dimanche 10 mai 2009

La BCE souhaite stimuler le crédit en allongeant la durée des prêts accordés aux banques

Pour le grand rendez-vous des mesures exceptionnelles que la Banque centrale européenne (BCE) avait promises, son président, Jean-Claude Trichet a abandonné, jeudi 7 mai, sa traditionnelle cravate bleue pour du rouge flamboyant.

L'institution monétaire européenne a décidé de continuer de soutenir le secteur bancaire, qui fournit 70 % du financement de l'économie de la zone euro. Elle a réduit d'un quart de point son principal taux d'intérêt, le "refi", auquel elle accorde des prêts aux banques, qui passe à 1 %, son plus bas niveau historique. Ensuite, elle a décidé de ne pas modifier le taux de rémunération des dépôts, auquel les banques peuvent déposer leur surplus de liquidités chaque jour - il évolue généralement parallèlement avec le taux "refi". Il reste à 0,25 %.

Quant aux mesures dites "exceptionnelles", elles concernent principalement le secteur bancaire et sont destinées à stimuler le crédit à long terme. Car si les conditions sur le marché monétaire, où les établissements financiers se prêtent de l'argent, se sont nettement améliorées, les banques ne transforment pas cet argent en fournissant des crédits à long terme à l'économie. "On est entré dans une phase où l'offre de crédit, tant pour les ménages que pour les entreprises, est au point mort", constate Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs.

Pour stimuler le crédit à plus long terme, la BCE a décidé d'allonger la durée des prêts qu'elle accorde aux banques. Celles-ci pouvaient jusqu'à présent se fournir en argent frais à une semaine, un mois, trois mois et six mois. Elles pourront désormais demander des crédits à un an, à taux fixe et pour des montants illimités. Le taux des prêts à un an pourra être majoré, ce qui permettra à la BCE de retirer progressivement cette mesure.

"A L'UNANIMITÉ"

Enfin, les banquiers de la BCE sont "tombés d'accord sur le principe" d'acheter pour environ 60 milliards d'euros d'obligations sécurisées (covered bonds), soit environ 5 % de ce marché. Ces actifs issus des processus de "titrisation", sont émis principalement par les banques qui, sous leur signature, créent des titres de dettes reposant sur un pool de créances. "La Banque centrale ne s'embarque pas du tout dans un processus d'assouplissement quantitatif", a précisé M. Trichet. C'est "juste pour raviver un segment du marché des titres privés" qui a été particulièrement touché par la crise financière. Pour les détails, rendez-vous à la prochaine réunion, en juin.

Les décisions ont été prises "à l'unanimité", a déclaré M. Trichet après "évaluation des pour et des contre". Car depuis quelques mois, les débats sont vifs entre les banquiers centraux siégeant au conseil de la BCE. Ainsi, certains membres du conseil auraient bien porté le taux de rémunération des dépôts à 0 % afin de forcer les banques à se prêter de l'argent entre elles plutôt que de le déposer à la BCE.

Certains membres souhaitaient aussi allonger davantage la durée des prêts accordés au secteur financier, afin de permettre aux banques d'emprunter de l'argent auprès de la BCE jusqu'à deux, voire trois ans pour débloquer la distribution des crédits à long terme.

D'autres leur ont objecté qu'instaurer un tel système aurait un effet pervers quand il faudra retirer toutes ces mesures exceptionnelles, au moment de la reprise économique. Les banques risqueraient alors de profiter du système en se précipitant pour contracter des crédits auprès de la BCE - donc sans risque de contrepartie -, de manière à se bloquer des taux très bas durant les deux à trois années suivantes.

En revanche, l'achat des emprunts d'Etat n'a pas fait l'objet d'âpres discussions au sein de la Banque centrale. Tandis que la Banque d'Angleterre a décidé, jeudi, en maintenant son taux directeur à 0,5 %, d'augmenter ses rachats d'emprunt d'Etat de 50 milliards de livres, à 125 milliards (140,2 milliards d'euros), au moment où son gouvernement vient de relever son programme d'émission de dettes.

La BCE refuse de s'engager dans une politique similaire à celle de ses homologues américaine, britannique et japonaise. Craint-elle de perdre sa sacro-sainte indépendance en se retrouvant asservie au financement des déficits publics ? Redoute-t-elle aussi de mécontenter certains pays en achetant de la dette d'autres Etats de la zone euro ? Toujours est-il que la Banque centrale n'envisage absolument pas, pour le moment, de s'engager dans cette voie. Certains banquiers de la BCE considèrent même que "quand on achète des titres publics, c'est qu'il n'y a plus rien d'autre à faire".

Que la politique monétaire ne mord plus, que tout l'argent injecté par la Banque centrale ne sert plus à rien car les agents économiques ne l'utilisent pas, même s'il est presque gratuit, et qu'il ne reste plus que les Etats à même de "dépenser de l'argent qu'ils n'ont pas" pour relancer l'économie.

Cécile Prudhomme

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