dimanche 9 août 2009

L’effet matières premières

Le pétrole rebondit une fois encore vers le palier des 70 dollars, avec les derniers chiffres sur l’économie américaine. Les gains des places boursières mondiales et le rebond des prix des métaux ont encouragé la demande en devises plus rémunératrices, comme les dollars du Canada et des antipodes (Australie et Nouvelle-Zélande), des pays très dépendants de leurs exportations, notamment de matières premières.
Le rebond des marchés est le reflet de la confiance croissante en une reprise de l'économie ; les investisseurs ont retrouvé le goût du risque, ce qui a pesé sur les valeurs refuges que sont le dollar américain et le yen.
Renouant avec le paradoxe sur la désaffection du dollar comme refuge, l'optimisme sur l'euro - finalement retourné à 1,43 contre billet vert -est revenu vendredi sur un marché des changes attentif au PIB américain pour le second semestre, qui est ressorti encore en recul, mais moins prononcé que prévu par les analystes. Mais la publication la semaine prochaine des chiffres des productions américaine et chinoise et du chômage américain risque d'inverser la vapeur...


CHANGES : volatilité... Finalement, l'euro a bondi au dessus de 1,42 dollar vendredi, l'annonce d'un repli moins marqué qu'attendu de l'activité des Etats-Unis au deuxième trimestre encourageant les investisseurs à se détourner de la monnaie américaine, valeur refuge. Vers 18H00 GMT (21H00 à Paris), l'euro s'échangeait à 1,4265 dollar contre 1,4063 jeudi à 21H00 GMT; il montait également face à la monnaie nippone, à 135,14 yens contre 134,33 la veille. Le dollar reculait face à la devise japonaise à 94,73 yens contre 95,51 yens jeudi.

A SAVOIR: le produit intérieur brut des Etats-Unis a reculé pour le quatrième trimestre consécutif, baissant de 1,0% en rythme annuel au deuxième trimestre. Ce recul est moins prononcé que lors du trimestre précédent (-6,4%) et que ce qu'attendaient les analystes (-1,5%). L'indicateur "était un peu inattendu", et "encourageant", a jugé Nick Bennenbroek, de la banque Wells Fargo. "La plupart des gens pensent que nous aurons une croissance positive au prochain trimestre". Selon l'analyste, il a donc poussé les opérateurs du marché des changes à se détourner du dollar, valeur sûre en temps d'incertitudes économiques, pour se reporter vers les devises plus rémunératrices, dont l'euro. "Et le fait que l'on soit un vendredi d'été explique l'ampleur du mouvement", a-t-il estimé, expliquant qu'un faible volume d'échanges renforce la volatilité. La monnaie unique n'a cependant pas retouché son plus haut depuis deux mois, à 1,4304 dollar, atteint mardi. "L'euro évolue depuis deux mois entre 1,375 et 1,435 dollar", a observé de son côté David Solin, de Foreign Exchange Analytics. "Quand on reste pendant une longue période dans une fourchette, on a tendance à observer des mouvements rapides dans les deux directions à l'intérieur de cette fourchette". Avant les chiffres de la croissance américaine, l'euro avait pâti de la montée du chômage dans la zone euro, à 9,4% en juin, son plus haut niveau depuis juin 1999. En outre, la zone euro a enregistré un recul des prix record en juillet sur un an, de 0,6%, après déjà un premier repli de 0,1% en juin.

ET AUSSI: les gains des places boursières mondiales et le rebond des prix des métaux ont encouragé la demande en devises plus rémunératrices, comme les dollars du Canada et des antipodes (Australie et Nouvelle-Zélande), des pays très dépendants de leurs exportations. Le rebond des marchés est le "reflet de la confiance croissante en une reprise de l'économie", selon le stratège John Kyriakopoulos, de NAB Capital, dans une note à ses clients. "Les investisseurs ont retrouvé le goût du risque, ce qui a pesé sur les valeurs refuges que sont le dollar américain et le yen", selon lui.
L'aversion au risque a notamment reculé après la remontée de Wall Street, dopée par des résultats d'entreprises meilleurs que prévu et par un relèvement de recommandation de General Electric entraînant le Dow Jones à son plus haut niveau de l'année, malgré une hausse plus élevée qu'attendu des nouvelles inscriptions au chômage la semaine dernière.
Au Japon, le taux de chômage est lui aussi monté, à 5,4% en juin, son plus haut niveau depuis 6 ans, alors que la déflation s'est accrue avec des prix enregistrant une baisse record de 1,7% sur un an.
A NOTER : le petit monde des changes attendait la publication d’un bon chiffre pour le PIB du deuxième trimestre montrant que la récession recule aux Etats Unis. Les propos tenus par la Réserve Fédérale américaine mercredi soir suite à la publication de son livre beige avaient été considérés comme rassurants par les marchés, l'institut ayant notamment indiqué que l'économie américaine se stabilise.
L'attrait des investisseurs pour le risque est renforcé également par des chiffres hebdomadaires du chômage en fait moins mauvais qu'ils pourraient sembler à première vue. Les inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage ont certes augmenté de 25.000 aux Etats-Unis lors de la semaine du 25 juillet pour atteindre 584.000, et le chiffre de la semaine précédente a en outre été révisée en hausse de 554.000 à 559.000. Cependant, la moyenne mobile sur quatre semaines - très suivie par les analystes fondamentaux à l’instar des pratiques de l’analyste technique - s'est établie en repli de 8.250 unités, à donc 559.000. De plus, le nombre de personnes percevant régulièrement des indemnités a subi la même dynamique, en baisse de 54.000 unités à 6,2 millions, de même que sa moyenne mobile, de 131.750 unités à 6,42 millions.

PETROLE : marche avant ! Le baril du pétrole a ouvert vendredi en flirtant à nouveau avec les 68 dollars. Il était de nouveau en hausse jeudi, au lendemain d'une très forte chute provoquée par la hausse surprise des réserves américaines en pétrole brut. Vers 17 heures, le baril de "light sweet crude" regagnait ainsi 2,99 dollars, à 66,34 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). A Londres, sur l'InterContinental Exchange (ICE), le Brent de la mer du nord prenait 3,53 dollars, à 70,04 dollars le baril.
A SAVOIR : ce sont les dernières statistiques sur les réserves qui ont fortement progressé la semaine dernière, se renflouant de 5,15 millions de barils, qui ont relancé le baril vers le haut. Car il s'agit de la plus forte progression hebdomadaire depuis le mois d'avril. Surtout, les marchés avaient au contraire anticipé un repli de 1,5 million de barils. Ce jeudi, outre un rebond technique, les cours du brut ont profité également de la forte progression des Bourses mondiales, dopées par une série de bons résultats d'entreprises et par des statistiques encourageantes. En outre, le repli du dollar rend les matières premières, libellées en billet vert, plus attractives pour les investisseurs.
A NOTER : Les auditions visant la spéculation sur le marché du pétrole ont à peine commencé au Congrès à Washington que le géant Goldman Sachs fait déjà entendre son mécontentement. Ce n’est pas un hasard. La «Firme», comme l’on surnomme le roi de la finance à Wall Street, est l’un des plus gros acteurs au monde sur les marchés à terme des matières premières. Son directeur général, Don Casturo, a mis en garde, mercredi, le gouvernement américain contre les risques de «perturbation» des marchés de l’énergie si l’État venait à mettre en place un système de régulation de la spéculation.
La flambée des cours de l’or noir, qui avaient atteint 147,70 dollars à New York en juillet 2008, a suscité une controverse sur le rôle de banques comme Goldman Sachs. Mi-juillet, le G8 de L’Aquila s’est engagé à limiter la spéculation sur les marchés à terme des matières premières. Les États-Unis sont en pointe sur le sujet. En mai, une commission a été créée afin de décider d’une possible limitation de l’activité des plus gros intervenants sur les marchés des hydrocarbures. Les premières auditions, effectuées par l’agence gouvernementale pour la surveillance des marchés des matières premières (CFTC) se sont déroulées cette semaine à Washington. Elles doivent se poursuivre jusqu’au 5 août et s’achever par la publication d’un rapport décisif pour la future législation.
Si Goldman Sachs ne publie pas son chiffre d’affaires réalisé sur le marché des matières premières, la division qui englobe ce secteur a généré 6,8 milliards de dollars au deuxième trimestre 2009. Un record. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la banque d’affaires cherche à influencer le débat. «Certaines mesures proposées vont non seulement passer à côté des problèmes perçus, mais aussi provoquer des conséquences inattendues sur la liquidité et les marchés en général», a prévenu Don Casturo. Pourtant le président de la CFTC, Gary Gensler, un ancien employé de Goldman Sachs, a lancé un avertissement très clair. «La question n’est pas tant de savoir si mais comment» on va imposer des nouvelles limites, a-t-il affirmé cette semaine, bien décidé à imposer de nouvelles règles du jeu.
Malgré la critique, Goldman Sachs ne semble pas prête à plier devant les injonctions de la Maison-Blanche. Après avoir remboursé une aide de l’État de 10 milliards de dollars, l’institution refuse de plafonner les rémunérations de ses employés. Elle a mis de côté 11,4 milliards de dollars pour payer les bonus en fin d’année. Cette attitude jugée arrogante en pleine crise économique ne place pas la banque en honneur de sainteté à Washington. Surtout depuis qu’elle a publié des résultats stupéfiants : 3,44 milliards de dollars de bénéfice trimestriel au deuxième trimestre 2009. Cette semaine, le magazine New York titrait en couverture : «Goldman Sachs est-elle diabolique ?»

MATIERES PREMIERES : rebond. A l’attaque de la barre des 1000 dollars l’once, les cours de l'or - et dans la foulée ceux de l'argent - bénéficient des prévisions d'inflation revues à la hausse et de la baisse du dollar.
A SAVOIR : ce mouvement pourrait néanmoins souffrir du regain d'appétit pour le risque. Bill Bonner déclare dans Agora : « quasiment tout le monde s'attend à une hausse de l'inflation. La base monétaire ajustée des Etats-Unis a plus que doublé au cours de l'année passée. Les déficits sont vertigineux. Le pétrole nous dit que les pressions inflationnistes n'ont pas disparu. L'or aussi semble murmurer - mais non crier - un avertissement». Et ce spécialiste conseille : soyez prudent... car pour l'or, le grand jour est peut-être encore loin dans le futur. Alors si on cherche des profits rapides, l'or n'est probablement pas un bon achat. C'est un métal monétaire. Fondamentalement, c'est une protection contre l'argent papier et la détresse financière, non un véritable investissement... ni même une spéculation. Dans la mesure où nous considérons que le risque de détresse financière est très élevé, nous achetons de l'or comme assurance. Mais nous n'attendons pas de sitôt un marché haussier majeur de l'or. Plus tard, lorsque la déflation et la dépression auront surpris les investisseurs et éliminé toutes les attentes inflationnistes, nous achèterons l'or en tant que position spéculative. Les investisseurs seront alors surpris par la vitesse à laquelle l'inflation revient.
A NOTER : le cuivre constituerait aussi un repère dans l'évolution de la conjoncture économique. Le rebond des prix du cuivre s'explique notamment par l'amélioration du climat du marché face à la hausse significative des importations chinoises de cuivre raffiné ayant entraîné un effondrement des stocks. Les prix ont ainsi progressé d'environ 70 % depuis le début de l'année, sous l'effet de la stabilisation de l'économie mondiale et des marchés financiers.
« Un repli jusqu'à 4 000 dollars la tonne (soit 181 cents la livre) a de bonnes chances de se produire au cours des prochains mois dans la mesure où les prochains indicateurs macroéconomiques pourraient être décevants et compte tenu également du ralentissement de la demande au cours de l'été, ce qui entraînerait une augmentation des stocks, » expliquent les économistes du Crédit Agricole.
Inversement, dans le cas d'une reprise de la croissance économique et d'une demande soutenue, les prix pourraient atteindre 6 000 dollars la tonne (ou 272 cents la livre).

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