Bien orchestrée, cette double stratégie, où l'année 2010 reste expansionniste pour l'ensemble de l'Union mais voit se développer simultanément des plans clairs et crédibles de réduction des déficits publics, nous permettra de soutenir la reprise économique à court terme avec la certitude que les finances publiques seront assainies dans les prochaines années et deviendront soutenables à long terme.
Le déficit budgétaire moyen de l'Union européenne devrait atteindre 6,9 % du PIB en 2009 et augmenter encore l'année prochaine avant d'amorcer une petite décrue en 2011, date à laquelle les mesures de relance devraient expirer pour la plus grande part. La dette publique, devrait, quant à elle, augmenter de plus de 20 points de pourcentage entre 2008 et 2011 pour atteindre près de 84 % du PIB.
Un des grands défis des prochaines années sera de ramener les finances publiques à un niveau soutenable, condition nécessaire pour augmenter le potentiel de croissance qui a été sévèrement et durablement affecté par la crise, afin de donner de l'élan à l'économie et de créer les emplois qui permettront de résorber rapidement un chômage croissant. Celui-ci devrait dépasser les 10 % dans l'UE en 2010, contre 6,7 % au deuxième trimestre de 2008.
La consolidation des finances publiques est indissociable de l'objectif de croissance. Il n'y aura pas de croissance forte, soutenable et équilibrée - comme le souhaitent les Européens et le G20 - si l'on n'enraye pas la spirale de la dette. Et l'on n'arrivera pas à réduire les déficits sans trouver où libérer de nouvelles sources d'activité économique. En ce sens, les objectifs de croissance et d'assainissement des finances publiques sont un seul et même combat.
L'existence de trajectoires claires, crédibles et coordonnées pour la consolidation des finances publiques rassurera les familles et les agents économiques, qui seront alors plus enclins à consommer et à investir. Les banques centrales, dans leur indépendance, seront aussi plus à même de maintenir une politique monétaire accommodante si elles ont confiance dans la stratégie de consolidation des finances publiques des membres de l'Union.
In fine, le choix auquel nous sommes confrontés est le suivant : regagner la maîtrise du budget ou devenir esclaves de la dette. La charge de la dette, dans certains Etats membres, est déjà le principal poste budgétaire ou est en passe de le devenir, devant les dépenses en éducation ou les ressources allouées à la recherche et à l'innovation, ce triangle vertueux de la connaissance qui est la meilleure voie pour stimuler la productivité, la compétitivité internationale et l'emploi.
L'application du pacte de stabilité et de croissance nous permettra d'ancrer l'anticipation d'un retour progressif à des finances saines. Elle nous permettra également de dégager les ressources publiques nécessaires pour promouvoir les activités innovantes et à fort potentiel de croissance comme les énergies renouvelables dans lesquelles l'Union peut aspirer à un rôle de leader.
Une stratégie claire et crédible, c'est une stratégie qui précise non seulement à quelle vitesse le déficit sera résorbé, mais aussi comment il le sera. Dans les Etats membres où les dépenses publiques sont déjà très élevées, dépassant 50 % de la richesse nationale, et où le taux d'imposition est également très supérieur à la moyenne de l'OCDE, l'effort devra venir essentiellement d'aménagements du côté de la dépense.
Mais en raison du trou budgétaire creusé par la crise économique et financière et du fait que les recettes de l'Etat ne retrouveront pas de sitôt les niveaux d'avant-crise, l'ajustement ne pourra pas, bien souvent, se faire uniquement en diminuant la dépense. Il importe, dans les deux cas, de protéger les couches de la société les plus défavorisées, ainsi que celles qui sont exposées à la crise et à la concurrence internationale, au moyen de politiques actives de formation et de recherche d'emploi, pour éviter que le chômage ne devienne chronique.
Les choix sont loin d'être faciles. Mais pour que la confiance revienne à court terme et remette la croissance fermement sur les rails, il nous faut une visibilité rassurante sur le moyen et le long terme. Il nous faut faire plus et mieux avec le même niveau de dépenses. L'expérience prouve qu'à un niveau de dépenses similaire les résultats atteints en matière d'éducation, par exemple, peuvent être différents entre Etats membres.
Je crois profondément que les trajectoires d'ajustement budgétaires proposées par la Commission début novembre sont adéquates, combinant l'ambition et le réalisme nécessaires en tenant compte des positions budgétaires individuelles de départ et des marges de manoeuvre respectives. Ce faisant, les recommandations soumises à la considération des ministres au prochain Ecofin permettent à certains de continuer à jouer le rôle de locomotives de la croissance, afin que d'autres prennent le chemin de la consolidation.
A travers ces recommandations, conjuguées à une stratégie de promotion de la croissance et de réformes, c'est de la coordination des politiques économiques qu'il s'agit en définitive, dans l'intérêt commun de l'Union et de ses citoyens.
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