jeudi 4 juin 2009

Economiste de crise

Iest l'homme vers lequel le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est tourné lorsqu'il a compris que la crise financière s'était muée en cataclysme mondial. Kemal Dervis semblait tout désigné pour orchestrer la réponse onusienne. Avant de diriger le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il avait sorti son propre pays, la Turquie, dont il était ministre de l'économie, d'une crise financière. Agé de 60 ans, il est tout à la fois un économiste renommé, aujourd'hui adoubé par la prestigieuse Brookings Institution de Washington, et un social-démocrate proche des pays émergents, qui croit autant au marché qu'à la nécessité de le réguler.

Cette crise, Kemal Dervis l'avait vue venir. Derrière des lunettes d'intellectuel à la rondeur rassurante, l'économiste tenait, dès le mois de mars 2008, des propos qui auraient pu paraître subversifs, si le château de cartes de Wall Streetne s'était effondré depuis. Dans un discours à Bombay, il s'était démarqué des"fondamentalistes du marché" et avait attribué à "une certaine "exubérance irrationnelle" dans le secteur financier" les trois derniers chocs économiques : la crise asiatique de 1997, la bulle Internet en 2001 et la crise des subprimes. Il dénonçait alors "les super-banquiers, nouveaux barons du capitalisme financier, avides de profits immédiats", mais prompts à faire payer leurs pertes par la société tout entière.

"Je ne m'attendais pas à une catastrophe aussi énorme", reconnaît-il toutefois. "Bien qu'il n'y ait pas de guerre mondiale, à cause d'un dérèglement de la régulation financière, nous subissons un choc qui fera peut-être souffrir des millions de personnes", ajoute-t-il. La crise est devenue son objet d'étude. Depuis avril, Kemal Dervis est revenu à ses premières amours : la réflexion, la recherche, l'écriture. Il a été nommé vice-président chargé des questions d'économie et de développement au sein de "la Brookings", la référence des "think tanks" américains, dont sont issus bon nombre des collaborateurs d'Obama.

En quittant son bureau du PNUD, il a emporté avec lui sa photo de Lula, le président brésilien. Comme lui, il pense que le Sud émergent, auquel appartient la Turquie, doit trouver sa place dans des institutions internationales qui le snobent encore, tout en comptant sur lui pour absorber la récession et contrer le réchauffement climatique. "Les pays riches ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre", a-t-il dit à Bombay. Kemal Dervis n'a pas oublié d'où il venait. Il reste très attaché à cette Méditerranée qui le réconforte, et entend rentrer à Istanbul une semaine tous les deux mois, pour enseigner à l'université Sabanci.

L'économiste admet être "un peu désorganisé, impatient avec la bureaucratie". Cela n'a pas joué à son avantage au PNUD, le mammouth onusien de l'aide au développement. Il y a exercé, selon un collaborateur, un "leadership intellectuel fort, mais il est resté dans sa tour d'ivoire et n'a pas bousculé une administration kafkaïenne". Plus cérébral que politique, il a été, selon un collaborateur, "un peu lent à réagir" lorsqu'en janvier 2007 les Etats-Unis ont accusé le PNUD de laisser la Corée du Nord détourner ses fonds - des allégations infondées.

Cette fois, Kemal Dervis a pris la crise à bras le corps. De Washington à Doha, et jusqu'au G20 de Londres, en avril, il a été de toutes les rencontres sur la finance mondiale. Pour lui, toute solution passera par "une grande coopération internationale et une détermination à appliquer les moyens keynésiens sans état d'âme". Et puisque des investissements massifs sont indispensables, il suggère qu'ils se concentrent sur la lutte contre le réchauffement climatique, un domaine dans lequel il s'est beaucoup investi. Il collaborera aussi avec le Bureau international du travail (BIT), car, prévient-il, "même si on surmonte la crise financière, l'emploi va demeurer un problème central pendant plusieurs années".

Dans les cercles diplomatiques, l'ancien patron du PNUD laisse le souvenir de quelqu'un de"brillant" et "affable". "Il est très occidentalisé, au carrefour des cultures", affirme un diplomate. Né à Istanbul d'un père turc, militaire devenu industriel, et d'une mère allemande, il a en partie grandi à Genève. Bien que musulman, il a été pensionnaire de l'école catholique Saint-Martin de France, à Pontoise, dans le Val-d'Oise. Quadrilingue, il est venu à l'économie parce qu'il y voyait, à la manière des marxistes, "le moteur de l'histoire et le fondement du progrès". Mais il décroche à 24 ans un doctorat de l'université américaine de Princeton et comprend "que l'économie de marché est essentielle".

Ce sont justement ses travaux, destinés à injecter les réalités du marché dans les modèles de planification, qui lui font décrocher un poste à la Banque mondiale en 1977. Parti pour deux ans, il en passera vingt-deux à Washington, où il se remarie, après avoir eu deux enfants d'une première union. Directeur du département du Maghreb, économiste en chef pour le Moyen-Orient, puis directeur pour l'Europe centrale, il apprend à "connaître le monde entier".

En mars 2001, il est vice-président de la Banque mondiale lorsque la Turquie se rappelle à son souvenir. Le pays est alors en proie à une crise financière grave. Le premier ministre, Bülent Ecevit, architecte de l'ancrage social-démocrate du parti d'Atatürk, est une vieille connaissance. Jeune chercheur à Ankara, Kemal Dervis avait été un de ses conseillers, avant d'abandonner la politique pour enseigner à Princeton. Le chef du gouvernement a besoin d'un ministre capable. Le poste ne se refuse pas. "J'avais toujours conseillé d'autres, c'était la première fois que j'étais décideur, dans mon propre pays."

Pendant plus d'un an, il "lutte", refinance la dette, emprunte au FMI et à la Banque mondiale."On a injecté du capital dans les bonnes banques, avec des conditions, et on a fermé les autres."Dès 2002, la croissance est de 8 %. Mission accomplie. Son seul regret et de n'être pas parvenu à faire rentrer la Turquie dans l'Europe, une aspiration qu'il espère voir se réaliser "avant d'être trop vieux". Ministre sans parti, il démissionne en août 2002 et se lance en vain dans l'union de la gauche. "Homme de Washington" pour certains, il rejoint le parti de centre gauche et est élu député d'Istanbul.

Le retour dans les institutions internationales se fait assez naturellement en 2005. "J'étais devenu un homme un peu mondial, chez moi partout sans être chez moi nulle part", dit-il. L'année suivante, son nom, porté par la France, a même circulé parmi les successeurs potentiels de Kofi Annan. Selon un diplomate, il a refusé d'être candidat, au motif qu'il "n'avait pas un profil politique, se plaisait au PNUD et voulait mener une vie normale". Lui, rappelle simplement qu'il est "fondamentalement un économiste".

Philippe Bolopion

La stratégie des Etats-Unis d’Amérique et de la Chine face à la dépréciation du dollarest-elle convergente ? Impact sur l’économie algérienne.

1-La stratégie américaine

La cotation du dollar par rapport à l’euro est actuellement de 1,41 dollar un euro et selon certaines prévisions pessimistes, cela pourrait dépasser 1,50. La politique US correspond donc à une politique volontaire de baisse du dollar afin d’essayer de réduire le déficit commercial et de limiter la valeur réelle de leur endettement mondial libellé en dollar. Car la remontée du dollar face aux principales monnaies mondiales, supposerait une forte hausse des taux d’intérêts de la Fed , et une baisse de la création monétaire, en contradiction avec le programme du nouveau président US dans la mesure où toute appréciation aurait pour conséquence le frein du marché immobilier (crédits inabordables du fait d’une hausse des intérêts sur les ménages endettés à taux variables), la consommation américaine pouvant être freinée avec le risque d’accélération des faillites des entreprises. Avant 1971, date à laquelle ou existe une relations directe entre la parité du dollar et le stock d’or ( parité fixe contenu dans les accords de Breeton Woods,est remplacé par des taux de change flexible ) ) , les investissements américains à l’étranger étaient d’environ 10 % du PIB des Etats-Unis, prêtant au reste du monde , sa position extérieure n’excédait pas 4 % du PIB et les avoirs et dettes externes des Etats-Unis ne dépassent pas 15 % du PIB américain .

Avec la crise des prêts hypothécaires d’août 2007, les actifs étrangers détenus par les Etats-Unis s’élevaient à 122 % de leur PIB en actifs étrangers et leur dette au reste du monde à 135 %. L’endettement net extérieur de 13 % du PIB, est la résultante des déficits de la balance commerciale américaine accumulés depuis les années 1980. Pour l’exercice 2010, le gouvernement des Etats Unis américain a présenté un budget de 3 552 milliards de dollars reposant sur un déficit record de 1 750 milliards de dollars en 2009 (12,3 % du PIB, cinq fois le budget annuel de la France ).

Au déficit budgétaire de 2009, s’ajouteront les déficits de 2010 et 2011, chacun autour de 1000 milliards de dollars. Pour cette période triennale, le besoin en financement approcherait 3 000 milliards de dollars. Comme le note avec pertinence Hélène Rey professeur à la London Business School dans une contribution aux échos parisien le 22 mai 2009, je cite «les Etats-Unis d’avant la crise ressemblent à une banque d’investissement qui se finance massivement en émettant de la dette et investit de façon colossale en actifs risques étrangers (stocks, investissements directs). Ce faisant, les Etats-Unis obtiennent un rendement élevé sur leurs actifs et se refinancent à bas pris sur le marché de la dette, profitant de l’engouement mondial pour les bons du Trésor américain. Ils encaissent ainsi la différence de rendements. Mais lorsque les prix des actifs et de la dette deviennent volatils, la valeur du portefeuille externe des Etats-Unis devient encore plus volatile en raison de l’effet de levier.

C’est exactement ce qui se passe dans la crise actuelle ». Mais, vers fin 2008, la valeur des actifs étrangers détenus par les Etats-Unis est tombée à 85 % du PIB, si bien que la position extérieure nette est tombée à moins - 37 % du PIB.

2- La stratégie chinoise

Mais, ‘apparence ne doit pas faire illusion. La résistance relative, malgré le dérapage actuel, du dollar face à l’euro est liée à la liquidation par les investisseurs américains de leurs positions sur les marchés financiers internationaux et à la politique monétaire chinoise.

En effet, pour le premier cas, les agents privés ont vendu massivement les actifs qu’ils détenaient à l’étranger. Concernant les bons de trésor représentant environ 45 % de la dette totale externe des Etats-Unis, ils sont concentrés surtout au niveau de la banque centrale de Chine.

Au 1er mars 2009, sur 2000 milliards de dollars de réserves de change chinois ( 20% du PIB) dont une grande partie grande libellée en dollars , la Chine détient 712 milliards de dollars de bons du Trésor (selon les statistiques américaines). Malgré certaines déclarations contre l’hégémonie du dollar, la Chine continue à être un gros acheteur de bons du Trésor. Ainsi, la crise a rendu de facto l’économie américaine encore plus dépendante de la Chine des Etats Unis car toute contraction de la demande affecte les exportations chinoises. Mais est ce que cela pourra continuer à l’avenir ? Aussi, demain, tout dépendra de l‘attitude de la Chine , premier créancier des Etats-Unis et tout le problème est le suivant, les chinois continueront-ils à acheter des bons du Trésor des Etats Unis ? Comme impact de cette dépréciation du dollar, le président brésilien estime que son pays et la Chine vont parvenir à avoir des échanges bilatéraux dans leurs monnaies respectives, sans passer par le dollar, une réunion des Banques centrales des deux pays étant prévu à ce sujet selon la déclaration de Luiz Inacio Lula da Silva le 19 mai 2009 à Pékin, rapporté par China Daily. Mais paradoxalement si la Chine suspend l’achat de bons du Trésor, la valeur de ses avoirs libellés en dollars baissera fortement affectant par ricochet sa situation économique, la poussant ainsi à réévaluer ce qui aurait un impact négatif sur le yuan les exportations chinoises. Cependant affectée par la crise mondiale, la marge de manœuvre de la Chine s’amoindrit. En effet, la Chine connaît un déficit budgétaire de 750 milliards de yuan ($109 Md) en 2009 contre 570 milliards yuan ($83 Md) en 2008.

Par ailleurs, la Chine a lancé un plan de relance additionnel de 580 milliards de dollars qui s ‘ajoute au 1400 milliards de dollars (un tiers du PIB) prévu par le plan annuel chinois condition pour maintenir la paix sociale paix sociale. Ce d’autant plus que l’économie mondiale devrait connaître le second semestre 2010 une relative stabilisation après la décroissance de 2009, le taux de croissance de la zone OCDE devant varier entre moins 0,1% et 1%, l’économie mondiale devant revenir à l’équilibre d’avant la crise vers 2013/2014 et sous réserve que les thérapeutiques préconisées s’avèrent efficaces, supposant une coordination mondiale sans faille et une nouvelle régulation , ce qui n’est pas évident avec les divergences entre les USA et l’Europe d’une part, les pays émergents et les pays développés d’autre part comme cela a été le cas lors de la réunion du G20 à Londres le 02 avril 2009.

Le produit intérieur brut US devrait ainsi reculer de 1.3% à 2% en 2009, contre une fourchette de 0.5% à 1.3% pressentie jusqu’alors, et de 2 à 3% en 2010, contre 2.5-3.3% en précédente estimation. Ainsi, la contraction de l’économie américaine sera plus sévère que prévu et le redémarrage de l’activité sera très lent d’autant plus que la reprise de l’économie mondiale est tributaire de la reprise aux Etats-Unis première puissance économique mondiale et de l’ Europe et non pas des pays émergents, décroissance de la Russie , de l’Inde du Brésil , de la Chine du moins à court terme, le PIB chinois étant en valeur seulement équivalant à celui de l’Allemagne D’ailleurs la Banque mondiale vient de revoir à la baisse le taux de croissance chinois le situant à environ 7%, moins que les 8% (loin des 11/12% des années passées) au minimum nécessaire pour maintenir la cohésion sociale

3- Impacts sur l’Algérie

- Premièrement sur les réserves de change libellées en dollars qui se déprécient et notamment avec le risque comme montré précédemment de la dépréciation des bons de trésor américain. Avec des taux d’intérêts directeurs allant vers zéro dont la dernière en date est celle de la BCE ( 1% contre 0,25% pour la FED , idem pour la banque d’Angleterre et la banque du Japon ) et compte tenu certes de la déflation mondiale( environ 1% taux d’inflation) quel est le rendement réel des placements des réserves de change algérien à l’étranger.

En effet, selon les déclarations du gouverneur de la banque d’Algérie algérien en novembre 2007 devant le parlement, la Banque centrale utilise deux manières pour placer les réserves de changes de l’Algérie du moins entre 2007/2008. Les placements à l’étranger seraient de 70% en titre souverain, c’est-à-dire en bons de Trésor américains, japonais, britanniques et européens.

Le second placement (30%) s’effectue via les dépôts de la Banque centrale sur le marché bancaire et interbancaire, étant déposé par la Banque centrale auprès de banques internationales qui disposent de références très élevées. Mais, à la lumière de l’expérience récente de la crise mondiale certaines cotées AAA ont fait faillite et d’autres ont d’importantes difficultés. Le problème qui se pose qui sont ces banques ou l’Algérie a placé 30% de ses réserves dans la mesure ou pour les 70% cela est garanti par les Etats. Combien avons-nous placées à l’étranger, dans quelles banques et dans quel pays ?

-Deuxièmement sur la valeur des exportations des hydrocarbures libellées en dollars, en termes de parité de pouvoir d’achat des autres monnaies qui s’apprécient. Pour le cours futur du pétrole, il sera fondamentalement déterminé par les fondamentaux, ce qui n’est pas le cas actuellement, et par la politique énergétique des USA, des énergies alternatives et du nouveau défi écologique. Aussi, il est faux de raisonner en prix courants sans tenir compte à la fois de l’inflation ou déflation et de la dépréciation ou de l’appréciation du dollar. Pour l’élévation récente du cours du pétrole cela est du essentiellement à la dépréciation du dollar, aux actes spéculatifs comme valeur refuge à l’instar de l’or,(mais le stockage sera temporaire) ,à la réduction de la production pour des raisons politiques au Nigeria, techniques/financières en Russie, à la pression des lobbys pétroliers opérant hors OPEP et au sein de l’Opep , les pays de l’Opep représentant moins de 40% de la production commercialisée mondiale ayant un impact déclinant, bien il faut le reconnaître ayant contribué par la réduction des quotas de la production à la stabilisation.

- Troisièmement sur la valeur de nos importations libellées en euros (60% en moyenne) et plus de 80% si l’on introduit les autres monnaies qui s ‘apprécient par rapport au dollar. Ce que l’on gagne en appréciation du pétrole,( en rappel le cours du dollar était de 1,43 au moment ou le cours du pétrole était à plus de 140 dollars) l’Algérie le perd en grande partie du fait de la dépréciation du dollar surtout si l’on, maintient le rythme de 2008 (40 milliards de dollars d’importations de biens plus 10 milliards de services), pouvant assister à la même valeur mais une diminution en volume . Ce qui explique que la cotation du dinar qui dépend des fluctuations des monnaies clefs mais la politique de la banque centrale n’est pas claire dévaluant récemment le dinar algérien tant par rapport au dollar que par rapport à l’euro entre 15/20% sus prétexte de réduire les importations (ce qui n’est pas évident selon les premières statistiques douanières du premier trimestre 2009) alors que ces deux monnaies n’évoluent pas dans le même sens. Or, l’instabilité du taux de change ,autant que l’instabilité du cadre juridique, découragent tout opérateur et ces dévaluations alourdissant les coûts à l’importation tant des équipements matières premières, et biens de consommation gonflant artificiellement tant les recettes des hydrocarbures ( dollar reconverti en dinars algériens) et part là la fiscalité pétrolière ( voilant le déficit budgétaire pour entretenir les emplois rentes).

En conclusion, face à la crise mondiale, structurelle et non conjoncturelle, évitons les illusions car la reprise des fondamentaux (les valeurs technologiques) qui seuls détermineront la reprise de la sphère réelle d’une manière durable, n’est toujours pas là. Pour l’élévation récente du cours du pétrole étant due essentiellement à la dépréciation du dollar, aux actes spéculatifs comme valeur refuge à l’instar de l’or,(mais le stockage sera temporaire) , à la réduction de la production pour des raisons politiques au Nigeria, techniques/financières de Gazprom en Russie, à la pression des lobbys pétroliers opérant hors OPEP et au sein de l’Opep , les pays de l’Opep représentant moins de 40% de la production commercialisée mondiale ayant un impact déclinant.

Aussi face à une transfusons angine devant une hémorragie interne, qui devrait préfigurer de profonds bouleversements géopolitiques, économiques, sociales 2015/2020, voire politique étant une crise systémique, malgré des régimes politiques diamétralement différents, les intérêts économique des Etats-Unis d’Amérique et de la Chine, du moins à court terme convergent. Qu’en sera t-il si la dépréciation du dollar devait continuer dans le temps ?

Docteur Abderrahmane MEBTOUL, professeur d’Université
Expert International, Economiste

Banques-Etat : divorce sous conditions

Certains soirs, quand je suis seul, j'aime me repasser la vidéo de mon mariage à l'envers pour me voir sortir de l'église en homme libre », plaisantait un certain George Coote (*). Depuis que les Bourses se sont calmées, on dirait que les banquiers du monde entier sont en train de regarder le film de la crise à l'envers pour recommencer comme avant, dégagés des tenailles de la puissance publique. Leur priorité actuelle : rembourser l'aide en capital que leur a octroyée leur Etat au plus fort de la tempête. C'est pourtant eux qui l'avaient appelé à leur secours. Ne doit-il donc pas imposer quelques conditions au divorce ? Il le peut d'autant plus que les banquiers ne demandent pas une séparation totale, qui leur serait certainement fatale : une bonne partie de la dette des banques et tous leurs dépôts restent garantis par l'Etat. Et les banques centrales continuent à soutenir le marché interbancaire...

La semaine prochaine, le Trésor américain pourrait ainsi annoncer le nom de plusieurs banques autorisées à rembourser la recapitalisation qu'elles avaient obtenue dans le cadre du plan de soutien au système financier (le fameux Tarp) voté après la chute de Lehman. Goldman Sachs, JPMorgan Chase, en tout probablement une demi-douzaine d'établissements, devraient ainsi voir à nouveau leur capital entièrement détenu par des mains privées. Au Royaume-Uni, l'Etat sonde déjà des fonds souverains pour commencer à se délester, d'ici à un an, espère-t-on, de ses participations bancaires. En France, les établissements financiers, même si certains avaient d'abord rechigné à accepter l'argent de l'Etat, n'ont pas commencé à faire pression pour reprendre leur liberté capitalistique. Mais ils promettent déjà de s'y atteler dès que la situation le leur permettra.

Le but pour les banquiers est principalement d'avoir les mains libres pour octroyer à leurs salariés, et à ceux qu'ils veulent recruter, les bonus qu'ils jugent mérités sans heurter l'opinion publique, très irritable en la matière. Les banques veulent aussi davantage de liberté stratégique. Elles veulent choisir leurs dirigeants, que l'Etat pourrait démettre d'un geste. Le régulateur américain veut par exemple la démission de Vikram Pandit, PDG de Citigroup. Enfin, la participation de l'Etat à leur capital coûte cher aux banques, car la puissance publique demande des dividendes élevés.

A moyen terme, les contribuables, les entreprises et les concurrents des banques ont tout à gagner à ces remboursements. Cette aide publique suscite la jalousie des entreprises non bancaires en difficulté. Surtout, elle tient les Etats officiellement responsables des centaines de milliards d'euros d'engagements des banques envers leurs contreparties. En outre, la plupart des experts s'accordent à penser que l'Etat n'a pas les ressources suffisantes pour gérer ces banques. Enfin, au lendemain d'un séisme qui a surtout frappé les places financières occidentales, il est important de ne pas brider les banques de la zone. L'axe NyLon (New York - Londres) est désormais sérieusement menacé par ShangKong (Shangai - Hong Kong).

Mais n'est-ce pas trop tôt pour libérer ce secteur ? Car le monde vit une crise d'une ampleur qui n'intervient qu'une fois par siècle et l'opinion publique espère que des leçons ont été tirées.

Certains critiques notent qu'une sortie des banques de la rassurante tutelle capitalistique de l'Etat peut fragiliser le financement de l'économie, encore vulnérable, et ce, d'autant que les banques doivent payer chèrement leur autonomie en empruntant. Surtout, quand les principales banques auront regagné leur indépendance, l'Etat n'aura plus la même influence sur elles pour pousser les réformes du système. Dans un article (**) très remarqué, Simon Johnson, ancien économiste du FMI, compare les banquiers américains - dont beaucoup sont restés en place - aux oligarques russes, tant ils ont de pouvoir face aux pouvoirs publics.

Certes, le chantier du renforcement de la réglementation a commencé des deux côtés de l'Atlantique. Mais, en matière d'encadrement des bonus - qui récompensent des comportements inconséquents -, en matière de transparence et de contrôle des marchés de produits dérivés - qui ont exacerbé la panique (cf. AIG) -, en matière de normes prudentielles - trop lâches comme l'ont montré les produits structurés à base de « subprimes » placés en hors- bilan -, on est loin du but. Même le modèle si décrié de la banque « too big to fail », au secours de laquelle l'Etat devra toujours venir en cas de problème, reste l'objectif ultime des banquiers. Le G20 de septembre à New York sera un rendez-vous important pour faire le point sur la réglementation. Les Etats ont déjà des difficultés à harmoniser leurs interventions. D'ici là, ils auraient peut-être intérêt à tenir la bride à leurs banques.

Nicolas Madelaine est journaliste aux Echos.fr