vendredi 4 décembre 2009

"La France et l'Allemagne doivent défendre ensemble le pacte de stabilité"

Wolfgang Schäuble, le ministre des finances chrétien-démocrate (CDU) du nouveau gouvernement d'Angela Merkel, a tenu à souligner la convergence de vue de la France et de l'Allemagne sur les modalités de sortie de crise avant les réunions de l'Eurogroupe, mardi 1erdécembre, et des ministres des finances des Vingt-Sept, le lendemain.

"Les réflexions sont très proches de celles que nous avons en Allemagne. Nous devons renforcer la compétitivité de nos économies, en France, en Allemagne et en Europe en nous concentrant en particulier sur la recherche", a-t-il déclaré au Monde à propos du projet français de grand emprunt. Le nouveau gouvernement allemand de centre droit a fait le pari de relancer la croissance avec des baisses d'impôts. "Actuellement, tout le monde est d'accord pour dire qu'il est encore trop tôt pour songer à la rigueur", explique M. Schäuble. "Il est judicieux de stimuler la conjoncture aussi en 2010. C'est l'objectif de notre projet de loi pour soutenir la croissance, en examen au Parlement."

Actes symboliques

Pour ce choix, la coalition qui réunit les unions chrétiennes et les libéraux est critiquée par de nombreux Länder, qui s'inquiètent d'une réduction de leur marge budgétaire. M. Schäuble n'a néanmoins pas l'intention de céder : "Evidemment, la situation budgétaire n'est pas seulement difficile pour l'Etat fédéral, mais aussi pour les régions et les communes. Mais, dans notre système fédéral, l'Etat et les régions ont une responsabilité globale pour notre pays."

En même temps, le ministre se pose en bon élève et assure que l'Allemagne, "compte tenu des estimations conjoncturelles actuelles", parviendra à revenir sous la barre des 3 % de déficit d'ici à 2013. "Beaucoup d'indices laissent penser qu'il y aura une reprise de la conjoncture au milieu de l'année prochaine, si bien que nous pourrons en même temps que d'autres pays commencer à réduire nos déficits en 2011", assure M. Schäuble. Berlin doit également prendre en compte les exigences de la Loi fondamentale."Nous avons inscrit dans notre Constitution un mécanisme de frein à de nouveaux emprunts publics", souligne-t-il. Sur ce point, M. Schäuble semble vouloir lancer un discret avertissement à Paris : "Il est essentiel que la France et l'Allemagne défendent ensemble le pacte de stabilité et de croissance, qu'il soit valable et qu'il n'y ait pas de doutes quant à ses fonctions. Au-delà, sur le rôle de la Banque centrale européenne et la politique monétaire, les ministres des finances n'ont pas à faire de déclarations."

La coopération entre Paris et Berlin "doit rester très étroite, elle doit faire ses preuves chaque jour". Selon M. Schäuble, le conseil économique et financier franco-allemand, qui s'est tenu à Berlin, lundi 30 novembre, en est la meilleure illustration : les deux pays ont souligné qu'ils acceptaient et soutenaient le pacte européen de stabilité et de croissance. De plus, ils ont annoncé vouloir trouver des positions communes sur la coordination économique au sein de la zone euro et sur l'harmonisation fiscale au niveau de l'Union européenne. Mais, les actes symboliques sont tout aussi importants. "J'ai été très ému que la France célèbre les 20 ans de la chute du Mur sur la place de la Concorde", a-t-il confié. Interrogé sur l'idée française de créer un poste de ministre franco-allemand, M. Schäuble est resté discret : "Il y a actuellement des discussions entre les deux gouvernements concernant d'autres formes de rapprochement."

Parmi les principaux risques qui pèsent sur la conjoncture allemande dans les mois à venir, il cite la raréfaction du crédit. "Avec une reprise de la conjoncture, les entreprises risquent de se heurter aux difficultés des banques dont les bilans n'ont pas encore été nettoyés. Nous avons vu ce qui s'est passé à Dubaï la semaine dernière, personne ne s'y était attendu."

Cécile Calla

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