Malgré les plans et l'argent des contribuables, les gouvernements n'arrivent pas à mettre un terme à la crise financière. Les circuits du crédit sont bouchés, les pertes des banques s'accumulent, et il semble leur rester toujours des tonnes de produits toxiques à déclarer.
Le G20 convoqué à Londres en avril pour établir une nouvelle régulation financière internationale risque fort, si les positions n'évoluent pas, d'être un échec ou un demi-échec.
D'abord parce que deux camps se font face, le monde anglo-saxon et le continent. Les Britanniques et les Américains, dont les banques sont à l'agonie, considèrent qu'il faut d'abord sauver le malade avant de vouloir le rééduquer. L'urgence est de réanimer les circuits financiers. Si la finance ne reprend pas le chemin du crédit, les plans de relance économiques adoptés partout, aussi gros soient-ils, seront de l'eau dans le sable. Il faut tout faire pour réanimer le malade, et il n'est pas temps de venir l'ennuyer avec des nouvelles régulations. Sortez du bloc opératoire, et revenez plus tard !
Argument supplémentaire non avoué des urgentistes : les règles sévères de gouvernance des entreprises adoptées aux Etats-Unis après l'affaire Enron ont montré que la régulation fait fuir les marchés, leurs richesses et leurs emplois, dans d'autres lieux plus accommodants. Wall Street a perdu au profit de la City. Aujourd'hui, les deux places veillent sur leurs intérêts : point trop de régulation ne faut.
Face aux Anglo-Saxons, l'argument des continentaux est, comme toujours, d'ordre politique. Les opinions publiques ne comprennent pas pourquoi il faut verser des milliards aux banques coupables. Pour faire passer la pilule, les dirigeants politiques doivent montrer qu'ils sont déterminés à « changer les choses ». La politique doit reprendre du pouvoir face aux banques. Quant à cette concurrence entre places que défendent New York et Londres, c'est elle qui est responsable d'avoir engendré un dumping légal et fiscal débouchant sur le laisser-faire et sur la non-régulation d'une grande partie des acteurs financiers. Mais le G20 risque l'échec aussi parce que les deux camps font preuve de timidité. Contrairement à ce qu'ont sonné les trompettes officielles le week-end dernier, la réunion des vingt-Sept pays européens à Berlin pour préparer le G20 ne s'est pas bien passée. Poussés par le couple franco-allemand, pour une fois bras dessus-bras dessous, les dirigeants européens ont dénoncé de concert les « hedge funds » et les paradis fiscaux, « usual suspects » qui ne sont pourtant pas les responsables de la crise. Mais ils n'ont rien conclu de plus parce que, sur le fond, les Vingt-sept refusent toute avancée du fédéralisme financier. « Chacun maître chez lui », demeure la règle. Le doublement des fonds du FMI pour les porter à 500 milliards décidé à Berlin est utile en soi. Mais c'est aussi le signe que les Européens n'arrivent pas à s'entendre pour aider leurs propres cousins, les pays de l'Est, qui s'écroulent, et qu'ils comptent sur le Fonds monétaire pour le faire ! L'égoïsme des nations européennes fait leur impuissance.
Jacques de Larosière, ancien directeur général du FMI, vient de faire des propositions pour qu'enfin un organisme pan-européen de surveillance et de régulation bancaire soit créé. Avancée salutaire mais faite avec beaucoup d'appréhension, parce qu'il sait que les politiques refuseront de voir leurs banques dépendre d'une autorité fédérale.
Même timidité aux Etats-Unis. Citigroup, le numéro un, en est à son troisième plan de sauvetage et, finalement, l'Etat fédéral va devoir prendre 40 % de son capital. Le débat s'est ouvert sur des nationalisations (provisoires) en bonne et due forme. N'est-ce pas moins coûteux pour les contribuables ? Alan Greenspan, le gourou du laisser-faire, estime qu'elles sont nécessaires, mais Ben Bernanke, son successeur à la Fed, n'est pas de son avis. Jusqu'ici, le gouvernement de Barack Obama fait tout pour éviter de prendre le contrôle des banques.
Pour des raisons de protectionnisme ou des raisons idéologiques, les gouvernements n'osent pas prendre la main et s'octroyer un droit d'ingérence dans les comptes et les régulations bancaires. La crise qui s'aggrave les y conduit pourtant.
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