mardi 17 mars 2009

La moitié de la fortune des ménages dans le monde est immobilière

Selon une étude de l'ONU, les foyers de la planète possèderaient au total 140.000 milliards de dollars.

Partir à la recherche des Richesses du monde (1), comme le fait dans un livre enquête le professeur Babeau, grand spécialiste français de l'épargne et du patrimoine, peut paraître provocateur. La Banque asiatique de développement estime par exemple que la capitalisation boursière mondiale et plus généralement les valeurs financières ont fondu de 50 000 milliards de dollars ces douze derniers mois. On ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu !

C'est oublier que les 6, 828 milliards de Terriens restent debout. Or comme le rappelle André Babeau, citant le grand humaniste Jean Bodin, «il n'y a de richesse que d'hommes». Voilà justement ce que montrait la grande enquête effectuée par la Banque mondiale, au début du millénaire, qui lui sert de point de départ. Le capital productif de notre planète était alors estimé à 550 000 milliards de dollars. Un tel chiffrage, faut-il le préciser, correspond à l'actualisation des productions à venir - sur 25 ans -, au même titre que la valeur boursière d'une entreprise capitalise ses futurs bénéfices.

Reclassements importants

Ces 550 000 milliards se répartissaient entre quatre grandes parts, «les richesses naturelles» (7 %), «les machines et équipements» (19 %), «le patrimoine humain et de connaissances» (39 %) et enfin «le patrimoine institutionnel, sociétal et culturel» (35 %). Cette répartition, établie par les experts de la Banque mondiale peut surprendre. Mais à l'évidence «les capitaux immatériels» (sic), l'emportent largement. C'est d'ailleurs ce qui explique les énormes différences d'un pays à l'autre. Quand le citoyen suisse est en moyenne à la tête d'un capital productif de 648 000 dollars et le Français de 468 000, l'Éthiopien doit se contenter de 2000 dollars.

Qu'en est-il après les formidables coups de boutoir des années 2008-2009 ? À quel prix des extraterrestres accepteraient-ils aujourd'hui d'acheter notre «économie-monde» ? Le professeur Babeau se garde de chiffrer ces bouleversements. Mais ils nous donnent des indications fort utiles pour comprendre ce qui se passe. Des matières premières aux fonds de commerce des entreprises, aucune forme de richesse ne sera épargnée et des reclassements importants se feront jour. «S'agissant du capital humain et du capital de connaissances, on évoquera seulement une très probable augmentation des taux d'obsolescence dans un environnement moins lisible», dit-il. En termes moins savants, cela signifie que toutes les compétences vont être réexaminées à la faveur de la crise. Et dans la mesure «où le capital productif (sa valorisation) ne regarde pas vers le passé, mais vers l'avenir  », on va assister, prévient-il, à «une redistribution des cartes  », en faveur «des pays émergents (dont) la croissance sera plus rapide que celle des pays avancés».

Si les hommes sont à l'origine de toute richesse, qu'en est-il de leurs patrimoines personnels, de ce qu'ils ont épargné avec plus ou moins de facilité ? Là aussi André Babeau met le doigt sur un second paradoxe. Reprenant cette fois une étude de l'université de l'ONU (The World Distribution of Household Wealth) publiée en 2007, il note que les ménages de la planète possédaient au total quelque 140 000 milliards de dollars. Un peu plus de la moitié de cette fortune était immobilière, le restant correspondait à de l'épargne financière. Dans l'ensemble ces biens patrimoniaux «représentent environ quatre fois le PIB annuel et six fois le revenu disponible».

Mise en garde

Comment expliquer la différence entre ces 140 000 milliards de patrimoines personnels et les 550 000 milliards de dollars du capital productif mondial  ? Il y a deux raisons. D'un côté le caractère en grande majorité «immatériel» de ce capital productif et de l'autre, le fait que pour une part importante il ne fasse pas l'objet d'une «appropriation» : il reste détenu par les collectivités nationales et les États.

Pince-sans-rire, le professeur Babeau considère que la crise actuelle va constituer «un choc important» pour le patrimoine des particuliers. La remarque vise d'abord les pertes nominales subies par les épargnants, tant sur les valeurs boursières que sur l'immobilier. Il prévoit «une baisse des prix des logements anciens en 2008 et 2009 ; la stabilisation de ces prix en 2010 est possible mais pas assurée». Sa référence est la crise immobilière des années 1990 où la pierre avait perdu entre 10 % et 20 % Il met en garde les gouvernements qui ont laissé les ménages s'endetter au point de dégager «non pas une capacité de financement (comme cela doit être la norme, NDLR) mais un besoin de financement», au niveau du pays tout entier.

Et de citer les États-Unis, le Royaume-Uni et le Danemark. Car il n'y a aucune raison pour que les capitaux continuent de se déverser du Sud vers le Nord, comme ce fut le cas pendant au cours des deux dernières décennies de mondialisation effrénée et brouillonne.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire