Les Etats n'ont plus à s'inquiéter de savoir s'ils boucleront leurs programmes de financement et s'ils obtiendront des taux d'emprunt suffisamment faibles pour ne pas faire exploser la charge financière de leur dette. Les banques centrales seront là pour les aider à financer les plans de relance.
Après le Japon et le Royaume-Uni, c'est au tour de la Réserve fédérale américaine (Fed) de franchir un nouveau cap dans sa politique monétaire d'assouplissement quantitatif, en achetant des bons du Trésor. Tout en maintenant son taux directeur proche de zéro, elle a annoncé, le 18 mars, qu'au cours des six prochains mois, elle achètera jusqu'à 300 milliards de dollars (222 milliards d'euros) de bons du Trésor américain à long terme. Elle a aussi indiqué qu'elle doublait le montant consacré à l'achat de titres des agences de refinancement hypothécaire (Fannie Mae et Freddie Mac) à un maximum de 1 450 milliards de dollars, afin de stabiliser le marché immobilier.
La Banque du Japon (BoJ), elle, a décidé, mercredi, de conserver aussi son principal taux directeur proche de zéro, et d'augmenter de près de 30 % ses acquisitions de bons du Trésor. Elle achètera désormais 21 600 milliards de yens (170 milliards d'euros) d'obligations d'Etat chaque année, soit 4 800 milliards de yens de plus qu'auparavant.
L'objectif principal des banques centrales, qui n'ont quasiment plus aucune marge de manoeuvre sur le taux directeur, est de maintenir des taux longs faibles pour que les investisseurs aillent chercher des rendements sur d'autres actifs financiers. La Banque d'Angleterre, qui expérimente le système depuis deux semaines, est parvenue à faire diminuer de 0,60 point de pourcentage le taux des emprunts d'Etat britanniques à dix ans. Le taux à dix ans aux Etats-Unis a reculé de 0,50 point de pourcentage rien que sur l'annonce de la Fed, mercredi. Le dollar, lui, a plongé face à l'euro, qui s'est envolé au-dessus de 1,37 dollar en séance jeudi.
PERTE D'INDÉPENDANCE
La nouvelle politique dans laquelle s'engagent les banques centrales rend service, par la même occasion, aux gouvernements, au moment où les plans de relance économique et les aides au système bancaire demandent aux Etats de trouver plus d'argent pour les financer.
Pour l'économiste Michel Aglietta, professeur à Paris-X-Nanterre et spécialiste de la Fed, "en achetant des bons du Trésor à prix constant pour créer de la monnaie centrale, elles deviennent asservies au budget de l'Etat, ce qui supprime de facto leur indépendance". Le débat a d'ailleurs commencé au Japon. Mercredi, juste après l'annonce de la Banque du Japon, le ministre des finances nippon, Kaoru Yosano, a salué cette action, et déclaré que "cela limitera clairement la hausse des taux d'intérêt à long terme".
Le gouverneur de la BoJ s'est empressé, quelques heures plus tard, devant un parterre d'avocats à Tokyo, de répondre que les achats de bons du Trésor par la banque centrale n'étaient pas destinés à financer les mesures de redressement de l'économie. L'action de la BoJ arrive néanmoins à point nommé alors que Tokyo prépare un nouveau plan de relance, dont le montant pourrait, selon les médias nationaux, atteindre 30 000 milliards de yens (240 milliards d'euros).
Reste à savoir si la perte d'indépendance ne sera pas un élément qui pourrait dissuader la Banque centrale européenne (BCE) de s'engager dans cette voie. Elle qui a toujours mis un point d'honneur à ne pas se laisser influencer par les politiques. Si elle devait suivre ses homologues - ce que pensent beaucoup d'économistes, d'autant que la hausse récente de l'euro va aggraver la situation économique dans la zone -, la BCE serait aussi devant un choix cornélien, car elle n'a pas, comme les autres, de gouvernement unique face à elle.
Maintenir des taux de financement faibles est pourtant un enjeu majeur en Europe. Beaucoup d'Etats ont déjà annoncé qu'ils auraient besoin de lever plus d'argent cette année sur les marchés de capitaux. Après Paris, qui a augmenté de 17 milliards d'euros ses besoins de financement pour 2009, Berlin a annoncé cette semaine qu'il aurait besoin de lever 20 milliards d'euros de plus.
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