L'Amérique latine n'échappera pas à la récession. Si certains pays comme le Brésil ont de solides atouts pour résister, d'autres sont plus vulnérables.
Même si un large consensus se dégage pour juger l'Amérique latine mieux armée que par le passé face à la crise mondiale, la région ne devrait pas échapper à la récession.« Il ne s'agit pas d'une crise de la dette, l'économie réelle est atteinte », remarque Joyce Chang, chef économiste à JP Morgan. Si elle perdure, les déficits budgétaires pourraient se creuser à nouveau, et les gains récents obtenus en matière de réduction de la pauvreté pourraient être annulés, selon plusieurs experts.
La crise du crédit a vite pesé sur l'activité économique et les investissements dans de nombreux pays. « Un sacré coup bas pour la croissance », affirme Fred Jaspersen, directeur pour l'Amérique latine de l'Institut de finance internationale (IIF), qui prévoit un recul du PIB régional de 0,7 % en 2009 (après plus de 4 % de croissance l'an dernier). Le Mexique, tout comme de nombreux pays d'Amérique centrale étroitement dépendants de l'économie des Etats-Unis, est aux premières loges. Son PIB pourrait reculer de 2,5 %, selon l'IIF. Il a d'ailleurs été le premier pays à bénéficier de la nouvelle ligne de crédit flexible du FMI pour l'aider à résister à la crise, avec l'octroi de 47 milliards de dollars à titre préventif. Les pays dépendants de l'exportation d'hydrocarbures, comme le Venezuela, ou d'autres matières premières, comme l'Argentine, sont aussi très vulnérables (sauf le Chili, qui a constitué d'importantes réserves, et dans une moindre mesure, le Pérou). L'Argentine a déjà pris des mesures énergiques dont la nationalisation des fonds de pension mais est soupçonnée de manipuler ses statistiques. « C'est aujourd'hui le pays le plus risqué en Amérique latine », estime Guillermo Mondino, chef économiste à Barclays Capital.
Le Brésil, première économie de la région, semble en revanche mieux placé. Même si l'activité s'est effondrée fin 2008, les experts estiment que sa capacité de rebond est préservée. « Il sera certainement l'une des premières destinations au monde pour les investissements à la sortie de la crise. Peu de pays sont dans ce cas », souligne Henrique Meirelles, président de la Banque centrale du Brésil, qui décèle déjà des indices de reprise.
Solidarité
Mais le Brésil veut aller plus loin, en affirmant sa solidarité avec les pays moins bien lotis. A ce titre, il s'est dit disposé à augmenter sa contribution financière au FMI - en intégrant le club des pays créanciers - « à condition que cet argent serve à aider les économies les plus pauvres », a insisté cette semaine le président Lula. « Il a toujours défendu l'idée que les économies plus fortes doivent aider les moins développées qui sont plus affectées par la crise, surtout les petites économies qui exportent peu de produits et dépendent du grand marché nord-américain. Il faut contrebalancer via l'action des banques multilatérales et le FMI », assure Luciano Coutinho, président de la Banque brésilienne de développement.

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