Thierry Flecchia estime que les valorisations des actions sont redevenues raisonnables. Les incertitudes sur la date de la reprise économique n'empêchent pas d'investir.
En septembre 2007, alors que la crise du crédit avait démarré aux Etats-Unis un mois plus tôt ; Thierry Flecchia, fondateur de la société de gestion Flinvest, se demandait déjà s'il était bien pertinent de l'appeler la « crise des subprimes ». Il s'agissait plutôt, selon lui, d'une crise de haut de cycle pour les industries de la finance et de l'immobilier, crise dont les racines plongent dans une dette trop lourde financée par des actifs douteux. Par effet de domino, les sicav dynamiques et de nombreux « hedge funds » en ont largement pâti. Pareil pour les fonds de « private equity ». Ces produits ont montré leurs limites en révélant a posteriori des positions aussi opaques que dangereuses. « Le levier est devenu massue. »
La crise financière puis économique a déboussolé les investisseurs et a fait sortir brutalement les « mains faibles » des marchés les plus liquides comme les actions et les obligations. Mais, ironise-t-il, « il ne faut jeter pas le bébé avec l'eau du bain ». Car elle va porter les sociétés aux bilans sains, évoluant sur des secteurs porteurs. Ensuite, la déflation va renforcer le pouvoir d'achat des investisseurs avisés qui ont eu les moyens de rester liquides. La crise va aussi permettre de revenir aux fondamentaux historiques d'une « économie d'origine contrôlée » financée avec des outils simples comme les actions ou les obligations sur lesquels la traçabilité est longue.
Enfin, Thierry Flecchia estime que les valorisations des actions sont redevenues raisonnables et les rendements plus intéressants que ceux offerts par les taux courts, « à un moment où la croissance des pays émergents offre des opportunités de développement importantes à des sociétés bien gérées». Les incertitudes sur la date de la reprise n'empêchent pas d'investir. Et c'est toute la difficulté du métier de gérant que d'anticiper les secteurs, les valeurs injustement massacrées qui rebondiront le plus.
Il n'aime pas : les excès... en tant que citoyen
« Chaque bulle crée des excès malsains divers. La dernière en date est une gigantesque bulle de crédit qui a renchéri la valeur de tous les actifs de façon indifférenciée. Les bulles sont tirées par l'appât du gain, une constante, hélas, de la nature humaine. Cette bulle est d'ailleurs aussi celle de la sur-rémunération de certaines professions (dirigeants de grands groupes bancaires et industriels, banquiers d'investissement). Associé à un manque de gouvernance et à un défaut d'analyse et de maîtrise du risque, cet excès a été facilité par le laxisme de la Banque fédérale américaine. Mais chaque dégonflement de bulle crée dans la précipitation des décisions à chaud, des excès, tout en visant une moralisation de la vie des affaires. Il s'agit en particulier de la raréfaction du crédit ou de la multiplication des réglementations et des contrôles. Dans un marché aujourd'hui mondial, les dangers sont multiples. Ce peut être la déflation due à la crise de la demande et aux surcapacités de production, l'accélération des délocalisations et l'explosion du chômage. Ce peut aussi être un jour l'inflation la hausse des taux d'intérêt, et un protectionnisme accru. Mais ce n'est pas tout. Au-delà de l'économie, les dangers sont aussi démocratiques. Les crises créent souvent de lourdes tensions sociales. Si l'histoire récente a montré comment la crise des années 1930 a permis à Hitler de prendre le pouvoir en Allemagne, il ne faudrait pas que la crise que nous subissons aujourd'hui soit un tremplin vers le populisme. L'intervention des Etats en soutien des banques a été décisive pour le rétablissement de la confiance face à un risque systémique. Il ne faudrait pas cependant qu'une re-régulation trop tatillonne freine la reprise économique inéluctable et se substitue aux entrepreneurs et aux contre-pouvoirs privés.
Il aime : les excès... en tant qu'investisseur
Notre philosophie de gestion fait de l'excès le coeur de notre stratégie d'investissement. Elle consiste à porter un regard contrariant en recherchant des actions et plus généralement des actifs liquides de toute nature (obligations, matières premières, immobilier coté...) sous-évalués à un moment où des grands changements structurels ne sont pas encore pris en compte par le marché. Elle s'appuie sur une analyse fondamentale et sectorielle.
Notre gestion est aussi opportuniste car elle profite du fait que les marchés sont régulièrement excessifs. La crise a déstabilisé les investisseurs. En effet, elle a entraîné la Bourse vers une correction d'une brutalité inimaginable et a mis dans un même panier le pire et le meilleur sans un regard pour les fondamentaux individuels. Malgré le rebond observé sur les actions ces dernières semaines, les valorisations restent encore à des niveaux très attractifs. Les excès à la baisse, pour un investisseur moyen terme comme moi, ne sont donc pas une mauvaise chose. Car ils permettent de construire des portefeuilles diversifiés et de qualité mais aussi clairement créateurs de valeur. Ils permettront au prix d'une certaine volatilité de retrouver des rendements attractifs dans les années à venir, rémunérant ainsi le risque pris. Les investisseurs finaux auront payé cher pour comprendre qu'il n'y a pas de placement magique c'est-à-dire sans risque, et que la liquidité a un prix élevé. En face de toute rentabilité, il y a un risque associé qui doit être analysé et maîtrisé par le gérant. »
