A cheval sur deux continents, au carrefour des axes Russie - Méditerranée et Balkans - Moyen-Orient, sur l’antique route de la soie, aujourd’hui sur le tracé d’oléoducs d’importance stratégique, la Turquie a toujours été un carrefour d’échanges économiques, culturels, religieux. Est-ce la raison pour laquelle, les institutions de Bretton Woods l’ont choisie cette année pour discuter de l’économie de la planète terre, évaluer leurs programmes et projets, mesurer les impacts de leurs décisions et orientations stratégiques, corriger les écarts, esquisser de nouvelles perspectives « globalisées » dans un monde globalisé affecté par la plus grave financière de son histoire depuis celle de 1929 ? Certainement. Istanbul devrait leur offrir occasion aussi de jauger les décisions de transfert réel de ressources à nos pays prises au printemps dernier à Washington ainsi que les impacts sur les frêles économies des pays pauvres et de ceux en voie d’émerger.
Certes, bien que la majorité des pays africains ne soient pas encore sur la voie pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), l’Afrique a réalisé d’importants progrès au cours de la décennie précédente, construisant les fondements pour une forte croissance et la réduction de la pauvreté. Cette perspective plus optimiste est maintenant contrecarrée par des facteurs échappant au contrôle du continent. Alors que les effets initiaux de la crise financière ont tardé à se faire sentir en Afrique, l’impact apparaît désormais de façon claire. Il emporte avec lui entreprises, mines, emplois, revenus et moyens d’existence ; il s’agit en résumé d’une explosion totale de la crise. Pour la première fois depuis une décennie, la croissance par tête sera nulle. Cette note démontre les effets de la crise, et suggère les actions qui doivent être entreprises.
Le 26 avril dernier à Washington dans ce cadre, le Comité ministériel conjoint des Conseils des gouverneurs de la Banque mondiale (Bm) et du Fonds monétaire international (Fmi) réuni sur le transfert des ressources réelles aux pays en développement en arrive au constat ci-après : « L’économie mondiale s’est considérablement détériorée depuis notre dernière réunion. Cette évolution a des conséquences particulièrement graves dans les pays en développement où la crise financière et économique se transforme en catastrophe humaine et en désastre au plan du développement. Les progrès réalisés au prix de durs efforts en direction des objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) sont maintenant compromis. La crise a déjà fait basculer dans une extrême pauvreté plus de 50 millions de personnes, surtout des femmes et des enfants. Nous devons atténuer son impact sur les pays en développement et faciliter la contribution de ces derniers à une reprise mondiale ».
Selon un communiqué rendu public aussitôt après la rencontre : le Groupe de la Banque mondiale et le Fmi « ont fait preuve d’esprit de décision et mené une action complémentaire pour aider les pays en développement à faire face à la crise, favoriser l’adoption de mesures anticycliques, et contribuer à combler un déficit de financement considérable, notamment en déployant des efforts pour relancer les flux de capitaux privés ». Selon le comité qui s’est félicité des engagements pris par les pays membres d’accroître les ressources du Fmi, « les institutions multilatérales ont besoin de ressources et de capacités pour pouvoir prévenir les crises ou y riposter de manière efficace ».
Il faudra faire cependant plus pendant que la crise suit son cours, note-t-il. Et les argentiers d’exiger « une suite concrète aux engagements que nous avons pris, notamment ceux formulés par les participants au récent Sommet de Londres, en prenant des mesures concertées et en dégageant des ressources supplémentaires. Nous demandons instamment à tous les bailleurs de fonds de concrétiser plus rapidement la promesse qu’ils ont faite d’accroître leur aide ; nous devons quant à nous, examiner la possibilité d’aller au-delà de nos engagements actuels ».
Dans ce cadre, ils disent accueillir avec satisfaction les efforts déployés par le Groupe de la Banque mondiale « pour assurer une riposte rapide à la crise tout en maintenant son attention sur les problèmes de développement à long terme, notamment ceux posés par le changement climatique, et la nécessité d’accélérer le rythme des progrès en direction des ODM ». Et prennent note du triplement escompté des financements de la BIRD pour l’exercice et du programme de décaissement rapide des fonds engagés au titre d’IDA-15. Nous donnons notre appui aux initiatives lancées par le Groupe de la Banque mondiale et encourageons une mise en œuvre rapide :
• Pour protéger les plus démunis, la Banque a mis en place le Mécanisme de financement en faveur des pays vulnérables, qui regroupe le Programme d’intervention en réponse à la crise alimentaire et le nouveau Programme d’intervention rapide dans le secteur social. L’IFC a également créé le Mécanisme de renforcement de la micro-finance pour aider les emprunteurs pauvres.
• Pour relancer le financement du commerce, l’IFC a porté le montant de son Programme de financement du commerce mondial de 1 à 3 milliards de dollars, et elle a lancé le Programme de liquidités pour le commerce mondial, qui devrait fournir un appui au commerce à hauteur de 50 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.
• Pour assurer la poursuite du développement de l’infrastructure et créer des emplois, la Banque a mis en place le Programme d’appui aux infrastructures existantes et nouvelles. La Banque prêtera jusqu’à 15 milliards de dollars par an au titre de projets d’infrastructure, et l’IFC a mis en place le Mécanisme d’appui à l’infrastructure en situation de crise.
• Pour fournir un soutien au secteur financier, l’IFC a mis en place un Fonds de recapitalisation qui permettra de fournir des capitaux supplémentaires aux banques des pays en développement. La MIGA a consenti des garanties au titre de prêts destinés à l’Europe de l’Est dont la couverture se chiffre à 500 millions de dollars.
Si pour le Comité ministériel conjoint des Conseils des gouverneurs de la Bm et du Fmi, un « grand nombre de ces initiatives sont conçues de manière à mobiliser des ressources supplémentaires auprès de sources publiques et privées ». Il n’en demande pas moins « instamment aux autorités nationales d’envisager d’accroître encore leur appui. Et à la Bm d’adapter en temps que de besoin ses politiques, ses instruments et ses stratégies sur la base des leçons tirées de cette crise ».
Le Comité réitère son appui aux efforts visant à exploiter de manière optimale le bilan de la BIRD en accordant des financements à hauteur de 100 millions de dollars sur trois ans. Étant donné que la reprise pourrait être lente, nous avons envisagé la possibilité d’avoir à déployer des ressources supplémentaires. Comme il a adjuré la Banque mondiale « d’examiner la capacité financière, et notamment l’adéquation du capital, de la BIRD et de l’IFC, ainsi que l’adéquation des ressources concessionnelles les destinées aux pays IDA ». Istanbul se fera certainement un devoir d’examiner cette question plus en détail lors des Assemblées annuelles 2009.
Pour le Comité en outre, la crise et la nécessité d’une vigoureuse riposte multilatérale témoignent encore plus clairement de la pertinence des efforts déployés pour accroître la voix et la participation des pays en développement et en transition dans la structure de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale. C’est pourquoi, compte tenu de la décision prise, lors de notre dernière réunion, il apparaît nécessaire de demander au « Conseil de formuler des principes, des critères et des propositions pour la répartition du capital de la Banque », pour lequel, « nous sommes convenus d’intensifier les travaux relatifs à la deuxième phase de la réforme dans le but de parvenir à un accord d’ici les Réunions de printemps 2010. Il importe que tous les actionnaires participent à ces travaux dans le cadre d’un processus transparent, consultatif et solidaire ». De tout cela, évaluation devra être faite le 5 octobre à Istanbul ou le comité se réunit à nouveau.
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