mercredi 8 avril 2009

Le G20 laisse présager le nouvel ordre économique mondial

Le sommet du G20 sur la crise financière qui s'est terminé à Londres a publié un communiqué promettant de mettre en application toutes les mesures visant à assurer que l'économie mondiale soit remise sur les rails d'ici la fin de 2010. 
Le sommet a également promis de mobiliser l'aide par l'intermédiaire du Fonds monétaire international (FMI), augmenter la régulation financière, réduire le protectionnisme, et assumer ensemble les responsabilités pour faire face à la crise. 
Avec le déclin de l'économie mondiale, les importantes organisations internationales, comme le FMI, la Banque mondiale et l'Organisation pour la coopération et de développement économique (OCDE), ont toutes prévu que l'économie mondiale va connaître une baisse cette année, la première diminution importante depuis la Seconde Guerre mondiale. 
Le monde développé est encore plongé dans la récession, et les économies émergentes qui étaient très dynamiques ont également été battues par le ralentissement, qui menace le monde avec les plus grandes difficultés économiques depuis la Grande Dépression. 
Confrontés à de graves problèmes, les Etats membres du G20, qui possèdent 90% de la production mondiale, ont laissé de côté les désaccords, ont mis en place des mesures coordonnées, ont créé des plans positifs pour surmonter la crise et ont refait l'ordre mondial pour la période qui suivra la crise. Ce sera considéré comme un tournant dans l'histoire. 
Le sommet de Londres qui a duré un jour et demi a examiné trois sujets de manière efficace en montrant la direction du développement économique mondial après la crise. La mission primordiale du sommet était de coordonner les mesures visant à surmonter la crise et de relancer l'économie mondiale. 
Pour ce faire, les Etats-Unis ont proposé que les membres du G20 appliquent des politiques budgétaires dynamiques et puissent garantir des mesures de stimulation qui sont équivalentes à 2% du PIB. Bien que les principales économies de la zone euro, en particulier l'Allemagne et la France, ont exprimé leur scepticisme face à ces dépenses effrénées, le communiqué du sommet a encore une fois souligné l'effet positif des plans d'incitation fiscale. 
Le G20 a promis des mesures de stimulation qui valent 5 milliards de dollars d'ici la fin de 2010, ce qui représente 4% du PIB mondial. 
Cela montre que les Etats membres ont réaffirmé l'interdépendance de l'économie mondiale malgré les turbulences actuelles. 
Le deuxième sujet concernait le renforcement de l'aide internationale. 

L'une des plus grandes réalisations à Londres était la promesse collective de renforcer les institutions d'aide internationale, avec notamment le FMI et la Banque mondiale. La Chine, le Japon et les pays européens parmi tant d'autres, ont promis d'augmenter les capitaux du FMI. 
Pendant ce temps, la Banque mondiale a également convenu d'étendre l'ampleur des crédits pour les échanges commerciaux et d'injecter 250 millions de dollars pour relancer le commerce mondial. 
L'aide supplémentaire pour le FMI et la Banque mondiale s'élevait à 1,1 milliards de dollars, ce qui aidera certainement à stabiliser la structure financière mondiale, le commerce et le système d'investissement et permettra une reprise plus rapide. 
Le troisième problème, c'est le protectionnisme. 
Tous les Etats membres ont unanimement dénoncé le protectionnisme, en appelant à la reprise des négociations commerciales de Doha, le boycott des mesures de dévaluation de la monnaie, et ont promis d'étendre la promesse du sommet de G20 de Washington "de ne pas mettre en place de nouvelles mesures protectionnistes pour un an» jusqu'à la fin de 2010. 
Cependant, quelques différends sont restés. 
Les Etats membres n'ont atteint de consensus sur la réforme du système financier international. 
La stabilité du système financier mondial, les artères et les veines de l'économie mondiale, c'est la question fondamentale pour le redressement économique et le développement. Le sommet de Washington a souligné que l'une des origines de la bulle de crédit et de la crise financière, c'était le manque de réglementation financière internationale. Il s'est engagé à renforcer la réglementation financière et la réforme du système financier international. Fixer les fuites des capitaux, se débarrasser des actifs toxiques, assainir le système financier sont sans aucun doute les bases nécessaires pour surmonter la crise et relancer les finances dans le monde. 
Avant le sommet, les Etats-Unis ont proposé un projet financé par les fonds publics et privés pour résoudre le problème des actifs toxiques. Toutefois, il a hésité à proposer de renflouer davantage les institutions financières. En ce qui concerne le problème des entreprises en difficulté dans l'économie réelle, le gouvernement américain n'a pas mis en place une "renaissance industrielle" afin de faciliter le régime de la faillite et la restructuration des entreprises. Les mesures de protection visant à maintenir la vie des entreprises mourantes ont créé des cellules cancéreuses dans l'économie réelle. En Europe, les économies de la zone euro refusent de payer pour les pays de l'Europe centrale et orientale qui sont battues par le chaos financier. L'inaction pourrait entraîner des problèmes pour le système bancaire européen. 
Les Etats-Unis, l'Europe et le Japon veulent tous préserver leur propre supériorité stratégique et d'optimiser l'autonomie des intérêts dans le système monétaire international. Ainsi, le sommet n'a pas permis d'atteindre un consensus international sur la réglementation financière. 
La chancelière allemande Angela Merkel a fait valoir que si la décision sur la stabilisation de la situation financière internationale ne sera pas faite lors du forum, elle ne sera pas faite en cinq ans. L'Allemagne et la France ont préconisé le renforcement du pouvoir régulateur du FMI, et une réglementation plus stricte sur les paradis fiscaux. Bien que les Etats-Unis étaient d'accord pour rejoindre fonds de protection et de surveillance des instruments financiers dérivés, ils se sont opposés en affirmant que "régulation pourrait handicaper la liberté et l'efficacité du marché". Le Japon a appelé d'une façon ambiguë à soutenir les "élites financières" à la recherche d'une "réglementation intelligente", à restructurer le Forum de stabilité financière pour y ajouter un siège pour le Japon, et construire "un système de réglementation auto-discipliné". 
Depuis que la crise financière a éclaté, la cohésion et le pouvoir de la conférence financière des ministres du G7 a connu un déclin. Le sommet du G20, qui intègre les économies émergentes, sert maintenant de plate-forme principale pour l'ordre économique mondial. 
Le développement des marchés émergents et le déclin relatif des pays développés indique la réorientation de l'ordre économique mondial. Les représentants des pays développés devaient écouter les revendications proposées par la Chine, le Brésil, l'Inde, la Russie, et d'autres économies émergentes. La promesse de la Chine à injecter des fonds dans le FMI et d'endiguer le protectionnisme a été félicitée. Comme le poids économique des pays émergents augmente, et leurs voix deviennent plus fortes, des espoirs d'un ordre international plus juste planent sur l'horizon de l'économie mondiale. 
L'auteur est Liu Junhong, chercheur à l'Institut chinois des relations internationales contemporaines.

Crise économique La Chine peut-elle relancer l'économie mondiale ?


L'économie chinoise devrait rebondir mi-2009 et redémarrer pleinement en 2010, grâce au vaste plan de relance du gouvernement. Cette reprise de la troisième puissance mondiale peut-elle stimuler l'économie de la planète ? Rien n'est moins sûr. 

L'éclaircie tant attendue dans la tempête qui balaie l'économie mondiale viendra-t-elle de Chine ? En effet, face à la crise, l'empire du milieu fait de la résistance. Mieux, son économie devrait rebondir dès cette année et redémarrer pleinement en 2010.

Certes, la Chine ne passe pas à travers l'orage. Un rapport de la Banque mondiale publié le 7 avril prévoit que le produit intérieur brut (PIB) du pays ne dépassera pas une croissance de 6,5 % cette année, contre 13 % en 2007 et 9 % l'an dernier. Une prévision en ligne avec celle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui table sur une croissance du PIB chinois de +6,3% en 2009.

Les deux institutions soulignent néanmoins que de récentes statistiques de l'économie chinoise laissent penser que le pire a été atteint et que la reprise est amorcée. Les banques chinoises ont ainsi prêté 2.690 milliards de yuans (296 milliards d'euros) au  cours des deux premiers mois de l'année pour financer les grandes dépenses  d'infrastructure engagées dans le cadre du plan de relance national. Par ailleurs, la production industrielle du pays est repartie : l'indice des Directeurs d'Achats (PMI) a ainsi progressé en mars pour le quatrième mois consécutif à 52,4.  Enfin, la Chine achète à nouveau des matières premières.

Le rebond chinois va contribuer à la guérison de la région Asie de l'Est et du Pacifique

Les raisons de cette résistance ? Tout d'abord, le secteur bancaire chinois n'a pas été exposé, comme ses homologues occidentaux, aux actifs à haut risque, grâce à son contrôle des capitaux. Surtout, le colossal plan de relance du gouvernement chinois, qui mobilise 4.000 milliards de yuans (440 milliards d'euros), soit 12% du PIB du pays, commence à porter ses fruits. Essentiellement fondé sur les investissements dans les infrastructures, le plan de relance chinois devrait contribuer pour près de trois quarts (4,9 points) à la croissance du PIB national cette année, selon la Banque mondiale.

Au final, la croissance de la Chine devrait s'accélérer au cours des deux derniers trimestre de 2009 - à +8 ou 9% selon les prévisions du département économie de Natixis - pour s'affirmer en 2010. L'an prochain, la croissance du PIB chinois atteindrait +8,5% selon l'OCDE. Pour la Banque mondiale, c'est « grâce à la Chine que la croissance des pays en développement de l'Asie de l'Est et du Pacifique sera la plus rapide de toutes les régions du monde ». L'économie chinoise devrait ainsi « redémarrer pleinement en 2010 et contribuer à la stabilisation de la région, voire à sa guérison», assure l'institution.

Le rebond de l'économie chinoise, troisième économie au monde, est-il également une lueur d'espoir pour l'économie mondiale ? La Chine peut-elle seule relancer la croissance de la planète ? Malheureusement non.

Certes, la reprise de la production industrielle chinoise est une « bonne nouvelle » pour les économies qui font du commerce avec l'empire du milieu, indique Edgardo Torija-Zane, économiste chez Natixis. La Chine va en effet augmenter sa demande de matières premières. Le rebond chinois peut être un « catalyseur » de la reprise mondial,  explique Laurence Bonne, chef économiste chez Barclays Capital, à condition d'être accompagné par une reprise aux Etats-Unis grâce au vaste plan de relance budgétaire du gouvernement Obama. Seule, l'économie chinoise a un impact limité.

Le poids de la Chine dans le PIB mondial est trop faible pour relancer l'économie

Tout d'abord parce que l'économie chinoise est relativement fermée. Sa part dans les importations mondiales ne s'élevaient ainsi qu'à 6,5% en 2007. Ensuite parce que le poids de la Chine dans l'économie mondiale n'est pas aussi significatif que celui des grandes économies occidentales. La Chine ne pèse que 7% du PIB mondial en 2008, contre 23% pour les Etats-Unis et 32% pour l'Union européenne.

« Le consommateur moyen chinois ne peut remplacer le consommateur moyen américain en termes de panier et de pouvoir d'achat », souligne Laurence Boone. D'autant que la relance par la consommation n'est pas acquise en Chine.

En dépit des grands projets d'infrastructures qui visent à maintenir l'emploi, le chômage reste à un niveau très élevé. Selon le ministère de l'agriculture chinois, 20 millions de travailleurs ruraux (15% du total) ont perdu leur emploi depuis le début de l'année. Sur les 70 millions de travailleurs migrants partis dans les zones rurales à l'occasion du Nouvel An chinois, fin janvier, 80% (56 millions) sont retournés dans les villes. Parmi eux, 11 millions n'ont pas retrouvé d'emploi. La plaie du chômage, amplifiée par l'inexistence de filets de sécurité sociale, n'incite pas le consommateur chinois à dépenser. Le taux d'épargne en Chine est l'un des plus élevés au monde.

« On ne peut pas compter sur l'économie chinoise pour relancer seule l'économie mondiale, résume Françoise Lemoine, économiste au CEPII. Elle peut en revanche éviter que celle-ci ne plonge plus fortement. »

L'Economie Réelle et l’autre = où il n’y a de vérité que dans la création de valeur ajoutée.

La crise financière actuelle devrait attirer l'attention sur un aspect trop peu souvent mentionné dans les commentaires jusqu'ici.
L'économie réelle, celle qui correspond à des échanges de biens ou de services a une valeur ajoutée évidente. Dans sa fonction d'accompagnement de cette économie réelle, la fonction financière que ce soit comme banque de dépôt, ou de financement des activités a également une valeur ajoutée tangible, et participe au développement de l'économie et à la création de valeur, de richesse.
De même, la protection des prix de matières premières ou d'un taux de change par une vente ou un achat à terme effectués par le producteurou le consommateur ont une fonction réelle d'élimination d'un risque, de protection ou de garantie d'un résultat.
Là où le système dévie, c'est dans l'activité fébrile sur des produits dérivés qui ne crée pas de valeur. Les différents intervenants qui rachètent des contrats à terme au cours de leur durée de vie dans un but de spéculation pure, n'ajoutent aucune valeur. Il n'y a pas de création de richesse. C'est un jeu à somme nulle dans la mesure où deux intervenants qui ne sont ni producteurs ni consommateurs d'un produit, prennent des positions opposées sur un prix futur.
Pour que l'un gagne il faut que l'autre perde. Il n'y a donc en définitive aucune réelle création globale de richesse puisque le gain de l'un est compensé par la perte de l'autre. La défaillance toujours possible d'un des deux acteurs qui ne peut pas honorer son engagement purement financier vient ajouter un talon d'Achille au système qui dans ce cas détruit de la valeur.
Il y a également un transfert du risque vers des opérateurs qui ne mesurent pas toujours la nature et l'importance du risque pris par leur méconnaissance du métier sous-jacent en particulier dans le domaine des matières premières.
L'article paru dans ''le Monde'' du 5 Septembre sur ''La déraison financière'' attire l'attention sur le fait que les échanges monétaires correspondants à des échanges réels de biens et services ne représentent que 2.2% des transactions monétaires réelles. L'absurdité d'un tel système saute aux yeux en particulier à la lumière des derniers évènements.
Il y a un parallèle à faire en ce qui concerne le transfert de risque avec les opérations de titrisation. Le transfert du risque en noyant les créances dans des produits ''packagés'', ont encouragé des banques américaines à consentir des prêts à des clients insolvables puisqu'ils ne conservaient pas le risque final.
Les garde-fous à mettre en place par les régulateurs devraient tenir compte de cet aspect. Si les contrats de terme ne pouvaient pas faire l'objet d'opérations d'aller-retour pendant leur durée de vie, et si les banques gardaient la responsabilité des créances des emprunteurs jusqu'à leur échéance, les déviations auxquelles nous assistons depuis des années seraient évitées.
Il est certain qu'un pan de l'économie financière serait affecté, brokers, traders et autres y perdraient leurs commissions d'intervention et leurs bonus, et les banques d'investissement seraient moins tentées de faire des opérations pour leur propre compte.
L'assainissement du système mérite peut-être ce ''sacrifice''.
Joël Hakim, Ex-Directeur de PECHINEY en Australie

Les banques US sont "fondamentalement insolvables", selon Soros

N

EW YORK (Reuters) - L'économie américaine va connaître "un ralentissement prolongé" et ne se redressera pas cette année, tandis que "le système bancaire dans son ensemble est fondamentalement insolvable", a déclaré le milliardaire et investisseur George Soros, dans un entretien à Reuters Financial Television.

Alors que nationaliser les banques est pour lui "hors de question", il a jugé que les tests de résistance menés dans le secteur par le Trésor américain pourraient constituer le prélude à une recapitalisation plus réussie.

Il a cependant averti du danger d'atténuer les règles d'application de la méthode comptable "mark-to-market", ce qui risque de prolonger la vie de banques américaines "zombies".

Soros juge possible une amélioration de la situation économique mondiale en 2010 mais le calendrier dépendra selon lui de la profondeur de la récession.

La Chine sera, à son avis, le premier pays à émerger de la récession, probablement cette année, et elle constituera le fer de lance de la croissance mondiale en 2010.

Il a jugé que les responsables économiques mondiaux "commençaient en vérité à refaire leur retard" sur la crise et dans les efforts pour résoudre les problèmes structurels du système financier.

"Le système avait des défauts fondamentaux et on ne reviendra pas à la situation d'où l'on part", a-t-il estimé.

Concernant les devises, Soros a jugé que le dollar était sous pression et que la monnaie américaine pourrait finalement être remplacée comme devise mondiale de réserve, éventuellement par les Droits de tirage spécial (DTS) du Fonds monétaire international.

Les DTS, un panier de devises composé actuellement de dollars, d'euros, de livres sterling et de yens, ont été créés en 1969 par le FMI en tant que réserve internationale d'actifs.

La Chine a récemment proposé une utilisation accrue des DTS, éventuellement comme devise mondiale de réserve.

"A long terme, avoir une unité internationale de compte autre que le dollar pourrait être un avantage", a estimé Soros.

Il a ajouté que le système ayant permis aux Etats-Unis de dépenser plus qu'ils ne gagnent "prenait fin" et devait être "changé".

"AVANTAGE COLOSSAL" DE L'EURO

Pour Soros, la crise financière ne peut qu'inciter les Etats utilisant l'euro à ne pas quitter l'union monétaire européenne, surtout si l'on considère les grandes difficultés de certains pays d'Europe de l'Est.

L'euro a offert "un avantage colossal" aux pays qui l'utilisaient, et il est "inenvisageable pour un pays moins performant d'en sortir", a-t-il expliqué.

Même si l'augmentation des ressources du FMI décidée la semaine dernière lors du sommet du G20 à Londres va aider à stabiliser les économies d'Europe de l'Est, certains pays restent dans une situation délicate, a-t-il ajouté, citant les Etats baltes ou encore l'Ukraine qui n'est selon lui pas loin de faire défaut sur sa dette.

Le milliardaire s'est cependant réjoui de voir l'Allemagne, principale économie de la zone euro, davantage prête à venir en aide aux pays en difficulté.

"L'Allemagne, qui était la plus réticente à devenir la source de financement du reste de l'Europe, a reconnu qu'elle aussi avait une responsabilité envers les nouveaux entrants", a-t-il relevé.

Steven C. Johnson, version française Grégory Schwartz et Stanislas Dembinski