La microfinance pourrait avoir encore de beaux jours devant elle, après l'année du microcrédit de l'ONU en 2005 et le prix Nobel attribué à Muhammad Yunus en 2006. Au cours d'un entretien accordé à Cercle Finance, Arnaud Ventura, coprésident de Planet Finance, estime que la microfinance a été faiblement pénalisée par la crise. 'La crise pourrait même être profitable au secteur à plus long terme dans la mesure où un nouveau modèle financier pourrait voir le jour', indique le spécialiste.
Cercle Finance: Quels sont les principes fondateurs de la microfinance ?
Arnaud Ventura: L'objectif de la microfinance est de lutter contre la pauvreté en donnant accès aux services financiers à ceux qui ne pourraient y prétendre dans le cadre de la finance classique. Les institutions de microfinance sont soutenues par des investissements en provenance de la Banque Mondiale, d'institutions publiques ou de fonds privés qui permettent ainsi le développement d'activités qui n'auraient pu voir le jour sans ces financements.
Les taux d'intérêt adossés aux microcrédits sont variables d'un pays à l'autre (entre 25% et 30% en moyenne) mais ils restent supérieurs aux taux d'intérêt ' classiques '. Pour autant, les rendements obtenus par les microcrédits ne sont pas plus élevés que les prêts ' classiques ', car ils comportent des frais administratifs importants.
CF: Quelle évolution la microfinance a-t-elle connue ?
Arnaud Ventura: En l'espace de 10 années, la microfinance a connu une forte croissance: de 7 millions de personnes concernées en 1997, nous sommes passés à 150 millions aujourd'hui. Le montant global géré par les institutions de microcrédit s'élève actuellement à près de 40 milliards de dollars. Les activités liées à la microfinance affichent globalement un taux de croissance de près de 30% par an !
Par ailleurs, les activités de microfinance tendent à se diversifier. Au sein de Planet Finance, nous avons aujourd'hui 8 métiers qui vont du conseil en investissement à la notation ou à la microassurance.
CF: Comment expliquer un tel essor ?
Arnaud Ventura: Tout d'abord et contre les idées reçues, les taux de défaut adossés aux microcrédits sont extrêmement faibles et n'excèdent pas 2% à 3%. À de rares exceptions près, les ' pauvres ' remboursent systématiquement les prêts attribués, car bien souvent ils n'ont pas d'autres alternatives que la microfinance pour développer leur activité.
Par ailleurs, la microfinance repose sur un modèle vertueux doublement efficace. Il permet à la fois de lutter contre la pauvreté et de développer des activités économiques pérennes. Ainsi, nombre d'investisseurs privés et de fonds d'investissement ' socialement responsables ' se sont tournés vers la microfinance.
CF: Justement, l'engouement des fonds privés pour la microfinance ne lui porte-t-il pas atteinte ?
Arnaud Ventura: Actuellement, 95% des fonds privés sont issus de l'investissement social et responsable et comportent donc une dimension sociale importante.
Par ailleurs, pour que la microfinance atteigne ses objectifs de rentabilité, il faut que les porteurs de microcrédits soient en mesure de rembourser les prêts accordés, ce qui limite les risques de surendettement et de recherche de profit à court terme de la part des investisseurs. En effet, quelle que soit l'origine des investisseurs, ils ne peuvent viser des rendements à court terme, ce qui serait incompatible avec les principes de la microfinance.
CF: La microfinance a-t-elle été pénalisée par la crise ?
Arnaud Ventura: L'impact de la crise sur le secteur est faible, le taux de croissance de 30% a certes été réduit, mais tout dépend des régions. Les activités de microfinance en Europe de l'Est ou en Amérique du Sud ont été davantage pénalisées, car elles sont plus exposées aux banques. Mais globalement, le secteur est encore trop déconnecté de l'industrie financière classique et des banques, les conséquences de la crise financière sont donc modérées.
La crise pourrait même être profitable au secteur à plus long terme dans la mesure où un nouveau modèle financier pourrait voir le jour, un modèle opposé au profit immédiat et plus respectueux de l'humain...
CF: La microfinance aurait donc encore de beaux jours devant elle...
Arnaud Ventura: Le marché est loin d'être couvert puisque nous estimons qu'il existe dix fois plus de personnes susceptibles d'être concernées par des activités de microfinance. Nous devrions assister non plus seulement au développement du microcrédit, mais à celui de la microépargne ou encore de la microassurance.
En termes géographiques, certaines zones comme la Chine ou certains pays d'Afrique disposent de vastes potentiels de croissance dans ce secteur.
Propos recueillis pas Mathilde Golla.
Sites Banques Tunisiennes
lundi 6 juillet 2009
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire