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mercredi 8 avril 2009
Le G20 laisse présager le nouvel ordre économique mondial
Crise économique La Chine peut-elle relancer l'économie mondiale ?

L'éclaircie tant attendue dans la tempête qui balaie l'économie mondiale viendra-t-elle de Chine ? En effet, face à la crise, l'empire du milieu fait de la résistance. Mieux, son économie devrait rebondir dès cette année et redémarrer pleinement en 2010.
Certes, la Chine ne passe pas à travers l'orage. Un rapport de la Banque mondiale publié le 7 avril prévoit que le produit intérieur brut (PIB) du pays ne dépassera pas une croissance de 6,5 % cette année, contre 13 % en 2007 et 9 % l'an dernier. Une prévision en ligne avec celle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui table sur une croissance du PIB chinois de +6,3% en 2009.
Les deux institutions soulignent néanmoins que de récentes statistiques de l'économie chinoise laissent penser que le pire a été atteint et que la reprise est amorcée. Les banques chinoises ont ainsi prêté 2.690 milliards de yuans (296 milliards d'euros) au cours des deux premiers mois de l'année pour financer les grandes dépenses d'infrastructure engagées dans le cadre du plan de relance national. Par ailleurs, la production industrielle du pays est repartie : l'indice des Directeurs d'Achats (PMI) a ainsi progressé en mars pour le quatrième mois consécutif à 52,4. Enfin, la Chine achète à nouveau des matières premières.
Le rebond chinois va contribuer à la guérison de la région Asie de l'Est et du Pacifique
Les raisons de cette résistance ? Tout d'abord, le secteur bancaire chinois n'a pas été exposé, comme ses homologues occidentaux, aux actifs à haut risque, grâce à son contrôle des capitaux. Surtout, le colossal plan de relance du gouvernement chinois, qui mobilise 4.000 milliards de yuans (440 milliards d'euros), soit 12% du PIB du pays, commence à porter ses fruits. Essentiellement fondé sur les investissements dans les infrastructures, le plan de relance chinois devrait contribuer pour près de trois quarts (4,9 points) à la croissance du PIB national cette année, selon la Banque mondiale.
Au final, la croissance de la Chine devrait s'accélérer au cours des deux derniers trimestre de 2009 - à +8 ou 9% selon les prévisions du département économie de Natixis - pour s'affirmer en 2010. L'an prochain, la croissance du PIB chinois atteindrait +8,5% selon l'OCDE. Pour la Banque mondiale, c'est « grâce à la Chine que la croissance des pays en développement de l'Asie de l'Est et du Pacifique sera la plus rapide de toutes les régions du monde ». L'économie chinoise devrait ainsi « redémarrer pleinement en 2010 et contribuer à la stabilisation de la région, voire à sa guérison», assure l'institution.
Le rebond de l'économie chinoise, troisième économie au monde, est-il également une lueur d'espoir pour l'économie mondiale ? La Chine peut-elle seule relancer la croissance de la planète ? Malheureusement non.
Certes, la reprise de la production industrielle chinoise est une « bonne nouvelle » pour les économies qui font du commerce avec l'empire du milieu, indique Edgardo Torija-Zane, économiste chez Natixis. La Chine va en effet augmenter sa demande de matières premières. Le rebond chinois peut être un « catalyseur » de la reprise mondial, explique Laurence Bonne, chef économiste chez Barclays Capital, à condition d'être accompagné par une reprise aux Etats-Unis grâce au vaste plan de relance budgétaire du gouvernement Obama. Seule, l'économie chinoise a un impact limité.
Le poids de la Chine dans le PIB mondial est trop faible pour relancer l'économie
Tout d'abord parce que l'économie chinoise est relativement fermée. Sa part dans les importations mondiales ne s'élevaient ainsi qu'à 6,5% en 2007. Ensuite parce que le poids de la Chine dans l'économie mondiale n'est pas aussi significatif que celui des grandes économies occidentales. La Chine ne pèse que 7% du PIB mondial en 2008, contre 23% pour les Etats-Unis et 32% pour l'Union européenne.
« Le consommateur moyen chinois ne peut remplacer le consommateur moyen américain en termes de panier et de pouvoir d'achat », souligne Laurence Boone. D'autant que la relance par la consommation n'est pas acquise en Chine.
En dépit des grands projets d'infrastructures qui visent à maintenir l'emploi, le chômage reste à un niveau très élevé. Selon le ministère de l'agriculture chinois, 20 millions de travailleurs ruraux (15% du total) ont perdu leur emploi depuis le début de l'année. Sur les 70 millions de travailleurs migrants partis dans les zones rurales à l'occasion du Nouvel An chinois, fin janvier, 80% (56 millions) sont retournés dans les villes. Parmi eux, 11 millions n'ont pas retrouvé d'emploi. La plaie du chômage, amplifiée par l'inexistence de filets de sécurité sociale, n'incite pas le consommateur chinois à dépenser. Le taux d'épargne en Chine est l'un des plus élevés au monde.
« On ne peut pas compter sur l'économie chinoise pour relancer seule l'économie mondiale, résume Françoise Lemoine, économiste au CEPII. Elle peut en revanche éviter que celle-ci ne plonge plus fortement. »
L'Economie Réelle et l’autre = où il n’y a de vérité que dans la création de valeur ajoutée.
Les banques US sont "fondamentalement insolvables", selon Soros
N
Alors que nationaliser les banques est pour lui "hors de question", il a jugé que les tests de résistance menés dans le secteur par le Trésor américain pourraient constituer le prélude à une recapitalisation plus réussie.
Il a cependant averti du danger d'atténuer les règles d'application de la méthode comptable "mark-to-market", ce qui risque de prolonger la vie de banques américaines "zombies".
Soros juge possible une amélioration de la situation économique mondiale en 2010 mais le calendrier dépendra selon lui de la profondeur de la récession.
La Chine sera, à son avis, le premier pays à émerger de la récession, probablement cette année, et elle constituera le fer de lance de la croissance mondiale en 2010.
Il a jugé que les responsables économiques mondiaux "commençaient en vérité à refaire leur retard" sur la crise et dans les efforts pour résoudre les problèmes structurels du système financier.
"Le système avait des défauts fondamentaux et on ne reviendra pas à la situation d'où l'on part", a-t-il estimé.
Concernant les devises, Soros a jugé que le dollar était sous pression et que la monnaie américaine pourrait finalement être remplacée comme devise mondiale de réserve, éventuellement par les Droits de tirage spécial (DTS) du Fonds monétaire international.
Les DTS, un panier de devises composé actuellement de dollars, d'euros, de livres sterling et de yens, ont été créés en 1969 par le FMI en tant que réserve internationale d'actifs.
La Chine a récemment proposé une utilisation accrue des DTS, éventuellement comme devise mondiale de réserve.
"A long terme, avoir une unité internationale de compte autre que le dollar pourrait être un avantage", a estimé Soros.
Il a ajouté que le système ayant permis aux Etats-Unis de dépenser plus qu'ils ne gagnent "prenait fin" et devait être "changé".
"AVANTAGE COLOSSAL" DE L'EURO
Pour Soros, la crise financière ne peut qu'inciter les Etats utilisant l'euro à ne pas quitter l'union monétaire européenne, surtout si l'on considère les grandes difficultés de certains pays d'Europe de l'Est.
L'euro a offert "un avantage colossal" aux pays qui l'utilisaient, et il est "inenvisageable pour un pays moins performant d'en sortir", a-t-il expliqué.
Même si l'augmentation des ressources du FMI décidée la semaine dernière lors du sommet du G20 à Londres va aider à stabiliser les économies d'Europe de l'Est, certains pays restent dans une situation délicate, a-t-il ajouté, citant les Etats baltes ou encore l'Ukraine qui n'est selon lui pas loin de faire défaut sur sa dette.
Le milliardaire s'est cependant réjoui de voir l'Allemagne, principale économie de la zone euro, davantage prête à venir en aide aux pays en difficulté.
"L'Allemagne, qui était la plus réticente à devenir la source de financement du reste de l'Europe, a reconnu qu'elle aussi avait une responsabilité envers les nouveaux entrants", a-t-il relevé.
Steven C. Johnson, version française Grégory Schwartz et Stanislas Dembinski