Attention ! La fusée dollar rentre dans l'atmosphère. Depuis l'automne dernier, la monnaie des Etats-Unis était en apesanteur. Dans la panique absolue qui a suivi la chute de la maison Lehman, le billet vert semblait être le seul actif totalement sûr. Propulsé par les réserves d'or de Fort Knox, par l'aura de la Réserve fédérale et par la puissance de feu de Washington, il tournait en orbite autour de la planète finance. Mais, dès que la panique devient relative, la trajectoire du dollar change. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Les investisseurs ont moins peur, comme le montrent tous les indicateurs de perception du risque. Ils sont prêts à diversifier à nouveau leurs portefeuilles. Et surtout, ils regardent la réalité en face après avoir agi pendant des mois à l'instinct. Et la réalité, c'est que le primat de la finance américaine chancelle. Rien que cette semaine, le Trésor va lever plus de 100 milliards de dollars. Le déficit budgétaire approchera cette année le montant affolant de 2.000 milliards de dollars, soit le huitième des richesses produites. Le bilan de la Réserve fédérale ressemble à celui d'un « hedge fund ». Les agences de notation pourraient bien exprimer leurs doutes sur la capacité des Etats-Unis à rembourser leurs dettes en temps et en heure, comme l'une d'entre elles vient de le faire pour le Royaume-Uni, qui n'a pourtant jamais eu d'incident sérieux de paiement depuis trois siècles. Bien sûr, les banques centrales d'Asie continuent d'acheter du billet vert. Mais la Chine renâcle de plus en plus, comme en témoignent les piques répétées de ses dirigeants sur la domination exercée par le dollar. Et il n'est aujourd'hui plus possible de nier que le rééquilibrage de l'économie mondiale passera par un redressement des exportations américaines, qui aura bien du mal à se produire sans un recul du dollar.
Au-delà des aléas de court terme, le dollar paraît donc condamné à décliner - en espérant qu'il n'y aura pas un « free fall », une chute libre de la devise américaine. C'est une mauvaise nouvelle de plus pour les industriels européens. Ces derniers mois, le billet vert était le cadet de leurs soucis. Son appréciation avait même permis de préserver les marges sur les contrats à l'export qui tenaient bon. Mais dans les mois et les années à venir, ils ne pourront pas compter sur un dollar fort. Son érosion risque de rendre la reprise de l'activité encore plus molle sur le Vieux Continent. Et elle va accroître la pression sur les sites de production implantés en Europe. Oui, il faudra aussi un nouvel ordre monétaire mondial.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire