lundi 16 mars 2009

Comment rater la relance

Certains ont cru que l'élection de Barack Obama allait remettre sur pied l'Amérique. Mais, même après l'adoption d'un plan massif de relance, cela n'est pas le cas. Pour répondre à certaines critiques, Barack Obama a hérité d'une économie en chute libre et ne pouvait en quelques semaines inverser cette tendance. Avant son départ, le président Bush, comme un cerf aveuglé par des phares, est resté tétanisé face à la crise. C'est un soulagement de constater que les Etats-Unis ont enfin un président capable d'agir, et qu'il a commencé à agir. Malheureusement, cela est insuffisant. Le plan de relance est important - plus de 2 % du PIB par an -, mais un tiers est consacré aux réductions fiscales. Or, les Américains - endettés, menacés de licenciement - vont préférer utiliser ces baisses d'impôt pour faire des économies. Certes une augmentation de l'épargne des ménages est une bonne chose. Mais elle se fait au détriment de la croissance économique. De plus, le déficit du budget des finances fédérales se situera à 10 % du PIB.

En d'autres termes : le plan de relance d'Obama va consolider l'économie américaine. Mais il ne permettra pas de restaurer une croissance robuste.

Car il a un défaut, celui de tenter de réanimer les marchés financiers. Les échecs des Etats-Unis doivent néanmoins permettre de tirer quelques leçons pour les autres pays qui affrontent ou vont devoir affronter des crises financières :

- retarder la restructuration des banques coûte cher, en aggravant à la fois les coûts du sauvetage et les dégâts causés à l'économie en général ;

- les gouvernements redoutent d'admettre le coût total du problème. Par conséquent, ils financent le système bancaire juste assez pour le faire survivre, mais pas assez pour le guérir ;

- la confiance est importante, mais elle doit reposer sur des fondamentaux solides, et non sur des illusions comme celle de croire qu'il suffit de réaliser de bons emprunts et faire confiance à la perspi- cacité des dirigeants et des autorités de régulation sur les marchés financiers ;

- les banquiers ont tendance à agir dans leur propre intérêt. Ce sont des incitations perverses qui ont déclenché des prises de risque excessives. Des banques, trop importantes pour faire faillite, prendront encore plus de risques. Comptant sur l'intervention, si nécessaire, du gouvernement, elles attendront le plus longtemps possible afin de s'attaquer à leurs problèmes en matière de crédits immobiliers et verseront des milliards de dollars en bonus et dividendes ;

- socialiser les pertes tout en privatisant les gains est plus inquiétant que de nationaliser des banques. Pour les contribuables américains, la situation n'a fait qu'empirer. Lors du premier plan de sauvetage des banques, chaque dollar investi par le gouvernement permettait d'obtenir 67 cents des actifs d'une banque. Mais, lors des dernières injections d'argent public, il ne s'agit plus que de 25 cents voire moins. Ce qui signifie un accroissement de la dette publique pour l'avenir. Si le gouvernement obtenait de meilleures conditions, il est vrai, il serait devenu l'actionnaire majoritaire d'au moins l'une des grandes banques ;

- ne pas confondre sauvetage des banquiers et des actionnaires et sauvetage des banques. L'Amérique aurait pu sauver ses banques sans se préoccuper de leurs actionnaires et cela à un moindre coût ;

- la politique de relance par le haut ne fonctionne pratiquement jamais. Sauver les banques n'a pas empêché le nombre de saisies de logement de propriétaires endettés d'augmenter. Laisser AIG faire faillite aurait eu de graves conséquences pour d'autres institutions financières mais une bonne gestion de ces conséquences aurait été plus économique que de dépenser 150 milliards de dollars avec l'espoir qu'une partie de cette somme serve à quelque chose ;

- l'absence de transparence est responsable de la crise du système financier américain. L'administration Obama promet de reprendre les pertes à son compte pour convaincre les « hedge funds » et autres investisseurs de racheter les actifs toxiques des banques. Mais cela n'établira pas un « prix du marché », contrairement à ce que croit le gouvernement. En reprenant à son compte les pertes, il ne laisse pas les marchés établir une juste valeur ;

- mieux vaut regarder en avant que derrière soi, se concentrer sur la réduction des risques des nouveaux emprunts, et s'assurer que les fonds créent de nouvelles capacités de crédit. Ce qui est fait est fait. Notons que 700 milliards de dollars fournis à une nouvelle banque, avec un effet de levier de 10 à 1, auraient pu financer 7.000 milliards de dollars de nouveaux prêts.

L'époque où l'on croyait qu'il était possible de créer quelque chose à partir de rien devrait être révolue. Les réponses myopes des politiciens - qui espèrent s'en tirer avec une solution a minima pour ne pas mécontenter les contribuables mais assez considérable pour faire plaisir aux banques - ne feront que prolonger les difficultés. Une impasse se profile. Il faudrait davantage d'argent, mais les Américains ne sont pas prêts à accepter plus. Sûrement pas dans les conditions qui ont prévalu jusqu'à maintenant. La source de l'argent pourrait se tarir et, avec elle, l'optimisme et l'espoir légendaires de l'Amérique.

Joseph E. Stiglitz est prix Nobel d'économie 2001 et professeur à l'université de Columbia.

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