vendredi 10 avril 2009

Trichet prévoit que la reprise économique mondiale aura lieu dès 2010

La reprise économique mondiale pourrait commencer dès 2010, dit le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, qui dit qu’il est sûr qu’un consensus mondial a été adopté quant au meilleur cheminement vers cette reprise.

En entrevue avec la chaîne TV5, Trichet a aussi dit que la BCE commence à étudier des mesures non classiques pour rehausser l’économie en zone euro et que plus de détails seront émis lors de la prochaine réunion du comité de la banque centrale en mai.

Pour l’instant, les chefs des nations du G20 doivent agir rapidement pour soutenir leurs économies, dit-il.

Trichet a refusé de parler des taux d’intérêt, mais a remarqué que les taux monétaires en Europe sont plus bas que ceux des États-Unis.

Jeudi dernier, la BCE a retranché 25 points de base de son taux de financement principal pour l’établir à 1,25 %.

Par Megan Ainscow, mainscow@economicnews.ca, révisé par Nick Say, nsay@economicnews.ca, traduit par Dominique Blain, dblain@economicnews.ca

Finance islamique: "Une manifestation formidable de l'intégration"

Jean-Paul Laramée, directeur de Secure Finance, est l'auteur de La Finance islamique à la française (Ed Secure Finance). Interrogé par LEXPRESS.fr, il écarte les risques de communautarisme que pourrait présenter ce système.

La finance islamique associe le financier et le religieux, n'est-ce pas paradoxal?

Tous les systèmes bancaires et financiers dans l'histoire étaient fondés au départ sur des principes religieux. Et l'islam se distingue du judaïsme et du christianisme car il n'est pas seulement une religion, il présente des principes à la fois religieux et sociaux qui règlent l'oumma, la communauté des musulmans. C'est une philosophie de vie qui se décline aussi en économie.

Les musulmans français connaissent-ils bien la finance islamique aujourd'hui?

La plupart des gens se trompent, faute d'informations, sur le système de la finance islamique. Beaucoup de musulmans pensent que la finance islamique correspond le mieux à leur façon de vivre et à leur foi et que l'islam interdit le prêt à intérêt. Du coup, 80% des musulmans interrogés pensent que les produits -notamment de prêts- sont moins chers. Or, c'est l'inverse! Les produits financiers sont pour l'instant compliqués à mettre en oeuvre et si une banque de détail s'ouvrait à la finance islamique, les taux seraient sensiblement plus élevés que dans les banques "classiques".

On pense aussi que la banque islamique est à visée plus caritative que lucrative. C'est faux, le but des banques islamiques, comme toutes les banques, est de faire du profit!

Le système est-il applicable en France?

La finance islamique a beaucoup de choses à mettre au point pour ne pas être en marge du milieu bancaire français. A terme, les banques islamiques qui souhaiteraient proposer des produits financiers "grand public" auraient sans doute intérêt à  développer des partenariats avec les grandes banques françaises "classiques" pour que soient ouvertes des "fenêtres islamiques". Ces guichets proposeraient des produits financiers conformes aux exigences de la charia, avec, sans doute -comme c'est aujourd'hui le cas au Maroc-, une étiquette autre qu'"islamique": "alternatif" ou "éthique". Ces appellations auraient le très grand avantage d'éviter tout communautarisme. En effet, si vous dites "produits islamiques", vous donnez l'impression de ne vous adresser qu'aux musulmans. Or, la finance islamique française doit s'adresser à tout les Français.

La crainte de repli identitaire émise par certains laïcs détracteurs de la finance islamique est-elle fondée?

Non, la laïcité ne doit pas interdire de travailler avec des systèmes économiques qui tirent ses principes fondateurs d'une religion. Au contraire, comme le soulignait récemment Mme Christine Lagarde, le système financier conventionnel ferait bien d'intégrer, pour se réformer et construire un meilleur système bancaire mondial, certains principes de la finance islamique.

La synergie entre ces deux systèmes doit également permettre d'abandonner tout communautarisme. Le cosmopolitisme est une chance. Et puis, est-ce du communautarisme que de constater qu'il existe une jeunesse française, républicaine et musulmane, compétente, qui maîtrise parfaitement, tout à la fois, le français, l'arabe et l'anglais... et les techniques de finances, islamique et "conventionnelle"? Ces élites musulmanes bénéficient, par ailleurs, d'une compréhension de la culture musulmane que doit encourager la France. On est bien loin de la vision stéréotypée du musulman qui "deale" dans les rues d'Argenteuil! La finance islamique serait une manifestation formidable de l'intégration des musulmans dans notre société. 

Il faut rééduquer les banquiers

Les dirigeants des établissements financiers ont besoin de reprendre contact avec la vie réelle.

C'est le grand divorce. Qu'y a-t-il de commun entre les présidents ou les directeurs généraux de banque, la majorité de leurs salariés et l'opinion publique ? Plus grand chose.

Tout se passe comme si le big bang qui secoue le monde avait fait émerger deux planètes. D'un côté le fief des chefs d'orchestre de la finance, de l'autre la sphère de l'économie et de la vie réelle. Entre ces deux mondes le fossé se creuse chaque jour davantage.

Or dans une économie de marché tout repose sur le financement du système par les banques. Il ne suffira pas de restaurer la solvabilité des banques, il faudra aussi trouver les moyens de faire descendre les big boss de la finance de leur tour d'ivoire pour qu'ils retrouvent leurs esprits et le sens des réalités. Pour redorer leur blason, sortir de l'image d'ennemi public numéro un, et tout simplement montrer qu'ils se situent sur la même longueur d'ondes que le commun des mortels, les patrons de banques devraient se frotter à la vraie vie. Donc sortir de leur splendide isolement.

On pensait qu'ils feraient leur révolution culturelle à la lumière de la crise qu'ils ont provoquée. Que nenni !  Ils donnent l'impression de faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, et la liste des pays pourrait être beaucoup plus longue, les banquiers restent murés dans leurs convictions....d'avant la crise. Ils sont restés agrippés à leurs bonus, stock-options, attributions d'actions gratuites, parachutes dorés et retraites chapeau.

Dans leur tête tout se passe comme si les banques  continuaient d'accumuler des bénéfices pour le plus grand bien de l'économie, des entreprises, des particuliers et des actionnaires. Les Etats ont été contraints de mettre le holà aux débordements dispendieux, en plafonnant la rémunération des patrons de banques secourus par des fonds publics comme aux Etats-Unis, en interdisant les bonus, la distribution de stocks-options et d'actions gratuites comme en France. De part et d'autre de l'Atlantique les banquiers sont vilipendés pour leur cynisme et leur refus de tourner la page de l'Ancien régime financier. Ils font penser à ces nobles, qui pendant la révolution française, tenaient table ouverte à Londres ou à Coblenz en rêvant de rétablir les privilèges d'antan.

Après vingt-cinq années de dérégulation à outrance et de sacre de l'argent roi, qui ont mené aux dérives que l'on subit, il est temps de remettre les pendules à l'heure. Et si les grands banquiers ne parviennent pas à comprendre que la culture qu'ils se sont forgée est remise en cause pourquoi ne pas leur faire suivre des stages de réinsertion ? Histoire de les faire sortir de leurs bureaux feutrés et de leur faire toucher du doigt la vie de tout un chacun avec ses problèmes de fins de mois difficiles quand on est salarié et de financement quand on est à la tête d'une PME.

En France, où les responsables de banques clament qu'ils s'en sortent beaucoup mieux que leurs concurrents étrangers, à l'exception des Banques Populaires et des Caisses d'épargne plombés par Natixis, les vieux démons sont les mêmes que dans les autres institutions financières de la planète beaucoup plus mal en point.

Le culte du rendement à court terme et de l'accumulation de revenus pour les dirigeants et les opérateurs de marchés ont la vie dure. La Société Générale en a royalement fait la preuve ces derniers mois. C'est la mort dans l'âme que son président, Daniel Bouton et son directeur général, Frédéric Oudéa, ont abandonné leurs bonus sous la contrainte de l'Elysée. Mais quelques semaines plus tard, un communiqué de la banque annonçait qu'ils allaient recevoir de copieuses stocks-options à un prix très avantageux. Là encore l'Etat est intervenu, cette fois par décret, pour interdire ce genre de pratique dans les entreprises qui reçoivent des deniers publics.

BNP Paribas, considéré comme très sage sur ces sujets là depuis le début de la crise, a provoqué la stupeur en prévoyant d'accorder à ses quatre mandataires sociaux une retraite chapeau de 28,6 millions d'euros. Son président Michel Pébereau devrait percevoir 800.000 euros par an dont 700.000 versé par la banque. Dans la foulée, les chiffres de la Société Générale ont été publiés : 33 millions d'euros ont été mis en réserve pour les retraites de six mandataires sociaux. Daniel Bouton pourra se prévaloir de 730.000 euros de retraite par an.

Dans un autre registre, Natixis, la banque de financement et d'investissement en perdition des Banques Populaires et des Caisses d'épargne présidée par Philippe Dupont,  après avoir affiché des pertes abyssales de 2,8 milliards d'euros en 2008, attribue royalement 71 millions d'euros de bonus aux opérateurs de marché et gestionnaires d'actifs......

En France comme ailleurs, les patrons de banque ont bien besoin de se frotter à d'autres réalités. On pourrait imaginer de les faire travailler pendant un mois dans un tout autre univers, avec la rémunération correspondant à leur nouvelle fonction et de vivre le mois suivant avec le salaire qu'ils ont perçu. Daniel Bouton pourrait se voir affecter un poste de gardien de parking, Frédéric Oudéa s'adonner au travail ingrat de comptable troisième échelon dans une grande entreprise, Michel Pébereau prendre la place d'un administratif dans une PME de sous-traitance pour l'automobile, Baudouin Prot (directeur général de BNP Paribas) devenir chef du rayon charcuterie dans un supermarché et Philippe Dupont (patron des Banques Populaires) vendre des hamburgers chez Mc Do. Georges Pauget, le directeur général de Crédit Agricole SA, pourrait faire ses premières armes chez un fabriquant de fromage.

Reste le cas de François Pérol, le nouveau venu dans le paysage bancaire français, qui prendra bientôt des rênes des Banques Populaires et Caisses d'épargne réunies. Un mois de labeur au guichet d'une agence bancaire, pourrait lui mettre les pieds à l'étrier, lui qui n'a jamais œuvré dans une banque commerciale. Il faudrait bien sûr étendre ces stages d'insertion à la vraie vie aux membres des comités exécutifs de chaque banque.

Cette immersion dans des métiers radicalement différents, ce brassage avec d'autres catégories de la population, pourraient  permettre aux dirigeants de banque remettre les pieds sur terre, de porter un regard nouveau sur la société, la place qu'ils y occupent et le rôle qu'ils doivent y jouer. Et surtout ces stages de réinsertion devraient leur ouvrir les yeux sur une vérité toute simple : ils peuvent gagner très confortablement leur vie dans leurs banques respectives sans sombrer dans les excès du toujours plus.

Dominique Mariette

Les banquiers d'Allah

Avec ses produits conformes au Coran, la finance islamique a désormais droit de cité en France. Un "plus" éthique en ces temps de crise ou un facteur de repli?

C'est à ce genre d'avancées, discrètes et sèchement techniques, qu'on mesure les changements de société. Depuis le 25 février, la finance islamique, fondée sur les prescriptions du Coran, a la voie libre en France, pourtant méfiante en matière d'ingérence religieuse. Grâce à une modification du droit fiscal, publiée au Bulletin officiel, la vente de produits financiers "charia compatibles" est désormais possible au pays de Voltaire. Moins spectaculaire que la construction d'une mosquée à minaret en plein centre-ville, cette nouvelle étape conforte la présence dans le paysage national des quelque 5 millions de musulmans de l'Hexagone, dont un tiers de pratiquants proclamés. Un "marché" unique en Europe, et bien trop vaste pour rester en jachère, pensaient, depuis quelque temps déjà, de nombreux observateurs avisés. Début avril, un rapport du groupe UMP à l'Assemblée en soulignait encore tous les attraits.

A ce stade, un point théorique s'impose: la finance islamique bannit l'intérêt (riba), l'usure et la spéculation. L'investisseur ne vend que ce qu'il possède, partage avec sa banque ou son partenaire commercial ses bénéfices comme ses pertes, et s'interdit d'investir dans les secteurs jugés illicites par la tradition musulmane, tels que l'alcool, la restauration non halal, les jeux de hasard, la pornographie ou les armements.

Les volontaires pour lancer cette finance d'inspiration divine en France ne manquent pas. D'ici juin, le temps d'obtenir l'agrément des pouvoirs publics, une banque d'affaires pilotée par des investisseurs des pays du Golfe devrait ouvrir ses portes à Paris. D'autres organismes à pétrodollars sont sur les rangs: l'Islamic Bank of Qatar, Al-Baraka Banking Group -une holding de Bahreïn- la Koweit Finance House et la Dubai Islamic Bank. Dans le cercle bancaire hexagonal aussi, on s'agite. Depuis le printemps dernier, la Société générale propose deux produits financiers halal aux musulmans de la Réunion. La BNP et le Crédit agricole, implantés de longue date dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, bûchent également sur le sujet. Preuve que le monde de la finance suit le dossier de près: ces jours-ci circulait sur Internet une offre d'emploi pour un poste de PDG dans une banque de détail - du genre de celle de M. et Mme Tout-le-Monde.

Une manne à ne pas bouder

Réputée plus sûre, plus éthique, plus solidaire, face à un système financier classique discrédité par ses délires spéculatifs, "la finance islamique constitue une alternative crédible au système classique" affirme Zoubaïr Ben Terdeyet, fondateur du site Isla-Invest Consulting. La crise tombe à point. Pas un mois, pas une semaine sans un forum ou un colloque sur le sujet. En février dernier, le Conseil français du culte musulman, peu habitué à ce genre de bulletins, annonçait dans un communiqué de presse une rencontre organisée par une association maghrébine d'avocats du droit des affaires, en collaboration avec l'école de formation professionnelle des barreaux de la cour d'appel de Paris. L'université de Strasbourg a lancé un diplôme en finance islamique en janvier ; Sup de co Reims propose un cours, et un institut est en projet... Bref, ça n'arrête plus.

Les pouvoirs publics y sont pour beaucoup. Christine Lagarde, ministre de l'Economie, s'était publiquement engagée à favoriser l'aménagement juridique fiscal. "On ne lâchera pas l'affaire", glissait-elle encore récemment en privé. Plongé dans le long tunnel de la crise, l'Etat aurait mauvaise grâce à bouder la manne des pétrodollars islamiques. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: les activités du secteur affichent un taux de croissance annuel de 15 % et le volume des opérations financières musulmanes à l'échelle mondiale atteindrait, d'après les estimations, plus de 500 milliards de dollars. Ces fonds doperont l'économie nationale, espère-t-on à Bercy. La future banque d'affaires parisienne devrait ainsi financer des PME innovantes et apporter son appui à des projets "socialement responsables", comme la construction d'hôpitaux high-tech, d'après l'un de ses maîtres d'oeuvre.

Une demande à susciter

Les musulmans français joueront-ils le jeu? Dans un sondage commandé l'an dernier à l'Ifop par l'Association d'innovation pour le développement économique et immobilier, une personne interrogée sur deux déclarait ne pas se sentir concernée par ces produits financiers halal. Actuellement, la plupart des fidèles recourent aux officines bancaires classiques. Pour Jean-Christophe Despres, PDG de Sopi Communication, une agence spécialisée dans le "marketing identitaire", "la finance islamique répond aux interrogations de certains musulmans tout autant qu'elle fait naître de nouveaux besoins chez les autres". En clair, on crée l'offre avant la demande, principe tout ce qu'il y a de capitaliste, celui-là.

D'après les spécialistes, seuls de 200 000 à 300 000 musulmans seraient réellement tentés par l'aventure. Des jeunes, essentiellement, instruits et plus religieux que leurs parents, attachés à un "mode de vie différent", comme l'explique Mustapha, 32 ans, cadre commercial parisien, qui parle de "démarche idéologique". Mouloud, fleuriste, y croit, lui aussi, dur comme fer, "à condition que les musulmans soient bien informés. Les banques, insiste-t-il, devront aller les chercher".

La question est aussi politique. "Facteur d'intégration" pour ses partisans, la finance islamiquement correcte est dépeinte par les militants laïques comme un nouveau cheval de Troie du communautarisme. "Elle favorise le repli identitaire, gronde Pascal Hilout, musulman pratiquant et rédacteur de la revue Riposte laïque, éditée sur Internet. En outre, elle fait rentrer le religieux là où il ne devrait pas avoir droit de cité, puisque les banques vont devoir s'adresser à des imams pour faire certifier leurs produits."

A sujet inflammable, prudence de Sioux. Sur demande expresse de la Banque de France, la première officine bancaire française coranique n'affichera pas le terme " islamique " sur son fronton. Trop "marqué". Son nom renverra à l'idée de blancheur et de pureté. Sobre et consensuel.

Le profit n'est pas proscrit

Lancée dans les années 1970 au Moyen-Orient, la finance islamique repose sur l'interdiction du taux d'intérêt fixe. Pour la loi coranique (charia), fixer un taux déterminé à l'avance revient, en effet, à essayer de se prémunir contre les aléas de l'avenir, donc à se soustraire à la volonté divine. Le profit, lui, n'est pas interdit. L'Etat français a rendu possibles :

- la murabaha: le vendeur informe l'acheteur du coût d'acquisition du bien et négocie avec lui une marge de profit ;

- les sukuk (obligations): le souscripteur perçoit non des intérêts, mais des revenus, tirés de l'entreprise que son investissement finance.

La Grande-Bretagne est le premier pays européen à avoir ouvert la voie à la finance islamique, en 2004. 

Le rebond des marchés émergents reste fragile

Le rebond des marchés émergents, dans le vert depuis le début de l'année contrairement aux marchés des pays développés, reste fragile de l'avis de gérants de fonds, qui privilégient des stratégies sélectives en attendant une sortie du tunnel de l'économie mondiale.

L'indice MSCI des marchés actions émergents a globalement rebondi depuis novembre 2008. Depuis le 1er janvier, il gagne même 10% alors que l'indice MSCI mondial recule de près de 7%.

Cette surperformance globale des émergents traduit un rattrapage par rapport aux dix premiers mois de 2008, qui avaient favorisé les investissements de coeur de portefeuille comme les actions américaines pour les intervenants aux Etats-Unis. La situation reste cependant contrastée, avec une progression nettement plus franche des zones Amérique latine et Asie que de l'Europe centrale et orientale, victime d'une forte aversion pour le risque.

Les émergents restent tributaires de la crise mondiale et ils n'ont pas encore forcément atteint leur point le plus bas.

"Il est trop tôt pour parler de rebond durable des marchés émergents car il faudrait pouvoir pour cela anticiper la sortie de la récession mondiale", estime Jean-Louis Scandella, gérant spécialiste des marchés émergents chez Comgest.

"La consommation américaine arrête de s'effondrer, l'activité reprend dans les ports chinois mais on est passé simplement de nouvelles catastrophiques à d'autres un peu moins mauvaises", ajoute-t-il. "Et tant qu'on n'aura pas nettoyé le bilan des banques de leurs mauvaises créances massives, le financement de l'économie restera toujours problématique."

En attendant, les gérants misent prudemment sur les actifs et les zones qui ont le plus souffert.

"Il y a encore des opportunités d'investissements sur les marchés émergents, avec des valorisations extrêmement décotées, comme en Russie et au Brésil où, en ratio Price-to-book (capitalisation boursière/valeur comptable), elles sont respectivement de 0,5 et 1,2 et en Price earning (PER, cours de Bourse/bénéfice attendu) de 4 et 9. Pour la Chine, le Price to book reste aussi intéressant, à 1,5, de même que le Price earning, aux alentours de 11, même si le marché a déjà rebondi", explique ainsi Martial Godet, responsable de la gestion marchés émergents de BNP Paribas Asset Management, qui constate aussi que depuis mars au moins quatre milliards de dollars de fonds sont revenus vers les marchés émergents, signe de retour de confiance des investisseurs.

"Le thème d'investissement des valeurs cycliques comme les matières premières ou du compartiment financier des marchés émergents, qui ont beaucoup souffert globalement en 2008 face à des valeurs défensives comme celles de la pharmacie, a encore un peu de souffle", estime Martial Godet, qui privilégie une entrée prudente et progressive sur le marché depuis octobre 2008 et d'ici septembre 2009.

L'EFFET G20

Certains gérants jouent aussi le thème des pays qui pourraient bénéficier du plan de relance global de 1.100 milliards de dollars décidé au G20 de Londres et dont la majeure partie sera affectée au triplement des ressources du Fonds monétaire international.

"La décision d'étendre la capacité de prêt du Fonds monétaire international va profiter en particulier aux pays émergents qui n'ont pas de gros problèmes structurels mais qui pâtissent de la crise mondiale", estime Patrice Lemonnier, responsable de la gestion actions émergentes chez Crédit agricole Asset Management. "Dans cette optique, nous nous renforçons sur des pays comme la Pologne, la République tchèque ou le Mexique".

Le gérant augmente en particulier dans son portefeuille la part du secteur financier de ces pays, qui a été très décoté.

Jean-Louis Scandella, chez Comgest, privilégie de son côté trois grands thèmes d'investissement dans les émergents. Il parie d'abord sur les entreprises dont le business model résiste à la récession, ou même en tire partie, "comme les supermarchés hard discount dans un pays tel que la Turquie".

"Il y a ensuite les investissements qui constituent des barrages contre l'inflation, dont certains opérateurs anticipent déjà le retour à terme, alors que les banques centrales font marcher la planche à billets pour financer des économies mal en point", fait-il valoir. "Les matières premières comme les métaux ont d'ailleurs déjà beaucoup monté dans cette optique".

Le gérant privilégie enfin les futurs consolidateurs qui ont peu de dette et un cash flow positif et peuvent résister à la crise, pour ensuite réaliser des acquisitions à bas prix. Il mise par exemple sur Tenaris, spécialiste italo-argentin des tubes de forage.

Edité par Jacques Poznanski