jeudi 12 mars 2009

La reprise en 2010 est menacée, selon Dominique Strauss-Kahn

La réponse des pays riches aux problèmes d'actifs des banques est trop lente, ce qui risque de compromettre la reprise de l'économie mondiale en 2010, déclare le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, dans une interview accordée à Reuters en marge de la conférence organisée en Tanzanie sur la croissance en Afrique. 

La réponse des pays riches aux problèmes d'actifs des banques est trop lente, et cette lenteur risque de compromettre la reprise de l'économie mondiale en 2010, déclare le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, dans une interview accordée à Reuters.

Le Fonds monétaire international prévoit toujours une reprise de l'économie mondiale à partir de la mi-2010. Mais, prévient Strauss-Kahn, ce retournement de conjoncture n'interviendra que si les pouvoirs publics mettent rapidement en oeuvre leurs mesures de relance de l'économie et si les comptes des banques sont nettoyées des actifs toxiques qui les plombent.

"Pour ce qui est de la restructuration (des actifs bancaires), les choses traînent vraiment", a-t-il dit mercredi dans cette interview. "J'ai peur que la reprise en 2010 devienne difficile si cela se poursuit comme ça pendant deux ou trois mois encore."

Le directeur général du FMI délivrera ce message lors de la réunion des ministres des Finances du G20, vendredi et samedi en Grande-Bretagne, qui s'inscrit dans la préparation du sommet de ces pays développés et en développement prévu le 2 avril à Londres.

Fin janvier, le FMI a révisé ses perspectives de l'économie mondiale, estimant que la croissance globale devrait tomber à 0,5% en 2009, taux le plus faible depuis la Deuxième Guerre mondiale. Mais le Fonds monétaire international juge désormais que l'économie mondiale pourrait se contracter cette année, "pratiquement sa plus mauvaise performance de mémoire d'homme", déclarait Strauss-Kahn mardi à la tribune de la conférence organisée en Tanzanie sur la croissance en Afrique.

PAYS À FAIBLE REVENU EN SITUATION D'URGENCE

Tout en soulignant que les mesures prises par les gouvernements pour relancer leur économie lui semblent plus coordonnées et plus efficaces, le directeur général du FMI estime qu'"il y a encore des marges de manoeuvre pour avoir davantage de relance".

Le FMI a proposé que les gouvernements en mesure de le faire s'associent dans un plan de relance globale équivalent à 2% du PIB de la planète, soit 1.200 milliards de dollars. Actuellement, la somme des efforts engagés représente 1,5% de la production mondiale.

Strauss-Kahn a également réitéré son inquiétude concernant la propagation de la crise aux pays les plus vulnérables qui souffrent à la fois du double effondrement de la demande et des cours des matières premières et de l'assèchement des mouvements de capitaux.

Dans ce contexte, le FMI réclame un doublement de ses ressources financières, pour les porter de 250 à 500 milliards de dollars afin de soutenir la balance des paiements des pays en difficulté. Le Japon s'est d'ores et déjà engagé à lui fournir jusqu'à 100 milliards.

"Quand on compare les chiffres sur les besoins de financement des pays émergents pour 2009 et la part qui devrait être couverte par refinancement, l'écart est énorme. Chacun comprend que nous avons besoin d'une forte augmentation de nos ressources", a-t-il dit.

Le FMI a déjà fourni 50 milliards de dollars d'assistance financière d'urgence à plusieurs pays d'Europe orientale, dont la Hongrie, la Lettonie, l'Ukraine, la Biélorussie et la Serbie, ainsi qu'à l'Islande et au Pakistan.

Au début du mois, le FMI a également recensé 22 pays à faible revenu qui font face à des problèmes de financement les plus sérieux qui nécessiteront un "surcroît de financement" de 25 milliards de dollars.

Mais cette somme pourrait être bien plus élevée. Si la croissance mondiale et les conditions de financement continuent de se détériorer, juge le FMI, le nombre de pays vulnérables pourrait presque doubler, alors que les besoins de financement supplémentaires pourraient s'élever à près de 140 milliards de dollars.

"Nous devons voir cet argent", a insisté DSK.

Version française Henri-Pierre André

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