C’est «la fête du ralentissement». Sous-entendu, du ralentissement de la chute. Alessandro Fugnoli, l’économiste de la banque italienne Abaxbank, a encore inscrit sur son calendrier la fête à la stabilité cet été et même, peut-être, une «rave» en l’honneur d’une petite reprise en fin d’année. Côté tenue, sa recommandation? La sobriété. Car, poursuit-il, s’il est raisonnable d’imaginer une hausse des Bourses en 2009, l’économie sera, elle, presque partout, toujours en recul à fin décembre par rapport à janvier, même si le second semestre s’avère positif. Et l’adage le plus souvent cité actuellement reste: «Une hirondelle ne fait pas le printemps.»
Image très contrastée
Depuis mars, les marchés boursiers ont ainsi retrouvé le chemin de la hausse. Alors que les efforts des autorités monétaires et politiques bourgeonnent à défaut de déjà porter leurs fruits, les résultats trimestriels des banques américaines sont venus prêter main-forte à certains indicateurs économiques pour renforcer ce sentiment que les choses vont un peu moins mal. Des exemples? Un des symboles de la crise financière, Citigroup, a retrouvé les chiffres noirs en ce début d’année et l’indice de confiance des consommateurs américains vient de signer un deuxième mois consécutif de hausse. Mais les chiffres sombres de la production industrielle ou des ventes du commerce de détail soulignent l’aspect contrasté de l’image actuelle de la première économie du monde. Comme le rappelle Hélène Baudchon, du Crédit Agricole, dans son commentaire hebdomadaire, «les indicateurs soufflent le chaud et le froid, ce qui est typique des retournements de tendance».
Le pire est-il derrière nous? Le président américain, Barack Obama, a réussi à marquer les esprits avec sa «lueur d’espoir». Du côté des économistes, on surfe sur la nuance sémantique. On parle ainsi de «l’arrêt de l’approfondissement de la crise» ou de la «modération du rythme de la chute», mais pas encore de stabilisation et encore moins de reprise. Et s’il se confirme, ce changement de direction sautera-t-il aussi de Wall Street à Main Street, pour reprendre l’expression utilisée lors de la propagation de la crise des marchés financiers à l’économie réelle?
Pour les économistes de Merrill Lynch - Bank of America, retournement de tendance il y a, et, selon eux, l’économie américaine retrouvera une – petite – croissance en deuxième partie d’année pour vivre ensuite une longue période de «purgatoire». La Réserve fédérale (Fed), la Banque centrale américaine, table, elle, sur une stabilisation du produit intérieur brut (PIB) américain durant le deuxième semestre et sur une progression lente en 2010. Et lorsque la reprise sera là, elle sera «molle», selon le Fonds monétaire international (FMI).
Entrée en avril dans son 17e mois de récession, l’économie américaine passerait donc du noir profond au gris foncé, pour reprendre l’expression de la Fed. Parmi les incertitudes et autres risques figure bien sûr le poids du chômage qui pourrait dépasser les 10% l’an prochain. Sans même parler de la situation encore précaire de l’immobilier et du secteur financier. Ou encore cette interrogation souvent formulée ainsi: «A quoi va ressembler l’économie après le rebond du deuxième semestre lié aux plans de relance?» Attention aux chutes d’espoir.
Incontournable Chine
Une fois n’est pas coutume, les regards ne se tournent pas que vers la première économie mondiale. Les observateurs jettent également un œil attentif au-delà du Pacifique. Là encore, les signaux envoyés par l’autre phare de la planète sont contrastés. Mais si le PIB chinois a atteint son plus mauvais score depuis le début des années 90 entre janvier et mars (+6,1%), le ralentissement… ralentit. Et le gouvernement croit pouvoir parvenir aux 8% de croissance qui assurent un certain équilibre au marché du travail chinois. Important pour la stabilité sociale du pays. Reste à savoir, dans ce cas encore, s’il y aura une vie après les plans de relance – 700 milliards de francs pour la Chine? Si l’investissement privé prendra le relais des dépenses publiques.
Et… l’Europe? «Les pousses de la reprise restent encore enterrées bien profondément dans le sol», résument les analystes de Bank of America - Merrill Lynch.
Ainsi, pour reprendre l’expression du Crédit Agricole, «on est loin d’être tirés d’affaire».
ANNE GAUDARD
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