vendredi 10 avril 2009

Le rebond des marchés émergents reste fragile

Le rebond des marchés émergents, dans le vert depuis le début de l'année contrairement aux marchés des pays développés, reste fragile de l'avis de gérants de fonds, qui privilégient des stratégies sélectives en attendant une sortie du tunnel de l'économie mondiale.

L'indice MSCI des marchés actions émergents a globalement rebondi depuis novembre 2008. Depuis le 1er janvier, il gagne même 10% alors que l'indice MSCI mondial recule de près de 7%.

Cette surperformance globale des émergents traduit un rattrapage par rapport aux dix premiers mois de 2008, qui avaient favorisé les investissements de coeur de portefeuille comme les actions américaines pour les intervenants aux Etats-Unis. La situation reste cependant contrastée, avec une progression nettement plus franche des zones Amérique latine et Asie que de l'Europe centrale et orientale, victime d'une forte aversion pour le risque.

Les émergents restent tributaires de la crise mondiale et ils n'ont pas encore forcément atteint leur point le plus bas.

"Il est trop tôt pour parler de rebond durable des marchés émergents car il faudrait pouvoir pour cela anticiper la sortie de la récession mondiale", estime Jean-Louis Scandella, gérant spécialiste des marchés émergents chez Comgest.

"La consommation américaine arrête de s'effondrer, l'activité reprend dans les ports chinois mais on est passé simplement de nouvelles catastrophiques à d'autres un peu moins mauvaises", ajoute-t-il. "Et tant qu'on n'aura pas nettoyé le bilan des banques de leurs mauvaises créances massives, le financement de l'économie restera toujours problématique."

En attendant, les gérants misent prudemment sur les actifs et les zones qui ont le plus souffert.

"Il y a encore des opportunités d'investissements sur les marchés émergents, avec des valorisations extrêmement décotées, comme en Russie et au Brésil où, en ratio Price-to-book (capitalisation boursière/valeur comptable), elles sont respectivement de 0,5 et 1,2 et en Price earning (PER, cours de Bourse/bénéfice attendu) de 4 et 9. Pour la Chine, le Price to book reste aussi intéressant, à 1,5, de même que le Price earning, aux alentours de 11, même si le marché a déjà rebondi", explique ainsi Martial Godet, responsable de la gestion marchés émergents de BNP Paribas Asset Management, qui constate aussi que depuis mars au moins quatre milliards de dollars de fonds sont revenus vers les marchés émergents, signe de retour de confiance des investisseurs.

"Le thème d'investissement des valeurs cycliques comme les matières premières ou du compartiment financier des marchés émergents, qui ont beaucoup souffert globalement en 2008 face à des valeurs défensives comme celles de la pharmacie, a encore un peu de souffle", estime Martial Godet, qui privilégie une entrée prudente et progressive sur le marché depuis octobre 2008 et d'ici septembre 2009.

L'EFFET G20

Certains gérants jouent aussi le thème des pays qui pourraient bénéficier du plan de relance global de 1.100 milliards de dollars décidé au G20 de Londres et dont la majeure partie sera affectée au triplement des ressources du Fonds monétaire international.

"La décision d'étendre la capacité de prêt du Fonds monétaire international va profiter en particulier aux pays émergents qui n'ont pas de gros problèmes structurels mais qui pâtissent de la crise mondiale", estime Patrice Lemonnier, responsable de la gestion actions émergentes chez Crédit agricole Asset Management. "Dans cette optique, nous nous renforçons sur des pays comme la Pologne, la République tchèque ou le Mexique".

Le gérant augmente en particulier dans son portefeuille la part du secteur financier de ces pays, qui a été très décoté.

Jean-Louis Scandella, chez Comgest, privilégie de son côté trois grands thèmes d'investissement dans les émergents. Il parie d'abord sur les entreprises dont le business model résiste à la récession, ou même en tire partie, "comme les supermarchés hard discount dans un pays tel que la Turquie".

"Il y a ensuite les investissements qui constituent des barrages contre l'inflation, dont certains opérateurs anticipent déjà le retour à terme, alors que les banques centrales font marcher la planche à billets pour financer des économies mal en point", fait-il valoir. "Les matières premières comme les métaux ont d'ailleurs déjà beaucoup monté dans cette optique".

Le gérant privilégie enfin les futurs consolidateurs qui ont peu de dette et un cash flow positif et peuvent résister à la crise, pour ensuite réaliser des acquisitions à bas prix. Il mise par exemple sur Tenaris, spécialiste italo-argentin des tubes de forage.

Edité par Jacques Poznanski

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