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mercredi 22 avril 2009
Inde : la crise mondiale fera fondre de moitié le taux de croissance en 2009
La Banque du Canada réduit son taux directeur; la récession sera pire que prévu
La Banque du Canada a abaissé mardi son taux d'intérêt directeur pratiquement à son plus faible niveau, espérant ainsi être en mesure de combattre un ralentissement économique qui s'avère pire que prévu, a-t-elle expliqué.
La banque centrale a réduit de moitié sa cible sur le taux de financement à un jour à 0,25 pour cent - soit ce qu'elle estime être sa "valeur plancher" - et signalé qu'elle le laisserait à ce niveau au moins jusqu'à la mi-2010 pour tenter de stopper la chute de l'économie.
Les banques commerciales ont rapidement réduit leur taux d'intérêt préférentiels à la suite de l'annonce de la Banque du Canada. La Banque de Montréal (TSX:BMO), qui a mis moins de deux minutes à réagir, a réduit son taux préférentiel - celui qui sert de référence aux hypothèques à taux variable et à d'autres prêts - d'un quart de point de pourcentage à 2,25 pour cent. Certains taux hypothécaires fixes ont aussi été réduits.
Les actions de la Banque du Canada laissent croire que son gouverneur Mark Carney est prêt à activer tous les leviers possibles pour assouplir et stimuler l'activité de prêt et d'emprunt, a observé l'économiste Michael Gregory, de BMO Marchés des capitaux.
"Je crois que c'est une première étape", a-t-il dit. "Un assouplissement quantitatif (un accroissement de la masse monétaire) est imminent. Je vois l'impression d'argent (...) comme une fourniture de réserves supplémentaires pour le système bancaire, pour que les banques puissent faire quelque chose avec cet argent supplémentaire."
M. Carney donnera les détails de toute opération quantitative jeudi, lors de la présentation du rapport sur la politique monétaire de la banque centrale, dans lequel seront aussi détaillées de nouvelles perspectives économiques plus sombres.
"La récession au Canada sera plus profonde qu'anticipé, et l'économie devrait se contracter de 3,0 pour cent en 2009", a prévenu d'office la banque centrale dans son communiqué de mardi.
"Dans un contexte de forte incertitude prolongée", poursuit la banque, la récession mondiale s'est intensifiée depuis le début de l'année et les mesures fiscales et monétaires pour stabiliser le système financier "prend plus de temps qu'on ne le prévoyait".
Conséquemment, M. Carney a pratiquement jeté aux poubelles le plan de match qu'il avait détaillé en janvier.
Il avait alors prédit que la récession prendrait fin d'ici l'été, que l'activité économique reculerait de 1,2 pour cent pour l'ensemble de 2009 et qu'une reprise robuste aurait lieu dès 2010.
La Banque du Canada croit maintenant que l'économie ne cessera pas de reculer avant le quatrième trimestre, dans le meilleur des cas. Cette prévision est conforme à celle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et à celles d'un certain nombre d'économistes du secteur privé.
Les nouvelles attentes de la banque semblent aussi plus adaptées à une économie qui a vu disparaître quelque 270 000 emplois depuis janvier.
Le gouverneur Carney reste relativement optimiste quant à la reprise, prédisant un rebond de 2,5 pour cent de l'activité économique l'an prochain. Bien qu'inférieure à sa prévision précédente de croissance de 3,8 pour cent en 2010, cela reste bien au-dessus des chiffres avancés par l'OCDE, qui table plutôt sur une croissance de 0,3 pour cent pour l'an prochain.
"Compte tenu de l'importante restructuration en cours dans plusieurs secteurs, le taux de croissance de la production potentielle a été revu à la baisse", précise la banque dans son communiqué.
"La reprise sera soutenue de façon importante par la détente monétaire instaurée par la Banque."
Des économistes de la Banque Scotia ont qualifié la révision des prévisions de la banque centrale de "rectificatif de mi-parcours significatif (...) qui est juste à tous les niveaux."
Dans une note à ses clients la Scotia a estimé que la banque centrale "s'inquiétait de façon beaucoup plus réaliste des perspectives à long terme pour l'économie mondiale et pour le système financier, y compris pour ce qui est des influences et répercussions sur le Canada."
Le nouveau pessimisme - que certains économistes appelleraient plutôt réalisme - augmente la possibilité que M. Carney aille plus loin que de simplement énumérer jeudi les options qui s'offrent à lui en terme d'assouplissement quantitatif, et qu'il s'aventure en terrain inconnu.
La Banque du Canada ne croit pas que l'inflation représente un danger - en fait, elle prédit une chute des prix de 0,8 pour cent au troisième trimestre et ne s'attend pas à ce que l'inflation ne renoue avec sa cible de deux pour cent avant le troisième trimestre de 2011.
L’économie? Elle va un peu moins mal
C’est «la fête du ralentissement». Sous-entendu, du ralentissement de la chute. Alessandro Fugnoli, l’économiste de la banque italienne Abaxbank, a encore inscrit sur son calendrier la fête à la stabilité cet été et même, peut-être, une «rave» en l’honneur d’une petite reprise en fin d’année. Côté tenue, sa recommandation? La sobriété. Car, poursuit-il, s’il est raisonnable d’imaginer une hausse des Bourses en 2009, l’économie sera, elle, presque partout, toujours en recul à fin décembre par rapport à janvier, même si le second semestre s’avère positif. Et l’adage le plus souvent cité actuellement reste: «Une hirondelle ne fait pas le printemps.»
Image très contrastée
Depuis mars, les marchés boursiers ont ainsi retrouvé le chemin de la hausse. Alors que les efforts des autorités monétaires et politiques bourgeonnent à défaut de déjà porter leurs fruits, les résultats trimestriels des banques américaines sont venus prêter main-forte à certains indicateurs économiques pour renforcer ce sentiment que les choses vont un peu moins mal. Des exemples? Un des symboles de la crise financière, Citigroup, a retrouvé les chiffres noirs en ce début d’année et l’indice de confiance des consommateurs américains vient de signer un deuxième mois consécutif de hausse. Mais les chiffres sombres de la production industrielle ou des ventes du commerce de détail soulignent l’aspect contrasté de l’image actuelle de la première économie du monde. Comme le rappelle Hélène Baudchon, du Crédit Agricole, dans son commentaire hebdomadaire, «les indicateurs soufflent le chaud et le froid, ce qui est typique des retournements de tendance».
Le pire est-il derrière nous? Le président américain, Barack Obama, a réussi à marquer les esprits avec sa «lueur d’espoir». Du côté des économistes, on surfe sur la nuance sémantique. On parle ainsi de «l’arrêt de l’approfondissement de la crise» ou de la «modération du rythme de la chute», mais pas encore de stabilisation et encore moins de reprise. Et s’il se confirme, ce changement de direction sautera-t-il aussi de Wall Street à Main Street, pour reprendre l’expression utilisée lors de la propagation de la crise des marchés financiers à l’économie réelle?
Pour les économistes de Merrill Lynch - Bank of America, retournement de tendance il y a, et, selon eux, l’économie américaine retrouvera une – petite – croissance en deuxième partie d’année pour vivre ensuite une longue période de «purgatoire». La Réserve fédérale (Fed), la Banque centrale américaine, table, elle, sur une stabilisation du produit intérieur brut (PIB) américain durant le deuxième semestre et sur une progression lente en 2010. Et lorsque la reprise sera là, elle sera «molle», selon le Fonds monétaire international (FMI).
Entrée en avril dans son 17e mois de récession, l’économie américaine passerait donc du noir profond au gris foncé, pour reprendre l’expression de la Fed. Parmi les incertitudes et autres risques figure bien sûr le poids du chômage qui pourrait dépasser les 10% l’an prochain. Sans même parler de la situation encore précaire de l’immobilier et du secteur financier. Ou encore cette interrogation souvent formulée ainsi: «A quoi va ressembler l’économie après le rebond du deuxième semestre lié aux plans de relance?» Attention aux chutes d’espoir.
Incontournable Chine
Une fois n’est pas coutume, les regards ne se tournent pas que vers la première économie mondiale. Les observateurs jettent également un œil attentif au-delà du Pacifique. Là encore, les signaux envoyés par l’autre phare de la planète sont contrastés. Mais si le PIB chinois a atteint son plus mauvais score depuis le début des années 90 entre janvier et mars (+6,1%), le ralentissement… ralentit. Et le gouvernement croit pouvoir parvenir aux 8% de croissance qui assurent un certain équilibre au marché du travail chinois. Important pour la stabilité sociale du pays. Reste à savoir, dans ce cas encore, s’il y aura une vie après les plans de relance – 700 milliards de francs pour la Chine? Si l’investissement privé prendra le relais des dépenses publiques.
Et… l’Europe? «Les pousses de la reprise restent encore enterrées bien profondément dans le sol», résument les analystes de Bank of America - Merrill Lynch.
Ainsi, pour reprendre l’expression du Crédit Agricole, «on est loin d’être tirés d’affaire».
ANNE GAUDARD
Les fonds arabes, nouvel espoir de l'économie allemande en crise?
Autrefois objets de méfiance, les fonds des Emirats arabes unis suscitent désormais de nombreux espoirs en Allemagne, où la crise fragilise les trésoreries des fleurons de l'industrie.
"Chevalier blanc", possible "sauveur", "ange gardien", les qualificatifs en vogue dans certains journaux rivalisent dans la surenchère.
Il y a un an à peine, pourtant, les fonds souverains incarnaient encore les financiers rapaces. L'été dernier, le gouvernement allemand avait adopté une loi limitant les investissements de ces fonds dans des secteurs stratégiques.
Mais depuis, le plus riche des Emirats arabes unis, Abou Dhabi, a racheté une filiale du conglomérat MAN, est devenu le premier actionnaire du groupe automobile Daimler et a investi dans une usine de panneaux solaires.
Le fond arabe a même été pressenti pour investir dans Opel, filiale de l'américain au bord de la faillite General Motors. Une rumeur alimentée y compris par des responsables politiques.
"Cela a été démenti depuis. Cette histoire a été montée en épingle dans les médias", affirme à l'AFP Helene Rang, membre du directoire de l'Association de l'amitié germano-émiratie.
"Abou Dhabi a de nombreuses participations dans des entreprises européennes et n'en fait jamais une discussion publique. On sait bien que les investisseurs du Golfe ont toujours une façon très prudente de procéder", souligne-t-elle.
Il n'empêche, Opel ou pas, Abou Dhabi a récemment affiché son appétit pour les entreprises de la première économie européenne. "J'ai un avis très positif sur l'industrie allemande", avait ainsi déclaré le mois dernier à Stuttgart (sud-ouest) Khadem Al Qubaisi, président d'Aabar, le fonds propriétaire de 9% de Daimler.
"Quand on parle de l'Allemagne dans le Golfe, on parle de bonnes entreprises, de bonnes technologies, d'un bon management", avait-il ajouté.
Des propos bien accueillis dans le pays, où la récession pourrait atteindre -4% cette année. La chute des Bourses a fait fondre la valeur de nombreux géants allemands. Et la chute de l'activité combinée à la raréfaction du crédit a rendu leur trésorerie exsangue.
"Beaucoup de petits entrepreneurs qui n'obtiennent plus de crédits auprès des banques essaient de récupérer de l'argent arabe ou russe. Ce sont les seuls qui ont encore de l'argent", affirme Heino Wiese, consultant spécialisé.
Conséquence: "Il va y avoir plus d'investissements directs, même si les managers des fonds n'ont pas été très heureux dans leurs investissements dans les institutions financières notamment aux Etats-Unis", selon les experts de la Frankfurt School of Finance.
Les fonds veulent à la fois diversifier leur portefeuille en se tournant vers l'industrie et limiter leur exposition en dollar au profit de l'euro, rappellent-ils.
D'autant qu'au-delà des espoirs suscités par Abou Dhabi ou Dubaï, les Allemands peuvent se targuer de bonnes relations avec les Emirats, nouées notamment par l'ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder.
Celui-ci, reconverti dans les affaires, est un ami de la famille régnante d'Abou Dhabi. Il est aussi l'initiateur d'un partenariat signé en 2004 avec l'émirat sur les énergies renouvelables.
"Les fonds d'Etat arabes investissent partout en Europe, en France notamment. Mais il y a bien une particularité allemande: la bonne image du pays et ce partenariat", conclut Hélène Rang. Une relation privilégiée que le ministre de l'Economie Karl-Theodor zu Guttenberg entend conforter lors de sa visite dans la région, du 9 au 11 mai.