mercredi 15 avril 2009

L’Afrique entendue par le G20, mais...

L’Afrique n’a pas été mise en marge du grand débat sur l’état de l’économie mondiale et ses perspectives de sortie de crise. Elle était à la réunion du G20 à Londres, une quinzaine de jours plus tôt, assez correctement représentée par Jean Ping, le président de la Commission de l’Ua, au nom de tout le continent, par Kgalemea Motanthe, président de l’Afrique du Sud, avec à ses côtés Trevor Manuel, son ministre des Finances. Etaient également de la partie Mélès Zénawi, Premier ministre de l’Ethiopie, en sa qualité de président du Nepad, et Daniel Keberuka, le président de la Banque africaine de développement.

Ce beau monde avait en charge la défense de la « Position commune pour l’Afrique », un document qui évalue l’impact de la crise sur les économies du continent et propose une série d’actions à entreprendre pour y relancer la croissance et intensifier la lutte contre la pauvreté. Le dossier, fruit d’un large brainstorming entre les ministres des Finances, les gouverneurs des banques centrales et le président de la Banque africaine de développement n’a pas été lettre morte. Certaines des propositions qu’il contient ont été acceptées par le G20.

Les décisions en question concernent, notamment : la vente de 400,3 tonnes du stock d’or du Fmi pour octroyer quelque 6 milliards de dollars aux pays les plus pauvres ; l’augmentation des ressources de la Bad qui devrait se partager avec les Banques asiatique et interaméricaine de développement 100 milliards sur les 1100 milliards de dollars que le G20 entend trouver au Fmi pour le financement de la relance et de la régulation de l’économie mondiale. Il s’y ajoute la levée du secret bancaire et la transparence des paradis fiscaux, également réclamées par les Etats du Nord. La satisfaction effective de cette double exigence permettrait de recouvrer une bonne part des fonds évadés d’Afrique que l’on estime à quelque 400 milliards de dollars.

Sur le plan de la représentativité dans les institutions de Bretton Woods, les pays en développement, africains en particulier, se verront transférer 10% des droits de vote au sein de leurs instances dirigeantes, avant 2011. Ensuite, le président de la Banque mondiale ne sera plus nécessairement un Américain, ni le directeur général du Fmi un Européen. La désignation à ces postes clés se fera désormais « selon une procédure de sélection ouverte, transparente et fondée sur le mérite ». Des Africains compétents auront donc des chances de les diriger et, sans doute, d’agir sur leurs orientations et stratégies, comme cela a pu être le cas aux Nations Unies ou à la Fao.

L’Afrique a donc été entendue par le G20. Cependant, les parts qu’elle peut escompter des montants annoncés à Londres risquent de ne pas dépasser la quarantaine de milliards de dollars. Elles seront, à coup sûr, bien en deçà du volume de financement indispensable à la relance des économies africaines, l’essentiel prenant la destination des banques et des entreprises du Nord dont le sauvetage était en fait la préoccupation centrale de ceux qui ont convoqué la réunion de Londres. Et il n’est pas sûr que les pays du continent verront la couleur de tout l’argent promis, même si, au demeurant, le G20, plus exactement le cercle restreint des huit plus grandes puissances économiques du monde, a laissé entendre qu’il allait finalement tenir les engagements de 2005 à Gleaneagles sur l’augmentation de l’aide au développement. Dans tous les cas de figure, il y a fort à craindre que l’Afrique demeure emprisonnée dans le schéma classique de l’endettement à taux élevé qui accentue sa dépendance envers les pays industrialisés.

La dette publique extérieure que l’on continue d’appeler pudiquement « aide au développement » a, depuis longtemps, donné la preuve qu’elle n’est pas le levier financier le plus apte à sortir le continent de l’ornière. Comme le dit si bien un expert international d’origine sénégalaise, l’« aide » ne devrait représenter qu’une part infime des sources de financement des Etats, et ne devrait servir qu’à financer des projets sociaux qui ne s’accommodent pas de prêts commerciaux. L’« aide » ne devrait être qu’un appoint sur une période transitoire pour couvrir les investissements sociaux qui, en tout état de cause, relèvent de la responsabilité des Etats. L’« aide », telle qu’elle est distillée aux Africains, n’a eu, jusqu’à ce jour, pour finalité que de les maintenir sous perfusion et de les enfermer dans un cycle infernal de dettes et de pauvreté ».

L’Afrique est en train de payer à une crise mondiale dont elle n’est en rien fautive, un tribut qui tend à s’alourdir. Ses exportations vont baisser de 40% cette année, en raison du tassement de la demande extérieure et des prix des produits de base, tout comme les transferts financiers de ses émigrés et surtout les flux d’investissements extérieurs directs. La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique prévoit, dans son dernier rapport, que la croissance en Afrique va décroître de 5,1% en 2008 à 4,1% à la fin de cette année. Plus pessimiste encore, le Fonds monétaire international la voit diminuer de moitié pour tomber autour de 2%.

En mauvaise posture dans un environnement économique mondial détérioré, l’Afrique a moins besoin d’aide publique à l’utilisation et à l’efficacité douteuses que de flux d’investissements directs dans l’économie réelle, de financements et de mécanismes de soutien effectif à la relance compétitive de ses productions et exportations. Les fonds attendus des 250 milliards de dollars annoncés à Londres sous forme d’appui au commerce des pays en développement pourraient sans doute y contribuer, s’ils parvenaient effectivement à destination et s’ils étaient utilisés à bon escient. Mais les Africains se doivent également et surtout de mobiliser leurs propres ressources à travers des marchés financiers tout aussi porteurs et surs pour l’épargne locale que pour les investissements d’origine externe. Les relations financières, commerciales et économiques Sud-Sud qui ont cessé d’être un simple slogan devront aussi être renforcées, en particulier avec les pays émergents tels la Chine, l’Argentine, le Brésil, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, et avec les pays pétroliers du Golfe.

C’est dans cette mouvance qu’aurait pleinement son intérêt la monnaie de souveraineté internationale réclamée par la Chine à la place d’un dollar qui biaise les échanges internationaux et permet aux Etats-Unis de fourguer au reste du monde leurs mauvaises affaires, de « s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger », comme le dénonçait déjà le Général De Gaulle. A Londres, l’on a quasiment fait l’impasse là-dessus. Et pour cause. La question des relations entre la Zone franc africaine et l’Union européenne par l’entremise du couple Franc Cfa - euro avait, elle, été évacuée dès la rencontre préparatoire du sommet, fin mars à Paris, entre les autorités financières françaises et africaines les plus directement concernées. Mais ces deux dossiers n’en sont pas pour autant définitivement fermés...

PAR Amadou FALL

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