mardi 28 avril 2009

BM-FMI: risque d'une "catastrophe humanitaire" suite à la crise

Le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellik, et le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, ont mis en garde dimanche sur le risque d'une "catastrophe humanitaire" dans les pays en développement si rien n'est entrepris à travers le monde pour faire face aux conséquences humanitaires de la crise financière et économique mondiale. Les deux dirigeants des institutions de Bretton Woods ont lancé cette mise en garde lors d'une conférence de presse qu'ils ont animée à l'issue de la réunion du Comité de développement de la Banque mondiale qui a clôturé les travaux de la réunion de printemps de ces institutions financières tenue les 25 et 26 avril à Washington.
Le président de la BM a regretté qu'après avoir pu entamer la réalisation des Objectifs du Millénaire de Développement (OMD) pour réduire de moitié le nombre des populations pauvres à l'horizon 2015, plusieurs pays pauvres voient ces objectifs compromis notamment ceux liés à la faim et à la malnutrition, la mortalité infantile et maternelle, l'éducation, la lutte contre le sida, la malaria et d'autres maladies.

Selon ses estimations, une population de 55 à 90 millions de personnes supplémentaires s'ajouteront en 2009 à celles déjà touchées par l'extrême pauvreté tandis que le nombre de personnes souffrant de la faim chronique pourrait augmenter à plus d'un milliard d'individus sur l'année en cours.

Autre motif de cette crainte est que "personne ne sait combien va durer cette crise" financière et économique internationale, a lâché le numéro un de la Banque mondiale.

Après avoir rappelé les mesures financières déjà mises en place par cette institution face à ce risque humanitaire, M. Zoellik a fait savoir que les pays membres l'ont chargé d'examiner la capacité financière de la BM et notamment l'adéquation du capital ainsi que l'adéquation des ressources concessionnelles et qu'un rapport y afférent devra être présenté lors des assemblées annuelles du FMI et de la BM prévues en octobre.

De son coté, M. Strauss-Kahn a estimé que la crise financière et économique est effectivement plus perceptible par ses conséquences humaines, proposant que le FMI doive être réorganisée et avoir un "nouveau visage" pour plus d'efficacité: "le FMI est en train de changer pas seulement sur le plan éthique mais aussi pour plus d'efficience".

Il est à souligner que le Comité du développement de la BM a indiqué, à l'issue de ses travaux dimanche, que l'économie mondiale s'étant considérablement détériorée depuis sa dernière réunion, cette évolution a des conséquences particulièrement graves dans les pays en développement sur le plan humanitaire. "Les progrès réalisés au prix de durs efforts en direction des OMD sont maintenant compromis. La crise a déjà fait basculer dans une extrême pauvreté plus de 50 millions de personnes, surtout des femmes et des enfants", note-t-il.

Le Groupe de la BM et le FMI "ont fait preuve d'esprit de décision et mené une action complémentaire pour aider les pays en développement à faire face à la crise, favoriser l'adoption de mesures anticycliques, et contribuer à combler un déficit de financement considérable, notamment en déployant des efforts pour relancer les flux de capitaux privés", selon le comité. Les institutions multilatérales ont besoin de ressources et de capacités pour pouvoir prévenir les crises ou y riposter de manière efficace, a-t-il ajouté, tout en se félicitant des engagements pris par les pays membres de fortement accroître les ressources du FMI.

"Nous devons maintenant donner une suite concrète aux engagements que nous avons pris, notamment ceux formulés par les participants au récent Sommet de Londres, en prenant des mesures concertées et en dégageant des ressources supplémentaires. Nous demandons instamment à tous les bailleurs de fonds de concrétiser plus rapidement la promesse qu'ils ont faite d'accroître leur aide et nous devons quant à nous, examiner la possibilité d'aller au-delà de nos engagements actuels", note-t-il.

Le Comité de développement a souligné qu'il donne son appui aux initiatives lancées par la BM et encourage la mise en oeuvre rapide de plusieurs actions pour protéger les plus démunis. Il s'agit de la mise en place du Mécanisme de financement en faveur des pays vulnérables, qui regroupe le Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire et le nouveau Programme d'intervention rapide dans le secteur social alors que la Société financière internationale (SFI, filiale de la BM) a également créé le Mécanisme de renforcement de la microfinance pour aider les emprunteurs pauvres.

Pour relancer le financement du commerce, la SFI a porté le montant de son Programme de financement du commerce mondial de 1 à 3 milliards de dollars, et a lancé le Programme de liquidités pour le commerce mondial, qui devrait fournir un appui au commerce à hauteur de 50 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.

Pour assurer la poursuite du développement de l'infrastructure et créer des emplois, la BM a mis en place le Programme d'appui aux infrastructures existantes et nouvelles. Elle prêtera jusqu'à 15 milliards de dollars par an au titre de projets d'infrastructure, et la SFI a mis en place le Mécanisme d'appui à l'infrastructure en situation de crise.

Pour fournir un soutien au secteur financier, la SFI a mis en place un Fonds de recapitalisation qui permettra de fournir des capitaux supplémentaires aux banques des pays en développement. Un grand nombre de ces initiatives sont conçues de manière à mobiliser des ressources.

Par ailleurs, le comité de développement considère que la crise et la nécessité d'une vigoureuse riposte multilatérale témoignent encore plus clairement de la pertinence des efforts déployés pour accroître la voix et la participation des pays en développement et en transition dans la structure de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale. 

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