense déjà cinq "juridictions" présentant un "risque" en matière de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme: l'Iran, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Pakistan et Sao Tomé-et-Principe.

Fondé en 1989, le Gafi est un organisme intergouvernemental regroupant 34 pays qui a pour objectif de concevoir et de promouvoir des politiques de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

D'après le Fonds monétaire international, le volume agrégé du blanchiment de capitaux dans le monde représentait en 1996 entre 2 à 5% du produit intérieur brut mondial, soit de 590 à 1.500 milliards de dollars.

lundi 27 avril 2009

« L'ampleur de la crise en Europe de l'Est est sous-estimée »

THÉODORE AHLERS - LE DIRECTEUR DE LA STRATÉGIE ET DES OPÉRATIONS EN EUROPE DE LA BANQUE MONDIALE
Cliquez ici

La Banque mondiale craint une crise humanitaire en Europe de l'Est et en Asie centrale. Environ 35 millions de personnes devraient retomber dans la pauvreté d'ici à la fin de l'année prochaine. Dix ans d'acquis sociaux pourraient être effacés.

Les pays d'Europe de l'Est payent-ils aujourd'hui leur modèle de développement basé sur les exportations et un financement externe de leur croissance ?

Ce modèle a porté ses fruits. En dix ans, la taille de l'économie de la région a augmenté de deux tiers et 90 millions de personnes ont échappé à la pauvreté. C'est remarquable, mais ce type de développement a également rendu ces pays plus vulnérables face à la crise actuelle. Ce n'est pas une question de modèle, mais plutôt les aspects des politiques économiques suivies par certains gouvernements. La première source de vulnérabilité vient d'un niveau d'endettement extérieur de la région plus élevé que dans le reste du monde. La seconde se situe au niveau des liquidités, les réserves étant relativement faibles par rapport aux dettes à court terme.

Estimez-vous que la Commission européenne est suffisamment active ?

Oui. Elle fait énormément. Pour les pays membres de l'Union, mais aussi pour les pays candidats. L'Union européenne a joué un grand rôle jusqu'à présent et j'espère qu'elle continuera.

Que fait la Banque mondiale pour aider ces pays, en particulier sur le plan du commerce ?

D'une part, nous conseillons aux gouvernements de laisser leur économie ouverte. C'est vital. Vu leur faible marge de manoeuvre budgétaire, des plans de relance budgétaire sont impossibles. D'autre part, l'une de nos filiales, la Société financière internationale (SFI), a mis en place une facilité de financement des flux commerciaux, compte tenu du mauvais fonctionnement du marché du crédit.

La Banque mondiale juge les perspectives actuelles de croissance trop positives.

Ce constat ressort d'une simple comparaison avec les crises antérieures intervenues dans d'autres régions du monde. Ces crises ont montré que les prévisions faites ont toujours sous-estimé l'ajustement qui allait se faire et également le temps nécessaire au rétablissement des flux de capitaux au niveau d'avant-crise.

Si la forte croissance a permis de sortir 90 millions de personnes de la pauvreté, combien vont y retomber ?

Nous nous attendons à ce que 35 millions de personnes retombent dans la pauvreté, et il est vital que les gouvernements mettent en place des programmes d'assistance bien ciblés. Les dépenses sociales de la région sont relativement élevées, mais leur ciblage est mal fait. Il est donc urgent de réorienter les ressources des programmes sociaux vers des programmes ciblés.


L'Afrique sera plus lente à sortir de la crise

L'Afrique a été atteinte de plein fouet par la crise et aura plus de peine que les autres régions à en sortir, a affirmé dimanche à Washington le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka.

Selon lui, la plupart des experts s'attendaient à ce que l'Afrique ne soit touchée par la crise que dix-huit mois après les autres régions en raison de sa plus faible intégration avec le reste de l'économie mondiale.

Mais les effets se sont fait sentir beaucoup plus vite que prévu, les flux d'investissement vers l'Afrique ayant fortement diminué et le financement des échanges commerciaux s'étant pratiquement tari.

"Ma préoccupation est que lorsque la reprise arrivera, les pays africains repartiront beaucoup plus lentement", a-t-il dit lors d'une conférence de presse en marge de la réunion du Comité de développement de la Banque mondiale.

Selon M. Kaberuka, l'Afrique était pourtant parvenue a réaliser d'importants progrès économiques sur les dix dernières années et "commençait à réussir".

Le FMI et la Banque mondiale ont averti vendredi que près de 90 millions de personnes de plus pourraient tomber dans la pauvreté en raison de la crise cette année et que le nombre de celles n'ayant pas assez pour se nourrir pourrait dépasser le milliard.

M. Kaberuka a d'autre part indiqué qu'il n'attendait "pas de miracles" des réunions du FMI et de la Banque mondiale ce week-end à Washington. "Je ne m'attends pas à ce que des décisions soient prises mais j'espère que nous pourrons parvenir à une meilleure compréhension", a-t-il dit.

Le théorème des subprimes

Avec les ravages qu'elle provoque dans l'économie réelle, on finit presque par perdre de vue qu'avant d'être une crise du capitalisme, la crise des subprimes est une crise de la finance. En particulier de cette finance hypersophistiquée et ultramathématisée qui avait connu depuis trente ans un développement exponentiel. Elle est aujourd'hui accusée d'avoir, entre les mains d'apprentis sorciers, accouché de monstres ayant fini par dévorer tout le système, jusqu'à ses créateurs eux-mêmes.

Dans le grand procès où elle est jugée pour crime contre la croissance économique, l'innovation financière vient de se trouver un avocat illustre en la personne de Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine. Illustre, mais aussi très politiquement et économiquement incorrect. Bien que des millions d'Américains aient perdu leur maison après avoir souscrit des emprunts aux modalités obscures, bien que quelques-unes des plus grandes banques de Wall Street n'aient pas résisté à la dépréciation des produits titrisés qu'elles détenaient, M. Bernanke n'a pas hésité à défendre cette cause a priori indéfendable. " L'innovation financière a amélioré l'accès au crédit, réduit les coûts et augmenté le choix. Je ne pense pas que quiconque veuille revenir aux années 1970." Avant donc que les mathématiques envahissent l'univers de la finance, avant que les banquiers découvrent que des équations complexes pouvaient leur faire gagner beaucoup plus d'argent que des déjeuners d'affaires bien arrosés. Avant que de tout jeunes et brillants matheux sortis des meilleures grandes écoles et universités, à peine vaincu leur acné, chassent sans ménagement des gestionnaires un peu bedonnants, pour qui la recherche de tuyaux boursiers tenait lieu de stratégie d'investissement.

Jusqu'au début des années 1970, la finance était restée mathématiquement sous-développée. Une table des logarithmes suffisait, selon le mathématicien Nicolas Bouleau, auteur de Mathématiques et risques financiers (éd. Odile Jacob, "Economie", 256 p., 24,50 €). Tout bascule avec la décision de faire flotter les monnaies. Des contrats à terme sur les devises sont lancés sur le marché de Chicago, sur le modèle de ceux qui y existaient depuis plus d'un siècle pour les matières premières. Les entreprises ont désormais la possibilité de se protéger contre les variations du dollar, du yen, du deutschemark, comme les agriculteurs contre la chute des cours du blé ou du maïs.

Mais la valorisation de ces nouveaux produits financiers, dits dérivés, n'est pas simple. Des universitaires américains s'y attellent, redécouvrent les travaux réalisés au début du XXe siècle, par le Français Louis Bachelier, considéré comme le père des mathématiques financières. Celui-ci avait essayé de modéliser les cours de Bourse à partir de raisonnements probabilistes fondés sur les jeux de hasard. En 1973, Fischer Black et Myron Scholes mettent au point leur fameuse formule sur le prix des options. Et c'est toute la finance qui se met à recourir à des outils mathématiques, qui avaient été conçus pour l'étude d'autres phénomènes : agitation thermique, filtrage de bruits, mouvement d'une particule de pollen dans l'air, etc.

A la fin de sa vie, le Japonais Kiyoshi Ito, considéré comme le plus grand probabiliste du XXe siècle, fut bien surpris d'apprendre que l'intégrale stochastique qu'il avait découverte avait été mise à la sauce des marchés et qu'elle était utilisée par les traders du monde entier. Aidée par le développement de l'informatique, la finance a donc connu pendant trente ans une période d'euphorie créatrice, avec le lancement continu de nouveaux produits. Toujours plus complexes, au mode d'emploi toujours plus difficile à comprendre. En principe aussi, toujours plus utiles et protecteurs.

Voilà pour l'histoire. Qui s'est mal terminée. Pourquoi ? Comment des produits censés prémunir des risques financiers ont-ils conduit à un risque cataclysmique ? Comment la rigueur mathématique a-t-elle pu faire naître un tel chaos ?

Les matheux de la finance sont accusés de ne pas s'être assez souciés du réel et de s'être laissés bercer par leurs bonus et surtout par la belle vérité mathématique de leurs modèles. De ne pas s'être assez interrogés, aussi, sur la finalité morale de leur travail - comme les physiciens du nucléaire l'avaient fait dans les années 1940. Le temps serait donc venu de "démathématiser" la finance, de faire en sorte que le métier de banquier redevienne, pour reprendre la formule de Jacques Attali, "modeste et ennuyeux".

Absurde ! répondent en bloc les accusés, pour qui la finance ne fait pas exception : les mathématiques aident à une meilleure compréhension des faits et les innovations améliorent son fonctionnement. Absurde, car la crise des subprimes révèle plutôt un manque qu'un excès de mathématiques dans la finance. Celle-ci s'est retrouvée confrontée à une situation de catastrophe, comme une crue centenaire pour un barrage, que les modèles n'avaient pas pu prendre en compte. Parce qu'ils intégreront cette nouvelle hypothèse, les prochaines constructions seront forcément plus solides. Bref, la mathématisation de la finance n'a rien à voir avec ce qui vient de se passer, mais beaucoup plus avec l'irrationalité des hommes, beaucoup plus difficile, elle, à modéliser. Ce qu'avait déjà bien compris Isaac Newton, qui après avoir perdu beaucoup d'argent en 1720, lors du krach de la South Sea Company, affirmait : "Je sais calculer les mouvements des corps pesants mais pas la folie des foules."

Pierre-Antoine Delhommais

Finance mondiale : La facture de la crise dépasserait 4 000 milliards de dollars

Les patrons du FMI, D. Strauss Kahn (premier plan) et de la BM, Robert Zoellick (à sa droite) ont du pain sur la plache... à billets.
Les patrons du FMI, D. Strauss Kahn (premier plan) et de la BM, Robert Zoellick (à sa droite) ont du pain sur la plache... à billets.
Les dépréciations d’actifs dues à la crise pourraient coûter 4 054 milliards de dollars au système financier planétaire sur la période 2007-2010, selon le «Rapport sur la stabilité financière dans le monde» publié, mardi 22 avril, par le Fonds monétaire international (FMI).

La ‘facture’ se chiffrerait à 2 712 milliards de dollars pour le secteur financier (banque Fonds monétaire international (FMI) a choisi de hisser le drapeau rouge en publiant, mardi 21 avril, son Rapport sur la stabilité financière dans le monde : les dépréciations d’actifs dues à la crise pourraient coûter 4 054 milliards de dollars (3 140 milliards d’euros) au système financier planétaire, que les actifs en chute libre aient été émis par les banques américaines ou qu’ils l’aient été par leurs consoeurs du reste du monde. Le secteur financier d’outre-Atlantique y perdrait 2 712 milliards de dollars, l’Europe (zone euro et Royaume-Uni) 1 193 milliards et le Japon 149 milliards.
Cette annonce n’est pas comparable à celle du 8 avril 2008 où le FMI avait prédit une dépréciation d’actifs de 945 milliards ‘seulement’. Celle-ci était alors limitée aux titres émis par les banques américaines.
Mais, même dans ce périmètre plus réduit, le Fonds a régulièrement revu à la hausse les dégâts redoutés, puisque ce chiffre passait à 1 400 milliards de dollars en octobre 2008, à 2 300 en janvier, pour aboutir aux 2 712 milliards d’aujourd’hui. Selon le FMI, les banques supporteront les deux tiers de ces pertes et, sur ceux-ci, il leur faut encore accepter d’en reconnaître les deux tiers.
Pour donner la mesure des efforts financiers nécessaires pour recapitaliser ces banques et indiquer ‘la gravité du problème’, le Fonds a élaboré deux scénarios de remise à flots.
Le premier consisterait en un rétablissement du ratio fonds propres sur actifs d’avant la crise, soit 4 % ; il nécessiterait que soient injectés dans les banques américaines 275 milliards de capitaux, dans celles de la zone euro 375 milliards, dans celles du Royaume-Uni 125 milliards et dans celles du reste de l’Europe 100 milliards.

Le fonds de placement islamique fermé

Le premier fonds de placement islamique de France, créé il y a un an à la Réunion par la Banque française commerciale (BFC), a été fermé et ses prescripteurs remboursés en raison d'un rendement insuffisant, a-t-on appris aujourd'hui auprès de la BFC.

"Les taux de marchés à court terme ayant fortement baissé en raison de la crise financière, la rémunération de ce placement devenait extrêmement modeste" a déclaré à l'AFP, le directeur général de la BFC Roger Munoz. 

Filiale de la Société générale, la BFC avait ouvert ce premier fonds de placement compatible avec les obligations de l'islam (interdiction de verser ou de recevoir des intérêts, de financer des activités illicites dont les jeux ou l'alcool) il y a un an. Il avait attiré quelque 200 souscripteurs issus de la communauté musulmane de l'île (chefs d'entreprises, particuliers, associations) dont le montant total des dépôts s'étaient élevés à plus de 15 millions d'euros. Le montant minimum de la souscription était de 10.000 euros.

En mai 2008, l'initiative avait été citée en exemple lors d'un colloque au Sénat sur la finance islamique.

Baptisé Shariah Liquidités, l'argent était investi dans des opérations de "mourâbaha", c'est à dire d'achat et de revente des matières premières (cuivre et zinc principalement). 

Début avril la BFC a remboursé intégralement les souscripteurs. "Ce fonds avait des coûts de gestion qui faisaient que sa rentabilité nette était proche de zéro" a expliqué M.Munoz. Il a souligné que "le travail réalisé avec les responsables religieux resservira à l'avenir".

La Réunion compte environ 60.000 musulmans (sur une population totale de 750 000 habitants) bien implantés dans les secteurs économiques.
Au début de l'année, un autre produit financier islamique touchant à l'assurance-vie a été mis en place par Allianz Luxembourg et commercialisé dans l'île par AGF.

La banque mondiale va tripler le montant de son aide aux pays vulnérables à la suite de la crise économique

Les investissements essentiels dans les programmes de protection sociale vont passer à 12 milliards de dollars, le mécanisme d'intervention en réponse à la crise alimentaire bénéficiera d'un financement accru. 

La Banque mondiale a annoncé qu'elle prévoit de tripler, à 12 milliards de dollars au cours des deux prochaines années, ses investissements dans les filets de sécurité et d'autres programmes de protection sociale dans les secteurs de la santé et de l'éducation, en vue de protéger les populations les plus vulnérables contre les pires effets de la crise économique mondiale. 

Au titre de cette initiative de renforcement de l'aide, la Banque fera passer le montant de son mécanisme d'intervention rapide en réponse à la crise alimentaire de 1,2 milliard de dollars à 2 milliards de dollars, pour aider davantage les pays aux prises avec la crise alimentaire actuelle. 

La réaction de la Banque traduit le fait que l'on redoute de plus en plus que la conjoncture économique actuelle n'augmente le nombre de pauvres dans les pays en développement et n'entraîne la faim et la réduction des programmes de santé, d'éducation et d'autres services sociaux. 

« Un monde qui n'apprend pas de l'histoire est condamné à la répéter. Alors que la dernière réunion du G-20 était essentiellement consacrée aux questions financières, nous devons tirer des enseignements de l'histoire des crises passées, au cours desquelles les gouvernements, à court d'argent, ont réduit les programmes sociaux, ce qui a eu des conséquences catastrophiques pour les pauvres, » a déclaré Robert B. Zoellick. Président du Groupe de la Banque mondiale. 

« Dans la crise actuelle, on s'est surtout intéressé aux pays développés dont les habitants risquent de perdre leurs maisons, leurs actifs et leurs emplois. Ce sont des difficultés incontestables, » a estimé Zoellick. « Mais les personnes qui vivent dans les pays en développement ont bien moins de moyens de protection : elles n'ont pas d'épargne, pas d'assurance, pas d'allocations de chômage et souvent pas de nourriture. Au cours de la crise en Asie orientale, les cas d'anémie parmi les femmes enceintes ont augmenté de 22 % en Thaïlande, et les taux de scolarisation ont chuté en Indonésie. Des revirements de cette nature peuvent avoir des répercussions sur toute une génération. Nous ne devons pas laisser qu'une telle situation se reproduise. » 

Dans le cadre des mesures de protection des pauvres, le Conseil des administrateurs de la Banque a approuvé l'augmentation à 2 milliards de dollars des ressources du mécanisme de financement rapide de l'aide alimentaire de la Banque. Cette approbation intervient moins d'un an après la mise en place de ce mécanisme par la Banque, au titre du Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP). Ce mécanisme a pratiquement atteint son plafond initial de 1,2 milliard de dollars, en finançant des projets totalisant 1,18 milliard de dollars dans 36 pays. 

« La persistance d'une conjoncture économique à risque, conjuguée à l'instabilité chronique des prix alimentaires, signifie que pour les populations pauvres la crise alimentaire n'est pas prête de se terminer, » a déclaré Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale du Groupe de la Banque mondiale. « Nombreux sont les pays pauvres qui n'ont pas tiré parti d'une certaine modération de la hausse des prix alimentaires sur les marchés mondiaux. La décision de renforcer le mécanisme permettra à la Banque de disposer des moyens nécessaires pour continuer à intervenir rapidement en faveur des pays. » 

Les investissements consacrés par la Banque à la protection sociale devraient enregistrer une croissance spectaculaire entre 2009 et 2010, passant de 4 milliards de dollars au cours des deux années ayant précédé la crise à 12 milliards de dollars. Ces investissements comprennent des programmes d'intervention rapide dans le secteur social et des transferts monétaires conditionnels, les familles recevant des ressources financières à condition d'envoyer leurs enfants à l'école et de passer régulièrement des bilans de santé. 

Zoellick a déclaré qu'il est établi que l'augmentation des investissements dans des programmes de protection sociale est une mesure efficace, à la fois pour stimuler les dépenses et protéger les pauvres à un coût relativement peu élevé, représentant le plus souvent moins de 1 % du produit intérieur (PIB) d'un pays. Le coût de programmes efficaces tels que Oportunidades au Mexique ou Bolsa Familia au Brésil est de l'ordre de 0,4 % du PIB, tandis que le plus vaste programme de protection sociale d'Ethiopie, Productive Safety Net, représente environ 1,7 % du PIB. 

Au début de ce mois, la Banque mondiale a approuvé en faveur du Gouvernement mexicain un prêt de 1,5 milliard de dollars pour élargir Oportunidades, une mesure qui devrait permettre au Gouvernement d'aider les 25 millions de personnes vivant dans les 5 millions de foyers les plus vulnérables du pays. 

La Banque mondiale a établi un Mécanisme d'aide aux pays vulnérables pour accorder des ressources financières aux pays les plus touchés par la double crise alimentaire et économique. Ce mécanisme est doté de guichets distincts pour les interventions rapides dans le secteur de la santé et la sécurité alimentaire. 

Le programme GFRP de la Banque fournit une aide immédiate aux pays gravement éprouvés par la flambée des prix alimentaires. Les projets exécutés par la Banque mondiale et ses partenaires du système des Nations Unies appuient des programmes de protection sociale tels que les programmes de vivres pour le travail, la fourniture de compléments alimentaires et de micronutriments aux femmes et à leurs enfants et les programmes d'alimentation scolaire pour les plus vulnérables. À titre d'exemple, en Sierra Leone, 119 projets de travail contre rémunération ont été approuvés pour fournir 42 000 hommes-jours d'emploi à plus de 5 300 personnes ; au Liberia, 60 000 enfants ont bénéficié de l'alimentation scolaire mensuelle depuis octobre 2008. 

Le programme GFRP, qui a décaissé à ce jour près de 750 millions de dollars, accorde aussi des financements à court et moyen terme pour la production alimentaire, en fournissant aux agriculteurs des semences et des engrais, en améliorant l'irrigation et les activités liées à l'élevage au profit des petits exploitants agricoles et en octroyant aux gouvernements une aide budgétaire pour compenser les réductions des tarifs douaniers sur les produits alimentaires et d'autres dépenses imprévues. 

Au titre de son mécanisme d'intervention rapide dans le secteur social, la Banque finance des actions immédiates en faveur des groupes vulnérables. Ce mécanisme met l'accent sur l'appui aux investissements nationaux consacrés à la santé, l'éducation et d'autres programmes sociaux au cours des crises économiques, tout en renforçant les services, par exemple, dans le domaine de la santé maternelle et infantile et de la nutrition ainsi que dans celui des programmes d'alimentation scolaire ; l'expansion des programmes ciblés de protection sociale ; les investissements dans les marchés actifs du travail, les mesures de soutien des revenus au profit des chômeurs, les programmes de création d'emplois et de formation et d'autres initiatives liées au travail.

La Banque mondiale a trouvé une explication à la crise

Le fait que l'économie américaine ait été exagérément financée par d'autres économies moins riches pendant la période de forte croissance de l'économie mondiale est l'une des raisons de la crise mondiale actuelle, a affirmé mercredi la Banque mondiale dans un rapport.

Cette conclusion, déjà partagée par de nombreux économistes dans le monde mais controversée aux États-Unis, est formulée par les experts de l'institution multilatérale dans ses «Indicateurs mondiaux de développement» annuels, qui compilent des dizaines de données économiques, démographiques et environnementales.

«À un degré étonnant, les pays en développement ont financé la consommation des pays à haut revenu», a souligné la Banque mondiale dans un communiqué.

Selon ses experts, «une croissance économique record pour les économies émergentes, tirée par les exportations, a fait basculer l'équilibre du pouvoir économique mondial, comme le montre leur part croissante dans la production, le commerce et les réserves mondiaux».

«Les taux d'épargne élevés ont surpassé leur capacité à investir dans leur propre économie», menant à «un vaste empilement de réserves de change», notamment en Chine.

«Donc des économies plus pauvres ont financé les déficits des comptes courants des économies à revenus élevés», faisant grimper exagérément le prix des actifs et provoquant une expansion intenable du crédit immobilier aux États-Unis, conclut la Banque mondiale.

«Ce qui a fait enfler les bulles dans l'immobilier mondial et sur les marchés boursiers, ce sont les déséquilibres mondiaux qui ont nourri la liquidité dans le système, abaissant les taux d'intérêt et alimentant les bulles sur le prix des actifs», a-t-elle souligné.

«De 2005 à 2007 les cinq économies aux plus grands excédents ont représenté 71% des excédents de comptes courants totaux, et les cinq économies les plus en déficit, 79% du total des déficits de comptes courants», écrivent les économistes.

Les pays qui finançaient la consommation sont dans l'ordre la Chine (26% des excédents mondiaux à elle seule), l'Allemagne, le Japon, l'Arabie Saoudite et la Russie.

Les pays empruntant le plus sont les États-Unis (57% des déficits à eux seuls), loin devant l'Espagne, le Royaume-Uni, l'Australie et l'Italie.

mercredi 22 avril 2009

Inde : la crise mondiale fera fondre de moitié le taux de croissance en 2009

L'Inde va voir son taux de croissance économique divisé par deux en 2009 par rapport à 2007 en raison de la crise mondiale, a prédit mercredi le Fonds monétaire international (FMI), citant la baisse des investissements en raison des difficultés d'accès au crédit.
"La croissance économique de l'Inde devrait tomber d'un taux supérieur à 9% en 2007 à 4,5% en 2009, car l'Inde dispose de peu de marge de manoeuvre en matière de politique macroéconomique", a estimé le FMI dans ses "Perspectives de l'économie mondiale" publiées tous les six mois.
"L'Inde, comme la Chine, est moins exposée que d'autres pays à la baisse de de la demande mondiale. Cependant, son économie souffre des difficultés pour les entreprises et les banques à se financer", relève le FMI.
La croissance du produit intérieur brut (PIB) indien devrait quelque peu repartir en 2010, à un taux de 5,6%.
Mais le FMI met en garde contre des perspectives économiques régionales qui pourraient être "orientées à la baisse" surtout en cas de "récession profonde et continue dans les pays développés, avec des effets négatifs sur les exportations, l'investissement et la croissance".
Au troisième trimestre 2008-2009, (année budgétaire close le 31 mars 2009) la croissance du PIB indien a ralenti, en raison de la crise mondiale, pour tomber à 5,3% en glissement annuel contre 8,9% un an plus tôt, son plus mauvais chiffre depuis six ans.
Pour toute l'année 2008-09, dont les chiffres seront rendus publics fin mai, les autorités ne s'attendent pas à plus de 6,5% à 7% de taux de croissance.
Mardi, la banque centrale d'Inde a une nouvelle fois abaissé ses taux d'intérêt à court terme dans l'espoir de relancer la dixième économie mondiale et troisième d'Asie.
Malgré ces baisses successives de taux --pour la sixième fois depuis octobre-- le FMI estime encore que "de nouvelles baisses de taux permettraient de doper le crédit".

La Banque du Canada réduit son taux directeur; la récession sera pire que prévu

La Banque du Canada a abaissé mardi son taux d'intérêt directeur pratiquement à son plus faible niveau, espérant ainsi être en mesure de combattre un ralentissement économique qui s'avère pire que prévu, a-t-elle expliqué.

La banque centrale a réduit de moitié sa cible sur le taux de financement à un jour à 0,25 pour cent - soit ce qu'elle estime être sa "valeur plancher" - et signalé qu'elle le laisserait à ce niveau au moins jusqu'à la mi-2010 pour tenter de stopper la chute de l'économie.

Les banques commerciales ont rapidement réduit leur taux d'intérêt préférentiels à la suite de l'annonce de la Banque du Canada. La Banque de Montréal (TSX:BMO), qui a mis moins de deux minutes à réagir, a réduit son taux préférentiel - celui qui sert de référence aux hypothèques à taux variable et à d'autres prêts - d'un quart de point de pourcentage à 2,25 pour cent. Certains taux hypothécaires fixes ont aussi été réduits.

Les actions de la Banque du Canada laissent croire que son gouverneur Mark Carney est prêt à activer tous les leviers possibles pour assouplir et stimuler l'activité de prêt et d'emprunt, a observé l'économiste Michael Gregory, de BMO Marchés des capitaux.

"Je crois que c'est une première étape", a-t-il dit. "Un assouplissement quantitatif (un accroissement de la masse monétaire) est imminent. Je vois l'impression d'argent (...) comme une fourniture de réserves supplémentaires pour le système bancaire, pour que les banques puissent faire quelque chose avec cet argent supplémentaire."

M. Carney donnera les détails de toute opération quantitative jeudi, lors de la présentation du rapport sur la politique monétaire de la banque centrale, dans lequel seront aussi détaillées de nouvelles perspectives économiques plus sombres.

"La récession au Canada sera plus profonde qu'anticipé, et l'économie devrait se contracter de 3,0 pour cent en 2009", a prévenu d'office la banque centrale dans son communiqué de mardi.

"Dans un contexte de forte incertitude prolongée", poursuit la banque, la récession mondiale s'est intensifiée depuis le début de l'année et les mesures fiscales et monétaires pour stabiliser le système financier "prend plus de temps qu'on ne le prévoyait".

Conséquemment, M. Carney a pratiquement jeté aux poubelles le plan de match qu'il avait détaillé en janvier.

Il avait alors prédit que la récession prendrait fin d'ici l'été, que l'activité économique reculerait de 1,2 pour cent pour l'ensemble de 2009 et qu'une reprise robuste aurait lieu dès 2010.

La Banque du Canada croit maintenant que l'économie ne cessera pas de reculer avant le quatrième trimestre, dans le meilleur des cas. Cette prévision est conforme à celle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et à celles d'un certain nombre d'économistes du secteur privé.

Les nouvelles attentes de la banque semblent aussi plus adaptées à une économie qui a vu disparaître quelque 270 000 emplois depuis janvier.

Le gouverneur Carney reste relativement optimiste quant à la reprise, prédisant un rebond de 2,5 pour cent de l'activité économique l'an prochain. Bien qu'inférieure à sa prévision précédente de croissance de 3,8 pour cent en 2010, cela reste bien au-dessus des chiffres avancés par l'OCDE, qui table plutôt sur une croissance de 0,3 pour cent pour l'an prochain.

"Compte tenu de l'importante restructuration en cours dans plusieurs secteurs, le taux de croissance de la production potentielle a été revu à la baisse", précise la banque dans son communiqué.

"La reprise sera soutenue de façon importante par la détente monétaire instaurée par la Banque."

Des économistes de la Banque Scotia ont qualifié la révision des prévisions de la banque centrale de "rectificatif de mi-parcours significatif (...) qui est juste à tous les niveaux."

Dans une note à ses clients la Scotia a estimé que la banque centrale "s'inquiétait de façon beaucoup plus réaliste des perspectives à long terme pour l'économie mondiale et pour le système financier, y compris pour ce qui est des influences et répercussions sur le Canada."

Le nouveau pessimisme - que certains économistes appelleraient plutôt réalisme - augmente la possibilité que M. Carney aille plus loin que de simplement énumérer jeudi les options qui s'offrent à lui en terme d'assouplissement quantitatif, et qu'il s'aventure en terrain inconnu.

La Banque du Canada ne croit pas que l'inflation représente un danger - en fait, elle prédit une chute des prix de 0,8 pour cent au troisième trimestre et ne s'attend pas à ce que l'inflation ne renoue avec sa cible de deux pour cent avant le troisième trimestre de 2011.

L’économie? Elle va un peu moins mal

Bourse | Les marchés ont repris le chemin de la hausse depuis début mars. Serait-ce le printemps pour la conjoncture? Pour une embellie durable, l’économie américaine doit encore vivre de longs mois au purgatoire. A l’instar de Barack Obama, les experts parlent pourtant tous d’une amélioration du sentiment général.

C’est «la fête du ralentissement». Sous-entendu, du ralentissement de la chute. Alessandro Fugnoli, l’économiste de la banque italienne Abaxbank, a encore inscrit sur son calendrier la fête à la stabilité cet été et même, peut-être, une «rave» en l’honneur d’une petite reprise en fin d’année. Côté tenue, sa recommandation? La sobriété. Car, poursuit-il, s’il est raisonnable d’imaginer une hausse des Bourses en 2009, l’économie sera, elle, presque partout, toujours en recul à fin décembre par rapport à janvier, même si le second semestre s’avère positif. Et l’adage le plus souvent cité actuellement reste: «Une hirondelle ne fait pas le printemps.» 

Image très contrastée

Depuis mars, les marchés boursiers ont ainsi retrouvé le chemin de la hausse. Alors que les efforts des autorités monétaires et politiques bourgeonnent à défaut de déjà porter leurs fruits, les résultats trimestriels des banques américaines sont venus prêter main-forte à certains indicateurs économiques pour renforcer ce sentiment que les choses vont un peu moins mal. Des exemples? Un des symboles de la crise financière, Citigroup, a retrouvé les chiffres noirs en ce début d’année et l’indice de confiance des consommateurs américains vient de signer un deuxième mois consécutif de hausse. Mais les chiffres sombres de la production industrielle ou des ventes du commerce de détail soulignent l’aspect contrasté de l’image actuelle de la première économie du monde. Comme le rappelle Hélène Baudchon, du Crédit Agricole, dans son commentaire hebdomadaire, «les indicateurs soufflent le chaud et le froid, ce qui est typique des retournements de tendance».

Le pire est-il derrière nous? Le président américain, Barack Obama, a réussi à marquer les esprits avec sa «lueur d’espoir». Du côté des économistes, on surfe sur la nuance sémantique. On parle ainsi de «l’arrêt de l’approfondissement de la crise» ou de la «modération du rythme de la chute», mais pas encore de stabilisation et encore moins de reprise. Et s’il se confirme, ce changement de direction sautera-t-il aussi de Wall Street à Main Street, pour reprendre l’expression utilisée lors de la propagation de la crise des marchés financiers à l’économie réelle?

Pour les économistes de Merrill Lynch - Bank of America, retournement de tendance il y a, et, selon eux, l’économie américaine retrouvera une – petite – croissance en deuxième partie d’année pour vivre ensuite une longue période de «purgatoire». La Réserve fédérale (Fed), la Banque centrale américaine, table, elle, sur une stabilisation du produit intérieur brut (PIB) américain durant le deuxième semestre et sur une progression lente en 2010. Et lorsque la reprise sera là, elle sera «molle», selon le Fonds monétaire international (FMI).

Entrée en avril dans son 17e mois de récession, l’économie américaine passerait donc du noir profond au gris foncé, pour reprendre l’expression de la Fed. Parmi les incertitudes et autres risques figure bien sûr le poids du chômage qui pourrait dépasser les 10% l’an prochain. Sans même parler de la situation encore précaire de l’immobilier et du secteur financier. Ou encore cette interrogation souvent formulée ainsi: «A quoi va ressembler l’économie après le rebond du deuxième semestre lié aux plans de relance?» Attention aux chutes d’espoir.

Incontournable Chine

Une fois n’est pas coutume, les regards ne se tournent pas que vers la première économie mondiale. Les observateurs jettent également un œil attentif au-delà du Pacifique. Là encore, les signaux envoyés par l’autre phare de la planète sont contrastés. Mais si le PIB chinois a atteint son plus mauvais score depuis le début des années 90 entre janvier et mars (+6,1%), le ralentissement… ralentit. Et le gouvernement croit pouvoir parvenir aux 8% de croissance qui assurent un certain équilibre au marché du travail chinois. Important pour la stabilité sociale du pays. Reste à savoir, dans ce cas encore, s’il y aura une vie après les plans de relance – 700 milliards de francs pour la Chine? Si l’investissement privé prendra le relais des dépenses publiques.

Et… l’Europe? «Les pousses de la reprise restent encore enterrées bien profondément dans le sol», résument les analystes de Bank of America - Merrill Lynch.

Ainsi, pour reprendre l’expression du Crédit Agricole, «on est loin d’être tirés d’affaire».

ANNE GAUDARD

Les fonds arabes, nouvel espoir de l'économie allemande en crise?

Autrefois objets de méfiance, les fonds des Emirats arabes unis suscitent désormais de nombreux espoirs en Allemagne, où la crise fragilise les trésoreries des fleurons de l'industrie.

"Chevalier blanc", possible "sauveur", "ange gardien", les qualificatifs en vogue dans certains journaux rivalisent dans la surenchère.

Il y a un an à peine, pourtant, les fonds souverains incarnaient encore les financiers rapaces. L'été dernier, le gouvernement allemand avait adopté une loi limitant les investissements de ces fonds dans des secteurs stratégiques.

Mais depuis, le plus riche des Emirats arabes unis, Abou Dhabi, a racheté une filiale du conglomérat MAN, est devenu le premier actionnaire du groupe automobile Daimler et a investi dans une usine de panneaux solaires.

Le fond arabe a même été pressenti pour investir dans Opel, filiale de l'américain au bord de la faillite General Motors. Une rumeur alimentée y compris par des responsables politiques.

"Cela a été démenti depuis. Cette histoire a été montée en épingle dans les médias", affirme à l'AFP Helene Rang, membre du directoire de l'Association de l'amitié germano-émiratie.

"Abou Dhabi a de nombreuses participations dans des entreprises européennes et n'en fait jamais une discussion publique. On sait bien que les investisseurs du Golfe ont toujours une façon très prudente de procéder", souligne-t-elle.

Il n'empêche, Opel ou pas, Abou Dhabi a récemment affiché son appétit pour les entreprises de la première économie européenne. "J'ai un avis très positif sur l'industrie allemande", avait ainsi déclaré le mois dernier à Stuttgart (sud-ouest) Khadem Al Qubaisi, président d'Aabar, le fonds propriétaire de 9% de Daimler.

"Quand on parle de l'Allemagne dans le Golfe, on parle de bonnes entreprises, de bonnes technologies, d'un bon management", avait-il ajouté.

Des propos bien accueillis dans le pays, où la récession pourrait atteindre -4% cette année. La chute des Bourses a fait fondre la valeur de nombreux géants allemands. Et la chute de l'activité combinée à la raréfaction du crédit a rendu leur trésorerie exsangue.

"Beaucoup de petits entrepreneurs qui n'obtiennent plus de crédits auprès des banques essaient de récupérer de l'argent arabe ou russe. Ce sont les seuls qui ont encore de l'argent", affirme Heino Wiese, consultant spécialisé.

Conséquence: "Il va y avoir plus d'investissements directs, même si les managers des fonds n'ont pas été très heureux dans leurs investissements dans les institutions financières notamment aux Etats-Unis", selon les experts de la Frankfurt School of Finance.

Les fonds veulent à la fois diversifier leur portefeuille en se tournant vers l'industrie et limiter leur exposition en dollar au profit de l'euro, rappellent-ils.

D'autant qu'au-delà des espoirs suscités par Abou Dhabi ou Dubaï, les Allemands peuvent se targuer de bonnes relations avec les Emirats, nouées notamment par l'ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder.

Celui-ci, reconverti dans les affaires, est un ami de la famille régnante d'Abou Dhabi. Il est aussi l'initiateur d'un partenariat signé en 2004 avec l'émirat sur les énergies renouvelables.

"Les fonds d'Etat arabes investissent partout en Europe, en France notamment. Mais il y a bien une particularité allemande: la bonne image du pays et ce partenariat", conclut Hélène Rang. Une relation privilégiée que le ministre de l'Economie Karl-Theodor zu Guttenberg entend conforter lors de sa visite dans la région, du 9 au 11 mai.

samedi 18 avril 2009

La BAD soutient les efforts d’intégration de la Tunisie dans l’économie mondiale / Prêt de 250 millions de dollars d’appui budgétaire

La Banque africaine de développement (BAD) appuiera le programme de la Tunisie visant à stimuler la croissance et l’emploi à travers une meilleure intégration du pays dans l’économie mondiale, avec un prêt de 250 millions de dollars d’appui budgétaire, approuvé jeudi à Tunis, par le Conseil d’administration de la première institution financière de développement du continent.

En ligne avec les objectifs du XIe Plan du pays (2007-2011), les priorités du programme du gouvernement et du document de stratégie pays (DSP) de la Banque pour la même période, le Programme d’appui à l’intégration (PAI) vise à réduire les coûts de transaction et à approfondir l’intégration commerciale, à améliorer l’environnement des affaires, et à dynamiser le secteur financier pour accroître le financement des entreprises.

Le programme consolidera les acquis des trois précédents programmes d’appui à la compétitivité (PAC I, PACII et PAC III), mis en œuvre sur la période 1999-2007, qui visaient à renforcer la compétitivité du pays en accompagnant le processus de libre-échange avec l’Union européenne. Après l’accomplissement de ce processus, le nouveau programme PAI vise à accompagner l’intégration du pays dans l’économie mondiale de plus en plus ouverte et à profiter des fruits de la mondialisation.

Dans un contexte de crise économique internationale aigue, le Programme soutiendra le budget de l’Etat pour atténuer les impacts de la crise, et contribuera à maintenir la stabilité macroéconomique. Il donne également un signal fort que la Tunisie approfondit ses réformes économiques pour faire face à la crise, en renforçant l’intégration économique, et par ce biais en améliorant sa position dans le commerce mondial et comme site d’investissements.

A ce jour, le portefeuille de la Banque comprend 10 projets actifs avec des engagements nets de 669 millions d’UC, dont 24% du guichet du secteur privé. Avec une note globale de 2,7 points sur 3 en 2008, comparativement à 2,53 en 2005, la performance du portefeuille est jugée très satisfaisante et en amélioration.

* 1 UC = 1,49507 USD = 1,12344 € = 2.13031 DTN au 16/04/2009

SOURCE : African Development Bank (AfDB)

vendredi 17 avril 2009

FMI: le redressement économique pourrait émerger en 2010

La récession mondiale  pourrait prendre fin l'année prochaine pour laisser place à un  redressement économique, a affirmé jeudi à Washington le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique  Strauss-Kahn.

La récession mondiale  pourrait prendre fin l'année prochaine pour laisser place à un  redressement économique, a affirmé jeudi à Washington le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique  Strauss-Kahn. 

"La chute libre de l'économie mondiale pourrait commencer à  s'estomper pour laisser place à un redressement en 2010", a déclaré M. Strauss-Kahn dans un discours prononcé au Club de  presse américain. 

Mais "cela dépend fondamentalement de la pertinence des  politiques adoptées aujourd'hui", a-t-il fait remarquer. 

Il a demandé à tous les pays d'agir ensemble et d'adopter  immédiatement des politiques visant à mettre fin à la récession. 

"Bien entendu, les solutions sont différentes pour chaque  pays et il faut une réponse cohérente et coordonnée de la communauté internationale", a indiqué le chef du FMI fort de 185  membres. 

"L'année 2009 sera certainement une année très difficile au  cours de laquelle la croissance devrait connaître de sérieux problèmes", a souligné M. Strauss-Kahn. 

Il s'est dit heureux que les dirigeants du G20 aient pu  avancer sur "trois priorités urgentes" : la réforme du secteur  financier, la relance fiscale et le soutien financier. 

Il a aussi souligné que des mesures urgentes doient être  prises dans le domaine du financement, "notamment pour réduire la  pression sur les marchés émergents afin de les aider à surmonter  les coûts économique et social de la crise". 

"Nous disposons désormais des moyens pour faire avancer les  choses", a déclaré M. Strauss-Kahn. 

Cette déclaration du chef du FMI à propos de la crise  mondiale intervient quelques jours avant que le FMI ne tienne ses réunions de printemps avec la Banque mondiale prévues les 25 et 26 avril à Washington.